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Maître Reda KOHEN
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Dossier de surendettement et vente aux enchères déjà ordonnée : l’huissier va vendre la maison — obtenir le report, figer les paiements et contester devant le juge, que faire ?

La date de la vente aux enchères de votre logement est fixée, le jugement d’orientation a ordonné la vente forcée, et votre dossier de surendettement vient d’être déposé ou déclaré recevable. Cette situation, brutale, n’est pas désespérée : la loi prévoit des mécanismes précis pour suspendre les poursuites, obtenir le report de l’adjudication et contester le montant réclamé par les créanciers. Encore faut-il agir dans le bon ordre, respecter des délais courts et ne plus payer n’importe comment. Ce guide explique, pas à pas, comment stopper la vente quand elle est déjà ordonnée, ce que la suspension vous interdit de faire, comment faire vérifier chaque créance et soulever la forclusion de deux ans, puis comment préparer la suite à Paris et en Île-de-France.

I. Stopper la vente aux enchères quand l’adjudication est déjà ordonnée

A. Obtenir la suspension des poursuites et le report de la date d’adjudication pour causes graves

Le dossier de surendettement s’adresse aux personnes physiques qui ne parviennent plus à payer leurs dettes. La loi ouvre cette procédure aux personnes de bonne foi et retient une définition large : « La situation de surendettement est caractérisée par l’impossibilité manifeste de faire face à l’ensemble de ses dettes, professionnelles et non professionnelles, exigibles et à échoir. » Si votre reste à vivre ne couvre plus les mensualités, les charges et le quotidien, le dépôt du dossier reste possible même lorsque la saisie immobilière est déjà engagée.

Le premier effet recherché est la suspension des poursuites. Dès que la commission déclare votre demande recevable, la loi attache à cette décision un effet protecteur immédiat : « La recevabilité de la demande emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur ainsi que des cessions de rémunération consenties par celui-ci et portant sur les dettes autres qu’alimentaires. » Concrètement, le commissaire de justice ne peut plus poursuivre la vente sur ce fondement, et les cessions de rémunération portant sur des dettes non alimentaires sont suspendues. Les dettes alimentaires restent exclues de cette protection : une pension alimentaire impayée continue d’être recouvrée.

Cette suspension dure dans le temps. La loi précise : « Les procédures et les cessions de rémunération sont suspendues ou interdites, selon les cas, jusqu’à l’approbation du plan conventionnel de redressement prévu à l’article L. 732-1 , jusqu’à la décision imposant les mesures prévues aux articles L. 733-1 , L. 733-4 , L. 733-7 et L. 741-1 , jusqu’au jugement prononçant un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire ou jusqu’au jugement d’ouverture d’une procédure de rétablissement personnel avec liquidation judiciaire. » La protection court donc pendant l’instruction, la négociation du plan et, le cas échéant, jusqu’au rétablissement personnel. Elle ne peut toutefois pas excéder deux ans, ce qui impose de ne pas laisser le dossier s’enliser.

Quand la vente forcée a déjà été ordonnée par le juge de l’orientation, la suspension ne suffit pas toujours : une date d’adjudication est inscrite au calendrier et les enchérisseurs se préparent. La loi organise alors une voie dédiée : « En cas de saisie immobilière, lorsque la vente forcée a été ordonnée, le report de la date d’adjudication ne peut résulter que d’une décision du juge chargé de la saisie immobilière, saisi à cette fin par la commission, pour causes graves et dûment justifiées. » Retenez chaque mot de ce texte. Seul le juge chargé de la saisie immobilière peut reporter la date. Il doit être saisi par la commission, pas directement par vous. Et le report suppose des causes graves, dûment justifiées : dépôt du dossier, recevabilité prononcée, négociation d’une vente amiable sérieuse, contestation du montant de la créance du poursuivant, situation de santé documentée. Un simple courrier au tribunal ne produit aucun effet.

La démarche pratique se déroule donc ainsi. D’abord, déposez le dossier de surendettement sans attendre, avec l’état complet de vos dettes, de vos revenus, de vos charges et de votre patrimoine. Ensuite, informez immédiatement la commission de la date d’adjudication fixée et demandez-lui de saisir le juge chargé de la saisie immobilière aux fins de report. Joignez le jugement d’orientation, le commandement de payer valant saisie, le décompte actualisé du créancier poursuivant et toute pièce montrant que la vente dans ces conditions vous priverait d’une solution meilleure, par exemple une estimation d’agence et une offre d’achat en vente amiable. Enfin, prévenez le commissaire de justice poursuivant et l’avocat du créancier, par écrit, de la recevabilité et de la demande de report, afin que chacun mesure le risque d’une adjudication poursuivie malgré la suspension.

La Cour de cassation veille au respect de ces mécanismes. Dans un arrêt du 23 octobre 2025, la deuxième chambre civile rappelle, au visa des textes applicables : « la recevabilité de la demande emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur. » Le même arrêt précise la portée exacte de la suspension sur le délai d’action du créancier : « la suspension de la prescription en arrête temporairement le cours sans effacer le délai déjà couru. » Autrement dit, la procédure de surendettement met le compteur en pause, elle ne le remet pas à zéro. Les créanciers ne perdent pas leurs droits pendant la suspension, mais ils ne peuvent pas agir. Cette distinction compte pour la suite, notamment pour calculer la forclusion et la prescription de chaque créance.

Si la commission tarde à saisir le juge alors que l’adjudication approche, relancez-la par écrit, avec la date d’audience en évidence, et conservez la preuve de vos démarches. Si la commission déclare votre demande irrecevable, les poursuites reprennent : contestez la décision devant le juge dans les délais indiqués sur la notification, car un recours suspensif bien conduit peut à nouveau paralyser la vente. Ne laissez jamais passer une date d’adjudication en espérant un arrangement oral de dernière minute.

B. Respecter l’interdiction de payer : figer les paiements et faire autoriser les actes urgents

Dès que la suspension joue, votre comportement change du tout au tout. La loi vous interdit de payer les dettes nées avant la suspension, sauf les dettes alimentaires. Le texte applicable dispose : « La suspension et l’interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur emportent interdiction pour celui-ci de faire tout acte qui aggraverait son insolvabilité, de payer, en tout ou partie, une créance autre qu’alimentaire, y compris les découverts mentionnés aux 10° et 11° de l’article L. 311-1 , née antérieurement à la suspension ou à l’interdiction, de désintéresser les cautions qui acquitteraient des créances nées antérieurement à la suspension ou à l’interdiction, de faire un acte de disposition étranger à la gestion normale du patrimoine ; elles emportent aussi interdiction de prendre toute garantie ou sûreté. » Chaque interdiction mérite attention.

D’abord, ne payez plus les mensualités des crédits, les arriérés de charges de copropriété antérieurs, les découverts antérieurs ni les dettes fiscales non alimentaires nées avant la suspension, même si la banque ou le commissaire de justice vous presse. Payer malgré l’interdiction peut être regardé comme un acte aggravant votre insolvabilité ou favorisant un créancier au détriment des autres, et fragilise votre dossier devant la commission puis devant le juge. Continuez en revanche de payer les dettes nées après la suspension et liées à la vie courante : loyers courants, factures d’énergie courantes, pension alimentaire courante, frais de transport pour travailler. Ces paiements courants montrent votre bonne foi et évitent la création de nouvelles dettes.

Ensuite, ne désintéressez pas les cautions. Si un proche s’est porté caution de votre prêt et que la banque le poursuit, vous pouvez être tenté de le rembourser en priorité pour le protéger. La loi l’interdit pendant la suspension : rembourser la caution qui a payé à votre place revient à payer indirectement une créance antérieure. La protection de votre proche passe par d’autres voies, notamment la déclaration exacte de sa créance au passif et, le moment venu, les mesures d’effacement qui lui profiteront aussi dans le cadre du plan.

Enfin, ne vendez ni ne donnez aucun bien sans autorisation. Vendre la voiture, vider l’assurance-vie, donner une somme à un enfant ou hypothéquer un bien pendant la suspension constitue un acte de disposition étranger à la gestion normale du patrimoine. De tels actes peuvent conduire la commission à retenir votre mauvaise foi et à déclarer votre demande irrecevable. Si un acte est vraiment urgent, par exemple vendre un véhicule qui se déprécie pour réduire le passif, demandez au préalable l’autorisation du juge des contentieux de la protection. Le texte le prévoit : vous pouvez saisir ce juge pour qu’il vous autorise à accomplir l’un des actes interdits. Une autorisation écrite du juge protège l’acte et votre dossier.

Certaines dettes ne pourront de toute façon ni être rééchelonnées sans l’accord du créancier, ni être effacées. Il s’agit notamment des dettes alimentaires, des réparations pécuniaires allouées aux victimes dans le cadre d’une condamnation pénale, de certaines dettes frauduleuses envers les organismes sociaux et de certaines dettes fiscales assorties de majorations non rémissibles. Identifiez-les dès le dépôt avec la commission : elles devront être payées selon leur propre régime, et le plan devra les traiter à part. Dissimuler une dette exclue fait perdre un temps précieux et expose le plan à l’échec.

Gardez une discipline documentaire stricte pendant toute la suspension. Conservez chaque relevé bancaire, chaque lettre de la commission, chaque acte du commissaire de justice, chaque décompte de créancier. Notez les dates : date de dépôt du dossier, date de recevabilité, date de notification de l’état du passif, date d’adjudication. Ces dates commandent vos délais de recours, et un délai manqué peut rouvrir la voie à la vente.

II. Réduire le montant réclamé et sécuriser l’après-vente

A. Faire vérifier chaque créance et soulever la forclusion de deux ans devant le juge

Une vente ordonnée repose sur un montant : celui que le créancier poursuivant affirme. Or ce montant est souvent discutable. Agios capitalisés à tort, intérêts calculés après la déchéance du droit aux intérêts, indemnités forfaitaires excessives, frais ajoutés sans titre, soldes de crédits revolving gonflés : la vérification des créances dans le cadre du surendettement permet de purger ces gonflements. La loi vous donne un droit précis : « Le débiteur peut, dans un délai fixé par décret, contester l’état du passif dressé par la commission et demander à celle-ci de saisir le juge des contentieux de la protection, aux fins de vérification de la validité des créances, des titres qui les constatent et du montant des sommes réclamées. » Et la commission ne peut pas refuser : « La commission est tenue de faire droit à cette demande. »

Le délai pour contester est bref et impératif. Le texte réglementaire dispose : « Le débiteur peut contester l’état du passif dressé par la commission dans un délai de vingt jours. » Puis : « A l’expiration de ce délai, il ne peut plus formuler une telle demande. » La commission vous notifie l’état du passif par lettre recommandée et vous informe de ce délai. À réception, pointez ligne par ligne : identité du créancier, nature de la dette, montant déclaré, titre invoqué. Contestez par déclaration remise ou adressée au secrétariat de la commission en précisant chaque créance contestée et chaque motif. Une contestation vague ou hors délai sera écartée.

Devant le juge, la charge de la preuve se répartit de façon pragmatique. La Cour de cassation a jugé que lorsque vous contestez le montant d’une créance, le juge peut écarter cette créance si la banque, malgré l’injonction reçue, ne produit ni les contrats de prêt ni les historiques de compte, seuls documents permettant la vérification des sommes réclamées. Dans un arrêt du 4 mars 2021, la deuxième chambre civile approuve le tribunal qui avait écarté cinq créances bancaires faute de preuve des montants, en relevant que le juge avait statué dans l’exercice de son pouvoir souverain d’appréciation, sans inverser la charge de la preuve. Exigez donc systématiquement les contrats, les tableaux d’amortissement, les historiques complets et les décomptes distinguant capital, intérêts, indemnités et frais.

Mais attention au symétrique : lorsque vous ne contestez pas le principe de la dette et que le créancier produit le contrat et le tableau d’amortissement, le juge ne peut pas écarter la créance au seul motif qu’il manque une pièce sans avoir d’abord invité le créancier à la produire. La Cour de cassation l’a rappelé dans le même arrêt : « Il résulte de ces textes que lorsque la créance dont la vérification est demandée n’est pas contestée en son principe, le juge ne peut pas l’écarter au motif que le créancier ne produit pas les pièces justificatives sans inviter préalablement celui-ci à les produire. » La leçon pratique est simple : contestez le principe même des montants douteux, motivez chaque contestation, et demandez au juge d’enjoindre au créancier de produire les pièces manquantes avant toute décision.

Autre piège de procédure : une fois le juge saisi pour vérifier une créance, vous ne pouvez pas en profiter pour contester à l’audience une autre créance que vous n’aviez pas contestée dans le délai de vingt jours. Dans un arrêt du 12 juin 2025, la deuxième chambre civile énonce : « Il en résulte que lorsque le juge des contentieux de la protection est déjà saisi par la commission aux fins de vérification d’une créance, le débiteur n’est pas recevable à contester lors de cette instance une autre créance, figurant à l’état du passif dressé par la commission, qu’il n’a pas contestée dans le délai de 20 jours suivant la date à laquelle cet état lui a été notifié. » Contestez donc tout, tout de suite, dans le délai : chaque crédit, chaque découvert, chaque solde, chaque cautionnement, même si vous pensez devoir la somme. Il sera toujours temps de reconnaître une créance justifiée ; l’inverse est impossible.

Le moyen le plus puissant reste souvent la forclusion, c’est-à-dire l’extinction de l’action du prêteur qui a attendu trop longtemps. Pour les crédits à la consommation, le délai est de deux ans à compter du premier incident de paiement non régularisé. Le principe général de la prescription biennale des professionnels figure dans la loi : « L’action des professionnels, pour les biens ou les services qu’ils fournissent aux consommateurs, se prescrit par deux ans. » Pour les crédits, la Cour de cassation applique un régime précis de report du point de départ lorsque la dette a été réaménagée. Dans un arrêt du 8 juin 2023, la deuxième chambre civile énonce : « lorsque les modalités de règlement des échéances impayées ont fait l’objet d’un réaménagement ou d’un rééchelonnement, le point de départ du délai de forclusion est le premier incident non régularisé intervenu après le premier aménagement ou rééchelonnement conclu entre les intéressés ou après adoption du plan conventionnel de redressement prévu à l’article L. 331-6 ou après décision de la commission imposant les mesures prévues à l’article L. 331-7 ou la décision du juge de l’exécution homologuant les mesures prévues à l’article L. 331-7-1. »

Le même arrêt apporte une précision décisive pour les débiteurs en surendettement : une simple recommandation de la commission ne suffit pas à remettre le compteur à zéro. La Cour juge : « la décision par laquelle la commission de surendettement recommande l’adoption de mesures de désendettement n’étant pas au nombre des événements visés à l’article L. 311-52 précité, le point de départ du délai de forclusion est reporté, dans ce cas, au premier incident de paiement non régularisé intervenu après la décision du juge conférant force exécutoire aux mesures. » En pratique, reconstituez pour chaque crédit la chronologie des incidents, des réaménagements acceptés, des plans adoptés et des décisions du juge. Si deux ans se sont écoulés entre le premier incident non régularisé suivant le dernier réaménagement et l’action du prêteur, soulevez la forclusion devant le juge de la vérification. Une créance forclose sort du passif et allège d’autant le plan.

Pensez également à la déchéance du droit aux intérêts, qui réduit le montant même des créances non forcloses. Quand le prêteur manque à ses obligations d’information, le juge peut le priver des intérêts en tout ou partie. La loi dispose : « Le prêteur qui n’a pas respecté les obligations fixées aux articles L. 312-14 et L. 312-16 est déchu du droit aux intérêts, en totalité ou dans la proportion fixée par le juge. » Réclamez les offres de prêt, les notices d’assurance, les informations annuelles sur le taux et le capital restant dû. Des intérêts calculés au taux contractuel sur une créance dont le prêteur est déchu doivent être retranchés, parfois pour des dizaines de milliers d’euros sur un prêt immobilier.

Pour approfondir les étapes générales de la recevabilité et de l’effacement, vous pouvez lire le guide du dossier de surendettement, de la recevabilité à l’effacement et au logement, qui présente le parcours complet dans lequel s’inscrit la défense contre la vente forcée.

B. Préparer l’après-vente à Paris et en Île-de-France : plan, mesures imposées, effacement et reste à vivre

Stopper ou retarder la vente n’est qu’une étape. La commission cherche une solution durable : plan conventionnel négocié avec les créanciers ou, en cas d’échec de la conciliation, mesures imposées. La loi permet à la commission d’imposer notamment le rééchelonnement des dettes, et ces mesures s’appliquent même aux créanciers qui les refusent. Si votre capacité de remboursement est nulle et que votre situation est irrémédiablement compromise, la commission peut orienter le dossier vers le rétablissement personnel, avec ou sans liquidation. Sans liquidation, la loi attache à cette orientation un effet radical : « En l’absence de contestation dans les conditions prévues à l’article L. 741-4 , le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire entraîne l’effacement de toutes les dettes, professionnelles et non professionnelles, du débiteur, arrêtées à la date de la décision de la commission, à l’exception des dettes mentionnées aux articles L. 711-4 et L. 711-5 et des dettes dont le montant a été payé au lieu et place du débiteur par la caution ou le coobligé, personnes physiques. » L’effacement ne couvre ni les dettes exclues ni, sauf cas particuliers, ce que la caution a déjà payé pour vous : anticipez ces reliquats dans votre budget.

Si la vente du logement devient inévitable, préparez-la au lieu de la subir. Une vente amiable à un prix documenté, autorisée par le juge et conduite dans un délai maîtrisé, rapporte presque toujours davantage qu’une adjudication précipitée, avec des frais moindres. Faites établir deux estimations indépendantes, fixez un prix de mise en vente réaliste, signalez chaque offre à la commission et au créancier poursuivant, et demandez le report de l’adjudication pour laisser la vente amiable aboutir : les juges accueillent ces demandes lorsque le prix espéré dépasse manifestement le montant probable des enchères et que la procédure est loyale. Après la vente, le solde restant dû entre dans le plan ou dans les mesures imposées, et peut être partiellement ou totalement effacé selon votre capacité.

Calculez votre reste à vivre avec soin, car il conditionne les mensualités du plan. Listez vos revenus stables, ajoutez les prestations régulières, déduisez les charges contraintes : loyer ou indemnité d’occupation après la vente, énergie, alimentation, transport pour travailler, frais de santé restants, frais de garde des enfants. La part incompressible doit rester entre vos mains ; les créanciers se partagent le surplus selon les mesures. Un plan construit sur des mensualités intenables conduit au constat d’échec, à la déchéance du plan et à la reprise des poursuites. Mieux vaut un plan modeste et tenu qu’un plan ambitieux qui s’effondre au sixième mois.

À Paris et en Île-de-France, quelques points pratiques méritent une attention particulière. Les prix immobiliers élevés signifient que la vente du logement, même décotée, apure souvent une part importante du passif : documentez le marché de votre arrondissement ou de votre commune avec des références de ventes récentes. La commission compétente est celle de votre domicile : déposez le dossier auprès de la succursale de la Banque de France de votre département, avec un dossier complet dès le premier dépôt, car les délais d’instruction s’allongent lorsque des pièces manquent. Le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de votre domicile tranche les contestations de créances et les recours contre les décisions de la commission : prévoyez vos déplacements aux audiences et organisez la garde des enfants. Si vous êtes locataire après la vente de votre bien, signalez immédiatement tout commandement de quitter les lieux à la commission, car l’expulsion locative obéit à ses propres délais et à la trêve hivernale, indépendamment du surendettement.

Enfin, ne redevenez pas poursuivable par négligence. Après l’adoption du plan ou des mesures, payez chaque mensualité à date, déclarez sans délai tout changement de situation, demandez la révision du plan si vos revenus chutent durablement, et ne souscrivez aucun nouveau crédit sans y être autorisé. Le non-respect du plan peut entraîner sa caducité et la reprise des poursuites par les créanciers, y compris sur le logement que vous aviez réussi à conserver. La sortie durable du surendettement repose sur cette discipline autant que sur les décisions du juge.

Conclusion

Quand la vente aux enchères est déjà ordonnée, chaque jour compte : faites déclarer votre dossier recevable pour suspendre les poursuites, demandez à la commission de saisir le juge chargé de la saisie immobilière pour obtenir le report de l’adjudication pour causes graves, respectez strictement l’interdiction de payer les dettes antérieures, contestez chaque créance dans le délai de vingt jours, soulevez la forclusion de deux ans et la déchéance du droit aux intérêts, puis construisez un plan tenable ou préparez une vente amiable documentée. Ces réflexes, menés dans l’ordre et avec les pièces exactes, transforment une vente subie en une procédure maîtrisée.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».