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Clause résolutoire absente dans le bail : le commandement de payer est-il valable en 2026 ?

Depuis le décret du 6 juillet 2026 sur les contrats types de location, de nombreux bailleurs relisent leurs modèles de bail, et beaucoup de locataires vérifient enfin la clause résolutoire après réception d’un commandement de payer. La question est pratique : si le bail ne contient pas la bonne clause, ou si une clause ancienne vise encore un délai de deux mois, le propriétaire peut-il demander l’expulsion automatique du locataire après six semaines ? La réponse dépend du contrat signé, de la date du bail, du texte du commandement, du décompte de dette et de la procédure suivie avant l’audience.

Le sujet est sensible, car la clause résolutoire transforme un impayé en procédure rapide. Elle ne remplace pas le juge, mais elle permet au bailleur de demander au tribunal de constater que le bail est résilié de plein droit. À l’inverse, une clause absente, imprécise ou utilisée avec un commandement irrégulier peut changer toute la défense : contestation de la dette, nullité de l’acte, demande de délais, suspension des effets de la clause, ou orientation vers une résiliation judiciaire classique. En 2026, le bon réflexe consiste donc à ne pas lire seulement le montant réclamé. Il faut rapprocher le bail, le commandement, les justificatifs de paiement, les charges, les aides au logement et la date d’audience.

I. Clause résolutoire absente dans le bail : le commandement de payer est-il valable ?

A. Bail sans clause résolutoire : pourquoi l’expulsion automatique ne se déclenche pas seule

La première vérification tient au bail lui-même. L’article 3 de la loi du 6 juillet 1989 rappelle que le bail d’habitation obéit à une logique écrite : « Le contrat de location est établi par écrit ». Ce point paraît simple, mais il commande la suite. Le juge ne raisonne pas sur une intention générale du propriétaire. Il regarde le contrat, ses annexes, la dette, les actes délivrés et la demande formée devant lui.

La clause résolutoire est la clause qui prévoit la résiliation automatique du bail si certaines obligations ne sont pas exécutées. Pour les impayés, l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989 pose désormais une formule très directe : « Tout contrat de bail d’habitation contient une clause » prévoyant la résiliation de plein droit pour défaut de paiement du loyer, des charges ou du dépôt de garantie. Le même article précise que cette clause « ne produit effet que six semaines » après un commandement demeuré infructueux.

Ce texte ne doit pas être lu comme une autorisation de faire comme si tous les anciens baux contenaient automatiquement une clause parfaitement exploitable. La procédure reste fondée sur le contrat produit au tribunal. Lorsque le bailleur demande le constat de l’acquisition d’une clause résolutoire, il doit montrer la clause invoquée, le commandement qui la vise, le délai laissé au locataire, la dette exacte et l’échec du paiement ou de la régularisation dans le délai. Si le bail ne comporte aucune clause de résiliation de plein droit, le commandement de payer peut encore avoir une utilité de mise en demeure, mais il ne suffit pas, à lui seul, à faire jouer une résiliation automatique.

Le raisonnement vient aussi du droit commun. L’article 1224 du code civil distingue trois voies : la résolution peut résulter d’une clause résolutoire, d’une notification du créancier en cas d’inexécution suffisamment grave, ou d’une décision de justice. L’absence de clause ramène donc le débat vers la gravité du manquement et vers la décision du juge. Le bailleur peut demander la résiliation judiciaire pour impayés, mais ce n’est pas la même action qu’un simple constat de clause acquise.

L’article 1225 du code civil ajoute une exigence décisive : la mise en demeure ne produit effet que si elle « mentionne expressément la clause résolutoire ». Dans un dossier d’habitation, cela signifie qu’un commandement doit viser une clause réelle et identifiable. Un acte qui parle de clause résolutoire alors que le bail ne la contient pas expose le bailleur à une contestation sérieuse. Le locataire ne gagne pas automatiquement son dossier, surtout si la dette est établie, mais il dispose d’un moyen procédural qui peut faire tomber la voie rapide.

La différence est concrète. Avec une clause régulière, le bailleur demande au juge de constater que la résiliation de plein droit a produit ses effets après le délai légal ou contractuel applicable. Sans clause, il doit convaincre le juge que les impayés justifient le prononcé de la résiliation. Le juge peut alors apprécier la gravité de la dette, l’historique du bail, les paiements récents, les erreurs de décompte, la situation du locataire, la reprise du loyer courant et les démarches de régularisation. Le dossier devient plus ouvert.

La distinction protège aussi le bailleur sérieux. Un propriétaire qui découvre une clause absente ne doit pas lancer une procédure mal fondée en espérant que l’impayé suffira. Il doit faire auditer le bail, vérifier si une clause existe dans un avenant, contrôler si le bail a été renouvelé ou reconduit, puis choisir entre une régularisation contractuelle pour l’avenir, un commandement correctement rédigé si la clause existe, ou une assignation en résiliation judiciaire si elle manque. Une procédure mal qualifiée coûte du temps, augmente les frais et peut laisser grossir la dette.

Le locataire, lui, doit éviter une erreur fréquente : croire qu’une clause absente efface la dette. Elle n’efface ni les loyers, ni les charges justifiées, ni le risque d’une condamnation au paiement. Elle modifie surtout la mécanique de résiliation. Le bon axe de défense consiste à séparer les questions. D’abord : le bail contient-il une clause utilisable ? Ensuite : le commandement est-il régulier ? Puis : la dette est-elle exacte ? Enfin : le juge peut-il accorder des délais ou suspendre les effets de la clause si elle existe ?

La loi encadre aussi les clauses qui ne peuvent pas être utilisées. L’article 4 de la loi du 6 juillet 1989 commence par une formule de sanction claire : « Est réputée non écrite toute clause ». Le texte vise notamment les clauses abusives, les pénalités privées, certains frais, ou les résiliations de plein droit pour des motifs non autorisés. Ainsi, une clause trop large qui permettrait au bailleur de résilier automatiquement pour n’importe quel manquement ne doit pas être utilisée sans tri juridique. En bail d’habitation, les motifs de clause résolutoire sont strictement encadrés.

Le décret du 6 juillet 2026 s’inscrit dans ce contexte. Le décret n° 2026-596 du 6 juillet 2026 modifie les contrats types de location et remet la clause résolutoire au centre du document. Son intérêt pratique est de rendre les nouveaux modèles plus lisibles. Mais il ne dispense pas de vérifier un bail signé avant la réforme, ni un modèle ancien repris mécaniquement par une agence. Dans les contentieux ouverts en 2026, le problème ne sera pas seulement de savoir ce que le nouveau modèle prévoit ; il sera de savoir quel contrat lie réellement les parties.

Cette nuance est importante pour les baux conclus avant les réformes récentes. La Cour de cassation a déjà rappelé, dans son avis n° 24-70.002 du 13 juin 2024, que la réduction du délai légal n’a pas pour effet de « modifier les délais figurant dans les clauses contractuelles ». Cette citation a été vérifiée pendant la préparation du présent article. Elle signifie que le texte nouveau ne réécrit pas mécaniquement tous les contrats en cours. Lorsque la clause contractuelle ancienne reste plus favorable au locataire, ou lorsqu’un bail n’a pas été renouvelé dans des conditions modifiant la clause, le commandement doit être manié avec prudence.

B. Clause ancienne ou délai de deux mois : quel délai viser dans le commandement de payer ?

La seconde difficulté concerne les baux qui contiennent bien une clause, mais une clause rédigée avant la loi du 27 juillet 2023 ou avant les modèles de 2026. Beaucoup de contrats mentionnent encore un délai de deux mois après commandement. Depuis la réforme de 2023, l’article 24 vise un délai de six semaines. Depuis le décret du 6 juillet 2026, les nouveaux contrats types mettent davantage en avant cette rédaction. Le réflexe d’une agence peut être de remplacer partout deux mois par six semaines. Ce réflexe est dangereux quand le bail en cours n’a pas été adapté.

La Cour de cassation a donné une orientation nette dans l’avis n° 24-70.002. Elle a considéré que les contrats en cours demeurent régis par leurs stipulations, encadrées par la loi applicable au jour de la conclusion du bail, lorsque la loi nouvelle ne prévoit pas de rétroactivité. Pour un bail ancien qui accorde deux mois au locataire, un commandement qui exigerait le paiement dans six semaines peut donc ouvrir une contestation. Le bailleur peut perdre le bénéfice de la voie rapide si l’acte ne respecte pas le délai applicable au contrat invoqué.

En pratique, il faut lire trois dates. La première est la date de signature du bail initial. La deuxième est la date d’un éventuel renouvellement ou d’une reconduction ayant modifié les stipulations. La troisième est la date du commandement de payer. Selon cette chronologie, le bailleur saura s’il doit viser le délai contractuel de deux mois, le délai légal de six semaines, ou une situation plus complexe dans laquelle la clause doit être analysée avant délivrance de l’acte.

Pour le locataire, l’enjeu est de ne pas attendre l’audience pour comprendre cette chronologie. Dès réception du commandement, il faut réunir le bail signé, les avenants, les courriers de renouvellement, les quittances, les virements, le détail des charges réclamées et les échanges avec l’agence. Si le commandement annonce six semaines alors que le contrat vise deux mois, la défense peut soutenir que l’acte ne permet pas l’acquisition de la clause à la date retenue par le bailleur. Cette contestation doit être présentée clairement, pièces à l’appui.

Le texte de l’article 24 impose aussi des mentions précises. Le commandement doit notamment indiquer le délai dont dispose le locataire, le montant mensuel du loyer et des charges, le décompte de la dette, l’avertissement sur la procédure de résiliation et d’expulsion, la possibilité de saisir le fonds de solidarité pour le logement et la possibilité de demander des délais de grâce. Ces mentions ne sont pas décoratives : le texte les prévoit « à peine de nullité ». Si l’une d’elles manque ou si le décompte est incompréhensible, la contestation peut porter sur la validité du commandement.

La présence d’une caution ajoute un autre contrôle. L’article 24 prévoit que le commandement doit être signifié à la caution dans les quinze jours à compter de la signification au locataire. À défaut, la caution ne peut pas être tenue aux pénalités ou intérêts de retard. Cette règle ne supprime pas la dette principale, mais elle peut peser dans la stratégie, surtout lorsque le bailleur réclame des accessoires élevés ou des intérêts injustifiés.

Les frais réclamés méritent une attention particulière. L’article 4 de la loi de 1989 répute non écrites les clauses qui autorisent des amendes ou pénalités privées et celles qui font supporter au locataire certains frais de relance ou de procédure en dehors des dépens et de l’article 700 du code de procédure civile. Si le commandement ajoute des frais d’agence, des pénalités contractuelles ou des frais de relance interdits, le décompte doit être corrigé. Le locataire peut reconnaître une dette de loyers tout en contestant les accessoires.

Dans un dossier de bailleur, la méthode consiste à purger l’acte avant de le délivrer. Le commandement doit reprendre la clause exacte, choisir le bon délai, annexer ou détailler un décompte lisible, distinguer loyers, charges, régularisations, indemnités et frais, puis prévoir les notifications sociales imposées par l’article 24. Une procédure solide commence avant l’assignation. Lorsque le bailleur attend l’audience pour corriger un commandement défectueux, il découvre souvent que l’erreur ne se répare pas facilement.

Dans un dossier de locataire, la méthode est symétrique. Il faut payer ce qui peut l’être sans attendre, demander un reçu ou une quittance, contester par écrit les sommes discutables, saisir les aides utiles, préparer un budget de reprise du loyer courant et conserver la preuve de chaque démarche. Une contestation purement technique peut échouer si le juge constate une dette importante, durable et non traitée. À l’inverse, une défense structurée, combinant irrégularités de l’acte et plan de paiement crédible, donne au juge une solution autre que l’expulsion immédiate.

Le commandement de payer n’est donc pas un simple courrier. C’est l’acte qui fait courir le délai et qui prépare l’audience. Sa valeur dépend de son contenu. Un commandement délivré sur un bail sans clause résolutoire ne produit pas les mêmes effets qu’un commandement visant une clause régulière. Un commandement de six semaines délivré sur une clause ancienne de deux mois n’a pas la même force qu’un acte aligné sur le contrat. Et un commandement contenant un décompte confus peut déplacer le débat vers la nullité ou, au minimum, vers le montant réellement dû.

II. Commandement de payer reçu en 2026 : que vérifier et comment agir vite ?

A. Mentions obligatoires, dette locative et pièces à réunir avant l’audience

La première action, après réception d’un commandement de payer, consiste à établir une chronologie courte. Date de signature du bail, date de réception du commandement, délai indiqué, date possible d’acquisition de la clause, date d’assignation, date d’audience. Cette chronologie révèle souvent les erreurs. Un délai mal calculé, une assignation trop rapide, une notification incomplète ou une dette mal arrêtée peuvent suffire à modifier l’issue du dossier.

La Cour de cassation a précisé la computation d’un délai connexe dans l’avis n° 25-70.018 du 6 novembre 2025, à propos de la notification de l’assignation au représentant de l’État. Le délai de six semaines « expire le 42e jour à zéro heure ». Cette formule, vérifiée mot à mot, montre que les délais de l’article 24 ne se calculent pas approximativement. Pour le commandement comme pour l’assignation, une journée mal placée peut devenir un moyen de défense.

Le locataire doit ensuite vérifier la dette ligne par ligne. Le bailleur réclame parfois des loyers impayés, des charges provisionnelles, une régularisation annuelle, une taxe d’enlèvement des ordures ménagères, des frais de relance, des intérêts, des honoraires ou des pénalités. Tout ne se traite pas de la même manière. Le loyer principal est souvent plus difficile à contester que des frais administratifs ajoutés sans base légale. Les charges doivent être justifiées. Une régularisation doit correspondre à une période, à des pièces et à une répartition.

Le bailleur doit produire un décompte intelligible. Un tableau clair doit mentionner chaque échéance, chaque paiement, chaque annulation, chaque régularisation et le solde. Si le locataire paie partiellement après le commandement, le bailleur doit actualiser. Si la CAF ou la MSA verse une aide au logement, le versement doit être imputé correctement. Si le locataire a repris le loyer courant, cette reprise doit être mise en avant, car elle conditionne souvent l’accès aux délais et à la suspension des effets de la clause.

L’article 1343-5 du code civil permet au juge de « reporter ou échelonner » le paiement des sommes dues. En bail d’habitation, l’article 24 organise un régime particulier : le juge peut accorder des délais dans la limite de trois années si le locataire est en situation de régler la dette et s’il a repris le paiement intégral du loyer courant avant l’audience. Cette condition est centrale. Un locataire qui arrive avec un plan réaliste, des paiements récents et des justificatifs de ressources dispose d’un dossier plus solide qu’un locataire qui invoque seulement une difficulté générale.

Les pièces à réunir sont concrètes. Il faut le bail, le commandement, l’assignation, toutes les quittances, les relevés bancaires montrant les virements, les échanges avec l’agence, les justificatifs de ressources, les justificatifs de charges familiales, les demandes FSL, les courriers CAF ou MSA, les justificatifs de surendettement le cas échéant, les preuves de troubles de jouissance si le locataire invoque une exception, et les attestations utiles. Une défense sans pièces laisse le juge face au seul décompte du bailleur.

Pour le bailleur, les pièces sont tout aussi importantes. Il faut produire le titre de propriété ou le mandat, le bail signé, l’état des paiements, les quittances émises, le détail des charges, le commandement et sa signification, la preuve de signification à la caution si elle existe, la preuve du signalement CCAPEX lorsque le seuil légal est atteint, la notification de l’assignation au préfet, et les échanges démontrant les relances ou propositions restées sans effet. Une procédure d’expulsion est autant une procédure de preuve qu’une procédure de dette.

La Cour de cassation a également rappelé, dans l’arrêt n° 22-19.117 du 12 octobre 2023, que certains reports exceptionnels des effets de la clause ne jouent que dans leur champ propre : ils sont applicables « lorsque le délai de deux mois » expire pendant la période juridiquement protégée visée par le texte examiné. L’intérêt, au-delà du contexte sanitaire de cette affaire, tient à la méthode : le juge regarde la date du commandement, la durée du délai et la période exacte dans laquelle le délai expire. Les dates gouvernent le résultat.

Il faut aussi distinguer nullité, irrecevabilité et rejet au fond. Une nullité vise un acte irrégulier, par exemple un commandement qui ne contient pas les mentions imposées. Une irrecevabilité peut sanctionner une assignation délivrée sans notification préalable exigée par l’article 24. Un rejet au fond peut intervenir si la dette n’est pas établie, si elle est sérieusement contestée ou si la demande de résiliation judiciaire n’est pas justifiée. Ces moyens ne se présentent pas de la même manière. Les mélanger affaiblit le dossier.

L’article 24 donne enfin au juge un rôle actif. Il peut vérifier les éléments constitutifs de la dette locative et le respect de l’obligation de délivrance du bailleur. Si le logement présente des désordres graves, si le bailleur n’a pas respecté certaines obligations, ou si le décompte repose sur des charges non justifiées, le locataire doit le démontrer sans transformer l’audience en règlement de comptes général. Le lien entre le manquement invoqué et la dette ou la résiliation doit être expliqué.

B. Paris et Île-de-France : délais, assignation et négociation devant le juge

À Paris et en Île-de-France, les dossiers de loyers impayés se jouent souvent sur la préparation de l’audience. Les loyers sont élevés, les dettes montent vite, les aides peuvent prendre du temps, et les juridictions traitent un volume important de procédures d’expulsion. Un locataire qui reçoit un commandement dans un logement parisien ou francilien doit agir dès les premiers jours : vérifier l’acte, demander le décompte, saisir les dispositifs d’aide, reprendre si possible le loyer courant, et préparer une proposition de paiement.

Le bailleur ne doit pas confondre vitesse et solidité. Un commandement mal rédigé ou une assignation trop rapide peut retarder le recouvrement davantage qu’une préparation sérieuse. Le dossier doit montrer au juge que la dette est certaine, que la procédure sociale a été respectée, que le locataire a été informé de ses droits, que les paiements reçus ont été imputés loyalement et que la demande d’expulsion est proportionnée à la situation. La rigueur du dossier est particulièrement utile lorsque le locataire demande des délais.

Pour une lecture plus large des audiences, des délais et des demandes devant le juge, le dossier peut aussi être rapproché de la page du cabinet consacrée à la résiliation de bail à Paris.

La négociation reste possible même après commandement. Elle n’est pas un aveu de faiblesse pour le bailleur, ni une renonciation pour le locataire. Un protocole peut prévoir la reprise immédiate du loyer courant, un échéancier, l’abandon de frais contestables, une clause de caducité en cas de nouvel impayé, ou une sortie volontaire à une date déterminée. L’accord doit être écrit, daté, cohérent avec les sommes dues et compatible avec les délais procéduraux. Il doit éviter les engagements irréalistes qui échouent dès le premier mois.

Pour le locataire, la demande de délais doit être crédible. Le juge examine les ressources, les charges, la dette, le paiement du loyer courant et la capacité à tenir un échéancier. Demander trois ans de délais sans budget vérifiable expose à un refus. À l’inverse, une proposition chiffrée, appuyée par des justificatifs et par des paiements déjà repris, peut permettre de suspendre les effets de la clause. Si la clause est suspendue et que le plan est respecté, l’article 24 prévoit que la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué.

Pour le bailleur, l’objectif peut être double : obtenir un titre de paiement et sécuriser la fin du bail si le plan n’est pas respecté. Une décision bien rédigée permet souvent de prévoir que la clause reprendra son plein effet en cas de non-respect des délais. Cette sécurité est plus utile qu’une procédure précipitée et contestable. Le bailleur doit donc demander une décision claire sur le montant de la dette, l’indemnité d’occupation éventuelle, les délais, la suspension ou non de la clause et les conséquences du défaut de paiement.

La situation d’un bail sans clause résolutoire appelle une stratégie différente. Le bailleur peut demander une résiliation judiciaire, mais il doit démontrer la gravité du manquement. Le locataire peut répondre par la reprise des paiements, par une contestation du montant, par une demande de délais, ou par des éléments sur l’état du logement. Le juge ne constate pas une résiliation automatique ; il apprécie si la poursuite du bail reste possible. Cette marge d’appréciation change fortement la négociation.

Un autre point mérite attention : le bailleur ne peut pas simplement ajouter une clause résolutoire à un bail en cours sans accord valable du locataire. Un avenant imposé unilatéralement serait contestable. La réforme des contrats types sert surtout les nouveaux baux et les renouvellements rédigés correctement. Dans un bail en cours, la prudence commande de vérifier l’historique contractuel avant de délivrer un commandement visant une clause nouvellement recopiée dans un logiciel de gestion.

Les agences immobilières doivent aussi auditer leurs modèles. Le décret du 6 juillet 2026 a remis en circulation de nouveaux formulaires, mais le contentieux porte souvent sur des baux créés par copier-coller. Une clause de bail commercial reprise dans un bail d’habitation, une clause qui vise un mauvais délai, ou une clause qui prétend faire supporter des frais interdits au locataire peut créer une faiblesse sérieuse. La conformité du modèle ne se limite pas au titre du document.

Le locataire doit enfin surveiller la signification des actes. Un commandement non remis en main propre n’est pas nécessairement nul, car les règles de signification permettent d’autres modalités. Mais l’adresse, l’identité, la date, les mentions et les pièces doivent être contrôlées. Si le locataire découvre tardivement l’acte, il doit réagir rapidement, demander copie au commissaire de justice, informer le bailleur ou son avocat des paiements éventuels et préparer la défense avant l’audience.

Dans les dossiers parisiens et franciliens, le maillage entre droit et preuve est déterminant. La question n’est jamais seulement : le locataire doit-il de l’argent ? Elle est aussi : quelle clause est invoquée, quel délai s’applique, quel acte a été délivré, quelle dette est prouvée, quelle solution évite une expulsion inutile ou sécurise le bailleur face à une dette durable ? Cette approche permet d’éviter deux erreurs opposées : croire que toute dette entraîne automatiquement l’expulsion, ou croire qu’une irrégularité formelle efface toute obligation de paiement.

Conclusion

Un bail sans clause résolutoire, ou une clause ancienne mal utilisée, peut modifier profondément une procédure de loyers impayés. Le commandement de payer reste un acte sérieux, mais il ne déclenche la résiliation de plein droit que si une clause exploitable existe, si le bon délai est respecté et si les mentions obligatoires sont présentes. Depuis le décret du 6 juillet 2026, les nouveaux modèles de bail rendent la clause plus visible, mais ils ne dispensent pas d’auditer chaque contrat déjà signé.

Pour le bailleur, la priorité est de sécuriser le fondement avant l’acte : bail, clause, délai, décompte, caution, CCAPEX, notification de l’assignation et pièces de dette. Pour le locataire, la priorité est de ne pas subir le calendrier : relire le bail, vérifier le commandement, payer ce qui peut l’être, contester les sommes discutables, préparer une demande de délais et produire les justificatifs utiles. Dans les deux cas, une procédure bien préparée vaut mieux qu’une audience subie.

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