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Chauffage en panne, bailleur qui ne répare pas en septembre 2026 : mise en demeure, travaux forcés, baisse de loyer et départ

La nuit est tombée plus tôt, les températures ont chuté et vos radiateurs restent froids. La chaudière ne démarre plus, l’eau chaude est tiède, ou le chauffage collectif de l’immeuble n’a toujours pas été remis en route alors que l’appartement affiche 15 ou 16 degrés le matin. Vous avez prévenu le bailleur, puis relancé, et la réponse se fait attendre : le plombier passera un jour, le syndic décidera à la prochaine assemblée, le devis est en cours. Pendant ce temps, c’est vous qui vivez dans un logement froid, qui achetez un radiateur d’appoint et qui voyez votre facture d’électricité grimper. À la mi-septembre, cette situation est l’une des plus fréquentes dans les locations : la remise en route du chauffage révèle les pannes, les installations mal entretenues et les bailleurs qui temporisent. Le réflexe de beaucoup de locataires consiste à cesser de payer le loyer pour faire pression. C’est l’erreur qui peut tout faire basculer contre vous. Le droit donne au locataire des armes bien plus efficaces : une mise en demeure qui fait courir les délais, la possibilité de faire réaliser les travaux puis d’en réclamer le prix, la réduction ou la suspension du loyer ordonnée par le juge, des dommages et intérêts pour le trouble de jouissance, et même la résiliation du bail aux torts du bailleur. Encore faut-il agir dans l’ordre et garder chaque preuve. Cet article décrit la méthode complète, les textes qui protègent le locataire, trois décisions récentes qui montrent ce que les juges accordent, et les démarches propres à Paris et à l’Île-de-France.

I. Un logement froid en septembre : pourquoi votre bailleur doit réparer et comment l’exiger vite

A. Chauffage en panne ou insuffisant : une obligation d’entretien qui pèse sur le bailleur

Le bailleur d’un logement d’habitation ne se contente pas d’encaisser le loyer : il doit délivrer un logement en bon état et l’y maintenir pendant toute la durée du bail. L’article 1719 du Code civil dispose que « Le bailleur est obligé, par la nature du contrat, et sans qu’il soit besoin d’aucune stipulation particulière : 1° De délivrer au preneur la chose louée et, s’il s’agit de son habitation principale, un logement décent. Lorsque des locaux loués à usage d’habitation sont impropres à cet usage, le bailleur ne peut se prévaloir de la nullité du bail ou de sa résiliation pour demander l’expulsion de l’occupant ; 2° D’entretenir cette chose en état de servir à l’usage pour lequel elle a été louée ; 3° D’en faire jouir paisiblement le preneur pendant la durée du bail ». Une chaudière en panne, des radiateurs qui ne chauffent dans aucune pièce ou une installation qui met en danger les occupants violent directement cette obligation d’entretien et de jouissance paisible. L’article 1720 du Code civil ajoute que « Le bailleur est tenu de délivrer la chose en bon état de réparations de toute espèce. Il doit y faire, pendant la durée du bail, toutes les réparations qui peuvent devenir nécessaires, autres que les locatives. » Autrement dit, tout ce qui dépasse l’entretien courant du locataire incombe au propriétaire : remplacement d’une chaudière hors d’usage, réparation du circulateur ou du ballon d’eau chaude, remise en état d’un réseau percé ou emboué, mise aux normes d’une installation dangereuse.

La loi du 6 juillet 1989, qui régit les locations à usage d’habitation principale, renforce encore cette protection. Son article 6 prévoit que « Le bailleur est tenu de remettre au locataire un logement décent ne laissant pas apparaître de risques manifestes pouvant porter atteinte à la sécurité physique ou à la santé, exempt de toute infestation d’espèces nuisibles et parasites, répondant à un niveau de performance minimal au sens de l’article L. 173-1-1 du code de la construction et de l’habitation et doté des éléments le rendant conforme à l’usage d’habitation. » Le même article précise que le bailleur est obligé « De délivrer au locataire le logement en bon état d’usage et de réparation ainsi que les équipements mentionnés au contrat de location en bon état de fonctionnement », puis « D’entretenir les locaux en état de servir à l’usage prévu par le contrat et d’y faire toutes les réparations, autres que locatives, nécessaires au maintien en état et à l’entretien normal des locaux loués ». Un chauffage qui ne fonctionne pas à l’arrivée de l’automne prive le logement d’un équipement en bon état de fonctionnement et peut le rendre non conforme à l’usage d’habitation.

Le décret du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent vise expressément le chauffage. Son article 2 exige que « Les réseaux et branchements d’électricité et de gaz et les équipements de chauffage et de production d’eau chaude sont conformes aux normes de sécurité définies par les lois et règlements et sont en bon état d’usage et de fonctionnement », et son article 3 impose que « Le logement comporte les éléments d’équipement et de confort suivants : 1. Une installation permettant un chauffage normal, munie des dispositifs d’alimentation en énergie et d’évacuation des produits de combustion et adaptée aux caractéristiques du logement. » Un logement sans chauffage normal en état de marche n’est donc pas seulement inconfortable : il ne répond pas aux critères réglementaires du logement décent, et c’est le bailleur qui doit y remédier. La Cour de cassation contrôle strictement le respect de ces normes de décence : le 14 décembre 2023, la troisième chambre civile a rappelé que « tout jugement doit être motivé. Le défaut de réponse aux conclusions constitue un défaut de motifs », avant de casser un arrêt qui avait éludé les conclusions d’un locataire invoquant l’article 4 du décret du 30 janvier 2002 sur la surface minimale, et de prononcer : « CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 15 juin 2021, entre les parties, par la cour d’appel de Paris » (pourvoi n° 21-21.964, publié au bulletin). Quand la décence est en jeu, les juges examinent les moyens des locataires de près.

B. Mise en demeure et preuves : le dossier qui fait plier le bailleur avant tout procès

Avant de réclamer quoi que ce soit au juge, vous devez mettre le bailleur en demeure et prouver l’état du logement. Cette étape conditionne presque tous les recours : l’article 1222 du Code civil n’autorise le créancier à « faire exécuter lui-même l’obligation » qu’« Après mise en demeure », et l’article 1223 n’ouvre la réduction du prix qu’« après mise en demeure » également. Concrètement, envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception au bailleur, ou faites délivrer une mise en demeure par un commissaire de justice, qui décrit précisément la panne, rappelle son obligation d’entretien, fixe un délai raisonnable de réparation compte tenu de la saison, et annonce les suites en cas d’inaction : saisine de la commission départementale de conciliation, puis du juge, demande de travaux, de réduction du loyer et de dommages et intérêts. Joignez les premières preuves : photographies datées des radiateurs et de la chaudière, relevés de température pièce par pièce matin et soir, factures du radiateur d’appoint et du surcoût d’électricité, échanges écrits avec le bailleur, attestation du chauffagiste ou du gardien. Si un technicien est déjà intervenu, conservez son bon d’intervention et son diagnostic écrit : un constat professionnel qui mentionne une chaudière hors d’usage ou un réseau à remplacer vaut bien plus qu’une simple affirmation.

Faites établir un constat par un commissaire de justice dès que la panne dure : il décrit l’installation, mesure les températures et consigne l’absence de chauffage, et son procès-verbal fait foi jusqu’à preuve contraire. Distinguez soigneusement ce qui relève de l’entretien courant, à votre charge, et ce qui relève du bailleur : le ramonage et l’entretien annuel de la chaudière individuelle incombent en principe au locataire, mais le remplacement d’une chaudière morte, la réparation d’un ballon percé ou la remise en route d’une installation collective ne lui incombent jamais. En chauffage collectif, écrivez aussi au syndic de copropriété en copiant le bailleur : la date de mise en route se décide en assemblée générale ou selon le règlement, et un bailleur qui n’a accompli aucune diligence pour faire voter les travaux utiles se place en faute. Si le logement est manifestement indécent ou dangereux, signalez-le en parallèle aux services d’hygiène de la mairie et à l’agence départementale d’information sur le logement pour un avis gratuit. Quand le bailleur ne répond pas dans les deux mois ou refuse toute solution, la loi organise une étape de conciliation : « A défaut d’accord entre les parties ou à défaut de réponse du propriétaire dans un délai de deux mois, la commission départementale de conciliation peut être saisie », prévoit l’article 20-1 de la loi du 6 juillet 1989. Cette saisine n’est pas un préalable obligatoire au juge, mais un avis de conciliation favorable pèse lourd dans la suite. Surtout, ne suspendez pas vous-même le paiement du loyer pour faire pression : un locataire qui cesse de payer s’expose à un commandement de payer visant la clause résolutoire, puis à une procédure d’expulsion, comme le montrent chaque mois les décisions rendues contre des locataires assignés pour impayés. Gardez le paiement à jour, quitte à demander au juge la consignation, et construisez votre position de créancier plutôt que de débiteur.

II. Bailleur qui refuse ou qui tarde : faire réaliser les travaux, payer moins et partir si nécessaire

A. Travaux ordonnés, loyer réduit ou suspendu, préjudice réparé : ce que le juge peut imposer au bailleur

Quand la mise en demeure reste sans effet, le juge des contentieux de la protection peut contraindre le bailleur sur tous les fronts. L’article 20-1 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit que « Le juge saisi par l’une ou l’autre des parties détermine, le cas échéant, la nature des travaux à réaliser et le délai de leur exécution. Il peut réduire le montant du loyer ou suspendre, avec ou sans consignation, son paiement et la durée du bail jusqu’à l’exécution de ces travaux. » Vous pouvez donc demander en une seule assignation que le tribunal liste les réparations, fixe un calendrier sous astreinte, diminue le loyer pour la période de froid déjà subie et suspende son paiement jusqu’à la remise en état, avec consignation des sommes entre les mains d’un tiers pour montrer votre bonne foi. À côté de ce régime propre aux baux d’habitation, le droit commun des contrats renforce votre position (article 1222 du Code civil) : après mise en demeure, « le créancier peut aussi, dans un délai et à un coût raisonnables, faire exécuter lui-même l’obligation », puis « demander au débiteur le remboursement des sommes engagées à cette fin », et « aussi demander en justice que le débiteur avance les sommes nécessaires à cette exécution ». Concrètement, face à une chaudière à remplacer en plein mois d’octobre et à un bailleur qui refuse tout devis, vous pouvez faire réaliser la réparation par un professionnel, en garder chaque facture, puis en réclamer le remboursement au bailleur, voire solliciter du juge une avance avant les travaux quand leur coût dépasse vos moyens.

Les juges appliquent ces mécanismes sans hésiter quand le logement est resté durablement inhabitable ou inconfortable. Le 2 décembre 2025, la cour d’appel d’Angers a jugé que le locataire n’avait pas été en mesure d’occuper son logement normalement du mois de mai 2021 au mois de septembre 2021 en raison de l’importance des désordres subis, après un dégât des eaux usées connu du bailleur, et a validé la déduction d’une somme de 502,70 euros correspondant à la moitié des loyers de mai à septembre 2021, tout en confirmant les 500 euros accordés par le premier juge pour le trouble de jouissance (chambre A civile, RG 23/01063). Autrement dit, cinq mois de jouissance dégradée ont valu au locataire la moitié des loyers de la période plus 500 euros de dommages et intérêts, alors même que le bail était par ailleurs résilié pour impayés. Encore plus net, le 31 août 2026, le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Béziers a prononcé la résiliation judiciaire du bail aux torts exclusifs du bailleur, après l’effondrement d’un plancher vétuste pendant des travaux et des mois de logement dégradé, et a condamné ce bailleur à payer au locataire la somme de 985 euros en réparation du préjudice subi, soit 300 euros pour la privation de cuisine et 685 euros pour les tracasseries et l’hébergement à l’hôtel jusqu’au relogement (RG 25/00108). Ces décisions récentes montrent l’échelle des condamnations : réduction proportionnelle du loyer, indemnisation du trouble de jouissance et résiliation aux torts du bailleur quand la faute d’entretien est établie. Ajoutez que « Le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l’inexécution de l’obligation, soit à raison du retard dans l’exécution, s’il ne justifie pas que l’exécution a été empêchée par la force majeure », selon l’article 1231-1 du Code civil : le bailleur qui invoque la pénurie d’artisans ou les délais du syndic sans prouver une force majeure paie le préjudice. Et les décisions de première instance « sont de droit exécutoires à titre provisoire », rappelle l’article 514 du Code de procédure civile : un jugement qui ordonne des travaux s’applique immédiatement, même en cas d’appel.

B. Quitter un logement sans chauffage et agir à Paris et en Île-de-France : résiliation, relogement et tribunal compétent

Vivre sans chauffage n’oblige pas à subir jusqu’à la fin du bail. Deux voies de sortie existent, aux effets très différents. La première consiste à donner congé dans les formes ordinaires, avec un préavis qui dépend de votre situation et de la zone où se trouve le logement, puis à établir un état des lieux de sortie contradictoire qui fige l’état de l’installation et protège votre dépôt de garantie. Cette voie est simple et rapide, mais elle laisse à votre charge les mois de froid déjà subis, sauf à réclamer ensuite en justice la réduction de loyer et les dommages et intérêts pour la période écoulée. La seconde consiste à demander au juge la résiliation judiciaire du bail aux torts exclusifs du bailleur, comme l’a prononcée le tribunal de Béziers en août 2026 : le contrat est rompu en raison de la faute du propriétaire, ce qui ouvre droit à l’indemnisation complète du préjudice, y compris les frais de relogement provisoire, et prive le bailleur de toute retenue abusive sur le dépôt de garantie au titre de dégradations qui résultent de son propre défaut d’entretien. Le choix dépend de votre urgence : un départ immédiat avec un dossier solide permet souvent de négocier une sortie amiable chiffrée, tandis qu’une résiliation judiciaire prend des mois mais indemnise l’ensemble du préjudice. Dans les deux cas, photographiez et faites constater l’installation le jour du départ, conservez les factures d’hôtel ou d’hébergement provisoire, et réclamez par écrit la restitution du dépôt de garantie avec le décompte des sommes dues.

À Paris et en Île-de-France, où les chauffages collectifs anciens et les chaudières individuelles vieillissantes multiplient les pannes de septembre, l’action se joue devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire du lieu du logement : Paris pour un appartement parisien, et le tribunal du département pour la petite et la grande couronne. Avant d’assigner, saisissez la commission départementale de conciliation de Paris ou du département concerné : gratuite, elle convoque les deux parties et rend un avis en quelques semaines, et les bailleurs parisiens, souvent professionnels ou assistés d’un gestionnaire, transigent fréquemment à ce stade quand le dossier photographique et la mise en demeure sont sérieux. Préparez un dossier parisien complet : bail et derniers avis d’échéance, mise en demeure avec accusé de réception, constat du commissaire de justice avec relevés de température, échanges avec le syndic sur la date de remise en route du collectif, devis de réparation et factures déjà payées, justificatifs du surcoût électrique. Si le froid met en danger un nourrisson, une personne âgée ou une personne malade, signalez-le au service d’hygiène de la mairie d’arrondissement et mentionnez-le dans l’assignation pour obtenir des délais resserrés et, si nécessaire, une provision. Les locataires parisiens trouveront des repères utiles dans les contentieux voisins : la contestation d’un loyer de référence majoré ou d’un complément de loyer quand le logement présente des défauts, la défense face à une assignation pour impayés quand le bailleur réclame des arriérés alors que le logement est dégradé, ou la contestation d’un état des lieux de sortie qui imputerait au locataire des pannes d’équipement incombant au bailleur. Quand le froid s’ajoute à la mauvaise performance énergétique du logement, les recours ouverts par un logement classé G loué à la rentrée 2026 complètent utilement l’action, et les litiges de frais de chauffage en copropriété éclairent le partage des responsabilités entre bailleur et syndic. Chacun de ces litiges se nourrit du même dossier de preuves, et un logement durablement privé de chauffage renforce toutes les demandes de réduction de loyer.

Conclusion

Un chauffage en panne à la rentrée n’est pas une fatalité ni un motif de cesser de payer votre loyer à l’aveugle : c’est un manquement du bailleur à son obligation de délivrance et d’entretien, sanctionné par des textes précis et par des juges qui n’hésitent plus à réduire les loyers, à ordonner les travaux sous astreinte et à résilier le bail aux torts du propriétaire. La méthode qui gagne tient en quatre temps : constater la panne par écrit et par constat dès les premiers jours de froid, mettre le bailleur en demeure avec un délai clair, saisir la conciliation si rien ne bouge dans les deux mois, puis demander au juge les travaux, la réduction ou la suspension du loyer, le remboursement des réparations avancées et des dommages et intérêts pour le trouble de jouissance. Les décisions de 2025 et 2026 citées dans cet article montrent que des mois de logement froid ou dégradé se traduisent en centaines, parfois en milliers d’euros d’indemnisation, et que la résiliation aux torts du bailleur libère le locataire tout en le dédommageant. Gardez chaque preuve, continuez à payer ou à consigner, et faites chiffrer votre préjudice : face à un bailleur qui refuse de réparer, le locataire méthodique dispose de tous les leviers.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».