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Congé du bailleur après contestation de l’encadrement des loyers à Paris : recours du locataire en 2026

Fin avril 2026, une nouvelle étude de l’APUR a remis l’encadrement des loyers parisiens au centre du débat public : depuis 2019, l’économie moyenne liée au dispositif serait de l’ordre de 81 euros par mois, soit 968 euros par an. Ce chiffre explique pourquoi de plus en plus de locataires vérifient le loyer de référence majoré, contestent un complément de loyer ou demandent le remboursement d’un trop-perçu.

Le vrai sujet pratique arrive parfois ensuite : le locataire conteste le loyer, puis reçoit quelques semaines ou quelques mois plus tard un congé pour vente, un congé pour reprise ou un congé fondé sur un motif légitime et sérieux. La question n’est pas de dire que tout congé donné après une contestation du loyer est automatiquement nul. La bonne question est plus précise : le bailleur avait-il un motif réel et sérieux, ou le congé sert-il à écarter le locataire qui a demandé l’application de l’encadrement des loyers à Paris ?

L’enjeu est important. Si le congé est valable, le locataire peut perdre son titre d’occupation à l’expiration du préavis. S’il est irrégulier, frauduleux ou insuffisamment justifié, le juge peut le déclarer non valide, le bail peut se poursuivre et le locataire peut demander réparation.

Pourquoi ce sujet remonte maintenant

L’encadrement des loyers n’est plus un sujet théorique à Paris. La Ville rappelle que le locataire peut vérifier le loyer applicable, déposer un signalement et demander le remboursement des loyers trop-perçus lorsque le loyer de base dépasse le loyer de référence majoré. La page officielle de la Ville de Paris sur l’encadrement des loyers précise aussi que le signalement est indépendant d’une action judiciaire.

En pratique, cela crée une zone de tension. Un bailleur peut avoir de vrais motifs de vendre ou de reprendre le logement. Mais un congé notifié juste après une contestation du loyer, une demande de remboursement ou une procédure devant la Commission départementale de conciliation peut devenir suspect, surtout si le dossier contient d’autres indices : prix de vente dissuasif, absence de mise en vente réelle, reprise au profit d’un bénéficiaire imprécis, relocation rapide à un loyer supérieur ou pression écrite contre le locataire.

Le locataire doit donc raisonner en deux blocs : d’abord le contrôle du congé, ensuite le contentieux du loyer. Les deux sujets se croisent, mais ils ne se confondent pas.

Les trois motifs légaux du congé donné par le bailleur

Pour une résidence principale soumise à la loi du 6 juillet 1989, le bailleur ne peut pas donner congé librement. L’article 15 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit trois familles de motifs : vendre le logement, reprendre le logement pour l’habiter ou y loger un proche autorisé, ou invoquer un motif légitime et sérieux, par exemple une inexécution grave des obligations du locataire.

Service-Public résume la même règle dans sa fiche sur le congé donné par le propriétaire bailleur : le congé intervient en principe pour l’échéance du bail, dans des conditions de forme et de délai strictes. Pour un logement vide, le délai de préavis est en principe de six mois lorsqu’il émane du bailleur. Pour un logement meublé, les règles sont également encadrées et le préavis est plus court.

Le premier réflexe est donc de vérifier les points formels : date d’échéance du bail, date de réception du congé, mode de notification, identité du bailleur, motif indiqué, annexes obligatoires, bénéficiaire de la reprise, prix et conditions de vente lorsqu’il s’agit d’un congé pour vendre. Une contestation de l’encadrement des loyers ne dispense jamais de cette vérification de base.

Le congé n’est pas nul seulement parce que vous avez contesté le loyer

Le timing est un indice, pas une preuve suffisante. Un bailleur peut décider de vendre un bien à la fin du bail pour des raisons patrimoniales réelles. Il peut aussi reprendre le logement pour lui-même ou pour un bénéficiaire autorisé si le projet est sérieux. Le juge ne va donc pas annuler un congé uniquement parce qu’il a été notifié après un courrier du locataire sur le loyer de référence majoré.

En revanche, le timing devient utile lorsqu’il s’ajoute à d’autres éléments. Un exemple : le locataire demande le remboursement de 6 000 euros de loyers trop-perçus, le bailleur répond par un message agressif, puis notifie un congé pour vente à un prix manifestement déconnecté du marché, sans mandat de vente, sans visite organisée, et reloue finalement le bien à un nouveau locataire. Dans ce cas, la contestation du loyer éclaire l’intention possible du bailleur.

Le dossier doit donc être construit comme un faisceau d’indices. Il faut montrer que le motif officiel du congé dissimule peut-être un autre objectif : éviter la régularisation du bail, neutraliser la demande de remboursement, remplacer le locataire par un locataire qui acceptera un loyer plus élevé ou faire pression pour obtenir un départ volontaire.

Quels indices peuvent révéler un congé de représailles

Les indices les plus utiles sont souvent chronologiques. Il faut conserver la date de la première contestation du loyer, la date de la réponse du bailleur ou de l’agence, la date du signalement à la Ville de Paris, la date de saisine de la CDC si elle existe, puis la date de réception du congé.

Il faut ensuite chercher les incohérences du motif. Pour un congé pour vente, le prix indiqué est-il réaliste ? Le logement est-il réellement mis en vente ? Des visites sont-elles organisées ? Le bien est-il finalement reloué ? Pour un congé pour reprise, le bénéficiaire est-il clairement désigné ? Appartient-il à la liste autorisée par l’article 15 ? Le projet d’habitation principale est-il sérieux ? Pour un motif légitime et sérieux, le reproche fait au locataire est-il réel, documenté et proportionné, ou apparaît-il après la contestation du loyer ?

La jurisprudence récente confirme que le juge contrôle la réalité du motif. Dans un arrêt du 16 avril 2026 publié au Bulletin, la troisième chambre civile de la Cour de cassation a rappelé, à propos d’un congé pour reprise, que les conditions de la reprise s’apprécient en la personne du bénéficiaire et que le décès de celui-ci avant l’expiration du délai de préavis prive le congé d’effet : Cass. 3e civ., 16 avril 2026, n° 24-13.191. La décision ne porte pas sur l’encadrement des loyers, mais elle illustre l’importance du contrôle concret du motif de reprise.

Que faire dans les quinze premiers jours

Le locataire ne doit pas répondre dans la précipitation. Il doit d’abord mettre le dossier à plat : bail initial, avenants, quittances, diagnostics, congé reçu, enveloppe ou acte de commissaire de justice, échanges avec l’agence, calcul du loyer de référence majoré, capture du simulateur officiel et justificatifs du complément de loyer.

Ensuite, il faut isoler deux questions. Première question : le congé est-il formellement régulier ? Deuxième question : existe-t-il des éléments permettant de soutenir que le motif est artificiel ou détourné ? Cette distinction évite de mélanger les arguments et permet d’adresser au bailleur une réponse plus solide.

Si le congé paraît fragile, le locataire peut demander des explications écrites sans reconnaître la validité du congé. Il peut aussi saisir la Commission départementale de conciliation lorsque le litige le justifie, puis le juge des contentieux de la protection. La Ville de Paris rappelle, dans sa page destinée au locataire dont le propriétaire demande de quitter le logement, que le juge peut vérifier si la reprise a bien lieu et apprécier si le congé a été délivré de manière frauduleuse : congés locatifs à Paris.

Ne pas abandonner le dossier d’encadrement des loyers

Recevoir un congé ne fait pas disparaître les droits liés à l’encadrement du loyer. Si le loyer de base dépasse le plafond, il faut continuer à chiffrer le dépassement et les loyers trop-perçus. Pour un bail parisien, Service-Public rappelle que le loyer de base ne doit pas dépasser le loyer de référence majoré et que le complément de loyer obéit à des règles spécifiques : montant du loyer pour un bail d’habitation à Paris.

Le complément de loyer mérite une attention séparée. Pour les baux concernés, le locataire dispose d’un délai de trois mois à partir de la signature du bail pour saisir la commission de conciliation lorsqu’il conteste le complément. La contestation du loyer de base et celle du complément de loyer ne suivent pas toujours le même calendrier.

Si le bailleur a reçu une mise en demeure ou un signalement de la Ville de Paris, le locataire doit conserver toutes les pièces. Elles peuvent servir dans le litige sur le loyer, mais aussi dans le débat sur le congé si elles montrent une réaction de représailles. Pour approfondir le contentieux du loyer lui-même, notre article sur le loyer supérieur au plafond à Paris et le complément de loyer abusif détaille les délais et le calcul des trop-perçus.

Paris et Île-de-France : stratégie devant le juge

À Paris, le contentieux du bail d’habitation relève en principe du juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire compétent. La section locale est importante : un bail situé à Paris ne se traite pas comme un bail situé à Nanterre, Bobigny, Créteil, Versailles ou Évry, même si les grands principes de la loi de 1989 sont communs.

La stratégie dépend surtout du calendrier. Si l’échéance du bail est proche, il faut éviter d’attendre passivement la fin du préavis. Si le locataire part sans contester, il peut encore agir dans certains cas, notamment si la fraude apparaît après son départ, mais il perd une partie de sa force pratique : la discussion porte alors plus souvent sur l’indemnisation que sur le maintien dans les lieux.

Les pièces utiles sont concrètes : congé complet, justificatif de réception, bail, quittances, calcul du loyer plafond, courriers de contestation, signalement Ville de Paris, échanges avec l’agence, annonces de remise en location, photographies, constats, estimation du prix de vente, captures d’écran des annonces immobilières et preuves des visites ou de leur absence. Dans un dossier de congé pour vente, notre article sur la remise en location après un congé pour vente peut aider à identifier les preuves à surveiller après le départ.

Côté bailleur : éviter un congé qui aggrave le litige

Le bailleur ne doit pas utiliser le congé comme réponse réflexe à une contestation de loyer. Si le loyer est contesté, il faut d’abord vérifier le calcul, le loyer de référence majoré, la période applicable, la catégorie du logement, le complément de loyer et les éventuelles régularisations possibles.

Si le bailleur a un vrai projet de vente ou de reprise, il doit documenter ce projet avant la notification du congé : estimation, mandat, situation du bénéficiaire de la reprise, projet d’habitation principale, cohérence du calendrier, absence de contradiction dans les courriers. Un congé techniquement valable peut devenir risqué si les échanges montrent que le but réel était de faire taire la contestation du loyer.

L’article 15 prévoit même une sanction pénale en cas de congé justifié frauduleusement par une décision de reprendre ou de vendre le logement : l’amende peut aller jusqu’à 6 000 euros pour une personne physique et 30 000 euros pour une personne morale, sans préjudice de la réparation du locataire. Dans un marché parisien tendu, cet argument n’est pas seulement théorique.

Checklist rapide avant d’agir

Avant de contester ou de répondre, vérifiez ces points :

  • le bail est-il vide, meublé ou particulier ;
  • le congé vise-t-il la bonne échéance ;
  • le délai de préavis est-il respecté ;
  • le motif est-il clairement indiqué ;
  • le bénéficiaire de la reprise est-il autorisé et identifiable ;
  • le prix du congé pour vente paraît-il cohérent ;
  • le congé contient-il les mentions obligatoires ;
  • la contestation du loyer est-elle datée et prouvée ;
  • le calcul du loyer de référence majoré est-il conservé ;
  • le bailleur ou l’agence a-t-il écrit une réponse pouvant révéler une pression ou une représaille.

Pour un premier cadrage plus large, vous pouvez aussi consulter la page du cabinet dédiée à l’avocat en droit immobilier à Paris.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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