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Malfaçons en VEFA après l’arrêt du 11 juin 2026 : quand le promoteur doit-il payer ?

Un acquéreur en VEFA découvre souvent les difficultés au moment le plus sensible : pré-livraison, remise des clés, levée des réserves ou premières semaines d’occupation. Fissures, infiltrations, isolation acoustique insuffisante, ventilation défaillante, balcon non conforme, surface contestée, prestations manquantes : le réflexe consiste alors à mettre directement le promoteur en cause.

Ce réflexe est compréhensible, mais il doit être juridiquement cadré. Par un arrêt du 11 juin 2026, publié au Bulletin, la troisième chambre civile de la Cour de cassation rappelle une distinction importante : le promoteur immobilier est tenu des garanties légales de construction, mais sa responsabilité contractuelle pour des désordres intermédiaires suppose la preuve d’une faute personnelle. La décision est consultable sur le site officiel de la Cour de cassation : Cass. 3e civ., 11 juin 2026, n° 23-22.360.

En pratique, l’acheteur ne doit donc pas seulement prouver que le logement comporte des défauts. Il doit identifier le bon régime d’action : garantie décennale, garantie de parfait achèvement, garantie biennale, garantie des vices apparents, garantie financière d’achèvement si le chantier n’est pas terminé, ou responsabilité contractuelle du promoteur avec démonstration d’une faute propre.

Le promoteur n’est pas responsable de la même manière selon le désordre

En VEFA, le promoteur vend un immeuble à construire ou en cours de construction. Il coordonne l’opération, conclut les contrats nécessaires, commercialise les lots, appelle les fonds et livre l’ouvrage. Il est donc l’interlocuteur naturel de l’acquéreur.

Mais tous les défauts ne suivent pas le même régime juridique.

Un dommage grave qui compromet la solidité de l’immeuble ou le rend impropre à sa destination relève en principe de la responsabilité décennale prévue par les articles 1792 et suivants du code civil. Le texte de base est accessible sur Légifrance : article 1792 du code civil. Infiltrations importantes, défaut structurel, atteinte à la sécurité ou impossibilité normale d’habiter peuvent entrer dans ce champ selon les faits.

Un équipement dissociable peut relever de la garantie biennale. Des défauts signalés à la réception relèvent aussi de la logique des réserves et de la garantie de parfait achèvement, selon le calendrier et les relations entre réception des travaux, livraison à l’acquéreur et interventions des entreprises.

Restent les désordres intermédiaires : défauts réels, parfois coûteux, mais qui ne relèvent pas clairement de la décennale. C’est ici que l’arrêt du 11 juin 2026 devient central. Pour engager la responsabilité contractuelle du promoteur sur ce terrain, l’acquéreur doit établir une faute personnelle du promoteur.

Qu’est-ce qu’une faute personnelle du promoteur ?

La faute personnelle ne se présume pas uniquement parce que le logement est imparfait. Elle doit être démontrée par des faits précis.

Peuvent notamment être discutés : une livraison organisée alors que des désordres étaient connus, une pression pour signer un procès-verbal sans réserves, l’absence de réaction à des alertes techniques, une information trompeuse sur l’état réel du chantier, le choix ou le maintien d’intervenants manifestement défaillants, une mauvaise coordination des entreprises, ou encore le refus injustifié de traiter des réserves documentées.

L’idée est simple : pour un désordre intermédiaire, il ne suffit pas de dire que le promoteur a vendu le logement. Il faut montrer en quoi son comportement propre a causé ou aggravé le dommage.

Cette preuve peut se construire avec des courriels, comptes rendus de visites, photos datées, échanges avec le service après-vente, rapports techniques, constats de commissaire de justice, devis de reprise, lettres recommandées, attestations d’autres acquéreurs et procès-verbaux de livraison.

Les réserves de livraison sont décisives

Le jour de la livraison, l’acquéreur doit éviter les formulations vagues. Une réserve utile décrit le défaut, sa localisation et son impact : « infiltration au plafond de la chambre côté fenêtre », « ventilation de la salle d’eau non fonctionnelle », « garde-corps du balcon non conforme à la notice », « fissure verticale sur mur séjour », « absence de prise prévue au plan », « revêtement posé non conforme à la notice descriptive ».

Il faut prendre des photographies datées, conserver les vidéos courtes, faire noter les refus du promoteur et demander un calendrier écrit de reprise. Si le promoteur promet une intervention, cette promesse doit être confirmée par écrit.

Lorsque le défaut est visible mais non réservé, le promoteur peut ensuite soutenir que l’acquéreur a accepté le logement en l’état. La discussion n’est pas toujours perdue, notamment si le défaut était difficilement appréciable ou si une information a été dissimulée, mais le dossier devient plus fragile.

Faut-il retenir le solde de 5 % ?

En VEFA, le paiement du prix est encadré par l’avancement des travaux. L’article R. 261-14 du code de la construction et de l’habitation fixe notamment les plafonds d’appels de fonds : 35 % à l’achèvement des fondations, 70 % à la mise hors d’eau, 95 % à l’achèvement de l’immeuble. Le texte est consultable sur Légifrance : article R. 261-14 du CCH.

Lorsque des réserves sérieuses existent à la livraison, le solde peut faire l’objet d’une consignation plutôt que d’un refus brutal et non justifié. La consignation permet de montrer que la somme existe, tout en maintenant une pression légitime pour la reprise des défauts.

Cette décision doit être préparée. Un refus de paiement mal motivé peut bloquer la remise des clés ou déclencher des pénalités. À l’inverse, payer intégralement sans réserve et sans trace écrite peut affaiblir le rapport de force. Le bon réflexe consiste à qualifier les défauts, à les documenter et à écrire immédiatement.

Garantie financière d’achèvement : attention à ne pas la confondre avec les malfaçons

La garantie financière d’achèvement protège l’acquéreur lorsque l’immeuble risque de ne pas être achevé en raison de la défaillance financière du vendeur. Elle est prévue par l’article L. 261-10-1 du code de la construction et de l’habitation : article L. 261-10-1 du CCH.

Elle n’est pas une garantie générale contre toutes les malfaçons. Si le chantier est arrêté, que les entreprises ne sont plus payées, que le promoteur est en procédure collective ou que les fonds nécessaires manquent, il faut identifier le garant, relire l’attestation annexée à l’acte et envisager une mise en cause structurée du garant.

Si l’immeuble est livré mais affecté de défauts, le coeur du dossier est souvent ailleurs : réserves, garanties de construction, expertise, assureurs et preuve de la faute personnelle du promoteur. Pour la question spécifique de la mobilisation du garant en cas de défaillance du promoteur, voir aussi l’article déjà publié sur la garantie financière d’achèvement en VEFA.

Quand demander une expertise judiciaire ?

L’expertise judiciaire devient utile lorsque les parties contestent l’origine, la gravité ou le coût des désordres. Elle peut être demandée en référé, notamment pour faire constater les défauts avant travaux de reprise, identifier les responsabilités et préserver la preuve.

Elle est particulièrement pertinente en cas d’infiltrations, de fissures évolutives, de désordres acoustiques, de ventilation insuffisante, de problème de structure, de non-conformité aux plans ou de désaccord sur le coût des reprises.

Avant de saisir le juge, il faut réunir les pièces : contrat de réservation, acte de vente, notice descriptive, plans, appels de fonds, procès-verbal de livraison, réserves, courriers de relance, réponses du promoteur, rapports amiables, photos, constats, devis et, si nécessaire, attestations d’autres copropriétaires touchés par les mêmes désordres.

L’objectif n’est pas seulement de « faire constater ». Il est de poser les bonnes questions à l’expert : nature des désordres, date d’apparition, caractère apparent ou caché, gravité, imputabilité, travaux nécessaires, coût, préjudices de jouissance, rôle du promoteur, rôle des entreprises et assurances mobilisables.

Quels préjudices peut-on réclamer ?

L’acquéreur peut demander la reprise des désordres, mais aussi l’indemnisation des préjudices prouvés. Selon les cas, il peut s’agir de loyers perdus, frais de relogement, intérêts intercalaires, garde-meubles, perte de chance de louer le bien, trouble de jouissance, frais d’expertise, coûts de travaux urgents ou dépréciation temporaire du logement.

Chaque poste doit être justifié. Les demandes globales et non chiffrées sont plus faciles à contester. Il faut donc conserver les factures, contrats de location, échéanciers bancaires, échanges avec locataires ou agences, devis et justificatifs bancaires.

Lorsque le désordre est intermédiaire, le lien avec la faute personnelle du promoteur doit être travaillé. Par exemple : le promoteur savait que l’entreprise n’avait pas repris un défaut signalé, a livré malgré un problème documenté, a promis une reprise sans l’organiser, ou a donné une information inexacte qui a retardé l’action de l’acquéreur.

Paris et Île-de-France : les réflexes pratiques

À Paris et en Île-de-France, les programmes en VEFA concernent souvent des immeubles collectifs denses, des résidences services, des opérations mixtes ou des rénovations lourdes. Les litiges fréquents portent sur l’acoustique, les infiltrations de toiture-terrasse, les parkings, les balcons, les parties communes, les retards d’ascenseur, les surfaces et les prestations différentes de la notice.

Le tribunal compétent dépend notamment du lieu de l’immeuble et des clauses du contrat. Pour un programme à Paris, le tribunal judiciaire de Paris peut être concerné. Pour les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne, les Yvelines, l’Essonne, le Val-d’Oise ou la Seine-et-Marne, la compétence doit être vérifiée au regard du lieu du bien et de l’acte signé.

Les délais imposent d’agir vite. Les réserves visibles doivent être formulées à la livraison. Les relances doivent être écrites. Si les désordres sont techniques ou évolutifs, il ne faut pas attendre que des travaux de reprise effacent les preuves.

Que faire maintenant ?

Commencez par classer le problème : chantier non achevé, retard, défaut visible à la livraison, désordre apparu après livraison, non-conformité à la notice, défaut grave relevant peut-être de la décennale ou désordre intermédiaire nécessitant la preuve d’une faute du promoteur.

Ensuite, réunissez les pièces et écrivez de manière structurée. Une mise en demeure efficace ne mélange pas tout. Elle distingue les réserves, les travaux demandés, les délais, les préjudices, les demandes d’information, l’éventuelle consignation et, si nécessaire, la préparation d’une expertise.

L’arrêt du 11 juin 2026 ne ferme pas les recours contre le promoteur. Il oblige surtout à les préparer plus sérieusement. Le dossier doit montrer non seulement ce qui ne va pas dans le logement, mais aussi quel régime juridique s’applique et, pour les désordres intermédiaires, quelle faute personnelle peut être reprochée au promoteur.

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À Paris et en Île-de-France, l’analyse peut aussi porter sur le tribunal compétent, les délais de mise en demeure, les preuves à préserver et la stratégie à adopter avant toute expertise judiciaire.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».