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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Fournisseur en liquidation judiciaire : récupérer un acompte ou une commande non livrée

Votre fournisseur vient d’être placé en liquidation judiciaire alors que vous avez versé un acompte, signé un bon de commande ou attendu une livraison indispensable à votre activité. La question arrive souvent dans l’urgence : faut-il continuer à payer, peut-on exiger la livraison, comment récupérer l’acompte, et à qui écrire lorsque le dirigeant ne répond plus ? L’actualité économique rend ce réflexe encore plus nécessaire. La Banque de France a publié le 3 juillet 2026 ses dernières données sur les défaillances d’entreprises : à fin mai 2026, elle recense « 70 077 défaillances » en cumul sur douze mois. Le risque n’est donc plus théorique pour les clients professionnels, sous-traitants, commerçants, franchisés, maîtres d’ouvrage ou prestataires qui dépendent d’un fournisseur en difficulté.

La liquidation judiciaire ne se traite pas comme un simple retard commercial. À compter du jugement, le débiteur est dessaisi, le liquidateur devient l’interlocuteur central, les poursuites individuelles sont arrêtées, les contrats en cours obéissent à des règles propres, et la déclaration de créance devient le passage obligé pour espérer participer aux répartitions. Le bon réflexe consiste à séparer trois questions : ce qui peut encore être livré, ce qui doit être déclaré au passif, et ce qui peut être revendiqué ou sécurisé avant que les actifs disparaissent. Voici la méthode à appliquer, en particulier à Paris et en Île-de-France lorsque le tribunal des activités économiques ou le tribunal de commerce compétent pilote la procédure.

I. Fournisseur en liquidation judiciaire : comment savoir si la commande, l’acompte ou le contrat peuvent encore être sauvés ?

A. Vérifier le jugement, le liquidateur et le maintien éventuel de l’activité avant toute relance

Le premier danger est de raisonner comme si le fournisseur restait un cocontractant ordinaire. La liquidation judiciaire a une finalité radicale. L’article L. 640-1 du Code de commerce énonce que la procédure est « destinée à mettre fin à l’activité de l’entreprise » ou à réaliser son patrimoine. Cette phrase change la stratégie du client : l’objectif principal de la procédure n’est plus d’exécuter votre contrat, mais d’organiser la liquidation des actifs dans un cadre collectif.

Avant d’envoyer une mise en demeure au dirigeant, il faut donc identifier la décision d’ouverture. La vérification passe par le BODACC, l’extrait Kbis, les annonces légales, le portail du greffe, les courriers du mandataire, ou la mention transmise par le fournisseur. Il faut relever la date du jugement, le tribunal, le numéro de procédure, le nom du liquidateur, l’adresse de déclaration de créance, et l’existence éventuelle d’un administrateur judiciaire. Cette date est capitale : elle sépare les créances antérieures, à déclarer, des créances postérieures qui peuvent parfois bénéficier d’un meilleur traitement.

La liquidation n’interdit pas toujours toute continuation. L’article L. 641-10 du Code de commerce prévoit que le « maintien de l’activité peut être autorisé » si une cession est envisageable, si l’intérêt public le justifie, ou si l’intérêt des créanciers l’exige. Cette autorisation vient du tribunal, non d’une promesse orale du dirigeant. Elle doit donc être vérifiée dans le jugement ou auprès du liquidateur. Un fournisseur qui promet de finir une commande sans autorisation claire expose son client à une impasse : paiement incertain, livraison inachevée, garantie difficile à mobiliser.

La durée du maintien est courte. L’article R. 641-18 du Code de commerce indique que la période « ne peut excéder trois mois », avec une prolongation possible une seule fois à la demande du ministère public. Pour un client, cette limite oblige à agir vite. Une commande complexe, un chantier, un développement logiciel, une fabrication sur mesure ou une prestation récurrente ne peut pas être sauvée par de simples échanges commerciaux si le calendrier judiciaire ne le permet pas.

Il faut ensuite vérifier qui peut parler au nom du fournisseur. L’article L. 641-9 du Code de commerce organise le dessaisissement : le jugement emporte, à partir de sa date, dessaisissement du débiteur pour l’administration et la disposition de ses biens. La Cour de cassation l’a rappelé avec force dans un arrêt de la chambre commerciale du 30 juin 2021, n° 20-18.759, publié au Bulletin : les « actes de disposition » postérieurs peuvent être inopposables à la procédure. Une instruction de paiement donnée par l’ancien dirigeant, une remise de marchandises ou une promesse de remboursement doit donc être validée avec le liquidateur lorsque le jugement est déjà intervenu.

La conséquence pratique est simple : ne payez plus automatiquement une facture ancienne au fournisseur liquidé. Ne signez pas un avenant de régularisation avec l’ancien dirigeant sans vérifier ses pouvoirs. N’organisez pas seul une compensation entre une dette et un acompte à récupérer. Dans une procédure collective, le bon sens commercial peut devenir juridiquement dangereux, car il crée une préférence au profit d’un créancier ou d’un contractant au détriment des autres.

Le client doit classer son dossier en trois colonnes. Première colonne : les sommes déjà versées avant le jugement, par exemple acompte, avance, abonnement annuel, stock réservé ou licence payée d’avance. Deuxième colonne : les obligations attendues du fournisseur, comme livraison, pose, maintenance, code source, garantie, formation ou service après-vente. Troisième colonne : les sommes encore dues par le client. Cette cartographie permet de savoir s’il faut déclarer une créance, demander la continuation du contrat, réclamer une restitution, exercer une revendication, ou arrêter les paiements.

La preuve doit être rassemblée immédiatement. Il faut conserver le devis signé, le bon de commande, les conditions générales, les factures, les preuves de virement, les échanges de validation, les bons de livraison partiels, les photos de marchandises, les numéros de série, les mails de relance, les SMS professionnels et tout document montrant que la commande n’est pas exécutée. Le liquidateur et le juge-commissaire travaillent sur pièces. Une demande claire, datée et chiffrée a plus de poids qu’un récit général de blocage commercial.

Cette étape est aussi utile pour distinguer deux situations. Si la prestation est encore possible pendant le maintien autorisé de l’activité, le client peut demander au liquidateur si le contrat sera poursuivi. Si la prestation n’a plus de chance réelle d’être exécutée, le client doit passer en logique de créancier : déclaration de créance, revendication éventuelle, garantie bancaire ou assurance, puis stratégie contentieuse contre un tiers si un tiers a commis une faute autonome.

Les contrats de service posent une difficulté particulière. Un abonnement SaaS, une maintenance informatique, une prestation de sécurité, une fourniture d’énergie, une plateforme de paiement ou un contrat logistique peut être vital pour l’entreprise cliente. Le client ne doit pas attendre l’arrêt brutal du service. Il doit demander par écrit au liquidateur si le contrat est poursuivi, prévoir une solution de remplacement, sauvegarder les données, récupérer les accès et documenter le préjudice en cas d’interruption.

Les contrats de fourniture matérielle appellent une autre vigilance : la localisation des biens. Si les marchandises existent déjà, si elles sont individualisées, si elles portent des numéros de série ou si elles sont stockées chez le fournisseur, la question n’est pas seulement financière. Il peut exister une voie de revendication, notamment en présence d’une clause de réserve de propriété, d’un dépôt, d’une consignation ou d’un bien remis à titre précaire. La revendication se prépare dès les premiers jours, car les biens peuvent être vendus, déplacés ou confondus avec d’autres stocks.

Lorsque le fournisseur est situé en Île-de-France, le client doit identifier le tribunal compétent et le liquidateur sans se tromper d’adresse. Beaucoup de sociétés ont un siège à Paris mais des établissements en Seine-Saint-Denis, dans les Hauts-de-Seine ou dans le Val-de-Marne. La compétence suit la procédure ouverte, pas l’adresse de votre chantier ou de votre service achats. Une déclaration envoyée au mauvais interlocuteur, sans preuve d’envoi, peut faire perdre un temps précieux.

Il faut enfin éviter une erreur fréquente : confondre liquidation judiciaire du fournisseur et simple dissolution amiable. Une société en liquidation amiable reste administrée dans un cadre différent ; une société en liquidation judiciaire relève d’une procédure collective et d’un liquidateur judiciaire. Les mots se ressemblent, les conséquences ne sont pas les mêmes. L’extrait Kbis, le BODACC et le jugement permettent de trancher.

B. Contrats en cours, livraison non faite et acompte versé : quelle demande adresser au liquidateur ?

Le contrat en cours n’est pas automatiquement résilié par la liquidation. L’article L. 641-11-1 du Code de commerce indique qu’aucune résiliation ou résolution d’un contrat en cours ne peut résulter du seul fait de l’ouverture ou du prononcé de la liquidation judiciaire. Le même texte donne au liquidateur le pouvoir d’exiger l’exécution des contrats en cours en fournissant la prestation promise au cocontractant. Pour le client, cela signifie qu’il faut demander une position formelle : le contrat est-il poursuivi ou non ?

La demande doit être utile, pas agressive. Elle peut prendre la forme d’un courrier recommandé ou d’un mail doublé d’un courrier au liquidateur : rappel du contrat, date de commande, montant payé, prestation attendue, pièces jointes, urgence opérationnelle, demande de confirmation sur la poursuite du contrat, et délai raisonnable pour répondre. Si le contrat est vital, l’avocat peut encadrer la demande pour préserver la possibilité d’un référé ou d’une saisine du juge-commissaire.

Si le liquidateur décide de poursuivre le contrat, le client doit vérifier deux points. D’abord, le fournisseur liquidé peut-il réellement exécuter ? Le maintien d’activité n’est pas une garantie de bonne fin. Ensuite, le paiement demandé au client correspond-il à une prestation postérieure utile à la procédure ou au contrat poursuivi ? L’article L. 641-13 du Code de commerce prévoit que certaines créances nées après le jugement sont « payées à leur échéance » lorsqu’elles répondent aux conditions du texte. Cette règle peut protéger celui qui fournit une prestation nécessaire à la liquidation, mais elle ne justifie pas n’importe quel paiement ancien.

Si le liquidateur refuse la poursuite ou ne peut pas exécuter, le client doit convertir sa position en créance. L’acompte non restitué, la prestation payée non réalisée, les pénalités contractuelles éventuellement acquises, les frais de remplacement et certains préjudices doivent être évalués. La difficulté est que tout ne sera pas admis de la même manière. Le principal payé sans contrepartie se prouve plus facilement qu’un manque à gagner futur. Les pénalités contractuelles seront examinées au regard du contrat, de leur exigibilité et de leur caractère éventuellement discutable.

Le client doit aussi décider s’il continue à exécuter ses propres obligations. Si le fournisseur liquidé devait encore livrer, le client peut hésiter à payer le solde. En pratique, il faut suspendre tout paiement non sécurisé tant que le liquidateur n’a pas confirmé la poursuite du contrat et les conditions d’exécution. Si une livraison partielle est proposée, le client doit exiger un écrit précis : biens livrés, date, prix imputé, solde, garantie, transport, responsabilité en cas de défaut, et sort de l’acompte antérieur.

Les clauses contractuelles doivent être relues avec méthode. Une clause de réserve de propriété peut permettre au fournisseur de reprendre des biens livrés mais non payés. Inversement, si le client a remis des biens au fournisseur, par exemple outillage, moules, prototypes, matériel en dépôt ou marchandises confiées, il peut envisager une revendication. L’article L. 624-16 du Code de commerce vise notamment les biens meubles qui se retrouvent « en nature » et les biens vendus avec clause de réserve de propriété. Le mot clé est la traçabilité : sans identification, la revendication devient fragile.

Il faut distinguer l’acompte de l’arrhes, même entre professionnels. Dans beaucoup de dossiers, les parties utilisent le mot acompte sans avoir prévu le régime de la somme. Si la somme rémunère une partie ferme du prix, elle devient une créance de restitution lorsque la prestation n’est pas exécutée. Si le contrat prévoit un mécanisme de dédit ou une somme conservée dans certaines hypothèses, il faut lire la clause. En liquidation judiciaire, la qualification contractuelle reste importante, mais elle ne suffit pas à obtenir un paiement immédiat hors procédure.

Lorsque le client doit remplacer rapidement le fournisseur, il doit le faire proprement. Il faut demander au liquidateur sa position, constater l’impossibilité ou le refus d’exécution, choisir un nouveau prestataire, conserver les devis comparatifs et isoler le surcoût. Le surcoût de remplacement peut être déclaré comme créance si le contrat le permet et si le préjudice est prouvé. En revanche, le client qui remplace sans aucune trace écrite s’expose à une contestation : le liquidateur pourra soutenir que le contrat aurait pu être exécuté ou cédé.

La compensation est tentante mais risquée. Un client peut devoir encore 10 000 euros au fournisseur liquidé et réclamer 8 000 euros d’acompte ou de dommages. La compensation ne se décide pas librement après l’ouverture de la procédure. Elle suppose une analyse de connexité, d’exigibilité et de date de naissance des créances. Avant d’opérer une compensation comptable, il faut obtenir un avis juridique et, si nécessaire, la position du liquidateur. Un mauvais jeu d’écritures peut être contesté comme paiement préférentiel ou acte inopposable.

Il faut aussi surveiller les garanties extérieures. Une garantie à première demande, une caution bancaire, une assurance-crédit, une assurance dommages, une garantie constructeur, une garantie de livraison, une garantie de parfait achèvement ou un compte séquestre peut offrir une voie plus efficace que le passif de la liquidation. Le contrat, les conditions d’assurance et les attestations doivent être relus immédiatement, car les délais de déclaration auprès de l’assureur ou du garant peuvent être courts.

Le client doit enfin penser aux données et aux accès. Dans les prestations numériques, la liquidation du fournisseur peut bloquer un nom de domaine, un hébergement, une licence logicielle, un code source, un compte publicitaire, un CRM ou une messagerie. La demande au liquidateur doit alors porter sur la restitution des accès, l’export des données, le transfert des noms de domaine, la documentation technique et la continuité minimale. Si les données appartiennent au client, le dossier doit le démontrer par le contrat, les factures et les échanges techniques.

Un article plus général du cabinet traite déjà de la situation du client placé en procédure collective et de la déclaration de créance : client en redressement ou liquidation judiciaire et facture impayée. Le présent article se concentre sur le cas inverse : vous êtes le client d’un fournisseur liquidé et vous devez protéger une commande, un acompte ou un contrat encore utile.

II. Déclaration de créance liquidation judiciaire : comment récupérer l’argent et choisir le bon recours ?

A. Déclarer l’acompte, le solde dû et les dommages dans les délais sans perdre ses droits

Lorsque la prestation n’est plus exécutée, la déclaration de créance devient le réflexe central. L’article L. 622-24 du Code de commerce, applicable par renvois aux procédures collectives, prévoit que la déclaration peut être faite par le créancier ou par un mandataire de son choix. Le texte précise que le créancier peut ratifier la déclaration faite en son nom jusqu’à ce que le juge statue sur l’admission. En pratique, une entreprise peut donc mandater son avocat, son dirigeant, un salarié habilité ou un tiers mandaté, mais elle doit conserver la preuve du mandat et de l’envoi.

Le délai standard est court. L’article R. 622-24 du Code de commerce fixe un délai de « deux mois » à compter de la publication du jugement d’ouverture au BODACC pour les créanciers situés en France métropolitaine. Ce point est souvent mal compris. Le délai ne court pas forcément à compter du mail reçu du fournisseur, ni du jour où le client découvre la liquidation par hasard, mais à compter de la publication utile. Il faut donc vérifier la date BODACC, l’imprimer ou l’archiver, puis envoyer la déclaration sans attendre la fin du délai.

Le contenu de la déclaration doit être précis. L’article L. 622-25 du Code de commerce indique que la déclaration porte le montant de la créance due au jour du jugement, avec indication des sommes à échoir et de leurs échéances. Il faut donc chiffrer le principal, préciser les acomptes versés, joindre les factures, bons de commande, virements, relances et contrats, puis indiquer les sûretés éventuelles. Une déclaration vague, du type préjudice à chiffrer, ne protège pas correctement l’entreprise si les montants sont déjà connus.

Si le client a payé 12 000 euros d’acompte pour une commande jamais livrée, la déclaration doit l’indiquer clairement. Si une partie de la commande a été livrée pour une valeur objective de 4 000 euros, il faut expliquer l’imputation et réclamer le solde de l’acompte non couvert. Si le client subit un surcoût de remplacement de 3 500 euros, il peut le déclarer à titre complémentaire, avec devis, facture du nouveau fournisseur et lien avec l’inexécution. Plus le calcul est lisible, plus le mandataire peut l’examiner sans rejeter la demande faute de pièces.

La sanction du défaut de déclaration est sévère. L’article L. 622-26 du Code de commerce prévoit qu’à défaut de déclaration dans les délais, les créanciers « ne sont pas admis » dans les répartitions et dividendes, sauf relevé de forclusion dans des conditions strictes. Le relevé de forclusion n’est pas une solution de confort. Il faut démontrer que le retard n’est pas dû au créancier ou qu’il résulte d’une omission du débiteur dans la liste des créanciers. Un service comptable qui a simplement laissé passer le délai prend un risque réel.

La déclaration ne garantit pas le remboursement. Elle ouvre seulement la porte de la procédure collective. Le taux de recouvrement dépendra des actifs, des créances privilégiées, des frais de procédure, des salariés, des sûretés, des revendications admises, de l’existence d’un plan de cession et de l’ordre des paiements. C’est pourquoi il faut chercher les voies parallèles : garantie, assurance, revendication de biens, action contre un dirigeant en cas de faute distincte, action contre un intermédiaire, ou recours contre un garant contractuel.

Les poursuites individuelles sont en principe arrêtées. L’article L. 622-21 du Code de commerce prévoit que le jugement d’ouverture « interrompt ou interdit » les actions en justice tendant à la condamnation du débiteur au paiement d’une somme d’argent ou à la résolution d’un contrat pour défaut de paiement. Le client ne peut donc pas contourner la liquidation en assignant simplement le fournisseur pour récupérer l’acompte comme si la procédure n’existait pas. Il doit passer par la déclaration, sauf action spécifique autorisée ou dirigée contre un tiers.

Il existe toutefois des démarches qui ne sont pas de simples poursuites en paiement. Une demande de revendication de biens identifiés, une demande de restitution d’un bien appartenant au client, une demande d’accès aux données, ou une discussion sur la poursuite d’un contrat peut obéir à une logique différente. C’est la raison pour laquelle la qualification de la demande doit être travaillée. Demander le remboursement d’un acompte et demander la restitution d’un matériel confié ne reposent pas sur le même fondement.

Le courrier de déclaration doit éviter les formulations ambiguës. Il doit comporter l’identité complète du créancier, son numéro SIREN, l’adresse, le contact, la procédure concernée, le débiteur, le tribunal, le montant déclaré à titre privilégié ou chirographaire selon le cas, les intérêts ou pénalités si elles sont demandées, les pièces, et la signature de la personne habilitée. Si une partie du montant est provisionnelle, il faut l’indiquer et expliquer pourquoi le préjudice n’est pas entièrement liquidé.

La preuve d’envoi est aussi importante que le contenu. Un envoi recommandé avec accusé de réception, un dépôt sur une plateforme officielle lorsque possible, ou un envoi accepté par le mandataire avec accusé écrit doit être conservé. Les pièces volumineuses doivent être listées. Si le liquidateur conteste la réception ou la complétude, l’entreprise doit pouvoir démontrer ce qui a été transmis et à quelle date.

Si la créance est contestée, le mandataire en informe le créancier. L’article L. 622-27 du Code de commerce prévoit que le défaut de réponse dans le délai de trente jours peut interdire toute contestation ultérieure de la proposition du mandataire, sauf discussion portant sur la régularité de la déclaration. Ce délai de réponse est souvent le deuxième piège du dossier. Après avoir déclaré dans les deux mois, il faut surveiller les courriers du mandataire et répondre rapidement à toute contestation.

La créance doit aussi être classée correctement. Un acompte versé avant le jugement est généralement une créance antérieure. Une prestation commandée après le jugement dans l’intérêt de la procédure peut relever d’un régime différent si les conditions sont réunies. Une somme garantie par une sûreté réelle ne se traite pas comme une créance chirographaire ordinaire. Une réserve de propriété sur des biens identifiés ouvre une discussion de revendication. Une caution personnelle du dirigeant, si elle existe, peut offrir une voie distincte.

Pour une entreprise cliente, le dossier doit être piloté par un calendrier. Jour 1 : vérifier le jugement, le BODACC, le liquidateur et les contrats. Jour 2 à 5 : demander la position du liquidateur sur la poursuite, sécuriser les preuves, stopper les paiements non justifiés, identifier les biens et données à récupérer. Avant deux semaines : préparer la déclaration de créance, les garanties et les éventuelles revendications. Avant deux mois : déposer la déclaration complète. Ensuite : surveiller les contestations, les offres de cession et les répartitions.

Le maillage interne utile se trouve aussi dans la page du cabinet consacrée au droit des affaires à Paris et dans les contenus sur les entreprises en difficulté. Ces liens permettent de replacer le dossier dans une stratégie plus large : recouvrement, procédures collectives, contrat commercial, référé, preuve et contentieux entre professionnels.

B. Agir à Paris et en Île-de-France : référé, revendication, garantie et pièces à préparer

À Paris et en Île-de-France, les dossiers de fournisseurs liquidés ont souvent une dimension d’urgence : chantier bloqué, stock saisonnier non livré, outil numérique arrêté, événement commercial compromis, sous-traitant indispensable défaillant. Le premier choix n’est pas toujours une assignation. Il faut déterminer si l’action vise le débiteur liquidé, le liquidateur, un garant, un assureur, une banque, un transporteur, un sous-traitant, un dirigeant ou un autre tiers.

Si l’objectif est seulement d’obtenir le paiement d’une somme par le fournisseur liquidé, l’arrêt des poursuites impose en principe la déclaration de créance. Si l’objectif est de récupérer un bien appartenant au client, l’action peut viser la restitution ou la revendication, avec un dossier très factuel. Si l’objectif est de préserver des preuves, un constat, une requête ou une mesure d’instruction peut être envisagé selon le contexte. Si l’objectif est de débloquer un accès numérique ou des données, il faut agir vite avant que les serveurs, comptes ou licences soient résiliés.

La revendication demande une preuve matérielle. Les biens doivent être identifiables : numéros de série, plaques, photographies, bons de dépôt, inventaire, marquage, contrat de mise à disposition, correspondances ou attestations. Si les biens ont été incorporés dans d’autres biens, transformés ou confondus avec le stock du fournisseur, la démarche devient plus difficile. L’article L. 624-16 admet certaines revendications lorsque la séparation peut se faire sans dommage ou lorsque des biens fongibles de même nature et qualité sont détenus pour le compte du débiteur, mais il faut une analyse concrète.

Le référé peut être utile contre un tiers ou pour une mesure qui ne heurte pas l’arrêt des poursuites. Par exemple, un client peut chercher à obtenir une remise de codes d’accès, la conservation de données, la communication d’un inventaire, ou la cessation d’un trouble créé par un tiers. En revanche, un référé-provision contre le fournisseur liquidé pour remboursement de l’acompte se heurtera souvent à la procédure collective. La formulation de la demande doit donc être calibrée avec prudence.

Les garanties doivent être activées sans attendre. Une assurance-crédit peut exiger une déclaration rapide du sinistre. Une garantie de livraison peut prévoir un formalisme strict. Une caution ou une garantie autonome peut imposer des mentions précises. Une clause de séquestre peut permettre de récupérer des fonds avant qu’ils n’entrent dans la masse. Le client doit relire les conditions générales et particulières, pas seulement le bon de commande. Les délais de garantie peuvent être plus courts que les délais de déclaration de créance.

Il faut aussi examiner la responsabilité d’un intermédiaire. Si un courtier, une plateforme, une marketplace, un maître d’oeuvre, un franchiseur, un mandataire ou une banque a présenté le fournisseur comme fiable, encaissé les fonds ou organisé la commande, sa responsabilité peut être discutée selon son rôle exact. Cette action ne remplace pas la déclaration de créance contre le fournisseur, mais elle peut offrir une cible solvable si une faute autonome est démontrée.

La responsabilité du dirigeant du fournisseur liquidé n’est pas automatique. Le dirigeant n’est pas personnellement débiteur des dettes sociales du seul fait de la liquidation. Il faut une faute détachable, une garantie personnelle, une manoeuvre, une confusion de patrimoines, une responsabilité pour insuffisance d’actif ou une infraction. Accuser trop vite le dirigeant peut affaiblir le dossier. Il faut d’abord réunir les preuves : commandes prises alors que la cessation des paiements était connue, encaissements sans intention d’exécuter, détournement de biens, fausses informations, ou engagements personnels écrits.

La stratégie dépend aussi du montant. Pour un acompte de 1 200 euros, une déclaration de créance complète, une relance au liquidateur et une activation d’assurance peuvent suffire. Pour 80 000 euros de matériel stratégique, il faut organiser un dossier de revendication, une analyse des garanties, une mesure conservatoire si elle est possible, et une stratégie de remplacement. Pour un contrat informatique qui bloque l’exploitation, l’urgence porte souvent moins sur le remboursement que sur l’accès aux données et la continuité.

Les pièces à préparer sont les suivantes : extrait Kbis du fournisseur, publication BODACC, jugement si disponible, contrat, CGV, devis, bon de commande, facture, preuve d’acompte, relevé bancaire, échanges de relance, preuve de non-livraison, inventaire des biens ou données, devis de remplacement, conditions de garantie, police d’assurance, correspondance avec le liquidateur et tableau de chiffrage. Pour les dossiers franciliens, ajoutez l’adresse du siège, l’établissement concerné, le tribunal, et toute contrainte de livraison ou de chantier dans le ressort de Paris ou d’Île-de-France.

Le client doit garder une ligne écrite sobre. Les messages au liquidateur doivent éviter les accusations inutiles et aller à l’essentiel : qui demande, quelle procédure, quel contrat, quelle somme, quelles pièces, quelle urgence, quelle décision attendue. Les messages au fournisseur ou à l’ancien dirigeant doivent rester utiles à la preuve. Un échange téléphonique peut aider, mais il doit être confirmé par écrit. En procédure collective, ce qui n’est pas tracé existe rarement dans le dossier.

Une dernière vérification porte sur les paiements récurrents. Les prélèvements automatiques, abonnements, cartes bancaires enregistrées et mandats SEPA doivent être contrôlés. Si le fournisseur liquidé continue de prélever sans prestation, il faut contester rapidement auprès de la banque et informer le liquidateur. Si le service est maintenu avec autorisation, le paiement doit être documenté. L’entreprise cliente doit éviter qu’un prélèvement ancien se poursuive par inertie comptable.

Le but n’est pas seulement de produire une déclaration de créance. Le but est de maximiser les chances de récupérer quelque chose, de limiter la perte opérationnelle, de préserver les preuves et d’éviter une faute de gestion côté client. Un dirigeant qui laisse passer les délais, perd les données, oublie les garanties ou paie un solde non sécurisé peut aggraver la perte de son entreprise.

Conclusion

Face à un fournisseur en liquidation judiciaire, le bon ordre d’action est le suivant : vérifier le jugement et le liquidateur, bloquer les paiements non sécurisés, demander une position écrite sur les contrats en cours, identifier les biens ou données à récupérer, déclarer la créance dans les délais, activer les garanties et préparer les recours utiles. L’actualité des défaillances publiée en juillet 2026 rappelle que ce risque touche désormais de nombreux secteurs. Le client qui réagit dans les premiers jours protège mieux son acompte, sa commande et son activité.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».