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Cession du droit au bail commercial : accord du bailleur, formalités et recours

Un commerçant peut avoir trouvé un repreneur pour son local, signé une promesse de cession et négocié un prix. Le dossier peut pourtant se bloquer au dernier moment : le bailleur refuse de signer, demande un dossier complet, invoque une clause d’agrément ou menace de résilier le bail si l’acte est passé sans lui.

La cession du droit au bail n’est donc pas une simple formalité de vente. Elle touche au contrat de bail, au fonds exploité, à la destination des lieux, à la garantie du cédant et parfois aux créanciers inscrits. Une erreur de procédure peut rendre la cession inopposable au bailleur, exposer le cédant à rester garant des loyers ou faire perdre au repreneur le local qu’il pensait acheter.

L’enjeu est immédiat : savoir si le bailleur peut bloquer, quelles pièces envoyer, comment sécuriser l’acte et quel recours envisager lorsque le refus sert seulement à renégocier le loyer ou à imposer un autre candidat. Cette question s’inscrit dans les contentieux plus larges de droit des affaires traités par le cabinet.

Cession du droit au bail ou cession du fonds de commerce : la différence change tout

Le droit au bail est le droit d’occuper les locaux commerciaux selon les conditions du bail en cours. Il a une valeur propre lorsque l’emplacement, le loyer ou la durée restante du bail présentent un intérêt économique.

La cession du fonds de commerce emporte en général la transmission de plusieurs éléments : clientèle, enseigne, matériel, nom commercial, parfois contrats, et droit au bail. La cession isolée du droit au bail est plus étroite : le cédant transmet essentiellement le bénéfice du bail, sans transmettre tout le fonds exploité.

Cette distinction est décisive. L’article L.145-16 du Code de commerce rend non écrites les clauses qui interdisent au locataire de céder son bail à l’acquéreur de son fonds de commerce ou de son entreprise. Autrement dit, le bailleur ne peut pas neutraliser par avance toute cession du bail au repreneur du fonds.

Mais cela ne signifie pas que toute cession isolée du droit au bail est libre. Le bail peut prévoir des conditions : agrément du bailleur, convocation du bailleur à l’acte, acte authentique, respect de la destination des lieux, communication préalable du projet, solidarité temporaire du cédant. Ces clauses ne doivent pas être confondues avec une interdiction absolue.

Le premier réflexe consiste donc à relire le bail, et non à se limiter à la promesse signée avec le repreneur. Il faut identifier trois points :

  • la clause de cession ;
  • la destination contractuelle des lieux ;
  • la clause de garantie solidaire ou de paiement des loyers après cession.

Sans cette lecture, le cédant peut vendre un droit plus fragile qu’il ne l’imagine. Le cessionnaire peut payer un prix pour un bail qui ne lui sera pas opposable. Le bailleur peut recevoir un acte incomplet et saisir l’occasion pour contester toute l’opération.

Le bailleur peut-il refuser la cession ?

La réponse dépend du type de cession et de la clause du bail.

Lorsque la cession intervient avec le fonds de commerce, le bailleur ne peut pas se fonder sur une interdiction générale de céder. Une clause qui interdit toute cession à l’acquéreur du fonds est réputée non écrite. En revanche, le bail peut organiser les modalités de la cession : information préalable, intervention à l’acte, respect de la forme prévue, vérification de l’activité du repreneur.

Lorsque la cession porte seulement sur le droit au bail, le bailleur dispose souvent d’un pouvoir plus important. Si le bail prévoit son agrément, il faut obtenir cet accord ou contester un refus abusif. Si le bail impose une activité précise, le repreneur ne peut pas changer librement la destination des lieux sans vérifier la clause et, le cas échéant, la procédure de déspécialisation.

Le bailleur ne peut pas transformer une clause d’agrément en pouvoir arbitraire. Un refus doit s’appuyer sur un motif sérieux : incompatibilité de l’activité envisagée avec la destination du bail, risque objectif pour l’immeuble, dossier financier insuffisant, non-respect des formes prévues, absence de pièces essentielles. À l’inverse, un refus destiné à obtenir une hausse immédiate du loyer, à reprendre le local sans procédure ou à imposer un tiers peut être discuté.

Il faut documenter les échanges. Une demande d’agrément doit être précise : identité du cessionnaire, activité prévue, prix, projet d’acte, garanties financières, date de réalisation souhaitée, extrait Kbis ou projet de société si le repreneur constitue une structure. Plus le dossier transmis est complet, plus un refus vague devient contestable.

Les formalités à sécuriser avant de signer

L’article 1216 du Code civil rappelle qu’une cession de contrat suppose l’accord du cocontractant cédé, accord qui peut être donné par avance, et que la cession doit être constatée par écrit. La Cour de cassation a jugé le 9 juin 2022, dans une décision de chambre commerciale n° 20-18.490, que lorsque l’accord a été donné par avance, la cession produit effet à l’égard du cédé lorsqu’elle lui est notifiée ou lorsqu’il en prend acte (source officielle).

En pratique, la cession du droit au bail doit donc être préparée comme un dossier de preuve. Il ne suffit pas de signer une promesse entre cédant et cessionnaire. Il faut rendre l’opération opposable au bailleur et respecter les exigences du bail.

Les pièces utiles sont les suivantes :

  • bail commercial et avenants ;
  • état des loyers et charges ;
  • clause de destination ;
  • clause d’agrément ou de cession ;
  • projet de promesse ou d’acte définitif ;
  • identité du repreneur et justificatifs de capacité financière ;
  • description de l’activité envisagée ;
  • accord du bailleur ou preuve de sa convocation à l’acte ;
  • notification de la cession selon les formes retenues ;
  • état des garanties et dépôt de garantie ;
  • vérification des inscriptions ou créanciers concernés lorsque l’opération est liée au fonds.

La page officielle Service-Public Entreprendre sur la cession du bail commercial rappelle aussi que le locataire est libre de céder son bail, mais que les règles du bail et les formalités doivent être respectées. Ce point est souvent sous-estimé : la liberté de céder n’efface pas la procédure.

L’acte doit également régler la période intermédiaire. Qui paie le loyer entre la promesse et la signature ? Que se passe-t-il si le bailleur refuse ? Le prix est-il séquestré ? Le cessionnaire peut-il récupérer son dépôt ? Le cédant reste-t-il garant si le repreneur cesse de payer ? Ces questions doivent être écrites avant le transfert, pas après le litige.

Clause de garantie solidaire : le risque qui survit à la vente

Le cédant pense souvent être libéré dès la signature de la cession. Ce n’est pas toujours le cas.

Beaucoup de baux commerciaux contiennent une clause de garantie solidaire. Elle prévoit que le locataire cédant reste garant du paiement des loyers et de l’exécution du bail par le cessionnaire pendant une certaine période. Cette clause protège le bailleur contre un repreneur défaillant.

Pour le cédant, le risque est concret. Il a vendu son droit au bail, quitté les locaux, encaissé le prix, puis reçoit plusieurs mois plus tard une mise en demeure pour loyers impayés. Il découvre que la clause de garantie l’expose encore.

Avant de signer, il faut donc vérifier :

  • la durée de la garantie ;
  • les dettes garanties ;
  • l’obligation d’information du cédant en cas d’impayé ;
  • les garanties demandées au cessionnaire ;
  • la possibilité de substituer une garantie bancaire ou une autre sûreté.

L’article L.145-16 du Code de commerce prévoit d’ailleurs qu’en cas de cession, si l’obligation de garantie ne peut plus être assurée dans les termes de la convention, le tribunal peut y substituer les garanties qu’il juge suffisantes. Cette règle peut devenir utile lorsque le bailleur exige un maintien de garantie disproportionné ou lorsque l’économie de la cession impose une solution plus équilibrée.

Retraite ou invalidité du locataire : un régime particulier

Le locataire commerçant ou artisan qui part à la retraite ou bénéficie d’une pension d’invalidité dispose d’un régime spécifique. L’article L.145-51 du Code de commerce prévoit qu’il peut signifier au propriétaire et aux créanciers inscrits sur le fonds son intention de céder son bail, en précisant l’activité envisagée et le prix proposé.

Le bailleur bénéficie alors d’une priorité de rachat pendant deux mois aux conditions indiquées dans la signification. Ce mécanisme est pratique lorsque le locataire veut sortir de son activité et céder le bail à un repreneur qui exercera une activité différente.

Là encore, le formalisme compte. La signification doit être complète. Le prix, l’activité envisagée et les destinataires doivent être vérifiés. Une notification approximative peut ouvrir un contentieux inutile ou retarder la cession.

Pour un commerçant proche de la retraite, l’erreur classique consiste à négocier directement avec un repreneur sans organiser le calendrier avec le bailleur. Il faut au contraire préparer le dossier dans l’ordre : bail, activité envisagée, prix, créanciers inscrits, signification, délai de deux mois, acte définitif.

Que faire si le bailleur bloque la cession ?

Le blocage peut prendre plusieurs formes. Le bailleur ne répond pas. Il demande des pièces déjà transmises. Il refuse sans motif. Il affirme que toute cession est interdite. Il exige une augmentation de loyer. Il menace de faire jouer la clause résolutoire si l’acte est signé.

La réponse dépend du dossier.

Première étape : qualifier le type de cession. Si la cession accompagne la vente du fonds, une interdiction générale doit être contestée au regard de l’article L.145-16 du Code de commerce. Si la cession est isolée, il faut vérifier si l’agrément du bailleur est réellement requis et quelles conditions ont été respectées.

Deuxième étape : mettre le bailleur face à un dossier complet. Une lettre courte peut rappeler la clause du bail, l’identité du cessionnaire, l’activité envisagée, les garanties proposées, la date prévue et les pièces communiquées. Elle doit demander une réponse motivée dans un délai compatible avec l’opération.

Troisième étape : préparer le contentieux utile. Selon l’urgence, il peut s’agir d’une mise en demeure, d’un référé pour faire cesser un trouble ou obtenir une mesure conservatoire, ou d’une action au fond pour faire juger le refus abusif et demander réparation. Le tribunal compétent dépendra du statut des parties, du bail et de la nature de la demande.

Il ne faut pas signer en force sans analyse. Une cession passée en violation d’une clause claire peut fragiliser le repreneur et exposer le cédant. Mais il ne faut pas non plus accepter un refus vague. Le bon dossier est celui qui montre que le bailleur a été informé, que les formes utiles ont été respectées et que son opposition ne repose pas sur un motif sérieux.

Paris et Île-de-France : les points pratiques

À Paris et en Île-de-France, la valeur du droit au bail dépend souvent de l’emplacement, de la destination autorisée et de l’écart entre le loyer contractuel et le marché. Le contentieux est donc fréquent lorsque le local est bien situé ou lorsque le bailleur voit dans la cession une occasion de reprendre la main.

Les dossiers les plus sensibles concernent les restaurants, salons de beauté, commerces alimentaires, boutiques de quartier, activités de service et locaux mixtes avec extraction, terrasse, autorisation administrative ou contraintes de copropriété.

La préparation doit intégrer les contraintes locales :

  • vérification de la destination exacte du bail ;
  • conformité de l’activité du repreneur avec le règlement de copropriété ;
  • autorisations administratives nécessaires ;
  • calendrier de signature avec séquestre du prix ;
  • éventuelle compétence du tribunal de commerce lorsque le litige oppose commerçants ou sociétés commerciales ;
  • articulation avec la page de pratique du cabinet en bail commercial à Paris et les dossiers de cession de fonds de commerce.

Lorsque l’opération est urgente, il faut surtout éviter les échanges informels. Un accord oral du bailleur, un courriel ambigu ou une simple présence à une réunion ne suffisent pas toujours. L’écrit doit fixer la cession, l’activité, la date et les conditions.

Ce que les pages concurrentes traitent moins

Les pages françaises benchmarkées expliquent bien les notions de base : définition du droit au bail, accord du bailleur, formalités et clause de garantie. La page Service-Public donne une synthèse officielle. Village de la Justice présente les sanctions de la cession irrégulière. Le Coin des Entrepreneurs détaille les étapes de valorisation et d’acte.

Le manque porte sur la décision à prendre dans un dossier réel. Le commerçant veut savoir quoi faire si le bailleur bloque, si la clause d’agrément est ambiguë, si l’activité change, si le repreneur veut signer vite ou si la garantie solidaire laisse une dette après la vente.

La méthode est simple : relire le bail, distinguer cession du fonds et cession isolée, transmettre un dossier complet, sécuriser la notification, encadrer la garantie et préparer une réponse proportionnée au refus du bailleur. C’est cette chronologie qui évite de transformer une cession rentable en contentieux de bail.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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