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Tempête Austen : assurance habitation, expertise contestée et contre-expertise pour être indemnisé

La tempête Austen approche et votre toit a déjà souffert ou va souffrir du vent, de la pluie et des chutes d’arbres. Le 25 septembre 2026 au soir, le site Les Numériques annonçait qu’une profonde dépression attendue près de l’Irlande pourrait provoquer sur une partie de la France de fortes pluies, des orages, du vent et de la houle, avec une perturbation active traversant le pays d’ouest en est entre le mercredi 30 septembre et le jeudi 1er octobre. Météo-France, citée par ce même article, confirme un vent renforcé près de la Manche et de l’Atlantique dès le dimanche 27 septembre, puis une dégradation brutale après une journée très chaude le mardi 29 septembre. Quatre départements sont placés sous surveillance pour des pluies soutenues et orageuses autour du golfe du Lion et des Cévennes : le Gard, la Lozère, l’Ardèche et l’Hérault. Le contexte aggrave le risque : 84 % du territoire connaissait le 20 septembre une sécheresse des sols qui ne survient qu’une fois tous les dix ans à cette période, et 93 départements ont traversé un mois de septembre presque sans pluie. La prudence reste de mise sur les prévisions elles-mêmes : le nom Austen est celui prévu par le Royaume-Uni, l’Irlande et les Pays-Bas pour la saison 2026-2027 et n’est pas officiel pour le moment, et aucun épisode cévenol majeur n’est confirmé à ce stade. Mais pour le foyer dont la toiture est arrachée, les tuiles envolées, le mur fissuré ou le rez-de-chaussée inondé, la question pratique se pose dès le premier jour : l’expert envoyé par l’assurance habitation chiffre les dégâts au plus bas, comment contester son rapport, obtenir une contre-expertise et se faire verser l’indemnisation juste. Cet article répond à cette question dans l’ordre où vous vous la posez, avec les textes applicables vérifiés le 26 septembre 2026 et les décisions que les juges appliquent vraiment.

I. Tempête Austen et assurance habitation : déclarer le sinistre et faire appliquer la garantie tempête

A. Tempête assurance habitation : ce que la garantie légale contre le vent couvre vraiment

Premier réflexe après le passage du vent : ouvrir votre contrat multirisque habitation et distinguer deux couches de règles. La loi d’abord, votre contrat ensuite. La loi vous donne un socle que l’assureur ne peut pas retirer. L’article L. 122-7 du code des assurances, en vigueur le 26 septembre 2026, dispose : « Les contrats d’assurance garantissant les dommages d’incendie ou tous autres dommages à des biens situés en France, ainsi que les dommages aux corps de véhicules terrestres à moteur, ouvrent droit à la garantie de l’assuré contre les effets du vent dû aux tempêtes, ouragans et cyclones, sur les biens faisant l’objet de tels contrats » (article L. 122-7 du code des assurances). Autrement dit, si vous êtes assuré en multirisque habitation pour votre maison ou votre appartement, la garantie contre les effets du vent est acquise de plein droit, sans que vous ayez à démontrer que vous aviez souscrit une option spéciale. Le même texte renvoie pour le montant aux limites de franchise, de plafond et de vétusté fixées par votre contrat, qui peuvent différer de celles des autres garanties : la loi impose la garantie, le contrat en chiffre les bornes. Retenez cette distinction, elle commande tout le contentieux de l’expertise : l’assureur peut discuter le montant poste par poste en s’appuyant sur vos plafonds et votre vétusté, il ne peut pas nier le principe de la garantie tempête quand le vent est établi.

Le contrat ensuite, car c’est lui qui définit les conditions concrètes de mise en jeu. Les polices subordonnent très souvent la garantie dite événement climatique ou tempête à une preuve chiffrée du vent : un certain nombre de bâtiments de bonne construction endommagés dans un rayon donné, ou un certificat de la station de météorologie la plus proche attestant une vitesse minimale. Ces clauses sont valables et le juge les fait respecter à la lettre, dans les deux sens. La deuxième chambre civile de la Cour de cassation l’a rappelé le 13 septembre 2018 dans une affaire opposant Generali à des assurés après un sinistre climatique du 4 mai 2010 (pourvoi n° 17-21.243, Cass. 2e civ., 13 sept. 2018, n° 17-21.243). La police prévoyait la garantie des dommages causés par « l’action directe du vent ou du choc d’un corps renversé ou projeté par le vent », en précisant que « le vent doit avoir une intensité telle qu’il détruit ou endommage un certain nombre de bâtiments de bonne construction dans un rayon de 5 km autour du bâtiment. À défaut vous nous fournirez un certificat de la station de météorologie la plus proche du bâtiment, attestant qu’au moment du sinistre, la vitesse dépassait les 100 km/h ». La cour d’appel avait jugé la garantie acquise en se contentant d’un rapport de police municipale évoquant des rafales et la chute d’un arbre sur une école à Cerbère. La Cour de cassation censure : « sans constater qu’au moment du sinistre, plusieurs bâtiments distants, au plus, de 5 km de Perpignan avaient été également endommagés par des vents violents ou qu’était produit un certificat de la station de météorologie la plus proche du bâtiment attestant que la vitesse du vent dépassait les 100 km/h, la cour d’appel a méconnu les termes de la police d’assurance ». La leçon pour votre dossier Austen est directe : photographiez les dégâts du voisinage, conservez les attestations des voisins dont les toitures ont souffert dans un rayon proche, et demandez dès maintenant le relevé de la station Météo-France la plus proche pour la nuit du sinistre. Si votre police contient un seuil de ce type, c’est avec ces pièces que vous le franchissez, pas avec des affirmations générales sur la tempête.

Face à un refus de garantie fondé sur une exclusion, un second verrou légal vous protège. L’article L. 113-1 du code des assurances dispose : « Les pertes et les dommages occasionnés par des cas fortuits ou causés par la faute de l’assuré sont à la charge de l’assureur, sauf exclusion formelle et limitée contenue dans la police » (article L. 113-1 du code des assurances). Une exclusion doit donc être écrite noir sur blanc dans votre police, formulée de façon précise et limitée : une clause vague qui écarterait « les dommages climatiques » sans autre détail ne remplit pas ces conditions. C’est à l’assureur de prouver l’exclusion qu’il invoque, pas à vous de prouver qu’elle n’existe pas. Exigez systématiquement que tout refus vous soit notifié par écrit avec la reproduction exacte de la clause invoquée et sa localisation dans vos conditions générales ou particulières. Un refus oral de l’expert lors de sa visite ne vaut rien juridiquement. Et une fois la garantie reconnue, l’article L. 113-5 du code des assurances oblige l’assureur : « Lors de la réalisation du risque ou à l’échéance du contrat, l’assureur doit exécuter dans le délai convenu la prestation déterminée par le contrat et ne peut être tenu au-delà » (article L. 113-5 du code des assurances). Le paiement dans le délai convenu est une obligation légale, pas une faveur commerciale.

B. Tempête assurance toiture : déclarer dans les cinq jours ouvrés et constituer la preuve du vent

La toiture arrachée ne supporte pas l’attente, et le droit non plus. L’article L. 113-2 du code des assurances, en vigueur le 26 septembre 2026, impose à l’assuré « De donner avis à l’assureur, dès qu’il en a eu connaissance et au plus tard dans le délai fixé par le contrat, de tout sinistre de nature à entraîner la garantie de l’assureur. Ce délai ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés » (article L. 113-2 du code des assurances). Concrètement, si la tempête Austen endommage votre maison dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre, déclarez par écrit au plus vite et, en tout état de cause, dans les cinq jours ouvrés qui suivent la découverte des dégâts. La déclaration la plus sûre reste la lettre recommandée avec accusé de réception ou l’envoi recommandé électronique, qui horodatent votre diligence. La déclaration en ligne sur l’espace assuré complète utilement mais ne remplace pas la preuve d’envoi quand le contrat exige un formalisme. Décrivez sobrement les dommages visibles, indiquez la date et l’heure du sinistre, annoncez les mesures de sauvegarde prises et réservez expressément les désordres qui apparaîtront après séchage, notamment les infiltrations qui mettent plusieurs jours à traverser l’isolant. Pour le raisonnement complet sur la déclaration et la garantie tempête, vous pouvez aussi lire notre fiche pratique sur les dégâts d’orage sur votre maison et la déclaration à l’assurance.

La sanction du retard mérite d’être connue avec exactitude, car les assureurs la brandissent souvent à tort. La Cour de cassation a jugé le 21 janvier 2021, dans un litige opposant un exploitant agricole à son assureur après un sinistre climatique survenu en 2013 (pourvoi n° 19-13.347, Cass. 2e civ., 21 janv. 2021, n° 19-13.347) : « l’assuré est obligé de donner avis à l’assureur, de tout sinistre de nature à entraîner la garantie de celui-ci, dès qu’il en a eu connaissance et au plus tard dans le délai fixé par le contrat, qui ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés », et « lorsqu’elle est prévue par une clause du contrat, la déchéance pour déclaration tardive ne peut être opposée à l’assuré que si l’assureur établit que le retard dans la déclaration lui a occasionné un préjudice ». Trois conséquences pratiques en découlent. D’abord, une clause qui imposerait un délai de déclaration inférieur à cinq jours ouvrés est inopposable à l’assuré, et l’assureur « ne peut opposer à l’assuré une déchéance pour déclaration tardive lorsque le contrat applicable ne comporte pas de clause l’édictant ou lorsque la clause la prévoyant n’est pas conforme à ces dispositions ». Ensuite, même avec une clause régulière, l’assureur doit prouver que votre retard lui a causé un préjudice concret, par exemple l’impossibilité de faire constater des dégâts que vous auriez réparés avant toute visite. Enfin, la charge de cette preuve pèse sur lui. Si votre déclaration part dans les cinq jours ouvrés, l’argument de la déchéance tombe de lui-même. Si elle part après, parce que vous étiez évacué, hospitalisé ou sans moyen de communication après la tempête, conservez-en la preuve : ces circonstances combattent à la fois la tardiveté et le prétendu préjudice.

La preuve du vent et des dégâts se construit dans les quarante-huit premières heures, avant que l’expert de l’assurance ne passe. Photographiez chaque pièce sous plusieurs angles, avec un objet de référence pour l’échelle, filmez le parcours de l’eau depuis le point d’entrée jusqu’aux pièces touchées, et conservez les tuiles, ardoises et morceaux de zinguerie arrachés dans un sac daté. Faites établir par le couvreur appelé en urgence une attestation précise : nature des désordres, cause apparente liée au vent, mesures conservatoires réalisées et leur coût. Les factures de bâchage, de pompage et de mise hors d’eau sont des frais de sauvegarde que le contrat prend généralement en charge : ne les avancez jamais sans facture ni avant-après photographique. Recueillez deux ou trois attestations de voisins dont les biens ont subi le même épisode dans un rayon proche, avec copie de leur pièce d’identité, car elles serviront à la fois à établir l’intensité locale du vent au sens de votre clause de garantie et à corroborer votre propre expertise si le dossier va au juge. Téléchargez le bulletin de vigilance et les relevés de la station Météo-France la plus proche pour les jour et heure du sinistre : les données publiques de vent valent mieux que tous les souvenirs. N’autorisez aucune réparation définitive avant la visite de l’expert, sauf urgence de sécurité, et dans ce cas faites constater l’urgence par écrit, huissier ou au minimum couvreur, avant intervention. Chaque pièce manquante à ce stade deviendra, six mois plus tard, un poste que l’expert de l’assureur refusera de chiffrer.

II. Expert assurance habitation et sinistre : contester le rapport de l’assureur et obtenir la contre-expertise

A. Rapport de l’expert mandaté par l’assureur : pourquoi il ne lie ni vous ni le juge

L’expert qui sonne à votre porte après la tempête n’est pas un arbitre neutre désigné par la justice : c’est un technicien missionné et rémunéré par votre assureur pour chiffrer le sinistre dans le cadre du contrat. Son rapport sert de base à l’offre d’indemnisation, mais il ne s’impose ni à vous ni au tribunal, et la Cour de cassation vient de le rappeler avec une netteté qui change concrètement vos moyens de contestation. Le 13 mars 2025, la deuxième chambre civile a cassé le jugement qui avait débouté une assurée au seul vu du rapport de l’expert de la compagnie (pourvoi n° 23-18.204, Cass. 2e civ., 13 mars 2025, n° 23-18.204). Visa de l’article 16 du code de procédure civile : « Aux termes de ce texte, le juge doit faire observer et observer lui-même le principe de la contradiction », et « Il en résulte que, hormis les cas où la loi en dispose autrement, le juge ne peut se fonder exclusivement sur une expertise non judiciaire réalisée à la demande de l’une des parties ». Dans cette affaire, le tribunal s’était fondé exclusivement sur le rapport établi à la demande du seul assureur, la société Allianz, pour retenir une fausse déclaration intentionnelle de l’assurée sur un voyant d’airbag. Cassation entière, renvoi devant un tribunal autrement composé et 3 000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile. Transposée à votre toiture arrachée par Austen, la règle signifie qu’un juge ne pourra jamais valider le refus ou la minoration de votre indemnisation sur le seul fondement du rapport de l’expert de la compagnie : il faudra à l’assureur d’autres éléments, et il vous suffira d’apporter les vôtres.

Le pendant de cette protection mérite la même attention, car il conditionne l’efficacité de votre contre-expertise. Le 9 septembre 2020, la première chambre civile a jugé, à propos d’expertises amiables réalisées à la demande d’assureurs dans un litige maritime, que « Lorsqu’une partie à laquelle un rapport d’expertise est opposé n’a pas été appelée ou représentée au cours des opérations d’expertise, le juge ne peut refuser d’examiner ce rapport, dès lors que celui-ci a été régulièrement versé aux débats et soumis à la discussion contradictoire des parties. Il lui appartient alors de rechercher s’il est corroboré par d’autres éléments de preuve » (pourvoi n° 19-13.755, Cass. 1re civ., 9 sept. 2020, n° 19-13.755). La cour d’appel qui avait écarté ces rapports au seul motif que les opérations ne s’étaient pas déroulées contradictoirement a été censurée, dès lors que les rapports, régulièrement versés aux débats, avaient été soumis à la libre discussion des parties et se corroboraient mutuellement. Deux enseignements pour votre dossier. D’une part, votre propre rapport d’expert amiable, même réalisé à votre seule demande et même si l’assureur refuse d’y participer, devra être examiné par le juge dès lors que vous le versez aux débats et que l’assureur a pu le discuter : ne laissez jamais dire qu’une contre-expertise privée « ne vaut rien ». D’autre part, la corroboration fait la force probante : factures du couvreur, attestations de voisins, relevés Météo-France, photographies datées et constat d’huissier forment autour de votre rapport le faisceau qui emportera la conviction. L’article 16 du code de procédure civile, en vigueur le 26 septembre 2026, porte le principe : « Le juge doit, en toutes circonstances, faire observer et observer lui-même le principe de la contradiction » (article 16 du code de procédure civile).

En pratique, ne subissez jamais l’expertise de l’assureur, accompagnez-la. Soyez présent à chaque visite avec votre dossier photographique et vos factures, faites consigner au rapport vos observations et vos réserves avant de signer tout document, et refusez de signer un procès-verbal qui mentionnerait un accord sur les causes ou les montants si vous n’êtes pas d’accord. Adressez dans les jours qui suivent un courrier recommandé reprenant point par point les désaccords : postes oubliés, surfaces sous-évaluées, vétusté appliquée sans barème contractuel, cause écartée sans justification. Demandez la communication intégrale du rapport, des photographies de l’expert et du barème de vétusté appliqué : ces pièces appartiennent au débat et fondent votre contestation. Si l’assureur organise une seconde visite ou une réunion dite contradictoire, présentez-y votre propre expert. Et si l’offre qui suit le rapport vous paraît dérisoire au regard des devis d’artisans, ne la refusez pas verbalement au téléphone : répondez par écrit, chiffrez l’écart poste par poste et annoncez la contre-expertise. Cette lettre fera foi de votre diligence et de votre bonne foi si le litige dure.

B. Contre-expertise, offre insuffisante et délais : se faire payer le juste montant après la tempête

La contre-expertise est votre première arme quand le rapport de la compagnie minore les dégâts, et son régime obéit à la même distinction entre la loi et votre contrat. Aucun texte légal n’oblige l’assureur habitation à financer l’expert que vous mandatez : ce financement dépend de vos garanties. Vérifiez trois lignes de vos conditions particulières : la garantie honoraires d’expert, parfois incluse dans la multirisque habitation avec un plafond, la garantie protection juridique, qui prend en charge l’expertise amiable puis judiciaire quand un litige naît avec l’assureur, et la garantie défense-recours. Si aucune ne joue, avancez les honoraires et conservez la facture : le juge qui vous donnera raison pourra les mettre à la charge de l’assureur au titre des dépens et de l’article 700 du code de procédure civile, comme la Cour de cassation l’a fait dans l’arrêt Allianz du 13 mars 2025 en condamnant la compagnie aux dépens et à 3 000 euros. Choisissez un expert en bâtiment indépendant, de préférence inscrit sur une liste de cour d’appel, et mandatez-le par écrit avec une mission précise : décrire les désordres, dire leur cause au regard de l’épisode de vent, chiffrer la remise en état en valeur à neuf puis en valeur contractuelle avec la vétusté de votre police, et lister les postes que l’expert de la compagnie a omis ou sous-évalués. Invitez l’assureur à la visite de votre expert par lettre recommandée : sa présence renforcera le contradictoire, son absence sera constatée et ne privera pas votre rapport de valeur devant le juge, en application de la jurisprudence rappelée ci-dessus. La recherche « expert assurance habitation sinistre », que les internautes saisissent réellement sur Google, montre que ce réflexe est devenu courant : encore faut-il l’exécuter dans les formes, car un rapport privé non versé aux débats et non discuté ne pèse rien.

Une fois l’offre de l’assureur reçue, trois délais distincts rythment la suite, et chacun est vérifié sur un texte en vigueur. Premier délai : si la tempête Austen donne lieu à un arrêté de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle, mécanisme dont les conditions et les démarches sont détaillées dans notre article sur la tempête Austen, la catastrophe naturelle et l’indemnisation, l’article L. 125-2 du code des assurances impose à l’assureur, à compter de la déclaration du sinistre ou de la publication de l’arrêté si elle est postérieure, « un délai d’un mois pour informer l’assuré des modalités de mise en jeu des garanties prévues au contrat et pour ordonner une expertise lorsque l’assureur le juge nécessaire », puis une « proposition d’indemnisation ou de réparation en nature » dans « un délai d’un mois à compter soit de la réception de l’état estimatif transmis par l’assuré en l’absence d’expertise, soit de la réception du rapport d’expertise définitif », et enfin, une fois votre accord reçu, « A compter de la réception de l’accord de l’assuré sur la proposition d’indemnisation, l’assureur dispose d’un délai d’un mois pour missionner l’entreprise de réparation ou d’un délai de vingt et un jours pour verser l’indemnisation due » (article L. 125-2 du code des assurances). Attention à ne pas inverser les rôles : aucun arrêté n’est pris à ce jour pour Austen, et la reconnaissance suppose une demande communale, une instruction interministérielle et une publication au Journal officiel. N’affirmez jamais à l’assureur que l’arrêté « va sortir » ; exigez en revanche l’application de la garantie tempête de droit commun, qui ne dépend d’aucun arrêté. Deuxième délai : hors catastrophe naturelle, c’est le délai convenu au contrat qui s’applique, en vertu de l’article L. 113-5 précité, et tout dépassement caractérise une inexécution dont vous pouvez demander réparation, intérêts de retard compris.

Troisième délai, le plus dangereux parce qu’il éteint le droit lui-même : la prescription. L’article L. 114-1 du code des assurances dispose : « Toutes actions dérivant d’un contrat d’assurance sont prescrites par deux ans à compter de l’événement qui y donne naissance », Le texte ajoute : « En cas de sinistre, que du jour où les intéressés en ont eu connaissance, s’ils prouvent qu’ils l’ont ignoré jusque-là » (article L. 114-1 du code des assurances). Pour une toiture arrachée, le point de départ coïncide en pratique avec le sinistre visible, mais les désordres cachés, fissures structurelles ou infiltrations apparues après séchage, peuvent reporter ce point de départ au jour de leur découverte, à charge pour vous de prouver cette ignorance antérieure. Et si un arrêté de catastrophe naturelle est publié pour votre commune, la deuxième chambre civile a jugé le 11 juillet 2024 que « le point de départ de la prescription de l’action en indemnisation des conséquences dommageables d’un sinistre de catastrophe naturelle se situe à la date de publication de l’arrêté, mais peut être reporté au-delà si l’assuré n’a eu connaissance des dommages causés à son bien par ce sinistre qu’après cette publication » (pourvoi n° 22-21.366, Cass. 2e civ., 11 juill. 2024, n° 22-21.366). Ne laissez donc jamais un dossier contesté dormir : une réclamation écrite n’interrompt pas la prescription, seule l’action en justice, la désignation d’un expert judiciaire ou la reconnaissance écrite de l’assureur la suspend ou l’interrompt utilement. Quand l’offre reste insuffisante malgré la contre-expertise, saisissez d’abord le service réclamation puis la médiation de l’assurance, gratuitement et par écrit, en joignant vos deux rapports : les médiateurs tranchent fréquemment ces écarts de chiffrage. En cas d’échec, l’article R. 114-1 du code des assurances, en vigueur le 26 septembre 2026, prévoit que « Dans toutes les instances relatives à la fixation et au règlement des indemnités dues, le défendeur est assigné devant le tribunal du domicile de l’assuré », sauf pour les immeubles où demeure compétent le tribunal de la situation de l’objet assuré (article R. 114-1 du code des assurances). Pour une maison, vous assignerez donc devant le tribunal judiciaire du lieu de situation du bien. À Paris et en Île-de-France, où les toitures parisiennes en zinc et ardoise, les lucarnes et les souches de cheminée souffrent particulièrement des rafales, anticipez aussi le volet copropriété et voisinage : toiture en parties communes à faire constater par le syndic, dégât des eaux chez le voisin du dessous à déclarer en parallèle, sujets traités dans notre fiche sur le dégât des eaux, le constat et l’expertise à Paris. L’expertise judiciaire, ordonnée en référé sur le fondement des articles 145 et 835 du code de procédure civile quand la preuve risque de disparaître avec les réparations, reste l’arme décisive : l’expert judiciaire est neutre, ses opérations sont contradictoires et son rapport s’impose en pratique aux deux parties pour transiger ou au juge pour trancher.

Conclusion

La tempête Austen testera dans les prochains jours des dizaines de milliers de toitures, et l’expérience des tempêtes précédentes montre que le premier chiffrage de l’assureur est une proposition, pas un verdict. Déclarez dans les cinq jours ouvrés, verrouillez la preuve du vent avec les relevés Météo-France et les dégâts du voisinage, accompagnez l’expert de la compagnie sans jamais signer un accord que vous ne partagez pas, puis faites chiffrer le sinistre par votre propre expert et répondez à l’offre poste par poste. La Cour de cassation vous donne deux appuis fermes : le juge ne peut pas se contenter du seul rapport de l’assureur, et votre contre-expertise devra être examinée dès lors qu’elle est débattue et corroborée. Surveillez enfin les deux calendriers qui ne pardonnent pas, les délais de proposition et de versement de l’assureur et votre propre prescription biennale. Un dossier de tempête bien documenté dès la première semaine se règle en quelques mois ; un dossier négligé au départ se plaide pendant des années.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».