Cabinet Kohen Avocats · Paris

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse offerte, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Régularisation des charges locatives rentrée 2026 : décompte reçu, contester, recalculer et récupérer le trop-payé

Septembre 2026 : dans des milliers de boîtes aux lettres, le décompte annuel de régularisation des charges vient d’arriver avec la rentrée. Pour certains locataires, la note affiche un solde de quelques centaines d’euros ; pour d’autres, le bailleur réclame 1 500, 2 400 ou même 3 000 euros de rappel d’un coup, parfois pour des années anciennes. Faut-il payer sans discuter ? Peut-on exiger le détail poste par poste, contester les montants et récupérer un trop-payé ? La réponse tient en deux temps : le bailleur peut régulariser même tardivement, mais chaque euro réclamé doit être prouvé par des pièces. Cet article explique comment vérifier un décompte reçu à la rentrée 2026, comment faire recalculer les charges et comment obtenir le remboursement des sommes retenues à tort, avec les textes applicables et trois décisions récentes rendues en 2025 et 2026.

I. Décompte de régularisation des charges reçu à la rentrée 2026 : vérifier ce que le bailleur peut réclamer

A. Provisions, décompte par nature de charges et délais de la régularisation annuelle

Dans la plupart des baux d’habitation, le locataire verse chaque mois, en plus du loyer, des provisions sur charges : une avance estimée sur les dépenses courantes de l’immeuble, comme l’eau froide, l’entretien des parties communes ou l’ascenseur. La loi impose ensuite une mise au point annuelle. Aux termes de l’article 23 de la loi du 6 juillet 1989 : « Les charges locatives peuvent donner lieu au versement de provisions et doivent, en ce cas, faire l’objet d’une régularisation annuelle. » (article 23 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989). La régularisation compare les provisions versées pendant l’année aux dépenses réellement récupérables : si les provisions dépassent les dépenses, le bailleur doit rendre le trop-perçu ; dans le cas inverse, il appelle le solde.

Concrètement, un locataire qui a versé 150 euros de provisions par mois, soit 1 800 euros sur l’année, et dont la part réelle de charges s’établit à 2 150 euros, reste devoir 350 euros. Si sa part réelle n’est que de 1 500 euros, le bailleur lui doit 300 euros. Tout se joue donc sur deux points : le montant réel des dépenses et la part exacte imputée au logement. Un décompte qui se limite à un chiffre global, sans détail, ne permet aucun contrôle et doit être complété.

La loi décrit précisément le document que le locataire est en droit de recevoir. Un mois avant la régularisation, « le bailleur en communique au locataire le décompte par nature de charges ainsi que, dans les immeubles collectifs, le mode de répartition entre les locataires » (article 23 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989). Pour le chauffage et l’eau chaude collectifs, une note d’information sur les modalités de calcul et sur la consommation individuelle du logement peut s’y ajouter. Le locataire doit donc recevoir un décompte classé par nature de dépenses, avec la clé de répartition appliquée dans l’immeuble : tantièmes, surface, nombre de lots ou relevés de compteurs.

Vient ensuite le droit de consultation des pièces. La même disposition prévoit que « Durant six mois à compter de l’envoi de ce décompte, les pièces justificatives sont tenues, dans des conditions normales, à la disposition des locataires. » (article 23 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989). Pendant six mois, le locataire peut demander à voir les factures, les contrats d’entretien et les relevés qui fondent le calcul. Le bailleur transmet en outre, depuis le 1er septembre 2015, le récapitulatif des charges du logement par voie dématérialisée ou postale à la demande du locataire. Un bailleur qui refuse toute consultation ou qui se contente d’affirmer les montants sans pièce prend un risque sérieux en cas de litige.

Que se passe-t-il quand la régularisation arrive avec plusieurs années de retard, comme c’est fréquent à la rentrée 2026 pour des exercices 2022, 2023 ou 2024 ? Le retard n’efface pas la dette, mais il ouvre un aménagement de paiement. La loi dispose que « Lorsque la régularisation des charges n’a pas été effectuée avant le terme de l’année civile suivant l’année de leur exigibilité, le paiement par le locataire est effectué par douzième, s’il en fait la demande. » (article 23 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989). Un rappel de 2 400 euros régularisé tardivement peut ainsi être réglé en douze mensualités de 200 euros, à condition d’en faire expressément la demande au bailleur. L’agence départementale d’information sur le logement de Paris a consacré en 2025 un décryptage détaillé à l’absence ou au retard de régularisation, qui rappelle ces obligations et conseille aux deux parties de conserver décomptes et justificatifs : les bailleurs parisiens comme les locataires y trouvent le mode d’emploi pratique de la régularisation annuelle et du forfait de charges.

Face à un décompte reçu en septembre 2026, la première démarche consiste donc à dater l’exigible : à quelle année correspond chaque somme appelée ? Un rappel portant sur 2023 et présenté en septembre 2026 ouvre le droit au paiement par douzième. La deuxième démarche consiste à contrôler la régularité formelle : décompte par nature de charges reçu au moins un mois avant l’appel du solde, mode de répartition indiqué, pièces tenues à disposition pendant six mois. Tout manquement sur ces points nourrit la contestation.

B. Charges récupérables, décret du 26 août 1987 et forfait : ce qui peut être facturé au locataire

Le bailleur ne peut pas faire payer au locataire toutes les dépenses de l’immeuble. Seules les charges dites récupérables peuvent être mises à sa charge, et leur liste est fixée par décret en Conseil d’État (article 23 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989). Le texte de référence est le décret n° 87-713 du 26 août 1987, dont l’annexe fixe la liste limitative des charges récupérables : ascenseurs et monte-charges, eau froide, eau chaude et chauffage collectifs, installations individuelles, parties communes intérieures, espaces extérieurs, hygiène, équipements et taxes limitativement énumérées. Tout ce qui figure hors de cette liste reste à la charge du propriétaire.

Les erreurs les plus fréquentes portent sur des postes que le bailleur glisse indûment dans le décompte : gros travaux de ravalement ou de toiture, honoraires de gestion locative de l’agence, frais de procédure engagés contre d’autres locataires, intérêts d’emprunt du propriétaire, ou encore la taxe foncière, qui n’est pas récupérable, à la différence de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, qui l’est. Chaque ligne du décompte doit donc être rapprochée de l’annexe du décret du 26 août 1987 : une dépense qui n’y figure pas doit être retirée du calcul, et le solde recalculé en conséquence. Sur un décompte de 2 150 euros, le retrait de 400 euros de frais de gestion indûment imputés ramène la part du locataire à 1 750 euros et transforme un solde débiteur de 350 euros en trop-perçu de 50 euros à restituer.

Certains baux prévoient un forfait de charges au lieu de provisions : une somme fixe versée avec le loyer, qui ne donne lieu ni à complément ni à régularisation ultérieure. Ce forfait n’est valable que s’il n’est pas manifestement disproportionné au regard des charges réellement supportées, appréciées notamment au regard du dernier décompte. Un forfait de 250 euros par mois alors que les charges réelles du logement atteignent 120 euros par mois peut être remis en cause. À l’inverse, un locataire qui paie un forfait ne peut pas réclamer de régularisation annuelle : la vérification porte alors sur la proportion du forfait, pas sur un décompte.

Le chauffage et l’eau chaude collectifs méritent une vigilance particulière, car ils représentent souvent la moitié du décompte. Le bailleur doit fournir la note d’information sur les modalités de calcul et la consommation individuelle du logement. Sans relevé de compteur ou sans répartition expliquée, le locataire peut exiger la justification poste par poste avant de payer le solde. Les décomptes individuels de consommation d’eau, comme ceux qui ont été produits devant la cour d’appel de Paris dans l’affaire jugée le 2 juin 2026, illustrent ce que le juge attend : des pièces précises, année par année, et non des estimations globales.

En pratique, le contrôle du décompte suit un ordre simple : rapprocher chaque ligne de la liste du décret du 26 août 1987, vérifier la clé de répartition entre les locataires, contrôler les consommations individuelles de chauffage et d’eau, puis refaire l’addition. Toute ligne non récupérable ou non justifiée doit être écartée par écrit, avec un nouveau calcul proposé au bailleur. Ce travail préparatoire conditionne toute la suite : une contestation chiffrée et ciblée obtient des résultats qu’un refus global de payer n’obtient jamais.

II. Contester le décompte et récupérer le trop-payé : preuves, délais et juge

A. Exiger les justificatifs, faire recalculer et saisir le conciliateur : comment contester mois par mois

La contestation commence par une demande écrite de justificatifs adressée au bailleur, de préférence par lettre recommandée avec accusé de réception. Cette lettre rappelle le décompte contesté, énumère les postes litigieux et demande la communication des factures correspondantes ainsi que du mode de répartition. Le délai de six mois pendant lequel les pièces sont tenues à disposition court à compter de l’envoi du décompte : un décompte reçu le 10 septembre 2026 laisse jusqu’au 10 mars 2027 pour examiner les pièces. Passé ce délai, le droit au remboursement ne disparaît pas pour autant, car la prescription des actions issues du bail est de trois ans, comme exposé plus loin.

Si le bailleur ne répond pas ou refuse la consultation, une mise en demeure constitue la deuxième étape. Elle récapitule les sommes contestées, joint le recalcul du locataire et fixe un délai de réponse, généralement de quinze jours à un mois. Elle mentionne le paiement par douzième lorsque la régularisation est tardive et réserve expressément le droit de saisir le conciliateur puis le juge. Cette mise en demeure interrompt les discussions informelles et crée une pièce décisive pour la suite : un bailleur qui laisse une contestation chiffrée sans réponse se présente mal devant le juge.

La troisième étape amiable passe par la commission départementale de conciliation, compétente pour les litiges relatifs aux charges locatives. Gratuite et rapide, elle convoque les parties et propose une solution : rectification du décompte, échéancier, restitution du trop-perçu. À Paris, l’Agence départementale d’information sur le logement (ADIL 75) renseigne gratuitement locataires et bailleurs sur leurs droits avant toute démarche : son décryptage de 2025 sur l’absence ou le retard de régularisation reste le guide pratique de référence, et ses webinaires de septembre 2026 montrent que la demande d’information est forte à la rentrée. Le passage par la conciliation n’est pas obligatoire avant de saisir le juge, mais un procès-verbal de non-conciliation ou d’échec renforce la position du locataire demandeur.

Pendant toute la contestation, le locataire avisé ne cesse pas tout paiement : il paie le loyer et la part non contestée des charges, et il indique par écrit qu’il conteste le solde en précisant les motifs. Cette attitude évite qu’un commandement de payer visant la clause résolutoire ne prospère sur des sommes que le juge estimera ensuite indues. Dans l’affaire parisienne du 2 juin 2026, le commandement de payer délivré le 22 juillet 2022 pour 5 061 euros avait conduit à une assignation devant le juge des contentieux de la protection : le litige portait notamment sur 1 163,55 euros de régularisations de charges que le premier juge avait retranchés de la dette. La cour d’appel a infirmé sur ce point parce que le bailleur avait fini par produire les décomptes 2019 et 2020 et les relevés d’eau 2022 et 2023, et que les locataires n’opposaient pas de contestation sérieuse aux sommes appelées. La leçon est double : le bailleur qui produit des pièces précises obtient gain de cause, et le locataire qui veut faire échec à l’appel du solde doit contester ligne par ligne, avec des arguments vérifiables.

Le recalcul chiffré constitue le cœur du dossier. Pour chaque année contestée, le locataire établit un tableau : provisions versées d’un côté, part réelle des charges récupérables de l’autre, avec source de chaque chiffre. Lorsque le décompte du bailleur mélange plusieurs années ou impute des provisions sans régularisation définitive, le tableau distingue chaque exercice. La cour d’appel de Paris a relevé dans son arrêt du 2 juin 2026 (CA Paris, Pôle 4, chambre 4, 2 juin 2026, RG n° 24/06073) que la régularisation 2019 présentait un solde débiteur de 411,34 euros facturé en six mensualités à compter de janvier 2021, tandis que la régularisation 2020 faisait apparaître un solde créditeur de 124,60 euros imputé au bénéfice des locataires. Ce niveau de précision, année par année et mois par mois, est exactement ce que le locataire doit exiger de son bailleur avant de payer.

B. Saisir le juge, agir dans le délai de trois ans et récupérer le dépôt de garantie : recours et spécificités Paris Île-de-France

Quand la voie amiable échoue, le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire statue sur les litiges de charges locatives. À Paris, il s’agit du tribunal judiciaire de Paris ; en Île-de-France, du tribunal du lieu de situation de l’immeuble. La demande porte sur la restitution des provisions et régularisations indûment perçues, le cas échéant avec intérêts, et peut s’accompagner d’une demande de dommages et intérêts lorsque le bailleur a manqué à ses obligations d’information et de justification.

Devant le juge, la charge de la preuve pèse sur le bailleur. Le principe est posé par le Code civil : « Celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver. » (article 1353 du Code civil, en vigueur depuis le 1er octobre 2016). Appliqué aux charges, ce principe signifie que le bailleur qui réclame un solde doit démontrer l’existence et le montant de chaque dépense, et que le locataire qui conteste n’a pas à prouver un fait négatif. La Cour de cassation l’a rappelé avec force le 29 janvier 2026 dans un arrêt de formation de section publié au Bulletin (Cass. 3e civ., 29 janvier 2026, n° 24-14.982) : « celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver » et le bailleur « doit, pour satisfaire à son obligation de communication des justificatifs du montant des charges, les adresser au locataire qui lui en fait la demande sans pouvoir seulement les tenir à sa disposition. » Dans cette affaire, la cour d’appel de Versailles avait validé des régularisations de charges au vu de simples courriers de reddition listant les dépenses au prorata des surfaces, sans constater que la bailleresse démontrait les montants et sans exiger l’envoi des factures réclamées : « alors qu’il incombait à la bailleresse d’adresser à la locataire qui lui en avait fait la demande les justificatifs des charges, impôts, taxes et redevances qu’elle lui imputait et de justifier devant le juge du montant des charges qui étaient contestées par la locataire, la cour d’appel a violé les textes susvisés. » La Cour a cassé partiellement l’arrêt du 25 janvier 2024, renvoyé l’affaire devant la cour d’appel de Versailles autrement composée et condamné la bailleresse aux dépens ainsi qu’à 3 000 euros au titre de l’article 700 du Code de procédure civile. Bien que rendue en matière de bail commercial, au visa des articles L. 145-40-2 et R. 145-36 du Code de commerce, dont ce dernier impose au bailleur de communiquer « au locataire, à sa demande, tout document justifiant le montant des charges, impôts, taxes et redevances imputés à celui-ci », cette décision éclaire tous les contentieux de charges : des tableaux récapitulatifs ne remplacent jamais les factures, et la simple mise à disposition ne vaut pas envoi des pièces réclamées.

Le pendant de cette exigence protège aussi le bailleur diligent : un retard de régularisation ne le prive pas de son droit. La cour d’appel de Paris l’a jugé le 2 juin 2026 (CA Paris, Pôle 4, chambre 4, 2 juin 2026, RG n° 24/06073) : « aucune disposition de l’article 23 de la loi du 6 juillet 1989 ne prévoit qu’un retard dans la régularisation annuelle des charges aurait pour effet de priver le bailleur de son droit à récupération des charges récupérables effectivement dues. » Et d’ajouter : « La seule tardiveté de la régularisation ne saurait donc justifier, en l’absence de contestation sérieuse des sommes appelées et alors que le bailleur produit des éléments justificatifs suffisants, le rejet partiel de la créance locative. » En conséquence, la cour a infirmé le jugement du juge des contentieux de la protection d’Évry du 20 décembre 2023 en ce qu’il avait déduit 1 163,55 euros de la dette, et condamné solidairement les locataires à 5 616,27 euros au titre des loyers, charges et indemnités d’occupation arrêtés au 5 juin 2024, échéance de mai 2024 incluse. Le message adressé aux locataires est clair : pour faire échec à une régularisation tardive, il faut démontrer, pièces à l’appui, que les sommes ne sont pas dues, et non se retrancher derrière le seul retard.

À l’inverse, le bailleur qui ne produit aucun justificatif s’expose à une restitution intégrale. La cour d’appel de Colmar l’a jugé le 21 juillet 2025 (CA Colmar, 3e chambre civile, 21 juillet 2025, RG n° 24/02214) dans un litige opposant une locataire à une coopérative de logements : « si le défaut de régularisation annuelle ne prive pas le bailleur de réclamer le paiement des charges après ce délai (dans la limite du délai de prescription applicable), il lui appartient toutefois de produire les justificatifs afférents et de prouver avoir tenu lesdits documents à la disposition du locataire, fut-ce devant la juridiction saisie. » Faute de pièces suffisantes, la cour a infirmé le jugement du juge de proximité d’Illkirch-Graffenstaden du 22 mai 2024, condamné la bailleresse à rembourser 1 943,16 euros au titre des régularisations 2019 à 2021, 5 904 euros au titre des provisions 2019 à 2022 et 1 476 euros au titre des provisions 2023, débouté la bailleresse de sa demande d’arriéré de 2 243,25 euros et confirmé 500 euros de dommages et intérêts pour préjudice moral. Au total, près de 9 300 euros restitués à la locataire : la démonstration qu’une contestation méthodique, soutenue jusqu’en appel, peut renverser un décompte non justifié.

Reste le délai pour agir. Toutes les actions issues du bail se prescrivent par trois ans : « Toutes actions dérivant d’un contrat de bail sont prescrites par trois ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d’exercer ce droit. » (article 7-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, créé par la loi du 24 mars 2014, en vigueur depuis le 27 mars 2014). Un trop-perçu découvert sur le décompte reçu en septembre 2026 peut donc être réclamé pour les trois dernières années, et le bailleur ne peut pas appeler des arriérés prescrits. Le droit commun de la prescription quinquennale des actions personnelles (article 2224 du Code civil) cède ici devant ce délai spécial de trois ans.

Le départ du locataire ne clôt pas le sujet des charges, bien au contraire. Le dépôt de garantie doit être restitué dans un délai maximal d’un mois si l’état des lieux de sortie est conforme à l’entrée, et de deux mois dans le cas contraire, déduction faite des sommes restant dues et dûment justifiées. Lorsque le logement se situe dans un immeuble collectif, « le bailleur procède à un arrêté des comptes provisoire et peut, lorsqu’elle est dûment justifiée, conserver une provision ne pouvant excéder 20 % du montant du dépôt de garantie jusqu’à l’arrêté annuel des comptes de l’immeuble », la régularisation définitive intervenant « dans le mois qui suit l’approbation définitive des comptes de l’immeuble » (article 22 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989). Une retenue supérieure à 20 % ou conservée au-delà de l’arrêté annuel, sans arrêté provisoire justifié, ouvre droit à restitution et à la pénalité mensuelle de 10 % du loyer prévue en cas de restitution tardive. Les locataires parisiens qui quittent leur logement à la rentrée 2026 trouveront sur ce point des explications détaillées dans l’article du cabinet consacré à la retenue abusive sur le dépôt de garantie et à la pénalité de 10 %.

À Paris et en Île-de-France, quelques repères pratiques complètent le tableau. Le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Paris concentre un contentieux de charges dense, avec des décomptes souvent élevés en copropriété parisienne : chauffage collectif ancien, gardiennage et ascenseurs pèsent lourd dans les budgets. L’ADIL de Paris reçoit gratuitement pour vérifier un décompte avant d’engager une procédure, et la commission départementale de conciliation de Paris peut être saisie sans frais. Les délais parisiens d’audiencement imposent d’anticiper : une assignation délivrée à l’automne 2026 pour un décompte reçu à la rentrée laisse le temps de tenter la conciliation sans laisser passer la prescription. Enfin, les locataires du parc social francilien, nombreux devant les bailleurs institutionnels, disposent des mêmes droits au décompte et aux justificatifs, comme l’illustre l’arrêt parisien du 2 juin 2026 rendu contre un bailleur social.

Conclusion

Un décompte de régularisation reçu à la rentrée 2026 n’est ni une facture incontestable ni un papier à ignorer : c’est une invitation à contrôler. Vérifier l’année d’exigibilité et le droit au paiement par douzième, rapprocher chaque ligne de la liste des charges récupérables, exiger les factures pendant le délai de six mois, chiffrer la contestation et tenter la conciliation avant de saisir le juge des contentieux de la protection dans le délai de trois ans : telle est la marche à suivre. La jurisprudence récente donne aux deux parties leurs repères : le bailleur qui produit des justificatifs précis obtient le paiement même après un retard, comme l’a jugé la cour d’appel de Paris le 2 juin 2026, tandis que le bailleur qui n’en produit pas restitue l’intégralité des provisions, comme l’a jugé la cour d’appel de Colmar le 21 juillet 2025, et que la Cour de cassation exige l’envoi effectif des pièces réclamées depuis son arrêt du 29 janvier 2026. Dans ce cadre, le trop-payé se récupère, à l’amiable ou devant le juge, et le dépôt de garantie suit le même régime de justification stricte.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier.

Vous venez de recevoir un décompte de régularisation salé, votre bailleur refuse de montrer les factures ou il retient une partie de votre dépôt de garantie pour des charges non justifiées. Obtenez une consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du cabinet pour vérifier votre décompte, chiffrer la contestation et engager les recours. Appelez le 06 46 60 58 22 ou écrivez via la page contact du cabinet. À Paris et en Île-de-France, nous traitons ces dossiers devant les juridictions du ressort et auprès des conciliateurs du territoire.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».