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Canicule : installer une climatisation en location, quelles autorisations demander ?

La vague de chaleur de juin 2026 remet une question très concrète au centre des relations entre locataires, bailleurs et copropriétés : peut-on installer une climatisation dans un appartement loué, et à quelles conditions ?

La réponse dépend du matériel choisi. Un climatiseur mobile posé dans le logement, sans percement, sans unité extérieure et sans modification de façade, relève en principe de l’usage normal du logement. En revanche, une climatisation fixe, une pompe à chaleur air-air, un groupe extérieur sur balcon, un percement de mur ou une évacuation visible en façade changent immédiatement le sujet. On ne parle plus seulement de confort. On parle de transformation du logement, d’aspect extérieur de l’immeuble, de parties communes, de nuisances et parfois de remise en état forcée.

Pendant une canicule, le locataire peut demander des mesures raisonnables au bailleur si le logement révèle un défaut de décence, de ventilation, d’étanchéité, d’équipement ou de sécurité. Mais il ne peut pas décider seul de transformer l’appartement. Le bon réflexe consiste donc à distinguer l’urgence de se protéger de la chaleur et les travaux qui engagent durablement le logement ou la copropriété.

Le bailleur doit-il installer une climatisation ?

Non, la climatisation n’est pas, en elle-même, un équipement obligatoire dans tout logement loué.

Le bailleur doit toutefois délivrer un logement décent, entretenir les locaux et assurer au locataire une jouissance paisible. L’article 6 de la loi du 6 juillet 1989 impose au bailleur de remettre un logement ne laissant pas apparaître de risques manifestes pour la sécurité physique ou la santé, doté des éléments le rendant conforme à l’usage d’habitation. L’article 1719 du code civil rappelle aussi que le bailleur doit délivrer la chose louée, l’entretenir et en faire jouir paisiblement le locataire.

Ces textes ne créent pas un droit automatique à la climatisation. Ils permettent en revanche d’agir lorsque la chaleur révèle un autre problème : absence de ventilation, fenêtre impossible à ouvrir, volet cassé, défaut d’étanchéité, équipement promis au bail qui ne fonctionne plus, logement devenu difficilement habitable pour une personne fragile, ou travaux nécessaires que le bailleur refuse depuis plusieurs mois.

Dans ce cas, la demande ne doit pas être formulée comme une exigence générale de confort. Elle doit viser des faits précis : température intérieure mesurée, panne d’un équipement existant, impossibilité d’aérer, défaut de stores ou volets, certificat médical si la santé est en jeu, photos, échanges et historique des demandes.

Météo-France a signalé en juin 2026 un épisode de canicule intense et durable, avec des températures maximales pouvant atteindre des niveaux exceptionnels dans plusieurs régions. Ce contexte rend les demandes plus urgentes, mais il ne remplace pas la preuve du problème dans le logement.

Le locataire peut-il installer une climatisation mobile ?

Oui, en pratique, si l’appareil ne transforme pas le logement.

Un climatiseur mobile avec gaine d’évacuation temporaire, posé dans une pièce et retiré sans trace, ne nécessite généralement pas l’accord écrit du bailleur. Il faut toutefois éviter toute dégradation : fenêtre découpée, trou dans un mur, fixation permanente, surcharge électrique, évacuation d’eau dangereuse ou nuisance sonore répétée.

Le locataire doit aussi respecter le règlement de copropriété. Même un appareil mobile peut poser problème s’il crée des nuisances sonores, rejette de l’air chaud vers un voisin, encombre une partie commune ou impose une installation visible depuis l’extérieur.

Le bon réflexe est simple : si l’appareil se pose et se retire sans modifier le logement, le risque juridique reste limité. Si l’installation suppose de percer, fixer, raccorder, évacuer, modifier une fenêtre ou poser un élément extérieur, il faut demander une autorisation.

Quand faut-il l’accord écrit du propriétaire ?

L’article 7 de la loi du 6 juillet 1989 interdit au locataire de transformer les locaux et équipements loués sans l’accord écrit du propriétaire. À défaut, le bailleur peut exiger la remise en état au départ du locataire, ou une remise immédiate si les transformations mettent en péril le bon fonctionnement des équipements ou la sécurité du local.

Une climatisation fixe entre souvent dans cette catégorie.

Sont particulièrement sensibles :

une unité extérieure posée sur un balcon avec fixation ;

un percement de façade ;

une gaine traversant un mur ;

une modification de fenêtre ou de vitrage ;

un raccordement électrique durable ;

un système produisant des condensats vers une terrasse, une cour ou une partie commune.

La demande au bailleur doit être écrite. Elle doit décrire le matériel, l’emplacement, les travaux, l’entreprise choisie, les garanties, l’impact sonore, les condensats, la remise en état possible et l’éventuelle autorisation de copropriété. Un simple échange oral ne suffit pas. Un accord vague du type « vous pouvez installer une clim » expose ensuite à un litige si l’emplacement, le percement ou le groupe extérieur n’étaient pas clairement acceptés.

En copropriété, l’accord du bailleur ne suffit pas toujours

Dans un immeuble en copropriété, il faut vérifier le règlement de copropriété et l’impact réel des travaux.

L’article 25 de la loi du 10 juillet 1965 prévoit que l’assemblée générale autorise les travaux affectant les parties communes ou l’aspect extérieur de l’immeuble. Cela concerne fréquemment les unités extérieures, les percements de façade, les gaines visibles, les évacuations, les fixations sur balcon lorsque le règlement assimile certaines parties à des parties communes, ou toute modification visible depuis la rue, la cour ou les autres lots.

La difficulté vient du fait qu’un balcon peut être à jouissance privative tout en participant à l’aspect extérieur de l’immeuble. Le locataire doit donc demander au bailleur de porter la question auprès du syndic lorsque l’installation dépasse le simple appareil mobile.

Une décision du tribunal judiciaire de Paris du 22 janvier 2025 illustre le risque. Le juge rappelle que des travaux affectant les parties communes ou l’aspect extérieur sans autorisation de l’assemblée générale constituent un trouble manifestement illicite justifiant la remise en état. Il ordonne la dépose d’une unité de climatisation visible sur balcon, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé le délai fixé. Le passage décisif est clair : « Cette installation porte à l’évidence atteinte à l’aspect extérieur de l’immeuble » (TJ Paris, référé, 22 janvier 2025, n° 24/55019). Source officielle : Cour de cassation / Judilibre.

Une autre décision du tribunal judiciaire de Béziers du 31 mars 2026 concerne un locataire ayant fait installer un système de climatisation avec percement de façade, sans autorisation préalable. Le juge retient que les travaux, réalisés sans accord et en violation du cadre applicable, constituent un trouble manifestement illicite. Il enjoint au locataire de déposer le système et de remettre la façade en état, avec astreinte. Le tribunal relève notamment que le locataire « n’a pas respecté ces obligations et ne s’y est pas conformé pas en ne sollicitant aucune autorisation préalable » (TJ Béziers, référé, 31 mars 2026, n° 25/00591). Source officielle : Cour de cassation / Judilibre.

Ces décisions ne signifient pas qu’aucune climatisation n’est possible en copropriété. Elles montrent que l’installation doit être préparée avant les travaux, et non régularisée après coup dans l’urgence.

Que doit faire le locataire pendant la canicule ?

Le locataire doit d’abord sécuriser la preuve.

Il peut relever les températures intérieures à plusieurs heures de la journée, conserver les alertes météo, photographier les volets cassés, fenêtres bloquées, infiltrations ou défauts de ventilation, et signaler rapidement le problème au bailleur. Lorsque la santé est en jeu, un certificat médical peut être utile, surtout pour une personne âgée, malade, enceinte ou un enfant en bas âge.

Ensuite, il faut écrire au bailleur. Le courrier doit demander soit la réparation d’un équipement existant, soit l’autorisation d’une installation précise, soit des mesures alternatives : réparation de volets, pose de protections solaires, intervention sur ventilation, remplacement d’un équipement promis au bail, ou accord pour un appareil temporaire.

Si une climatisation fixe est envisagée, le locataire doit joindre un descriptif technique. Il faut indiquer si l’installation modifie une fenêtre, perce un mur, crée un groupe extérieur, produit des condensats, affecte la façade ou nécessite une autorisation du syndic.

Enfin, il ne faut pas arrêter de payer le loyer sans décision de justice. Même si la situation est pénible, la suspension unilatérale du loyer expose à un impayé, puis à une procédure. Une demande de réduction de loyer, de travaux ou de dommages-intérêts se prépare par une mise en demeure, puis par une action adaptée si le bailleur ne répond pas.

Que peut faire le bailleur ?

Le bailleur ne doit pas répondre uniquement par un refus de principe.

Il doit vérifier le bail, l’état des lieux, les équipements mentionnés, les précédents signalements, le règlement de copropriété et les contraintes techniques. Si le logement comporte déjà une climatisation, il doit déterminer si la panne relève de l’entretien courant du locataire ou d’une réparation nécessaire à sa charge.

Lorsqu’un locataire demande une installation fixe, le bailleur peut refuser si le projet est imprécis, bruyant, dangereux, contraire au règlement de copropriété, visible en façade sans autorisation, ou s’il expose l’immeuble à des condensats et nuisances. Mais il a intérêt à répondre par écrit, avec un motif clair, et à proposer une solution raisonnable lorsque la chaleur révèle un problème objectif du logement.

Si le locataire a déjà installé une climatisation sans autorisation, le bailleur doit agir vite. Il faut constater les travaux, demander les devis et photos, vérifier les autorisations, interroger le syndic, puis mettre en demeure le locataire de justifier l’accord ou de remettre en état. Si l’installation crée un risque ou une atteinte à la copropriété, une procédure de référé peut être envisagée.

Paris et Île-de-France : attention aux façades, balcons et règlements de copropriété

À Paris et en Île-de-France, le sujet est plus sensible pour trois raisons.

D’abord, beaucoup d’appartements sont en copropriété, avec des règlements précis sur les façades, balcons, cours, fenêtres et nuisances. Ensuite, les logements anciens sont parfois difficiles à adapter sans travaux visibles. Enfin, la tension locative pousse les locataires à chercher des solutions rapides, alors que les assemblées générales de copropriété ne se réunissent pas à la demande du jour au lendemain.

Avant tout achat ou installation, il faut donc relire le règlement de copropriété, vérifier si une assemblée générale est nécessaire, demander au syndic la procédure à suivre, et ne pas percer une façade sans accord. Si le logement est dans un immeuble protégé, dans un secteur patrimonial ou visible depuis la voie publique, des règles d’urbanisme peuvent aussi s’ajouter.

Pour un bailleur parisien, le sujet doit être traité comme un dossier de preuve : demande écrite du locataire, descriptif technique, règlement de copropriété, position du syndic, accord ou refus motivé. Pour un locataire, le risque principal est de payer une installation coûteuse puis de devoir la déposer à ses frais.

Lorsque le litige porte plus largement sur les obligations du propriétaire, les travaux autorisés ou la remise en état, il peut être utile de replacer la demande dans le cadre du bail d’habitation à Paris.

Les pièces à réunir avant d’agir

Le locataire doit conserver le bail, l’état des lieux, les photos du logement, les mesures de température, les alertes météo, les échanges avec le bailleur, les devis, la notice technique de l’appareil et les preuves de gêne concrète.

Le bailleur doit réunir le bail, le règlement de copropriété, les clauses relatives aux travaux, les photos avant/après, les échanges avec le locataire, l’avis du syndic, les constats éventuels et les textes applicables.

En cas de litige, la question ne sera pas seulement de savoir s’il faisait chaud. Le juge regardera si le logement était juridiquement conforme, si le locataire a demandé l’accord nécessaire, si les travaux modifient les lieux, si la copropriété devait autoriser l’installation et si une remise en état est justifiée.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».