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Pompe à chaleur bruyante : pourquoi le propriétaire et son installateur ont été condamnés ensemble en 2026

Ils avaient fait tout ce qu’on leur demandait : choisir un équipement de marque connue, le faire poser par un professionnel, réceptionner l’installation sans réserve. Quelques mois plus tard, leurs voisins les assignaient en justice pour le bruit de leur pompe à chaleur, et réclamaient 27 000 euros. Le 18 juin 2026, le tribunal judiciaire de Nantes a tranché : trouble anormal de voisinage caractérisé, 8 000 euros pour le préjudice de jouissance, 2 500 et 1 500 euros pour le préjudice moral, et une condamnation prononcée ensemble contre les propriétaires et la société qui avait vendu et installé l’appareil. Cette dernière devra garantir les propriétaires à hauteur de la moitié des sommes. Voilà la réponse courte à la question qui amène beaucoup de lecteurs ici : oui, une pompe à chaleur parfaitement conforme, sans aucun défaut de fonctionnement, peut quand même vous coûter plus de 12 000 euros si elle est mal placée et si personne ne vous a alerté sur le bruit avant de la poser. Et non, le voisin n’obtient pas tout ce qu’il demande : dans cette même affaire, l’interdiction d’utiliser la pompe à chaleur a été refusée.

Deux réserves avant d’entrer dans le détail, car elles conditionnent tout le reste. D’abord, les décisions racontées ici sont rendues en premier ressort : elles peuvent faire l’objet d’un appel et ne constituent pas une règle générale applicable à toutes les pompes à chaleur. Ensuite, le bruit ne se présume jamais : il se mesure, se constate et se compare à des seuils, et c’est l’ensemble du dossier qui fait la décision, jamais la marque de l’appareil ni le montant réclamé. Cet article explique, à partir de cette affaire jugée en juin 2026 et de deux contre-exemples récents, où passe exactement la ligne entre l’équipement qui chauffe et l’équipement qui condamne, et comment se répartit ensuite la facture entre le propriétaire et le professionnel qui l’a installé.

I. Un équipement conforme peut quand même constituer un trouble anormal de voisinage

A. La responsabilité du propriétaire ne dépend pas d’un défaut de l’appareil

L’erreur la plus répandue consiste à croire que, l’appareil étant neuf, réglé et réceptionné sans réserve, le dossier est clos. Le tribunal de Nantes dit l’inverse : l’expertise judiciaire a constaté que la puissance acoustique de la pompe à chaleur était conforme aux caractéristiques annoncées par le constructeur et qu’aucun défaut de fonctionnement n’avait été mis en évidence. Cela n’a rien changé à l’issue. Les nuisances, relève le jugement, trouvaient principalement leur origine dans l’emplacement retenu pour l’unité extérieure, posée sur la façade arrière de la maison, à proximité immédiate de la propriété voisine et dans l’axe des chambres des voisins.

Le fondement est celui du trouble anormal de voisinage, aujourd’hui codifié. L’article 1253 du code civil dispose : « Le propriétaire, le locataire, l’occupant sans titre, le bénéficiaire d’un titre ayant pour objet principal de l’autoriser à occuper ou à exploiter un fonds, le maître d’ouvrage ou celui qui en exerce les pouvoirs qui est à l’origine d’un trouble excédant les inconvénients normaux de voisinage est responsable de plein droit du dommage qui en résulte. » Responsable de plein droit : le voisin n’a pas à prouver une faute du propriétaire, seulement que le trouble dépasse ce que chacun doit normalement supporter. Le tribunal ajoute que ni le recours au professionnel, ni les démarches entreprises après les plaintes, ni les travaux correctifs réalisés en cours de procédure n’ont d’incidence sur le principe de cette responsabilité.

Ce régime s’articule avec la définition du bruit lui-même. L’article R. 1336-5 du code de la santé publique dispose : « Aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l’homme, dans un lieu public ou privé, qu’une personne en soit elle-même à l’origine ou que ce soit par l’intermédiaire d’une personne, d’une chose dont elle a la garde ou d’un animal placé sous sa responsabilité. » Trois critères cumulatifs dans l’appréciation concrète : la durée, la répétition, l’intensité. Un bruit de ventilation continu, audible de jour comme de nuit depuis les chambres, coche typiquement les trois cases, et c’est ce qu’un constat de commissaire de justice avait relevé dès le 16 février 2021 dans l’affaire nantaise.

Reste la question des seuils chiffrés, souvent brandie comme un couperet dans les deux sens. Le jugement de Nantes apporte une nuance essentielle : les articles R. 1336-5 et suivants définissent des seuils d’émergence globale et spectrale dont le dépassement constitue un indice pertinent de l’existence d’une atteinte, mais le respect ou le dépassement de ces seuils ne lie pas le juge. Autrement dit, des mesures conformes n’effacent pas automatiquement le trouble, et des dépassements ne le prouvent pas à eux seuls. Dans cette affaire, les mesures de l’expert montraient des émergences globales conformes dans la chambre fenêtres fermées, jour et nuit, mais des dépassements significatifs fenêtres ouvertes, particulièrement marqués la nuit, ainsi que des dépassements spectraux sur la bande des 250 Hz, de jour comme de nuit. Croisés avec la répétition des nuisances, leur persistance nocturne et la destination exclusivement résidentielle des lieux, ces éléments ont emporté la conviction du tribunal. La leçon pratique est double : faites mesurer dans des conditions représentatives de la vie réelle, y compris fenêtres ouvertes et la nuit, et ne considérez jamais une fiche technique comme un bouclier.

Ce raisonnement éclaire aussi la situation des copropriétaires, même si l’affaire de Nantes concernait deux maisons individuelles. Quand l’unité extérieure est posée sur une partie commune ou modifie l’aspect extérieur de l’immeuble, une seconde bataille s’ouvre en parallèle : celle de l’autorisation. Le tribunal judiciaire de Paris l’a rappelé le 27 février 2026 à propos d’une climatisation installée en 2008 dans une courette, partie commune, sans vote préalable : selon l’article 25 de la loi du 10 juillet 1965, l’autorisation donnée à certains copropriétaires d’effectuer à leurs frais des travaux affectant les parties communes ou l’aspect extérieur de l’immeuble relève de la majorité des voix de tous les copropriétaires, et un copropriétaire est recevable à demander la remise en état en cas d’absence d’autorisation, l’assemblée pouvant toutefois ratifier a posteriori (TJ Paris, 27 février 2026, RG 21/05708). Un équipement peut donc être attaqué sur deux fronts à la fois, l’autorisation d’un côté, le bruit de l’autre, et gagner sur le premier ne fait pas gagner le second.

B. Ce que le voisin obtient vraiment, et ce que le juge lui refuse

Venons-en aux chiffres, car ils séparent les promesses des décisions. Les voisins nantais demandaient 27 000 euros au titre du préjudice de jouissance, calculés sur une valeur locative de 1 500 euros par mois avec une perte de jouissance de 50 % pendant six mois par an depuis l’installation. Le tribunal a refusé cette évaluation : aucun élément ne permettait d’établir que la gêne aurait privé les occupants de la moitié de leur habitation ou rendu impossible l’occupation normale des lieux dans une telle proportion. Il a alloué une somme globale de 8 000 euros pour le préjudice de jouissance, plus 2 500 euros à l’une et 1 500 euros à l’autre au titre du préjudice moral, après avoir constaté que les nuisances avaient contribué à dégrader leurs conditions de vie. Total des condamnations indemnitaires : 12 000 euros, soit moins de la moitié de ce qui était réclamé pour la seule jouissance. Première leçon : le juge indemnise le trouble prouvé, pas le calcul théorique.

Deuxième leçon : la mesure radicale n’est pas automatique. Les voisins demandaient aussi l’interdiction d’utiliser la pompe à chaleur, sous astreinte de 100 euros par jour, jusqu’à une expertise établissant la conformité acoustique. Le tribunal rappelle qu’il peut ordonner les mesures propres à faire cesser le trouble, puis rejette la demande : l’étude acoustique produite avait été réalisée après la mise en place d’un écran antibruit, des travaux complémentaires avaient été effectués en juin 2024 avec deux panneaux latéraux, et les éléments du dossier ne permettaient pas de caractériser avec une certitude suffisante la persistance actuelle d’un trouble justifiant une mesure aussi radicale. « La demande sera en conséquence rejetée. » Moralité : corriger l’installation en cours de procédure peut éviter l’interdiction, mais ne fait pas disparaître l’addition pour le passé.

Car l’addition ne se limite pas aux dommages et intérêts. Le tribunal a condamné les propriétaires et l’installateur à payer 2 000 euros chacun aux voisins sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, outre les dépens, en ce compris les frais de la procédure de référé et les frais d’expertise judiciaire, et a rappelé que l’exécution provisoire est de droit. Entre l’expertise, les constats, quatre années de procédure et les frais irrépétibles, le coût complet d’un bruit de pompe à chaleur dépasse largement les seuls 12 000 euros de préjudices. C’est ce coût complet qu’il faut avoir en tête avant de choisir l’emplacement d’une unité extérieure, pas après.

Pour agir utilement, la fiche officielle consacrée aux troubles de voisinage et bruits de comportement recommande une gradation : faire établir un constat par un commissaire de justice, avec description objective, photographies et mesures du niveau sonore, faire appel à la police ou à la gendarmerie si nécessaire, puis saisir le juge pour demander la cessation des nuisances, éventuellement sous astreinte, et l’indemnisation du préjudice. La fiche cite comme références l’article R. 1336-5 du code de la santé publique, l’article 1253 du code civil sur la responsabilité de plein droit, ainsi que les articles R. 571-96 et L. 571-1 du code de l’environnement. Et le contre-exemple existe : le 20 juillet 2026, le tribunal judiciaire de Metz a débouté une demanderesse de l’ensemble de ses demandes en matière de nuisance sonore et l’a condamnée à 1 000 euros au titre de l’article 700 outre les dépens (TJ Metz, 20 juillet 2026, RG 25/00111). Agir sans mesures sérieuses et sans dossier expertisé, c’est risquer de payer pour avoir plaint.

II. La facture se partage avec le professionnel qui a vendu et posé l’appareil

A. Le devoir de conseil de l’installateur porte aussi sur le bruit et l’emplacement

C’est l’apport le plus marquant du jugement de Nantes : le voisin n’est pas le seul adversaire du propriétaire, et le propriétaire n’est pas seul face au voisin. Les époux propriétaires avaient assigné la société qui leur avait vendu et installé la pompe à chaleur en intervention forcée dès décembre 2022, et les deux procédures avaient été jointes. Le tribunal les a condamnés ensemble, propriétaires et installateur, puis a condamné la société à garantir les propriétaires à hauteur de 50 % des condamnations, en principal, frais et dépens.

Le raisonnement tient en trois temps et mérite d’être lu attentivement par quiconque signe un devis. D’abord, le fondement : aux termes de l’article 1240 du code civil, « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. » Sur ce fondement, un tiers au contrat peut invoquer un manquement contractuel dès lors que ce manquement lui a causé un dommage, et il en est notamment ainsi du manquement d’un professionnel à son obligation d’information et de conseil envers son client. Les voisins, tiers au contrat de vente et d’installation, pouvaient donc se prévaloir du défaut de conseil de l’installateur.

Ensuite, le contenu de l’obligation : en sa qualité de professionnelle spécialisée dans la vente et l’installation de pompes à chaleur, la société était tenue d’une obligation d’information et de conseil portant notamment sur les caractéristiques acoustiques de l’équipement proposé, les contraintes liées à son implantation au regard du voisinage immédiat et les mesures propres à prévenir les nuisances sonores. Ni la notoriété de la marque, ni le coefficient de performance, ni la puissance de 8 kW ne figurent dans cette liste : ce que le professionnel doit, c’est une analyse du bruit là où l’appareil va réellement vivre.

Enfin, la caractérisation du manquement : s’il n’est pas établi qu’une étude d’impact acoustique soit imposée par un texte particulier, il appartenait néanmoins à la société, en professionnelle, d’attirer l’attention de ses clients sur les conséquences acoustiques prévisibles du choix d’implantation et de les conseiller sur les solutions de prévention. En l’espèce, aucune étude n’avait été réalisée avant la pose dans un environnement résidentiel, alors que les règles professionnelles de mise en œuvre n’avaient pas été pleinement respectées et qu’une étude préalable aurait permis d’identifier le risque, ce que la société ne pouvait ignorer. En s’abstenant de cette analyse et d’une information adaptée, elle a manqué à son obligation de conseil, et ce manquement a concouru au dommage des voisins. D’où la condamnation in solidum, puis le partage par moitié avec les propriétaires.

On mesure ici l’écart entre la promesse commerciale et la responsabilité juridique. Le devis mentionnait une marque reconnue, une puissance adaptée et un rendement attractif ; la réception s’était faite sans réserve. Rien de tout cela n’a protégé qui que ce soit, parce que le risque ne venait ni de la qualité de la machine ni de son réglage, mais d’un emplacement dans l’axe des chambres voisines que personne n’avait étudié. Un devis qui ne dit rien du bruit, un commercial qui ne pose aucune question sur les voisins les plus proches, une installation réceptionnée sans mesure acoustique : chacun de ces silences a un prix, et le tribunal vient de l’écrire.

B. Propriétaire : assigner à temps, documenter, et ne pas compter sur la régularisation

Si vous êtes le propriétaire assigné, le jugement de Nantes contient un mode d’emploi en creux. Premier réflexe : appeler l’installateur dans la cause sans attendre. Les propriétaires nantais l’ont fait par acte de décembre 2022, soit six mois après l’assignation des voisins, et c’est cet appel en garantie qui leur a valu la prise en charge de la moitié des condamnations. Sans lui, ils auraient supporté seuls les 12 000 euros de préjudices, les 4 000 euros d’article 700 et les dépens incluant l’expertise. Conservez le devis, la documentation acoustique du constructeur, les échanges avec l’installateur et tout écrit sur le choix de l’emplacement : c’est sur ces pièces que se joue la preuve du défaut de conseil.

Deuxième réflexe : corriger vite, mais sans illusion sur l’effet rétroactif. L’écran antibruit puis les panneaux latéraux ajoutés en 2024 ont probablement pesé dans le refus de l’interdiction d’usage, mais n’ont ni effacé le trouble passé ni exonéré les responsables. Troisième réflexe : mesurer avant de contester les mesures adverses. Les propriétaires qui se contentent d’affirmer que l’appareil est « aux normes » sans produire leurs propres constatations se heurtent au mur du rapport d’expertise judiciaire, qui reste la pièce reine du dossier.

Si vous êtes le voisin, la symétrie s’impose : ne surévaluez pas vos demandes et visez la mesure utile plutôt que la mesure spectaculaire. Les 27 000 euros calculés sur une demi-maison perdue ont été ramenés à 8 000 ; l’interdiction d’usage a été refusée. Un dossier solide, c’est un constat de commissaire de justice précoce, des mesures dans des conditions réelles d’occupation, une expertise judiciaire demandée en référé, et des demandes proportionnées au trouble démontré. C’est plus modeste qu’une interdiction sous astreinte, et c’est ce qui se gagne.

Un dernier avertissement pour les copropriétaires, qui cumulent les deux risques. Dans l’affaire parisienne déjà citée, les voisins demandaient la dépose d’une climatisation posée sans autorisation en partie commune, avec 15 000 euros de dommages et intérêts, et les propriétaires occupants opposaient une ratification votée en assemblée générale en 2021 puis un protocole transactionnel approuvé en 2022, avant de déposer l’appareil en 2024. Résultat : les demandeurs ont été déboutés de tout et condamnés à 3 000 euros au titre de l’article 700 (TJ Paris, 27 février 2026, RG 21/05708). La ratification après coup et la transaction peuvent donc éteindre le contentieux de l’autorisation, mais elles ne purgent pas le trouble sonore et n’empêchent pas une condamnation inverse si le dossier de bruit est vide. En copropriété, il faut gagner les deux batailles, et dans l’ordre : l’autorisation d’abord, le bruit ensuite, En référé, le juge peut même autoriser le syndicat à faire retirer lui-même l’appareil aux frais du copropriétaire : le 13 octobre 2025 à Lyon, le tribunal a permis au syndicat de procéder au retrait d’un bloc de climatisation et de son compresseur installés dans le hall de l’immeuble, avec remise en état des lieux aux frais exclusifs du copropriétaire, deux mois après la signification, plus 700 euros au titre de l’article 700 (TJ Lyon, ordonnance de référé du 13 octobre 2025, RG 25/00778). La propriété reste bien, selon l’article 544 du code civil, « le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue, pourvu qu’on n’en fasse pas un usage prohibé par les lois ou par les règlements », et poser un équipement en partie commune sans autorisation en est un usage prohibé. Pour un éclairage adapté à votre immeuble, l’expertise du cabinet en droit immobilier parisien permet de vérifier, pièces en main, de quel côté du risque vous vous trouvez.

Conclusion

Une pompe à chaleur conforme et bien réglée peut valoir à son propriétaire 12 000 euros de condamnations si elle souffle vers les chambres des voisins sans qu’aucune étude acoustique ait précédé la pose : c’est ce qu’a jugé le tribunal de Nantes le 18 juin 2026, en condamnant ensemble les propriétaires et l’installateur, garant à moitié, tout en refusant l’interdiction d’utiliser l’appareil. Trois idées simples à retenir. Le trouble anormal de voisinage est une responsabilité de plein droit qui ne suppose ni défaut ni faute prouvée, seulement un trouble qui dépasse l’acceptable, mesuré dans des conditions réelles. Le professionnel qui vend et pose l’équipement doit informer et conseiller sur le bruit et l’emplacement, et son silence engage sa responsabilité jusque devant les voisins, tiers au contrat. Enfin, le juge indemnise le trouble démontré et refuse le surplus : demandes gonflées et mesures radicales non justifiées sont rejetées, parfois aux frais du demandeur. Avant de signer un devis, exigez une étude d’implantation acoustique écrite ; après une plainte, faites mesurer, corrigez et appelez l’installateur dans la cause. Le bruit se prévoit sur le papier, il se paie au tribunal.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».