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Prêt relais immobilier 2026 : déchéance du terme, refus de la banque et recours de l’emprunteur

Le marché immobilier français a sensiblement ralenti au premier semestre 2026. Les délais de vente des biens anciens s’allongent dans les grandes agglomérations, notamment à Paris et en Île-de-France. Les acheteurs qui ont souscrit un prêt relais pour financer leur nouvelle résidence principale se retrouvent désormais exposés. Le risque porte sur le dépassement de la durée convenue du crédit, alors même qu’ils n’ont pas encore vendu leur ancien logement. Ce dépassement déclenche mécaniquement la déchéance du terme. L’emprunteur doit alors rembourser l’intégralité du capital restant dû en une seule fois. Cette situation, marginale entre 2021 et 2023, gagne en fréquence depuis la fin de l’année 2025. Elle interroge la sécurité juridique de ce produit bancaire pourtant très répandu. L’article L. 313-51 du Code de la consommation encadre strictement le recours à la déchéance du terme. La Cour de cassation a, quant à elle, durci le contrôle des clauses de déchéance du terme lorsque la banque les invoque pour des motifs extérieurs au contrat de crédit. Les emprunteurs disposent de plusieurs recours contre un refus de renouvellement ou une exigibilité anticipée brutale. Les formalismes protecteurs imposés au prêteur sont précis. Leur méconnaissance peut entraîner la nullité de la clause ou l’interdiction d’invoquer la déchéance du terme.

Fonctionnement et risques du prêt relais immobilier

Le prêt relais est un crédit à court terme accordé par un établissement bancaire. Il permet à un acquéreur de disposer des fonds nécessaires à l’achat d’un nouveau bien immobilier avant d’avoir réalisé la vente de son ancien logement. La durée conventionnelle de ce prêt varie généralement de douze à vingt-quatre mois. Le capital emprunté est remboursé par l’apport issu de la vente du bien antérieur. L’emprunteur ne supporte le plus souvent que des intérêts courus pendant la durée du pont.

L’article L. 313-1 du Code de la consommation (texte officiel) soumet ces opérations au régime du crédit immobilier. Le prêteur doit respecter les règles d’information et d’évaluation de la solvabilité. L’article L. 313-7 du même code (texte officiel) impose en outre une évaluation rigoureuse de la capacité de remboursement de l’emprunteur. Cette évaluation porte sur l’ensemble de ses revenus et sur la valeur réalisable de l’ancien bien.

Le risque principal du prêt relais réside dans l’incertitude du délai de vente. Lorsque le marché se tend, la période de commercialisation dépasse fréquemment la durée initialement prévue. L’emprunteur se trouve alors en situation de dépassement. La banque peut invoquer la déchéance du terme. Elle exige le remboursement immédiat du capital. Cette situation peut conduire à une impasse financière lorsque les revenus courants de l’emprunteur ne permettent pas d’amortir un crédit de plusieurs centaines de milliers d’euros sur une durée classique.

Le refus de renouvellement par la banque : quels recours ?

Le renouvellement du prêt relais n’est pas un droit de l’emprunteur. Le contrat initial fixe une durée déterminée. À l’expiration de celle-ci, la banque est en droit d’exiger le remboursement intégral. Toutefois, la pratique bancaire consiste souvent à accorder une prorogation ou à convertir le prêt relais en un crédit amortissable classique. Cette conversion dépend de la politique interne de l’établissement et de la qualité de la relation client.

L’emprunteur qui fait face à un refus de renouvellement peut engager une négociation commerciale. Il peut proposer l’apport de garanties complémentaires ou l’adhésion à une assurance-emprunteur renforcée. Si la banque persiste dans son refus, l’emprunteur peut saisir le juge de l’exécution ou le juge de proximité d’une demande de délai de grâce. Ce recours exceptionnel repose sur l’article 1343-5 du Code civil. Il suppose que l’emprunteur démontre une impossibilité temporaire de payer et une bonne foi avérée dans la gestion de ses dettes.

Le refus de renouvellement peut également être contesté si la banque a manqué à son devoir d’information lors de la souscription initiale. L’établissement doit avoir averti l’emprunteur des conséquences d’un dépassement de durée. Il doit lui avoir précisé l’absence d’obligation de prorogation. À défaut, l’emprunteur peut invoquer une faute contractuelle de la banque et solliciter des dommages et intérêts.

La déchéance du terme : formalisme et mise en demeure préalable

La déchéance du terme transforme un crédit à échéances différées en une dette immédiatement exigible. L’article L. 313-51 du Code de la consommation (texte officiel) encadre cette faculté pour les crédits immobiliers. Il prévoit que le prêteur peut exiger le remboursement immédiat du capital restant dû ainsi que le paiement des intérêts échus. Les sommes restant dues produisent des intérêts de retard jusqu’au règlement effectif. Le prêteur peut également demander une indemnité plafonnée par décret.

La Cour de cassation a toutefois imposé un préalable strict. Cass. 1re civ., 3 juin 2015, n° 14-15.655 (décision), a posé le principe suivant.

motifs : « il résulte des articles 1134, 1147 et 1184 du code civil que, si le contrat de prêt d’une somme d’argent peut prévoir que la défaillance de l’emprunteur non commerçant entraînera la déchéance du terme, celle-ci ne peut, sauf disposition expresse et non équivoque, être déclarée acquise au créancier sans la délivrance d’une mise en demeure restée sans effet, précisant le délai dont dispose le débiteur pour y faire obstacle. »

Ce formalisme de la mise en demeure s’applique aux contrats de prêt conclus avec des emprunteurs non commerçants. Il constitue une protection essentielle. L’absence de mise en demeure régulière rend la déchéance du terme inopposable. Le juge peut alors annuler la résolution du contrat et condamner la banque à des dommages et intérêts.

Le contrôle de l’abusivité des clauses de déchéance du terme

La clause de déchéance du terme n’est pas illicite en soi. Elle doit toutefois respecter le cadre des clauses abusives. L’article L. 212-1 du Code de la consommation (texte officiel) énonce le principe général.

« Les clauses contractuelles établies d’avance par un professionnel et non négociées avec le consommateur qui créent un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties au contrat sont réputées non écrites. »

Cass. 1re civ., 8 octobre 2025, n° 25-70.016 (décision), a précisé.

motifs : « une clause de déchéance du terme est abusive et réputée non écrite notamment si la faculté laissée au professionnel de déclarer exigible la totalité du prêt ne dépend pas de l’inexécution par le consommateur d’une obligation qui présente un caractère essentiel dans le cadre du rapport contractuel en cause, ce qu’il appartient au juge d’apprécier. »

Cette position vise notamment les clauses qui prévoient la déchéance du terme en raison de circonstances extérieures au contrat de crédit. La baisse de la valeur de l’ancien bien, le retard de vente imputable au marché ou le changement de politique commerciale de la banque ne peuvent constituer des motifs valables. Le contrôle de l’abusivité s’exerce au regard de la transparence de la clause. Cass. 1re civ., 13 mars 2019, n° 17-23.169 (décision), rappelle à ce titre.

motifs : « l’exigence selon laquelle une clause contractuelle doit être rédigée de manière claire et compréhensible doit s’entendre comme imposant non seulement que la clause concernée soit intelligible pour le consommateur sur le plan grammatical mais également que le contrat expose de manière transparente le fonctionnement concret du mécanisme auquel se réfère la clause concernée ainsi que la relation entre ce mécanisme et celui prescrit par d’autres clauses de sorte que le consommateur soit en mesure d’évaluer, sur le fondement de critères précis et intelligibles, les conséquences économiques qui en découlent pour lui. »

Mise en garde. Une clause de déchéance du terme fondée sur la non-affectation des fonds à l’achat convenu n’est pas abusive en soi, sous réserve qu’elle laisse à l’emprunteur la possibilité de contester devant le juge l’application concrète de cette stipulation.

Chronologie des étapes clés d’un prêt relais

Étape Délai Acteur Conséquence juridique
Signature du compromis de vente J0 Acquéreur Engagement conditionnel, souvent sous condition suspensive de l’obtention du crédit
Obtention de l’offre de prêt relais J30 à J45 Banque Démarrage du délai de réflexion de dix jours obligatoire
Acceptation de l’offre et déblocage des fonds J45 à J60 Acquéreur Début de la période de remboursement des intérêts du pont
Mise en vente effective de l’ancien bien J0 à J90 Acquéreur Obligation de diligence dans la commercialisation
Dépassement de la durée convenue du prêt relais Selon contrat Banque Risque d’invoquer la déchéance du terme
Mise en demeure préalable de l’emprunteur 8 jours minimum Banque Formalisme obligatoire avant toute exigibilité anticipée
Renouvellement ou conversion du prêt À négocier Banque Aucune obligation légale de prorogation
Recours contentieux de l’emprunteur 5 ans Emprunteur Action en nullité de clause ou demande de délai de grâce

Cette chronologie montre que l’emprunteur dispose d’un délai de réflexion de dix jours après réception de l’offre de prêt. Il peut utiliser ce délai pour vérifier la rédaction de la clause de déchéance du terme et négocier sa suppression ou son aménagement. Une fois l’offre acceptée, la marge de manœuvre se réduit considérablement.

Prêt relais et condition suspensive dans le compromis de vente

Le compromis de vente immobilière comporte fréquemment une condition suspensive d’obtention du prêt. Cette condition protège l’acquéreur en cas de refus définitif de la banque. Elle ne couvre toutefois pas le risque de renouvellement du prêt relais après l’expiration de sa durée. L’acquéreur qui a obtenu un prêt relais initial et qui voit sa demande de prorogation rejetée ne peut pas se prévaloir de la condition suspensive pour résilier le compromis sans pénalité.

La condition suspensive doit être rédigée avec précision. Elle doit viser expressément l’obtention d’un financement pérenne couvrant l’intégralité du prix d’acquisition. Notre analyse détaillée sur la condition suspensive de prêt immobilier et le refus de la banque expose les pièges de cette stipulation. En l’absence de rédaction adéquate, l’acquéreur reste tenu par son engagement de payer le prix convenu. Il risque la perte de son dépôt de garantie et des dommages et intérêts au profit du vendeur.

L’emprunteur peut néanmoins invoquer l’imprévision lorsque le changement de conjoncture rend l’exécution du contrat excessivement onéreuse. Cette voie reste exceptionnelle en matière contractuelle. Elle suppose un bouleversement imprévisible et insurmontable des équilibres économiques du contrat.

Prêt relais à Paris et en Île-de-France : particularités du marché

Le marché immobilier parisien connaît des cycles de liquidité marqués. Les délais de vente d’un appartement ancien à Paris peuvent passer de soixante jours en période de tension à plus de cent quatre-vingts jours en période de ralentissement. Cette volatilité accroît le risque inhérent au prêt relais. Les acheteurs franciliens souscrivent fréquemment des ponts de douze à dix-huit mois. Cette durée peut s’avérer insuffisante lorsque le marché s’inverse brutalement.

Les notaires de Paris constatent une hausse des contentieux liés à la déchéance du terme depuis le quatrième trimestre 2025. Les montants en jeu sont élevés compte tenu des prix au mètre carré de la capitale. Une décision de justice sur la nullité d’une clause de déchéance du terme peut représenter plusieurs centaines de milliers d’euros pour l’emprunteur. La juridiction compétente est le tribunal judiciaire de Paris lorsque le montant du litige excède dix mille euros. Les délais de jugement en référé sont de l’ordre de quatre à huit semaines.

L’emprunteur parisien peut également saisir le juge de l’exécution du tribunal judiciaire de Paris pour solliciter un délai de grâce. Cette procédure rapide permet d’obtenir une suspension provisoire des poursuites pendant un délai maximal de deux ans. Elle ne supprime pas la dette mais en étale le remboursement.

Questions fréquentes

La banque peut-elle refuser de renouveler mon prêt relais sans justification ?

Oui. Le contrat de prêt relais est un crédit à durée déterminée. La banque n’a aucune obligation légale de proroger ou de convertir ce prêt à l’expiration de la durée convenue. Toutefois, un refus brutal sans mise en demeure préalable ou une déchéance du terme invoquée pour un motif extérieur au contrat peuvent être contestés devant le juge.

Quel délai la banque doit-elle respecter avant d’exiger le remboursement total ?

La Cour de cassation impose une mise en demeure préalable à toute déchéance du terme. Cette mise en demeure doit préciser un délai de régularisation raisonnable. Elle doit être restée sans effet pour que la déchéance soit valable. Le contrat ne peut déroger à cette règle que par une disposition expresse et non équivoque.

Puis-je annuler la vente de mon nouveau logement si mon prêt relais n’est pas renouvelé ?

Non, sauf si le compromis de vente prévoyait expressément une condition suspensive couvrant cette hypothèse. La condition suspensive standard vise le refus initial de prêt, pas le refus de prorogation d’un prêt relais déjà obtenu. La résiliation unilatérale expose l’acquéreur à des dommages et intérêts au profit du vendeur.

La clause de déchéance du terme pour non-vente de mon ancien bien est-elle légale ?

Cette clause est souvent considérée comme abusive. L’avis du 8 octobre 2025 précise qu’une clause est abusive. La faculté de déclarer le prêt exigible ne doit pas dépendre de l’inexécution par l’emprunteur d’une obligation essentielle du contrat. Le simple retard de vente imputable au marché ne constitue pas une telle obligation.

Quel recours ai-je si ma banque a déjà saisi mon ancien bien ?

La saisie immobilière est une procédure d’exécution qui suppose une créance certaine et exigible. Si la déchéance du terme est entachée d’irrégularité, l’emprunteur peut former opposition à la saisie et demander l’annulation de la vente aux enchères. Notre guide sur la défense contre la saisie immobilière détaille les étapes de cette procédure.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».