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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Créer une SARL en 2026 : capital social, statuts et pièges du gérant

La société à responsabilité limitée demeure en 2026 la forme sociale la plus choisie par les entrepreneurs en France. Selon les données de l’INSEE, plus de 40 % des entreprises immatriculées chaque année adoptent ce statut. La SARL séduit par sa structure souple, sa responsabilité limitée aux apports et son adaptation aussi bien aux créations en famille qu’aux montages entre associés. Pourtant, la rédaction des statuts, le choix du capital social et la désignation du gérant recèlent des pièges. De nombreux fondateurs les découvrent trop tard, lors d’un litige entre associés ou d’une mise en cause de la responsabilité du dirigeant. La Cour de cassation a d’ailleurs rendu plusieurs arrêts marquants entre 2024 et 2025 sur la majorité des assemblées générales, la primauté des statuts et la responsabilité personnelle du gérant. Ce guide expose les règles impératives, les libertés contractuelles et les erreurs à éviter dès la création.

Qu’est-ce qu’une SARL et qui peut en créer une

L’article L. 223-1 du Code de commerce définit la société à responsabilité limitée. Il la décrit comme « une société instituée par une ou plusieurs personnes qui ne supportent les pertes qu’à concurrence de leurs apports » (texte officiel).

Le nombre d’associés ne peut excéder cent. Au-delà, la société est dissoute si elle ne se transforme pas dans l’année qui suit le dépassement. Lorsque la société ne comporte qu’une seule personne, celle-ci est dénommée « associé unique ». L’associé unique exerce alors les pouvoirs dévolus à l’assemblée des associés.

La société est désignée par une dénomination sociale précédée ou suivie immédiatement des mots « société à responsabilité limitée » ou des initiales « SARL ». Les sociétés d’assurance, de capitalisation et d’épargne ne peuvent adopter cette forme. Si vous hésitez entre plusieurs statuts, notre analyse complète sur la création d’une SAS en 2026 expose les différences de gouvernance et de formalités.

Le capital social : montant, libération et pièges à éviter

L’article L. 223-2 du Code de commerce dispose que « le montant du capital de la société est fixé par les statuts. Il est divisé en parts sociales égales » (texte officiel).

Depuis la loi du 15 mai 2001, aucun capital minimum n’est exigé à la création d’une SARL. Un euro suffit théoriquement. En pratique, un capital trop faible expose le gérant à une mise en cause de sa responsabilité pour insuffisance d’actif et complique l’obtention de financements bancaires.

Libération des apports

L’article L. 223-7 du Code de commerce prévoit :

« Les parts représentant des apports en numéraire doivent être libérées d’au moins un cinquième de leur montant. »
« La libération du surplus intervient en une ou plusieurs fois sur décision du gérant, dans un délai qui ne peut excéder cinq ans à compter de l’immatriculation de la société au registre du commerce et des sociétés » (texte officiel).

Les parts représentatives d’apports en nature doivent être intégralement libérées dès la constitution.

Type d’apport Libération minimale Délai de libération complète
Numéraire 1/5 du montant 5 ans maximum
En nature Intégrale Dès la constitution
En industrie Non concourant au capital Selon statuts

Attention : tout versement effectué avant l’immatriculation doit être déposé sur un compte bloqué au nom de la société en formation. Le retrait des fonds avant l’immatriculation expose les fondateurs à des sanctions pénales.

Les statuts : clauses indispensables et liberté contractuelle

Les statuts constituent le contrat fondateur de la société. Ils déterminent l’objet social, le siège, le capital, la répartition des parts et les règles de fonctionnement. La Cour de cassation a rappelé dans un arrêt du 9 juillet 2025, rendu en matière de SAS, que les statuts fixent les conditions dans lesquelles la société est dirigée. Elle a ajouté qu’« une décision des associés peut compléter les statuts sur ce point, elle ne peut y déroger, quand bien même aurait-elle été prise à l’unanimité » (Cass. com., 9 juill. 2025, n° 24-10.428 (décision)), motifs :

« Il résulte de ces textes que les statuts de la société par actions simplifiée fixent les conditions dans lesquelles celle-ci est dirigée, notamment les modalités de révocation de ses dirigeants. »
« Si une décision des associés peut compléter les statuts sur ce point, elle ne peut y déroger, quand bien même aurait-elle été prise à l’unanimité ».

Majorité et décisions collectives

En l’absence de clause contraire, les décisions collectives des associés sont prises à la majorité des parts détenues par les associés présents ou représentés. Les modifications statutaires exigent une majorité des deux tiers des parts détenues par les associés présents ou représentés.

La Cour de cassation a précisé le 5 novembre 2025 que les statuts d’une SARL peuvent seulement prévoir une majorité plus élevée que celle prévue par la loi. Ils ne peuvent en revanche pas aller jusqu’à imposer l’unanimité pour les décisions ordinaires (Cass. com., 5 nov. 2025, n° 23-10.763 (décision)), motifs :

« le dernier alinéa de l’article L. 223-30 du Code de commerce […] trouve son fondement dans la volonté du législateur de sanctionner par la nullité la méconnaissance des règles de majorité et de quorum prévues par ce texte. »
« Il a, par suite, pour objet et pour effet de régir les effets légaux du contrat de société, de sorte qu’il est applicable aux décisions sociales prises à compter de son entrée en vigueur, peu important la date de constitution de la société ».

Le gérant : nomination, pouvoirs et responsabilité

L’article L. 223-18 du Code de commerce dispose que « la société à responsabilité limitée est gérée par une ou plusieurs personnes physiques. Les gérants peuvent être choisis en dehors des associés » (texte officiel).

Dans les rapports avec les tiers, le gérant est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société. Les clauses statutaires limitant ses pouvoirs sont inopposables aux tiers. En cas de pluralité de gérants, ceux-ci détiennent séparément les mêmes pouvoirs. L’opposition d’un gérant aux actes d’un autre est sans effet à l’égard des tiers, à moins qu’ils n’en aient eu connaissance.

Responsabilité du gérant

L’article L. 223-22 du Code de commerce soumet le gérant à une responsabilité civile. Celle-ci s’exerce envers la société et les tiers pour les infractions aux lois, les violations des statuts et les fautes commises dans sa gestion.

La Cour de cassation a précisé le 26 novembre 2025 les conditions de la responsabilité personnelle du dirigeant à l’égard des tiers. Cass. com., 26 nov. 2025, n° 24-21.022 (décision), motifs : « la responsabilité personnelle d’un dirigeant de droit à l’égard des tiers ne peut être retenue que s’il a commis une faute séparable de ses fonctions. Il en est ainsi lorsque le dirigeant commet intentionnellement une faute d’une particulière gravité, incompatible avec l’exercice normal des fonctions sociales ».

Dans le même arrêt, la Cour a cassé une condamnation du gérant sur le fondement suivant :

« le délai de dépôt des décisions litigieuses au greffe du tribunal de commerce expirait à des dates auxquelles M. [R] n’était plus le gérant de droit de la société Valentin. »
« Ce dont elle aurait dû déduire que sa responsabilité personnelle ne pouvait pas être engagée sur le fondement de l’article L. 223-22 du code de commerce ».

Conventions réglementées

L’article L. 223-19 du Code de commerce impose un contrôle strict des conventions conclues entre la société et ses gérants ou associés. Le gérant intéressé ne peut prendre part au vote et ses parts ne sont pas prises en compte pour le calcul du quorum et de la majorité. Même une convention approuvée par l’assemblée peut donner lieu à une action en responsabilité pour faute de gestion si elle cause un préjudice à la société.

La cession des parts : agrément et droit de préemption

L’article L. 223-13 du Code de commerce prévoit que « les parts sociales sont librement transmissibles par voie de succession ou en cas de liquidation de communauté de biens entre époux ». Il ajoute qu’elles sont « librement cessibles entre associés » (texte officiel).

En revanche, la cession à un tiers étranger à la société est soumise à agrément. Pour approfondir les conséquences d’un refus et les mécanismes de sortie, voir notre article sur le refus d’agrément à la cession de parts sociales. L’article L. 223-14 du Code de commerce dispose que « les parts sociales ne peuvent être cédées à des tiers étrangers à la société qu’avec le consentement de la majorité des associés ». Cette majorité doit représenter au moins la moitié des parts sociales. Les statuts peuvent toutefois prévoir une majorité plus forte (texte officiel).

Le projet de cession doit être notifié à la société et à chacun des associés. Si la société n’a pas fait connaître sa décision dans le délai de trois mois, le consentement est réputé acquis. En cas de refus, les associés sont tenus d’acquérir ou de faire acquérir les parts dans un délai de trois mois. Le prix est fixé dans les conditions de l’article 1843-4 du Code civil.

Créer une SARL à Paris et en Île-de-France : spécificités locales

L’immatriculation d’une SARL dont le siège est situé à Paris relève du greffe du tribunal judiciaire de Paris. Les formalités sont centralisées auprès du Centre de formalités des entreprises (CFE) compétent selon le lieu d’exercice de l’activité. Le délai moyen d’immatriculation au Registre du commerce et des sociétés s’élève à huit à quinze jours ouvrés en région parisienne, sous réserve d’un dossier complet.

Les fondateurs parisiens doivent veiller à la régularité du titre d’occupation des locaux sociaux. Un bail commercial, un bail professionnel ou une attestation de domiciliation chez un prestataire agréé sont exigés. Le cabinet Kohen Avocats accompagne régulièrement des créateurs d’entreprise dans la région Île-de-France pour sécuriser la rédaction des statuts et la désignation du gérant.

Checklist des formalités de création en 2026

  1. Choisir la dénomination sociale et vérifier sa disponibilité auprès de l’INPI.
  2. Rédiger les statuts en précisant l’objet social, le siège, le capital et la répartition des parts.
  3. Désigner le gérant et fixer par écrit ses pouvoirs et sa rémunération.
  4. Libérer les apports : déposer les fonds sur un compte bloqué au nom de la société en formation.
  5. Signer les statuts par tous les associés, en personne ou par mandataire doté d’un pouvoir spécial.
  6. Déposer le dossier auprès du CFE compétent (formalités d’immatriculation au RCS).
  7. Publier un avis de constitution dans un support d’annonces légales habilité.
  8. Obtenir l’extrait Kbis, qui constitue la carte d’identité de la société.
  9. Déclarer le gérant auprès des organismes sociaux (Urssaf, retraite complémentaire).
  10. Mettre en place la comptabilité et ouvrir un compte bancaire professionnel au nom de la société.

FAQ

Quel est le capital minimum pour créer une SARL en 2026 ?

Aucun capital minimum n’est imposé par la loi. Un euro suffit. En pratique, un capital de 1 000 à 3 000 euros est fréquent pour les activités de prestations de services. Un capital plus élevé renforce la crédibilité bancaire.

Le gérant doit-il nécessairement être associé ?

Non. L’article L. 223-18 du Code de commerce autorise la désignation d’un gérant extérieur aux associés. Sa nomination intervient dans les statuts ou par un acte postérieur.

Quelle est la majorité requise pour modifier les statuts d’une SARL ?

La majorité des deux tiers des parts détenues par les associés présents ou représentés est exigée. Les statuts peuvent relever cette majorité, mais non l’abaisser ni imposer l’unanimité.

Une clause de non-concurrence peut-elle être prévue dans les statuts ?

Oui, à condition qu’elle soit limitée dans le temps et dans l’espace, proportionnée aux intérêts légitimes à protéger, et assortie d’une contrepartie financière si le gérant est également salarié.

Combien de temps dure la procédure d’immatriculation d’une SARL ?

Le délai moyen est de huit à quinze jours ouvrés après dépôt d’un dossier complet auprès du CFE. Des délais supplémentaires peuvent survenir en cas de demande de pièces complémentaires.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier ?

La création d’une SARL engage la responsabilité des fondateurs et du gérant pour plusieurs années. Une erreur dans la rédaction des statuts, l’évaluation des apports ou la désignation du dirigeant peut entraîner des litiges coûteux entre associés ou une mise en cause personnelle du gérant. Le cabinet Kohen Avocats examine votre situation sous 48 heures.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».