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Plan pluriannuel de travaux voté en AG : la facture explose, comment contester, financer et vendre sans perdre (2026)

Votre syndic vient de vous adresser le procès-verbal de l’assemblée générale : la copropriété a voté un plan pluriannuel de travaux qui prévoit la réfection de la toiture, le ravalement et le remplacement de la chaudière collective pour un montant total de 180 000 euros, soit 12 000 euros pour votre lot, exigibles en trois appels de fonds sur dix-huit mois. Depuis le 1er janvier 2025, cette situation est devenue banale. Comme l’a relevé la presse économique en juin 2026, les copropriétés de plus de quinze ans doivent depuis le 1er janvier 2025 faire établir un projet de plan pluriannuel de travaux en application de la loi Climat et résilience, alors que neuf petits immeubles sur dix n’auraient toujours pas lancé leur plan et que les professionnels chiffrent la seule étude entre 7 000 et 20 000 euros. Les assemblées générales de l’automne 2026 votent donc en masse des programmes de travaux que beaucoup de copropriétaires découvrent avec effroi. Faut-il payer sans discuter, peut-on contester le vote, étaler la dépense, emprunter collectivement ou vendre avant les appels de fonds ? Ce décryptage répond point par point, textes officiels à l’appui.

I. Ce que l’assemblée générale a vraiment voté : plan, fonds travaux et appels de fonds

A. Projet de plan puis plan : une feuille de route sur dix ans votée à deux majorités

Le vocabulaire mérite d’abord d’être fixé, car tout le régime en dépend. Le service public officiel définit le document comme l’échéancier par lequel la copropriété programme sur dix ans les travaux nécessaires pour sauvegarder le bâtiment et assurer son bon entretien. Le projet (PPPT) n’est qu’une proposition établie à partir de l’analyse du bâti, des équipements, du diagnostic de performance énergétique et, le cas échéant, du diagnostic technique global. Le texte officiel précise la bascule : le PPT correspond au projet partiellement ou totalement voté en assemblée générale, et il précise les travaux retenus, leur calendrier et leur financement, le plus souvent par appels de fonds. Surtout, seules l’élaboration du projet et sa présentation en assemblée sont obligatoires, car l’assemblée peut adopter tout ou partie du projet, le modifier ou le refuser Autrement dit, votre copropriété devait faire réaliser l’étude et la débattre, mais elle pouvait refuser tout ou partie des travaux proposés. Si l’assemblée a tout voté, c’est un choix collectif qui vous engage, sauf recours examinés plus loin.

Le vote se déroule en deux temps, à deux majorités différentes, et chaque étape peut être contrôlée. D’abord, le syndic inscrit à l’ordre du jour les modalités d’élaboration du projet et le choix du prestataire : cette résolution est votée à la majorité simple des présents, représentés et votants par correspondance. Ensuite, le projet réalisé est présenté à la première assemblée annuelle qui suit, et l’adoption ou le rejet du projet se vote à la majorité des voix de tous les copropriétaires, soit la majorité absolue. Le projet peut aussi être discuté et ajusté en séance, et les copropriétaires peuvent en contester les préconisations s’ils les jugent discutables ou inadaptées Retenez aussi que le plan doit être actualisé tous les dix ans, que les travaux qu’il prévoit doivent néanmoins être soumis au vote des copropriétaires au fur et à mesure, selon son échéancier, et que chaque vote de travaux s’accompagne d’un vote sur leur financement et sur les honoraires du syndic. En pratique, vérifiez donc trois procès-verbaux : celui qui a commandé l’étude, celui qui a adopté le plan, et celui qui a voté chaque tranche de travaux avec son financement. S’il manque une étape, le recouvrement des appels de fonds devient fragile.

Le contenu du projet est encadré : il doit comprendre la liste des travaux nécessaires à la sauvegarde de l’immeuble, à la préservation de la santé et de la sécurité des occupants, aux économies d’énergie et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’estimation sommaire de leur coût avec leur hiérarchisation, et une proposition d’échéancier pour les travaux nécessaires dans les dix prochaines années. Le plan adopté reprend l’ensemble des travaux prescrits dans le projet et votés par les copropriétaires, leur classement par ordre de priorité selon l’urgence, l’échéancier de réalisation à court, moyen et long terme, l’estimation des coûts par catégorie de travaux et la prévision budgétaire répartissant les dépenses sur toute la durée du plan. Ce document technique est votre meilleur allié : comparez les devis des entreprises avec l’estimation sommaire, repérez les travaux ajoutés en séance qui ne figuraient pas dans le projet, et notez les priorités, car financer en premier ce qui est urgent (étanchéité, sécurité électrique, chaudière) puis étaler le confort énergétique change le montant des premiers appels de fonds.

Le diagnostic technique global irrigue tout le dispositif. L’article L. 731-1 du code de la construction et de l’habitation dispose : « Afin d’assurer l’information des copropriétaires sur la situation technique générale de l’immeuble et, le cas échéant, aux fins d’élaboration d’un plan pluriannuel de travaux, l’assemblée générale des copropriétaires se prononce sur la question de faire réaliser par un tiers, disposant de compétences précisées par décret, un diagnostic technique global pour tout immeuble à destination partielle ou totale d’habitation relevant du statut de la copropriété. » Ce diagnostic « comporte : 1° Une analyse de l’état apparent des parties communes et des équipements communs de l’immeuble ; 2° Un état technique de l’immeuble et des équipements communs au regard des obligations légales et réglementaires au titre de la construction ; 3° Une analyse des améliorations possibles de la gestion technique et patrimoniale de l’immeuble ; 4° Un diagnostic de performance énergétique de l’immeuble tel que prévu aux articles L. 126-28 ou L. 126-31 du présent code », et « Il fait apparaître une évaluation sommaire du coût et une liste des travaux nécessaires à la conservation de l’immeuble, à la préservation de la santé et de la sécurité des occupants et à la réalisation d’économies d’énergie, en précisant notamment ceux qui devraient être menés dans les dix prochaines années. » Son contenu « est présenté à la première assemblée générale des copropriétaires qui suit sa réalisation ou sa révision » (article L. 731-2). Si aucun besoin de travaux n’apparaît sur dix ans, le syndicat peut être dispensé du projet de plan. À l’inverse, « Toute mise en copropriété d’un immeuble construit depuis plus de dix ans est précédée du diagnostic technique global prévu à l’article L. 731-1 . » (article L. 731-4). Demandez systématiquement copie du diagnostic : un plan voté sans diagnostic, ou en contradiction avec lui, se conteste bien plus facilement.

B. Fonds travaux, appels de fonds et contrôle du maire : qui paie combien et sous quel contrôle

Le plan adopté ne reste pas une déclaration d’intention : il se paie. La règle de financement est posée sans détour par le service public : quand l’assemblée adopte un plan, celui-ci est financé par le fonds travaux auquel chaque copropriétaire doit participer. Ce fonds est alimenté par une cotisation annuelle obligatoire dont le syndicat vote le montant chaque année, tandis que l’ouverture du compte bancaire dédié n’est votée qu’une seule fois : c’est un compte séparé et rémunéré, ouvert au nom du syndicat, sur lequel les cotisations sont versées directement. Les planchers légaux sont chiffrés : quand l’assemblée a adopté un plan, la cotisation annuelle ne peut pas être inférieure à 2,5 % du montant des travaux prévus dans le plan adopté, alors que sans plan adopté elle ne doit pas être inférieure à 5 % du budget prévisionnel L’assemblée peut voter davantage à la majorité absolue, et elle peut suspendre les cotisations quand le montant des cotisations du fonds dépasse le budget prévisionnel, ou quand le montant du fonds dépasse de moitié le montant des travaux prévus dans le plan adopté. Concrètement, pour un plan de 180 000 euros, la cotisation annuelle minimale du fonds atteint 4 500 euros à répartir entre les lots, avant même les appels de fonds exceptionnels votés tranche par tranche. Vérifiez que le syndic appelle bien les sommes au prorata de vos tantièmes de charges communes, qu’il distingue le budget courant, le fonds travaux et les appels exceptionnels, et qu’il place les fonds sur le compte séparé rémunéré : tout mélange avec le compte courant du syndic ou avec les fonds d’une autre copropriété constitue une anomalie grave à faire constater par écrit.

Les appels de fonds suivent l’échéancier, et chaque appel doit reposer sur un vote. Puisque les travaux du plan doivent néanmoins être soumis au vote des copropriétaires au fur et à mesure, selon son échéancier, un syndic ne peut pas exiger en une fois l’intégralité du plan décennal : il appelle chaque tranche après son vote, avec son plan de financement. Si vous recevez un appel global sans vote correspondant, demandez la résolution précise qui le fonde, son montant, sa répartition et sa date d’exigibilité. En cas de vente de votre lot entre deux appels, le principe est que celui qui est copropriétaire au jour de l’exigibilité paie : anticipez donc la signature de l’acte authentique par rapport au calendrier des appels, et faites régler la répartition du prorata dans l’acte chez le notaire. Notez aussi que le plan adopté ou, à défaut, le projet non voté s’ajoute à la liste des documents à remettre à l’acquéreur chez le notaire : un acquéreur informé négocie le prix en connaissance du programme décennal, tandis qu’un vendeur qui dissimule le plan s’expose à une action ultérieure. Le carnet d’entretien de l’immeuble doit également intégrer les travaux prescrits dans le plan avec leur échéancier, et éventuellement ceux prescrits par le diagnostic technique global : exigez sa mise à jour, car c’est la mémoire officielle de l’immeuble que le notaire et les futurs acquéreurs consulteront.

Le dispositif est surveillé de l’extérieur, ce qui offre un levier aux copropriétaires minoritaires face à un syndic inerte ou à une majorité qui refuse tout. D’abord, le maire, le préfet ou le président de l’intercommunalité peut à tout moment demander au syndic de lui transmettre le plan adopté, pour vérifier que les travaux programmés garantissent la sauvegarde de l’immeuble et la sécurité des occupants. Ensuite, si le plan n’est pas transmis dans le mois de la notification, l’autorité peut élaborer ou actualiser d’office le projet de plan à la place et aux frais du syndicat, et il en va de même si le plan transmis ne prescrit pas les travaux nécessaires à la sécurité des occupants. Enfin, dès réception du projet notifié par l’autorité, le syndic doit convoquer une assemblée pour se prononcer sur l’adoption de tout ou partie de ce projet Dans le même esprit, l’article L. 731-5 du code de la construction et de l’habitation prévoit que « l’autorité administrative compétente peut à tout moment, pour vérifier l’état de bon usage et de sécurité des parties communes d’un immeuble collectif à usage principal d’habitation soumis au statut de la copropriété présentant des désordres potentiels, demander au syndic de lui produire le diagnostic prévu à l’article L. 731-1 . », puis le faire réaliser d’office en cas de silence. Si votre immeuble se dégrade et que la majorité enterre le projet de plan, un signalement circonstancié à la mairie, avec photos et constats, peut donc débloquer la situation sans procès entre voisins.

La dimension énergétique mérite une vigilance particulière, car elle gonfle souvent les chiffrages. Le projet de plan s’appuie sur le diagnostic de performance énergétique de l’immeuble, et la loi impose (article L. 126-31) : « Tout bâtiment d’habitation collective dont le permis de construire a été déposé avant le 1er janvier 2013 dispose d’un diagnostic de performance énergétique réalisé dans les conditions prévues à l’article L. 126-26 . » Et « Ce diagnostic est renouvelé ou mis à jour tous les dix ans, sauf lorsqu’un diagnostic réalisé après le 1er juillet 2021 permet d’établir que le bâtiment appartient à la classe A, B ou C au sens de l’article L. 173-1-1 . » Vérifiez la classe réelle de votre immeuble avant d’accepter un programme de rénovation énergétique massif : un immeuble déjà classé C après un diagnostic récent n’a pas à financer les mêmes travaux qu’une passoire thermique, et les aides publiques (certificats d’économies d’énergie, aides locales, éco-prêt à taux zéro collectif) doivent être déduites du reste à charge avant tout appel de fonds. Exigez du syndic un tableau de financement complet, subventions et aides déduites, lot par lot, avant chaque vote : une résolution qui vote des travaux sans financement chiffré expose la copropriété aux impayés en cascade et vous expose personnellement aux poursuites du syndic.

II. Vos recours quand la facture est trop lourde : contester le vote, financer autrement ou vendre

A. Contester la décision d’assemblée : qualité pour agir, délai de deux mois et nullités

Contester ne veut pas dire refuser de payer du jour au lendemain : cela veut dire faire annuler la résolution irrégulière par le tribunal, ce qui prive le syndic de base légale pour recouvrer. La première condition tient à votre position lors du vote. le service public exige d’être opposant, c’est-à-dire d’avoir voté contre la résolution adoptée ou pour une résolution rejetée, ou défaillant, c’est-à-dire absent et non représenté lors du vote Celui qui a voté pour, même en rouspétant, ne peut plus attaquer la résolution, et la qualité d’opposant s’apprécie résolution par résolution, de sorte qu’un copropriétaire défaillant ou opposant à l’ensemble des résolutions peut demander l’annulation de l’assemblée dans son entier Conservez donc votre bulletin de vote, votre pouvoir, votre convocation et le procès-verbal : sans la preuve de votre opposition ou de votre absence non représentée, l’action est irrecevable. Si vous avez donné un pouvoir en blanc au président de séance ou au syndic, vérifiez comment il a été utilisé, car un mandataire qui vote pour à votre place vous prive du recours.

La seconde condition est le délai, bref et impératif : il faut agir en justice dans les deux mois de la notification du procès-verbal d’assemblée par le syndic Ce délai court à compter de la réception du procès-verbal, pas du jour de l’assemblée, et dans tous les cas le recours est porté devant le tribunal judiciaire du lieu de situation de l’immeuble, avec représentation obligatoire par avocat, qui fait délivrer une assignation contre le syndicat des copropriétaires pris en la personne du syndic Ne laissez donc pas dormir le courrier du syndic : datez sa réception, et si vous envisagez un recours, consultez dans les quinze jours pour laisser le temps de préparer l’assignation. L’exception confirme l’importance du procès-verbal : si le syndic n’a jamais envoyé le procès-verbal, le délai de contestation est de cinq ans Un syndic qui tarde à notifier prolonge donc lui-même la période de fragilité de ses résolutions, et les appels de fonds lancés sur une résolution non notifiée sont contestables dans leur principe même.

Sur le fond, les moyens de nullité les plus efficaces contre un vote de plan de travaux tiennent à la procédure et à la compétence. Vérifiez la convocation (délai de vingt et un jours, ordre du jour précis mentionnant l’élaboration puis l’adoption du projet, projets de résolutions joints), la personne qui a réalisé l’étude (bureau d’études, architecte ou thermicien devant attester sur l’honneur de son impartialité et de son indépendance envers le syndic, les fournisseurs d’énergie et les entreprises intervenant sur l’immeuble, et justifier d’une assurance de responsabilité civile professionnelle), la majorité appliquée (simple pour commander l’étude, absolue pour adopter le plan) et la cohérence entre le projet présenté, le diagnostic technique global et ce qui a été voté. Un plan adopté à la majorité simple, une étude réalisée par une entreprise liée au syndic sans attestation d’indépendance, des travaux votés qui ne figuraient ni dans le projet ni dans le diagnostic, ou un vote global plan plus financement sans chiffrage du financement ni des honoraires du syndic constituent des griefs sérieux. Notre décryptage consacré à la contestation des assemblées générales et au délai de deux mois (contester une décision d’assemblée générale de copropriété : délai de deux mois et recours en responsabilité) détaille ces moyens et l’action en responsabilité sur cinq ans contre le syndic fautif : appuyez-vous sur lui pour bâtir l’assignation. Même en cas de doute sur l’issue, l’action en annulation suspend rarement le paiement, aussi demandez au tribunal, par la même assignation ou par requête distincte, un échéancier ou des mesures provisoires, et consignez si besoin les sommes pour démontrer votre bonne foi tout en préservant vos droits.

Ajoutez un dernier contrôle souvent décisif : l’articulation entre le plan et les travaux déjà votés. Puisque les travaux du plan doivent néanmoins être soumis au vote des copropriétaires au fur et à mesure, selon son échéancier, un appel de fonds qui anticipe une tranche non encore votée, ou qui cumule le fonds travaux, l’appel exceptionnel et le budget courant sans les distinguer, peut être contesté dans son montant même si le plan est valable. Écrivez au syndic en recommandé avec accusé de réception pour exiger le décompte détaillé, la résolution fondant chaque somme et la répartition en tantièmes, et saisissez le conciliateur de justice ou le tribunal en cas de refus. Chaque courrier précis interrompt la prescription de vos contestations indemnitaires et oblige le syndic à répondre sur les chiffres, terrain où les approximations sont fréquentes.

B. Financer sans vous noyer : étalement, emprunt collectif, aides et vente avec plan

Quand le plan est régulier et que la contestation n’est pas envisageable, l’enjeu devient financier : payer juste, payer plus tard ou faire payer autrement. Premier réflexe, l’étalement négocié. Le syndic ne peut pas exiger d’un coup dix ans de travaux, puisque chaque tranche est votée puis appelée selon l’échéancier : demandez par écrit un calendrier de versements aligné sur l’avancement réel du chantier, proposez un échéancier mensuel, et si le syndic refuse, portez la question à l’ordre du jour de la prochaine assemblée, car c’est elle, et non le syndic seul, qui fixe les modalités de financement. Les copropriétaires en difficulté passagère peuvent aussi voter entre eux une avance du syndicat ou une modulation des appels, à la majorité requise, plutôt que de laisser les impayés générer des intérêts et des frais de recouvrement qui aggraveront la dette. Ne cessez jamais tout paiement sans décision de justice : l’impayé total expose à la mise en demeure, à l’inscription hypothécaire et à la saisie, alors que le paiement sous protestation, avec réserves écrites et consignation du différend, préserve vos recours.

Deuxième levier, l’emprunt collectif souscrit par le syndicat, mécanisme taillé pour les gros programmes. Le code de la construction et de l’habitation lui consacre un chapitre entier (article L. 732-1) : « Le présent chapitre est applicable aux prêts destinés à financer les dépenses relatives à la réparation, à l’amélioration ou à l’entretien d’un immeuble qui sont souscrits par un syndicat de copropriétaires mentionné à l’ article 14 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis. » Et « Pour l’emprunt prévu au III de l’ article 26-4 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis, le prêt est consenti pour une durée fixée par décret en Conseil d’Etat. » Il « permet de financer le coût des travaux non couvert par la mobilisation de fonds détenus par le syndicat des copropriétaires ou le coût des travaux éligibles à l’avance remboursable ne portant pas intérêt prévue à l’ article 244 quater U du code général des impôts consentie à un syndicat de copropriétaires. » (article L. 732-2). Surtout, « L’emprunt comporte des facilités de remboursement anticipé pour tenir compte du versement des subventions publiques accordées pour la réalisation des travaux votés ou du versement des montants des quotes-parts du coût des travaux des copropriétaires ne souhaitant pas bénéficier du prêt. » (article L. 732-3). Concrètement, proposez en assemblée le vote d’un emprunt collectif plutôt qu’un appel cash : seuls les copropriétaires qui y adhèrent remboursent les échéances, les autres paient comptant leur quote-part, et les subventions qui arrivent après le vote permettent un remboursement anticipé sans pénalité. Comparez le coût total (intérêts, assurance, frais) avec l’étalement simple, et exigez plusieurs offres bancaires : un syndic qui impose sa banque habituelle sans mise en concurrence manque à son devoir de conseil.

Troisième levier, les aides et subventions, qui doivent être intégrées au financement avant tout appel. Certificats d’économies d’énergie pour la chaudière et l’isolation, aides de l’Agence nationale de l’habitat en secteur programmé, aides municipales et départementales pour le ravalement ou la rénovation énergétique, éco-prêt à taux zéro collectif : recensez-les avec le syndic et faites voter une résolution qui conditionne les appels de fonds à la déduction des aides notifiées. Un copropriétaire peut aussi, à titre individuel, mobiliser l’éco-prêt à taux zéro pour sa quote-part de travaux éligibles, sous conditions bancaires. Faites chiffrer le reste à charge net de subventions, lot par lot, car un plan de 180 000 euros brut peut tomber à 120 000 euros nets après aides, ce qui change radicalement la soutenabilité des échéances et la valeur de votre bien.

À Paris et en Île-de-France, des particularités renforcent ces leviers. Les immeubles haussmanniens et les petites copropriétés parisiennes, souvent de moins de cinquante lots et de plus de quinze ans, sont les premières concernées par l’obligation entrée en vigueur le 1er janvier 2025, et les assemblées d’automne votent actuellement leurs premiers programmes. La Ville de Paris et la Métropole du Grand Paris financent des dispositifs d’accompagnement à la rénovation (conseils, audits, aides type Éco-Rénovons Paris), que le syndic doit recenser avant de chiffrer les appels. En cas de carence du syndic, le signalement à la mairie de Paris pour le contrôle du plan suit la procédure nationale décrite plus haut, et le tribunal judiciaire de Paris, juridiction du lieu de situation pour les immeubles parisiens, statue sur les contestations d’assemblées dans le délai de deux mois avec représentation obligatoire par avocat. Les copropriétaires franciliens peuvent enfin se faire assister gratuitement par l’Agence départementale d’information sur le logement (ADIL 75 à Paris et ADIL départementales en petite et grande couronne) pour relire le projet de plan et préparer l’assemblée. Dans un marché parisien où un lot grevé d’un programme de travaux non financé se négocie avec une décote, présenter un plan financé par emprunt collectif et aides déduites protège aussi la valeur de revente.

Quatrième issue, la vente avant ou pendant le programme, à manier avec méthode. Puisque le plan adopté ou le projet non voté s’ajoute à la liste des documents à remettre à l’acquéreur chez le notaire, toute dissimulation expose le vendeur à une action en garantie ou en nullité pour vice du consentement. La bonne stratégie consiste à vendre en transparence : joignez le projet ou le plan, l’échéancier, les votes déjà intervenus et le tableau de financement net d’aides, et faites stipuler dans l’acte qui paie les appels exigibles avant et après la vente, avec séquestre du montant des prochains appels si nécessaire. Un acquéreur investisseur préférera parfois un prix minoré avec travaux financés plutôt qu’un prix facial suivi d’appels surprises, et le vendeur évite ainsi dix ans de contentieux. Si au contraire vous achetez dans une copropriété sous plan, exigez le plan complet, les procès-verbaux des trois dernières années, le carnet d’entretien à jour, l’état daté du syndic et le décompte des appels à venir : chaque pièce manquante est un levier de négociation du prix, voire un motif de retractation si l’information précontractuelle a été faussée.

Conclusion

Le plan pluriannuel de travaux n’est ni une fatalité ni un chèque en blanc : c’est une feuille de route sur dix ans que l’assemblée peut adopter, amender ou refuser, et dont chaque tranche doit être revotée avec son financement. Face à une facture qui explose, la méthode tient en quatre gestes : relire le projet, le diagnostic et les trois procès-verbaux qui fondent les appels ; contester dans les deux mois de la notification si le vote est irrégulier, devant le tribunal du lieu de l’immeuble avec un avocat ; faire financer le programme par le fonds travaux, un emprunt collectif et des aides déduites avant tout appel ; et si la vente s’impose, la conclure en transparence avec le plan annexé et la répartition des appels réglée chez le notaire. Les assemblées de l’automne 2026 votent les premiers programmes des petites copropriétés : c’est maintenant, procès-verbal en main, que vos droits se jouent.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».