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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Bailleur qui ne rend pas le dépôt de garantie du local commercial : récupérer l’argent, contester les retenues et obtenir les intérêts (2026)

Vous avez rendu les clés de votre boutique, de votre bureau ou de votre entrepôt, l’état des lieux de sortie est signé, et pourtant le chèque du dépôt de garantie n’arrive pas. Le bailleur ne répond plus, puis finit par annoncer qu’il garde tout : loyers prétendument impayés, remise en état chiffrée sans facture, charges régularisées sans décompte. Cette situation est l’un des litiges les plus fréquents de la fin des baux commerciaux, et elle se traite avec méthode : le Code de commerce impose la restitution dans un délai raisonnable qui ne peut pas excéder trois mois après la remise des clés, et chaque euro retenu doit correspondre à une somme réellement due et dûment justifiée. Passé ce cadre, le bailleur qui conserve le dépôt sans justification s’expose à une condamnation, aux intérêts et, lorsque la dette n’est pas sérieusement contestable, à une provision obtenue en référé. Cet article explique comment exiger la restitution du dépôt de garantie de votre local commercial, comment contester ligne par ligne les retenues du bailleur, et quelles procédures engager devant le tribunal, y compris à Paris et en Île-de-France, avant que la prescription de deux ans ne vous prive de tout recours.

I. Exiger la restitution du dépôt de garantie de votre local commercial

A. Délai de restitution, remise des clés et sommes que le bailleur peut vraiment retenir

Le point de départ de tout le contentieux se trouve dans l’article L. 145-40 du Code de commerce, qui dispose que « Les sommes payées à titre de garantie par le preneur à bail lui sont restituées dans un délai raisonnable ne pouvant excéder trois mois à compter de la remise des clés, en mains propres ou par lettre recommandée avec demande d’avis de réception, au bailleur ou à son mandataire, déduction faite, le cas échéant, des sommes restant dues au bailleur et des sommes dont celui-ci pourrait être tenu, aux lieu et place du preneur, sous réserve qu’elles soient dûment justifiées. » Chaque mot de ce texte compte en pratique. Le délai de trois mois court à partir de la remise des clés, et le texte exige que cette remise soit établie : en mains propres contre reçu, ou par lettre recommandée avec demande d’avis de réception adressée au bailleur ou à son mandataire. Un simple départ des lieux sans preuve de restitution des clés laisse le bailleur soutenir qu’il n’a jamais récupéré les locaux, et le délai ne court pas. Conservez donc la preuve écrite de la remise des clés comme la pièce la plus importante de votre dossier, avant même l’état des lieux de sortie.

Le même article autorise le bailleur à déduire deux catégories de sommes, et deux seulement : d’une part « les sommes restant dues au bailleur », c’est-à-dire les loyers, charges et accessoires impayés à la date du départ ; d’autre part les sommes dont le bailleur pourrait être tenu à votre place, c’est-à-dire les montants que le bailleur devra payer à votre place, comme une régularisation de charges de copropriété ou une taxe restée à votre charge. Mais cette déduction n’est permise que « sous réserve qu’elles soient dûment justifiées ». Un bailleur ne peut donc pas retenir une somme forfaitaire pour « remise en état » sans devis ni facture, ni une régularisation de charges sans le décompte correspondant, ni des loyers dont vous apportez les preuves de paiement. Toute retenue non justifiée par une pièce doit être contestée par écrit, et c’est au bailleur de produire ses justificatifs, pas à vous de prouver qu’ils n’existent pas.

Deux précisions du même article L. 145-40 sont souvent ignorées et changent pourtant l’issue des litiges. D’abord, « En cas de mutation à titre gratuit ou à titre onéreux des locaux pris à bail, l’obligation de restitution au preneur des sommes payées à titre de garantie est transmise au nouveau bailleur ». Si l’immeuble a été vendu pendant votre bail, c’est l’acquéreur qui doit vous restituer le dépôt, même si le vendeur ne lui a jamais reversé la somme. Vous n’avez pas à arbitrer le différend entre l’ancien et le nouveau propriétaire : assignez celui qui est bailleur au jour de la restitution. Ensuite, le texte plafonne le dépôt pour certains locaux : « Les sommes payées à titre de garantie par le preneur à bail d’un local mentionné à l’article L. 145-32-1 ne peuvent excéder le montant des loyers dus au titre d’un trimestre. » Si votre dépôt dépasse ce plafond, l’excédent doit vous être rendu. Vérifiez donc le montant stipulé au bail avant d’accepter le décompte du bailleur.

Enfin, une erreur répandue doit être corrigée tout de suite : contrairement au bail d’habitation, le bail commercial ne prévoit aucune majoration automatique de 10 % du loyer par mois de retard commencé. L’article L. 145-40 impose la restitution dans les trois mois mais n’attache à ce délai aucune pénalité chiffrée par le texte lui-même. Cela ne veut pas dire que le retard est sans conséquence : le bailleur qui tarde sans motif s’expose aux intérêts au taux légal et à des dommages-intérêts s’il vous cause un préjudice, par exemple une trésorerie bloquée au moment où vous installez votre nouveau local. Mais l’arme principale reste la mise en demeure, qui fait courir les intérêts et prépare l’action en justice. Ne réclamez donc pas une « pénalité de 10 % » que le juge commercial ne vous accordera pas sur ce fondement ; demandez la restitution, les intérêts et la réparation de votre préjudice réel, pièces à l’appui.

B. Mise en demeure, intérêts au taux légal et état des lieux de sortie

Lorsque le délai de trois mois expire sans restitution ni décompte sérieux, la première démarche utile est une mise en demeure adressée au bailleur par lettre recommandée avec demande d’avis de réception. Cette lettre doit rappeler la date de remise des clés, le montant du dépôt versé avec la référence du bail, l’expiration du délai légal de restitution, et exiger le paiement sous huit ou quinze jours avec le détail des sommes retenues et leurs justificatifs. Elle doit aussi viser les intérêts : en toute matière, « la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l’absence de demande ou de disposition spéciale du jugement », selon l’article 1231-7 du Code civil. La mise en demeure fait partir les intérêts moratoires et démontre au juge que vous avez tenté le règlement amiable avant de saisir le tribunal. Le courrier de mise en demeure s’appuie alors sur un dossier complet : la copie du bail, la preuve de remise des clés, les deux états des lieux et les preuves de paiement des derniers loyers. Un dossier complet dès la mise en demeure accélère ensuite toute la procédure, car le juge des référés comme le juge du fond statuent sur pièces.

L’état des lieux de sortie est la pièce qui départage presque tous les litiges sur les dégradations. L’article L. 145-40-1 du Code de commerce impose que « Lors de la prise de possession des locaux par le locataire en cas de conclusion d’un bail, de cession du droit au bail, de cession ou de mutation à titre gratuit du fonds et lors de la restitution des locaux, un état des lieux est établi contradictoirement et amiablement par le bailleur et le locataire ou par un tiers mandaté par eux », et que « L’état des lieux est joint au contrat de location ou, à défaut, conservé par chacune des parties ». Si le bailleur refuse le constat contradictoire, le texte prévoit que l’état des lieux « est établi par un huissier de justice, sur l’initiative de la partie la plus diligente, à frais partagés par moitié entre le bailleur et le locataire ». En pratique, si vous pressentez un conflit sur la restitution, faites établir l’état des lieux de sortie par un commissaire de justice : son coût, partagé par moitié, est sans commune mesure avec un dépôt de garantie perdu faute de preuve.

Lorsque aucun état des lieux n’a été dressé, le droit commun reprend ses droits et il est redoutable pour le locataire : « S’il n’a pas été fait d’état des lieux, le preneur est présumé les avoir reçus en bon état de réparations locatives, et doit les rendre tels, sauf la preuve contraire », selon l’article 1731 du Code civil. Sans état des lieux d’entrée, vous êtes présumé avoir reçu des locaux en bon état, et le bailleur peut imputer sur le dépôt toutes les dégradations constatées à la sortie, sauf à vous de rapporter la preuve contraire, toujours délicate après coup. À l’inverse, le législateur a prévu une sanction pour le bailleur négligent : « Le bailleur qui n’a pas fait toutes diligences pour la réalisation de l’état des lieux ne peut invoquer la présomption de l’article 1731 du code civil. » (dernier alinéa de l’article L. 145-40-1 du Code de commerce) Si c’est le bailleur qui a refusé ou négligé l’état des lieux, écrivez-le dans vos courriers et conservez-en la preuve, car cette carence prive ses retenues pour dégradations de leur fondement le plus solide. La comparaison des deux états des lieux, entrée et sortie, reste dans tous les cas la méthode que le juge applique : seules les différences constatées entre les deux documents peuvent justifier une retenue pour remise en état, à l’exclusion de l’usure normale des locaux et des équipements.

Un exemple chiffré montre comment se présente un décompte régulier. Vous avez versé 9 000 euros de dépôt pour un loyer mensuel de 3 000 euros. À la sortie, le bailleur produit un arriéré de loyer de 3 000 euros justifié par l’appel de loyer impayé, une régularisation de charges de copropriété de 800 euros justifiée par le décompte du syndic, et une facture de remise en peinture de 1 200 euros correspondant à des dégradations relevées dans l’état des lieux de sortie comparé à celui d’entrée. La retenue totale justifiée s’élève à 5 000 euros et le solde à restituer est de 4 000 euros, dans les trois mois de la remise des clés. En revanche, si le même bailleur ajoute 2 500 euros de « remise en état générale » sans facture et 1 000 euros de « frais de relocation », ces 3 500 euros ne correspondent à aucune somme due et dûment justifiée : ils doivent être restitués, avec les intérêts à compter de la mise en demeure. Exigez toujours un décompte poste par poste avec la pièce correspondant à chaque ligne, et contestez par écrit chaque ligne non justifiée.

II. Contester les retenues abusives et récupérer l’argent devant le tribunal

A. Loyers impayés, dégradations et compensation : ce que le bailleur doit prouver ligne par ligne

La plupart des retenues contestables se rangent dans trois catégories, et chacune obéit à ses propres règles de preuve. Première catégorie : les loyers et charges prétendument impayés. Le bailleur doit produire les appels de loyers et démontrer l’absence de paiement, tandis que vous apportez vos relevés bancaires et quittances. Vérifiez aussi l’imputation des paiements : un acompte versé sans affectation précise s’impute d’abord sur les loyers les plus anciens, et un dépôt de garantie ne peut pas être transformé rétroactivement en paiement de loyers courants pendant le bail pour faire apparaître ensuite un solde de dépôt nul. Si le bailleur soutient que des loyers restent dus alors que vous les avez payés, c’est son décompte qui doit être écarté, pas votre dépôt qui doit être absorbé.

Deuxième catégorie : les dégradations et la remise en état. Seules les dégradations excédant l’usure normale peuvent être retenues, et leur coût doit être établi par des devis ou des factures, rapportés à l’état comparé des lieux d’entrée et de sortie. Les clauses du bail qui mettent par avance à votre charge toutes les réparations, y compris celles qui incombent normalement au bailleur, ne permettent pas de retenir sur le dépôt des sommes correspondant à des travaux que le bailleur aurait de toute façon dû assumer. De même, lorsque le bailleur réclame une remise en état chiffrée par sa seule estimation, sans devis d’entreprise ni facture acquittée, la retenue n’est pas « dûment justifiée » au sens de l’article L. 145-40 et doit être restituée. Photographiez systématiquement les locaux le jour de la sortie, conservez les attestations des entreprises intervenues pendant votre occupation pour l’entretien courant, et rapprochez chaque facture du bailleur du poste précis de l’état des lieux de sortie.

Troisième catégorie : la compensation avec d’autres dettes, que le bailleur invoque souvent pour conserver le dépôt. Le mécanisme est défini par l’article 1347 du Code civil : « La compensation est l’extinction simultanée d’obligations réciproques entre deux personnes. Elle s’opère, sous réserve d’être invoquée, à due concurrence, à la date où ses conditions se trouvent réunies. » Concrètement, le bailleur peut opposer à votre créance de restitution sa propre créance contre vous, mais à trois conditions cumulatives qui découlent du texte : il doit invoquer la compensation, les deux dettes doivent exister simultanément, et l’extinction ne joue qu’à due concurrence, c’est-à-dire à hauteur de la plus petite des deux sommes. Une dette contestée, non chiffrée ou conditionnelle ne peut pas éteindre par compensation votre créance de restitution : le bailleur qui prétend compenser doit établir sa créance avec la même rigueur que celle qu’il exige de vous pour la vôtre. Répondez donc à toute allégation de compensation en demandant le titre, le montant exact et les pièces de la créance opposée.

Le sort du dépôt se complique lorsque le bail s’est terminé par une résiliation pour impayés plutôt que par un congé ordinaire ou un refus de renouvellement. La Cour de cassation a jugé le 23 janvier 2025, dans un arrêt publié au Bulletin, que la censure portant sur l’acquisition de la clause résolutoire « entraîne la cassation des chefs de dispositif condamnant la locataire au paiement d’une indemnité contractuelle de retard, au paiement de la somme de 16 221,67 euros et rejetant sa demande en restitution du dépôt de garantie, qui s’y rattachent par un lien de dépendance nécessaire ». Autrement dit, la restitution du dépôt de garantie est juridiquement liée au sort du bail : si la résiliation est remise en cause, tout le décompte qui en découle, y compris le refus de restituer le dépôt, tombe avec elle. Cette décision, rendue sur le pourvoi n° Q 23-18.643 (arrêt n° 40 FS-B, ECLI:FR:CCASS:2025:C300040), illustre pourquoi un locataire expulsé ou résilié ne doit jamais traiter la question du dépôt séparément de celle de la résiliation elle-même. Si vous contestez la clause résolutoire après un commandement de payer, menez les deux combats ensemble : la nullité ou la suspension de la résiliation, que le juge peut accorder en vous donnant des délais de paiement, conditionne directement la restitution de votre garantie. Le cadre de ces délais est fixé par l’article L. 145-41 du Code de commerce, selon lequel « Les juges saisis d’une demande présentée dans les formes et conditions prévues à l’article 1343-5 du code civil peuvent, en accordant des délais, suspendre la réalisation et les effets des clauses résolutoires, lorsque la résiliation n’est pas constatée ou prononcée par une décision de justice ayant acquis l’autorité de la chose jugée. »

B. Injonction de payer, référé-provision et prescription de deux ans : agir vite, y compris à Paris

Une fois la mise en demeure restée sans effet, deux voies rapides permettent de récupérer le dépôt sans attendre des années de procédure au fond. La première est l’injonction de payer, prévue par l’article 1405 du Code de procédure civile : « Le recouvrement d’une créance peut être demandé suivant la procédure d’injonction de payer lorsque : 1° La créance a une cause contractuelle ou résulte d’une obligation de caractère statutaire et s’élève à un montant déterminé ; en matière contractuelle, la détermination est faite en vertu des stipulations du contrat y compris, le cas échéant, la clause pénale ». La restitution du dépôt de garantie remplit exactement ces conditions : elle naît du contrat de bail et son montant est déterminé par le dépôt stipulé, diminué des retenues que le bailleur aurait dû justifier. Vous déposez une requête au greffe du tribunal judiciaire, accompagnée du bail, de la preuve de remise des clés, des états des lieux, de la mise en demeure et de votre décompte. Si le juge fait droit à la requête, il rend une ordonnance que le commissaire de justice signifie au bailleur, qui dispose d’un mois pour former opposition. Sans opposition, vous demandez l’apposition de la formule exécutoire et vous faites saisir les comptes du bailleur. Si le bailleur forme opposition, l’affaire bascule en procédure contradictoire classique, mais vous avez déjà cadré le débat et mis la pression sur un débiteur qui espérait votre découragement.

La seconde voie est le référé-provision, particulièrement adapté lorsque le bailleur ne produit aucune justification. L’article 835 du Code de procédure civile prévoit que « Dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, ils peuvent accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire ». Quand le délai de trois mois est expiré, que la remise des clés est prouvée et que le bailleur n’oppose ni décompte ni pièce, l’obligation de restituer n’est pas sérieusement contestable et le juge des référés peut condamner le bailleur à vous verser une provision correspondant à tout ou partie du dépôt, en quelques semaines. En revanche, si le bailleur produit un décompte détaillé avec factures et que le débat porte sur le bien-fondé de chaque retenue, la contestation devient sérieuse et le juge des référés renverra les parties au fond : c’est le signe qu’il faut assigner au fond avec un dossier chiffré poste par poste. Le choix entre injonction de payer et référé dépend donc du comportement du bailleur : silence ou refus sec, visez l’injonction puis le référé ; décompte litigieux, préparez l’assignation au fond en contestant chaque ligne avec vos pièces.

À Paris et en Île-de-France, ce contentieux présente des particularités pratiques qu’il faut intégrer dès la mise en demeure. Les loyers commerciaux parisiens rendent les dépôts considérables : trois mois d’un loyer de 5 000 euros représentent 15 000 euros immobilisés, et le préjudice de trésorerie d’une restitution tardive se chiffre vite au moment du nouveau pas-de-porte ou des travaux du local suivant. Les requêtes en injonction de payer se déposent au greffe du tribunal judiciaire de Paris lorsqu’elles relèvent de son ressort, et les assignations en référé s’y traitent en des délais compatibles avec l’urgence d’une trésorerie bloquée. Précisez toujours dans vos actes la situation exacte des locaux, l’identité du bailleur actuel en cas de vente de l’immeuble en cours de bail, puisque l’obligation de restitution suit le nouveau bailleur, et le montant précis réclamé avec son décompte. Les juridictions franciliennes, submergées, sanctionnent les dossiers approximatifs : une requête chiffrée, pièces numérotées en annexe, avec la preuve de remise des clés en première pièce, obtient l’ordonnance là où une demande vague finit en opposition et en renvoi au fond. Si vos locaux se trouvent en petite ou grande couronne, le même raisonnement s’applique devant le tribunal judiciaire du ressort, avec des délais parfois plus courts qu’à Paris.

Le point le plus dangereux du dossier reste le temps qui passe, car « Toutes les actions exercées en vertu du présent chapitre se prescrivent par deux ans. », selon l’article L. 145-60 du Code de commerce. L’action en restitution du dépôt de garantie, née du bail commercial, se prescrit donc par deux ans à compter du jour où la restitution aurait dû intervenir, c’est-à-dire au plus tard à l’expiration du délai de trois mois suivant la remise des clés. Deux ans passent vite quand on relance un bailleur qui promet de « revenir vers vous » : chaque promesse non tenue doit être traitée comme un refus et faire avancer la procédure d’un cran, mise en demeure, puis requête ou assignation. Une action engagée après l’expiration du délai sera déclarée irrecevable, quel que soit le bien-fondé de la demande, et le dépôt sera définitivement perdu. Interrompez la prescription à temps : la mise en demeure seule ne suffit pas en principe à interrompre, seule la saisine du tribunal, la requête en injonction de payer ou un acte d’exécution produit cet effet. Ne laissez donc jamais un dossier de restitution dormir plus de dix-huit mois après la remise des clés sans action en justice engagée.

Conclusion

Le bailleur de votre ancien local commercial doit vous restituer le dépôt de garantie dans les trois mois de la remise des clés, et il ne peut retenir que les sommes réellement dues et dûment justifiées, poste par poste, pièce par pièce. Contestez par écrit chaque retenue non justifiée, exigez le décompte complet, comparez les états des lieux d’entrée et de sortie, vérifiez qui est devenu bailleur en cas de vente de l’immeuble, et refusez les compensations invoquées sans titre ni montant établi. Si la mise en demeure reste sans effet, l’injonction de payer et le référé-provision permettent d’obtenir rapidement un titre contre le bailleur silencieux, tandis que le décompte litigieux se tranche au fond. Gardez enfin l’œil sur le calendrier : l’action se prescrit par deux ans, et un dépôt non réclamé à temps est un dépôt perdu. Avec un dossier complet dès la remise des clés, la restitution n’est pas une faveur du bailleur mais une obligation que le juge fait exécuter.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».