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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Dossier de surendettement et dettes de jeux d’argent, paris sportifs, casino : la commission suspecte la mauvaise foi, l’huissier poursuit — déclarer, prouver la bonne foi, suspendre et contester devant le juge, que faire ?

Vous avez accumulé des dettes liées à des paris sportifs en ligne, à des parties de poker ou à des machines de casino, puis vous avez souscrit un ou plusieurs crédits à la consommation pour rembourser, rejouer et tenir jusqu’à la fin du mois. La commission de surendettement de la Banque de France examine votre dossier avec une attention particulière, la banque oppose parfois votre comportement, un huissier poursuit déjà par saisie sur le compte ou retenue sur le salaire, et vous vous demandez si ces dettes peuvent être traitées comme les autres. La réponse tient en un principe simple : les dettes de jeux ne sont pas exclues par nature de la procédure, mais la question de la bonne foi conditionne tout, depuis la recevabilité jusqu’à l’effacement final. Cet article explique comment déclarer ces dettes sans commettre d’erreur, quelles preuves apporter pour établir votre bonne foi, comment obtenir la suspension des poursuites après la recevabilité, puis comment construire un plan ou un rétablissement personnel qui tienne devant la commission et, en cas de contestation, devant le juge des contentieux de la protection. Le propos reste concret, respectueux de votre situation, centré sur les pièces à réunir, les délais à respecter et les recours à exercer.

I. Dettes de jeux et recevabilité du dossier de surendettement : déclarer, prouver la bonne foi et suspendre l’huissier

A. Comment déclarer les dettes de jeux sans aggraver le soupçon de mauvaise foi : que faire dès le dépôt du dossier ?

La première règle consiste à tout déclarer, avec exactitude, dès le dossier initial. Le texte de référence dispose que « Le bénéfice des mesures de traitement des situations de surendettement est ouvert aux personnes physiques de bonne foi. » Cette phrase, tirée de l’article L. 711-1 du code de la consommation, fixe le cadre de l’examen. La commission puis, en cas de recours, le juge, apprécient votre situation au jour où ils statuent, au vu de l’ensemble des éléments du dossier. Dissimuler une dette de jeu, minorer un découvert, omettre un crédit revolving souscrit pour rejouer ou taire des gains récents fragilise bien davantage votre position que la nature ludique de la dépense initiale. La jurisprudence rappelle que « En matière de surendettement, l’appréciation de la bonne foi du débiteur relève du pouvoir souverain du juge du fond. » Cette solution, posée par la deuxième chambre civile de la Cour de cassation le 2 juillet 2020, pourvoi numéro 18-26.213, signifie que le juge dispose d’une marge d’appréciation large, mais qu’il doit motiver son analyse par des faits précis et actuels, et non par un reproche général adressé au joueur.

En pratique, la commission distingue le joueur qui a perdu le contrôle de ses dépenses à un moment donné puis a cherché à redresser la situation, du dossier qui révèle une aggravation volontaire et récente de l’endettement. Plusieurs signaux retiennent son attention : la multiplication des crédits à la consommation dans les mois qui précèdent le dépôt, l’utilisation d’une réserve d’argent immédiatement après sa reconstitution, des versements importants et répétés vers des opérateurs de jeux en ligne alors que les charges courantes restent impayées, des déclarations incohérentes entre les relevés bancaires et le dossier, ou encore la poursuite des mises après un premier refus de la commission. À l’inverse, plusieurs éléments plaident en faveur de la bonne foi et méritent d’être documentés dès le départ : l’arrêt effectif des jeux, attesté par la clôture des comptes de jeux, la demande d’auto-exclusion, les relevés qui montrent l’absence de nouveaux versements vers des opérateurs, la reprise du paiement des charges prioritaires comme le loyer, l’énergie et les impôts, la recherche d’un accompagnement pour la dépendance, et une présentation loyale de l’historique. Les dettes de jeux n’entrent pas dans la liste légale des dettes exclues de tout effacement. Cette liste prévoit que « Sauf accord du créancier, sont exclues de toute remise, de tout rééchelonnement ou effacement : 1° Les dettes alimentaires ; 2° Les réparations pécuniaires allouées aux victimes dans le cadre d’une condamnation pénale ; » selon l’article L. 711-4 du code de la consommation. Les dettes de jeux, les crédits souscrits pour jouer, les découverts et les prêts personnels restent donc traitables, sous réserve de l’appréciation de la bonne foi et de la vérification de chaque créance.

La méthode de déclaration compte autant que le fond. Dressez un tableau précis, créancier par créancier, avec le capital restant dû, les intérêts, les frais, les dates de souscription et l’usage réel des fonds. Joignez les trois derniers mois de relevés de tous vos comptes, y compris ceux qui ne servent qu’aux jeux, les contrats de crédit, les tableaux d’amortissement, les mises en demeure, les contraintes et les actes d’huissier déjà reçus. Si vous avez perçu des gains, indiquez leur montant, leur date et leur affectation, même lorsqu’ils ont été rejoués. Si vous avez clôturé vos comptes de jeux, produisez les confirmations de clôture et les attestations d’auto-exclusion. Si vous suivez un accompagnement médical, associatif ou social, joignez les attestations de suivi, dans le respect du secret médical, sans détailler ce qui relève de l’intime. Lorsque le dossier est commun à deux conjoints, chaque situation est examinée séparément. La Cour de cassation juge que « Il résulte de ce texte, qui n’ouvre le bénéfice des mesures de traitement des situations de surendettement qu’aux personnes physiques de bonne foi, que le juge doit se prononcer sur la bonne foi de chaque demandeur à la procédure de surendettement. » Cette solution ressort de la décision de la deuxième chambre civile du 21 mai 2026, pourvoi numéro 23-20.970. Concrètement, le conjoint qui n’a pas joué et qui a tenté de limiter les dépenses conserve ses propres arguments, même si l’autre a multiplié les mises. La commission dresse ensuite l’état du passif. Le code prévoit que « Après avoir procédé à l’examen de la recevabilité de la demande de traitement de la situation de surendettement, la commission dresse l’état du passif du débiteur. » selon l’article L. 723-1 du code de la consommation. Vérifiez chaque ligne de cet état : un crédit ancien peut être prescrit, un solde peut intégrer des intérêts contestables, un opérateur de crédit peut avoir racheté la créance sans justificatif complet. Pour une vision d’ensemble de la recevabilité et de l’effacement, le lecteur peut se reporter à la page d’analyse du cabinet sur le dossier de surendettement devant la Banque de France, recevabilité et effacement des dettes, qui présente le parcours général de la procédure.

Trois erreurs reviennent souvent et méritent d’être écartées d’emblée. La première consiste à cesser de payer le loyer, l’énergie ou les impôts pour rembourser en priorité l’opérateur de jeux ou l’organisme de crédit qui appelle le plus souvent. Cette hiérarchie inversée aggrave la situation et nourrit le soupçon d’organisation de l’insolvabilité. La deuxième consiste à souscrire un nouveau crédit, même modeste, entre le dépôt et la décision de recevabilité, pour rejouer ou pour combler un découvert. Tout nouvel emprunt pendant cette période est scruté avec sévérité. La troisième consiste à contester la recevabilité sans pièce nouvelle, par un simple courrier de mécontentement. Un recours utile s’appuie sur des relevés, des attestations, un calendrier d’arrêt des jeux et un budget sincère. Si la commission déclare le dossier irrecevable pour mauvaise foi, le recours devant le juge des contentieux de la protection reste ouvert dans le délai fixé par les textes, avec un dossier complété et actualisé au jour de l’audience. Le juge réexamine alors l’ensemble des éléments, y compris les efforts accomplis depuis la décision de la commission, comme l’arrêt durable des mises et la stabilisation des charges courantes.

B. Dossier de surendettement et huissier qui poursuit pour des dettes de jeux : comment obtenir la suspension des saisies après la recevabilité ?

La recevabilité change immédiatement le rapport de force avec les créanciers et les huissiers. Le code dispose que « La recevabilité de la demande emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur ainsi que des cessions de rémunération consenties par celui-ci et portant sur les dettes autres qu’alimentaires. » selon l’article L. 722-2 du code de la consommation. La Cour de cassation rappelle la même règle en jugeant que « la recevabilité de la demande emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur. » selon la décision de la deuxième chambre civile du 23 octobre 2025, pourvoi numéro 23-12.623. Cette suspension couvre les saisies-attribution sur les comptes bancaires, les saisies-vente de meubles, les saisies des rémunérations déjà autorisées et les cessions de salaire consenties pour des dettes non alimentaires, pour les dettes autres qu’alimentaires. Elle ne couvre pas les dettes alimentaires courantes, qui continuent à être payées, et elle ne fait pas disparaître la dette : elle fige les poursuites pendant l’instruction, afin que la commission puisse établir un plan réaliste.

En pratique, l’effet n’est pas toujours spontané. Un huissier peut poursuivre sur la base d’un titre antérieur, une banque peut maintenir une saisie-attribution notifiée avant la recevabilité, un employeur peut continuer une retenue parce qu’il n’a pas reçu l’information. La conduite à tenir reste simple et écrite. Adressez à chaque poursuivant, par lettre recommandée avec accusé de réception, la copie de la notification de recevabilité, en rappelant la référence du dossier, la date de la décision et le fondement de la suspension. Demandez la mainlevée ou l’interruption des mesures en cours, la restitution des sommes saisies après la date d’effet lorsqu’elles portent sur des dettes suspendues, et la suspension des intérêts dans les conditions prévues par la procédure. Conservez chaque preuve d’envoi, chaque réponse et chaque relevé bancaire postérieur à la recevabilité. Si la poursuite continue malgré la notification, saisissez sans attendre la commission puis, si nécessaire, le juge des contentieux de la protection, avec un dossier chronologique : notification de recevabilité, courriers au créancier et à l’huissier, actes de poursuite postérieurs, relevés bancaires et bulletins de salaire montrant les retenues. Le juge peut ordonner la suspension, constater l’interdiction et tirer les conséquences d’une mesure pratiquée en violation de la suspension.

La durée de cette protection est encadrée. Le code précise que « Les procédures et les cessions de rémunération sont suspendues ou interdites, selon les cas, jusqu’à l’approbation du plan conventionnel de redressement prévu à l’article L. 732-1 , jusqu’à la décision imposant les mesures prévues aux articles L. 733-1 , L. 733-4 , L. 733-7 et L. 741-1 , jusqu’au jugement prononçant un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire ou jusqu’au jugement d’ouverture d’une procédure de rétablissement personnel avec liquidation judiciaire. » selon l’article L. 722-3 du code de la consommation. La même disposition ajoute que cette suspension et cette interdiction ne peuvent excéder deux ans. Ce délai impose une discipline : pendant la suspension, payez les charges courantes, respectez les mensualités provisoires fixées le cas échéant, ne souscrivez aucun crédit nouveau, ne rejouez aucune somme, même faible, et signalez à la commission toute variation de revenus. Une reprise des jeux pendant la suspension, documentée par de nouveaux versements vers des opérateurs, peut conduire à une révision sévère du plan, voire à une déchéance ultérieure. À l’inverse, une période de suspension mise à profit pour stabiliser le budget, solder les dettes alimentaires courantes et démontrer plusieurs mois sans mise prépare favorablement l’orientation vers un plan ou vers un effacement.

Un point technique mérite une vigilance particulière pour les dettes de jeux adossées à des crédits anciens. Le code prévoit que « L’action des professionnels, pour les biens ou les services qu’ils fournissent aux consommateurs, se prescrit par deux ans. » selon l’article L. 218-2 du code de la consommation. Pendant la procédure, le jeu de la suspension et de l’interdiction modifie le cours de ce délai, sans l’effacer. La décision du 23 octobre 2025, pourvoi numéro 23-12.623, déjà citée, illustre l’importance de ce mécanisme : la cour y contrôle la distinction entre suspension et interruption et censure une analyse qui avait confondu les deux régimes. Pour le débiteur, l’enseignement reste pratique. Ne laissez pas passer une créance prescrite dans l’état du passif sans la discuter. Demandez le détail du premier impayé non régularisé, de la déchéance du terme, des actes interruptifs et des périodes de suspension liées à la procédure. Une créance de crédit revolving ancien, mobilisée pour financer des mises répétées, peut se révéler prescrite en tout ou partie, ce qui réduit le passif et renforce la crédibilité du plan. Cette vérification s’effectue ligne par ligne, pièces en main, avec l’aide de la commission puis du juge en cas de contestation de l’état des dettes.

II. Effacer les dettes de jeux ou les rééchelonner : plan, rétablissement personnel et recours devant le juge

A. Plan conventionnel, mesures imposées et retour à meilleure fortune : calculer, prouver l’arrêt des jeux et éviter la déchéance, que faire ?

Lorsque la capacité de remboursement le permet, même partiellement, la commission privilégie un plan. La loi organise une gradation : plan conventionnel négocié avec les créanciers, puis, en cas d’échec, mesures imposées, avec rééchelonnement, report, réduction des intérêts et, dans certains cas, effacement partiel. Le calcul repose sur le reste à vivre, c’est-à-dire les ressources après déduction des charges incompressibles et d’un minimum vital qui ne peut être réduit en dessous d’un seuil protecteur. Pour un joueur en cours de sevrage, la présentation du budget doit être irréprochable : revenus nets, aides, pensions versées ou reçues, loyer ou mensualité de prêt immobilier, énergie, assurances, transport, frais de santé, frais liés aux enfants, impôts. Chaque charge est justifiée par une pièce récente. Les versements vers des opérateurs de jeux doivent avoir disparu des relevés. Si des prélèvements persistent, même pour des abonnements liés à des plateformes, résiliez-les et produisez les confirmations. La commission apprécie la sincérité autant que les chiffres. Un budget qui intègre encore une ligne jeux, même présentée comme modérée, ruine la demande.

La preuve de l’arrêt des jeux se construit sur plusieurs mois. Les relevés bancaires constituent la pièce maîtresse : ils doivent montrer l’absence de versements vers des opérateurs identifiés, l’absence de rechargements de portefeuilles électroniques dédiés aux mises, et l’absence de retraits inhabituels en espèces compatibles avec des mises au comptant. Complétez par les attestations de clôture des comptes de jeux en ligne, les confirmations d’auto-exclusion, les relevés des portefeuilles électroniques, et, lorsque vous en bénéficiez, les attestations de suivi par un professionnel de santé, une association d’aide aux joueurs ou un service social. Ces documents ne visent pas à exposer votre vie privée, mais à établir un fait simple : les mises ont cessé et le budget présenté est fiable. En cas de rechute ponctuelle, ne la dissimulez pas. Expliquez-la, datez-la, chiffrez-la et montrez les mesures prises aussitôt : blocage renforcé, clôture d’un compte rouvert, reprise du suivi. Une rechute reconnue et traitée reste moins destructrice qu’une rechute découverte par la commission dans les relevés.

Le plan, une fois adopté ou imposé, doit être exécuté avec rigueur. Payez chaque mensualité à date, sans privilégier un créancier, sans régler à part un opérateur de crédit qui exerce une pression plus forte, sans retomber dans le découvert pour honorer une échéance. Informez la commission de toute baisse durable de revenus, comme une perte d’emploi ou un arrêt maladie prolongé, afin de solliciter une révision plutôt que de laisser s’accumuler des impayés. À l’inverse, toute rentrée exceptionnelle, comme un rappel de salaire, une succession ou un gain, doit être signalée, car elle peut justifier une révision du plan. Le retour à meilleure fortune, lorsqu’il est prévu, n’est pas une sanction : il permet d’adapter l’effacement partiel à une situation redevenue plus favorable, dans les limites fixées par la décision. La déchéance, en revanche, sanctionne l’inexécution sans motif légitime, la fausse déclaration ou l’aggravation volontaire de l’insolvabilité pendant le plan. Rejouer des sommes significatives après l’adoption du plan, souscrire un crédit dissimulé ou organiser son insolvabilité expose à la déchéance, qui fait perdre le bénéfice des mesures et rouvre la voie aux poursuites. La prévention reste simple : aucun crédit nouveau, aucun jeu, aucun paiement préférentiel, et une information rapide de la commission en cas de difficulté.

Deux contrôles techniques renforcent encore votre position pendant cette phase. D’abord, la vérification de l’état des dettes, ligne par ligne, avec exigence des contrats, des décomptes et des justifications des frais. Un crédit revolving ancien, un prêt personnel réaménagé plusieurs fois ou une dette rachetée par un fonds de recouvrement appellent une vigilance accrue sur la prescription biennale et sur le montant exigible. Ensuite, le traitement des dettes exclues de tout effacement. Les dettes alimentaires courantes, les réparations allouées aux victimes dans le cadre pénal et certaines dettes frauduleuses envers des organismes sociaux ne peuvent être effacées sans l’accord du créancier, selon la liste déjà citée de l’article L. 711-4 du code de la consommation. Les dettes de jeux ordinaires n’y figurent pas, mais une dette née d’une fraude caractérisée, établie par une décision de justice ou par une sanction d’un organisme dans les conditions prévues par les textes, relève d’un régime distinct et doit être traitée à part, avec les pièces de la procédure concernée. Cette distinction évite deux écueils : croire que tout est effaçable, ou croire que rien ne l’est à cause des jeux.

B. Rétablissement personnel et dettes de jeux à Paris et en Île-de-France : effacement, dettes exclues et contestation devant le juge des contentieux de la protection, que faire ?

Lorsque la situation est irrémédiablement compromise et qu’aucun plan réaliste ne peut être mis en place, la commission peut orienter vers un rétablissement personnel, sans liquidation judiciaire si le patrimoine ne comporte que des biens courants sans valeur réalisable significative, ou, avec votre accord, saisir le juge aux fins d’ouverture d’une procédure avec liquidation dans les autres cas. Le principe de l’effacement sans liquidation est posé en ces termes : « En l’absence de contestation dans les conditions prévues à l’article L. 741-4 , le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire entraîne l’effacement de toutes les dettes, professionnelles et non professionnelles, du débiteur, arrêtées à la date de la décision de la commission, à l’exception des dettes mentionnées aux articles L. 711-4 et L. 711-5 et des dettes dont le montant a été payé au lieu et place du débiteur par la caution ou le coobligé, personnes physiques. » selon l’article L. 741-2 du code de la consommation. La Cour de cassation précise la portée temporelle de cet effacement en jugeant que « à défaut de contestation dans les conditions prévues par l’article L. 741-4, le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire imposé par la commission entraîne, sauf exceptions légales, l’effacement de toutes les dettes, professionnelles et non professionnelles, du débiteur nées à la date de la décision de la commission sur la mesure imposée de rétablissement personnel sans liquidation judiciaire. » selon la décision de la deuxième chambre civile du 26 mars 2026, pourvoi numéro 23-18.726. Une autre décision illustre le même principe pour une dette née avant la décision de la commission, même lorsqu’une juridiction statue postérieurement sur son montant : la décision de la deuxième chambre civile du 23 novembre 2023, pourvoi numéro 22-11.535, retient que l’effacement vise les dettes arrêtées à la date de la décision de la commission, à l’exception des dettes visées par les textes. Pour un joueur dont le passif est ancien et stabilisé, sans actif réalisable, cette orientation peut conduire à un effacement large, y compris des crédits souscrits pour jouer, dès lors que la bonne foi est admise et que les dettes ne relèvent pas des exclusions légales.

La contestation reste possible, pour vous comme pour un créancier. Le code prévoit que « Une partie peut contester devant le juge des contentieux de la protection, dans un délai fixé par décret, le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire imposé par la commission. » selon l’article L. 741-4 du code de la consommation. Un opérateur de crédit invoque parfois la mauvaise foi liée aux jeux pour faire échec à l’effacement. La réponse se prépare comme en recevabilité, mais avec une exigence renforcée sur la période récente : relevés complets jusqu’à l’audience, preuves de clôture des comptes de jeux, attestations de suivi, budget actualisé, justificatifs de paiement des charges courantes. Le juge réexamine la bonne foi au jour où il statue, contrôle l’état du passif et vérifie la date d’arrêt des dettes. Si un créancier soutient qu’une dette n’a pas été portée à la connaissance de la commission, la décision du 26 mars 2026, pourvoi numéro 23-18.726, déjà citée, fournit le cadre d’analyse : l’effacement vise les dettes nées à la date de la décision de la commission, qu’elles aient été ou non déclarées, sous réserve des exceptions légales et de la discussion sur la date de naissance de la créance. Chaque dette litigieuse appelle donc une analyse précise de sa date de naissance, de son montant arrêté et de son éventuelle exclusion.

À Paris et en Île-de-France, ce contentieux présente des traits pratiques qu’il convient d’intégrer dès le dépôt. La juridiction compétente reste celle du domicile du débiteur, avec, pour Paris, le tribunal judiciaire de Paris et son juge des contentieux de la protection, et, pour les autres départements franciliens, les tribunaux judiciaires du domicile, comme Nanterre, Bobigny, Créteil, Évry, Versailles, Pontoise ou Melun selon le ressort. Les délais d’audiencement varient selon l’encombrement des rôles, ce qui impose d’anticiper la convocation et de tenir le dossier à jour entre la contestation et l’audience : nouveaux relevés, nouvelles attestations, budget réactualisé. Les pièces à préparer suivent une liste stable : pièce d’identité, justificatifs de domicile franciliens, trois derniers bulletins de salaire ou justificatifs de revenus, contrats de travail, attestations de l’employeur en cas de retenue, avis d’imposition, quittances de loyer parisiennes ou franciliennes souvent élevées, factures d’énergie, relevés de tous les comptes sur trois à six mois, contrats de crédit, tableaux d’amortissement, actes d’huissier, notification de recevabilité, état du passif, décision d’orientation et, pour les jeux, preuves de clôture des comptes, confirmations d’auto-exclusion et attestations de suivi. Le canal procédural reste écrit et contradictoire : contestation motivée dans le délai, communication des pièces à la commission et aux créanciers, comparution personnelle recommandée à l’audience, exposé bref des efforts accomplis, remise d’un dossier chronologique au juge. Les points d’attention du ressort tiennent au coût du logement, qui pèse sur le reste à vivre, aux retenues sur salaire déjà pratiquées par des employeurs franciliens qu’il faut faire cesser après la recevabilité, et aux dettes locatives parisiennes qu’il faut distinguer des dettes de jeux : le loyer courant doit rester payé, même pendant la procédure, pour éviter une résiliation du bail qui compliquerait l’ensemble.

Le cas du rétablissement avec liquidation appelle une mention distincte. Lorsque vous détenez un bien réalisable, comme un véhicule de valeur, une épargne disponible ou un bien immobilier, la commission ne peut imposer seule l’effacement sans liquidation. Elle peut saisir le juge, avec votre accord, pour ouvrir une procédure avec liquidation, dans laquelle un liquidateur réalise l’actif et répartit le produit entre les créanciers, avant un effacement éventuel du solde dans les conditions légales. Pour un joueur, l’enjeu consiste à distinguer l’actif saisissable de l’outil de vie courante : meubles nécessaires, biens indispensables à l’activité professionnelle, minima protégés. Ne vendez pas précipitamment un bien avant la décision, ne transférez pas une somme à un proche pour la mettre à l’abri, ne remboursez pas un créancier au détriment des autres. Ces gestes, même inspirés par la crainte de l’huissier, sont lus comme des indices de mauvaise foi. Laissez la commission et, le cas échéant, le juge, qualifier l’actif et ordonner sa réalisation dans un cadre contrôlé, après inventaire et avec les voies de recours prévues.

Conclusion

Les dettes nées des jeux, des paris sportifs et du casino ne ferment pas, par elles-mêmes, la porte du surendettement. Elles déplacent le débat sur le terrain de la bonne foi, de la preuve de l’arrêt des mises et de la loyauté du dossier. Déclarez tout, joignez des relevés complets, démontrez par des pièces que les jeux ont cessé, payez les charges courantes, refusez tout crédit nouveau et utilisez la suspension attachée à la recevabilité pour stabiliser la situation. Si un plan reste possible, construisez un budget sincère et exécutez-le sans écart. Si la situation reste irrémédiablement compromise, préparez l’orientation vers un rétablissement personnel en contrôlant la date d’arrêt des dettes, les exclusions légales et les délais de contestation devant le juge des contentieux de la protection. À chaque étape, la règle reste la même : des faits établis par des pièces, des dates précises et des recours exercés à temps valent mieux qu’une explication générale. C’est sur ce fondement que la commission puis le juge peuvent admettre la bonne foi, suspendre l’huissier, traiter chaque créance à son juste montant et, lorsque les conditions sont réunies, effacer le passif dans les limites fixées par la loi.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».