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BSPCE perdus après votre départ de la startup : les exercer à temps, contester la caducité et récupérer leur valeur (2026)

Vous quittez votre startup après des années de travail, vos bons de souscription de parts de créateur d’entreprise en poche, et la société vous annonce qu’ils sont caducs, que le délai est passé ou que votre départ efface tout. Le choc est financier : des titres qui pouvaient valoir plusieurs centaines de milliers d’euros s’évaporent en quelques lignes de règlement intérieur. Le 27 mars 2025, le tribunal judiciaire de Paris a débouté une salariée de la société Botify qui réclamait 87 BSPCE et 500 000 euros de dommages-intérêts, pour une lettre recommandée parvenue un jour trop tard, le 5 juillet 2022 au lieu du 4 juillet à minuit. La même année, la Cour de cassation a tranché deux dossiers majeurs sur les actions gratuites perdues après un licenciement ou un transfert de contrat, les 26 février et 18 juin 2025. Et la loi de finances pour 2026 vient d’élargir le régime des BSPCE aux sous-filiales tout en abaissant le seuil de détention du capital à 15 %. Cet article vous explique comment exercer vos bons avant la caducité, à quel prix, avec quelle fiscalité, et comment contester leur perte quand votre départ ne dépend pas de vous.

I. Exercer vos BSPCE après votre départ : le délai et les formes qui font tout perdre ou tout gagner

A. BSPCE après votre départ de la startup : quel délai pour les exercer et quelles formes respecter à peine de caducité

Le bon de souscription de parts de créateur d’entreprise est une valeur mobilière qui donne à son bénéficiaire, salarié ou dirigeant d’une société par actions non cotée de moins de quinze ans, le droit de souscrire à terme des actions de la société à un prix fixé dès l’attribution. L’article L. 228-91 du code de commerce pose le cadre général : « Les sociétés par actions peuvent émettre des valeurs mobilières donnant accès au capital ou donnant droit à l’attribution de titres de créance. » Concrètement, l’assemblée générale extraordinaire autorise l’émission, fixe le prix de souscription et délègue au président ou au conseil la mise en oeuvre, tandis qu’une déclaration d’attribution individuelle, que vous signez, détaille vos droits : nombre de bons, prix d’exercice, calendrier d’acquisition progressive, sort en cas de départ, délai d’exercice postérieur à la cessation des fonctions, formes exigées. Ce document contractuel décide de tout. L’article 1103 du code civil rappelle : « Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits. » Le juge applique le règlement du plan et votre déclaration d’attribution à la lettre, comme l’illustre l’affaire Botify jugée à Paris.

Dans cette affaire, une salariée employée depuis février 2014 par la SAS Botify avait reçu 87 BSPCE, régis par une déclaration d’attribution signée le 3 juillet 2018. Après une rupture conventionnelle signée le 4 avril 2022, elle annonce par courriel le 2 mai 2022 qu’elle entend céder à un tiers les actions issues de ses bons, puis adresse le 1er juillet 2022 une lettre recommandée contenant son bulletin de souscription, avec virement du prix de 33 495 euros. La société oppose la caducité : la demande est parvenue le 5 juillet 2022, soit après l’expiration du délai contractuel, et restitue le prix. La salariée assigne et réclame l’attribution des 87 bons, 20 000 euros pour résistance abusive et 500 000 euros de dommages-intérêts. Le tribunal judiciaire de Paris, 4e chambre 2e section, jugement du 27 mars 2025, RG 22/14634, la déboute sur tous les points. La résolution de l’assemblée générale du 31 janvier 2018, annexée à la déclaration, imposait pour tout exercice la remise d’un bulletin de souscription signé et le paiement intégral du prix des actions à émettre, et exigeait que la demande soit effectivement reçue par la société avant l’expiration du bon, le dernier jour à minuit, par lettre recommandée avec avis de réception, par lettre remise en main propre ou par tout autre envoi arrivé à destination. Les courriels des 25 avril et 2 mai 2022 n’ont donc pas permis d’exercer valablement, seule la lettre recommandée comptait. Or, selon l’historique de La Poste, le courrier posté le 1er juillet a été distribué le 5 juillet 2022, tandis que le certificat de travail, le bulletin de paie d’avril 2022 et l’attestation destinée à l’Unedic fixaient la cessation des fonctions au 4 avril 2022, de sorte que la lettre aurait dû parvenir à la SAS Botify au plus tard le 4 juillet 2022 à minuit. Parvenue le 5 juillet 2022, la demande est jugée tardive et le droit à attribution est déclaré caduc. Un jour de retard, et 87 bons sont perdus.

Les enseignements pratiques tiennent en cinq réflexes. Premier réflexe : dès la signature de votre déclaration d’attribution, notez par écrit la date exacte d’expiration de chaque tranche de bons en cas de départ, en distinguant les bons déjà exerçables de ceux en cours d’acquisition, et demandez à la société une confirmation écrite du point de départ du délai post-départ, car la date retenue peut être celle de la fin effective du travail, de la fin du préavis ou de la rupture officielle. Deuxième réflexe : utilisez exclusivement la forme exigée par le plan, en général la lettre recommandée avec avis de réception contenant le bulletin de souscription signé, doublée du virement du prix, et n’accordez aucune valeur à un courriel ou à un courrier simple, même avec accusé de réception électronique. Troisième réflexe : postez avec une marge d’au moins dix jours ouvrés avant l’échéance, car le tribunal retient la date de réception par la société, non la date d’envoi, et un avis de passage non retiré ne vous sauvera pas. Quatrième réflexe : conservez la preuve du contenu du pli, copie du bulletin signé, preuve du virement, historique de suivi, avis de réception, car la société peut soutenir que le pli était vide ou incomplet. Cinquième réflexe : si vous envisagez de céder aussitôt les actions à un tiers, vérifiez la clause d’agrément des statuts avant tout engagement envers l’acquéreur, car votre promesse de cession peut tomber si la société refuse l’acheteur. Sur ce point, notre analyse de la clause d’agrément en SAS et du blocage de la vente de vos actions détaille les recours du cédant. Enfin, si la société vous a restitué le prix d’exercice en invoquant la caducité, ne dépensez pas cette somme avant d’avoir fait vérifier le décompte du délai par un conseil, car une erreur de la société sur la date de cessation des fonctions rouvre parfois le dossier.

Le contentieux de la caducité se joue aussi sur l’interprétation du plan. Une clause qui impose un exercice dans les trois mois de la cessation des fonctions par lettre recommandée effectivement reçue s’applique strictement, mais une ambiguïté sur le point de départ, par exemple entre la date de notification du licenciement et la fin du préavis, ou entre la signature de la rupture conventionnelle et son homologation, peut être exploitée. De même, un règlement qui impose un exercice avant l’expiration du bon sans définir cette date pour chaque tranche ouvre une discussion sur la commune intention des parties. Rassemblez dès le départ la déclaration d’attribution et ses annexes, les résolutions d’assemblée générale jointes, les règlements de plan successifs, vos bulletins de paie, votre certificat de travail, l’attestation destinée à France Travail, vos courriels avec la direction et le service des ressources humaines, ainsi que les relevés de suivi postal. Celui qui conteste une date doit prouver par des écrits, jamais par des souvenirs.

B. Prix d’exercice, augmentation de capital et fiscalité des BSPCE : ce que la loi de finances pour 2026 change pour vous

Exercer un BSPCE déclenche une augmentation de capital réservée au bénéficiaire. L’article L. 225-129 du code de commerce dispose : « L’assemblée générale extraordinaire est seule compétente pour décider, sur le rapport du conseil d’administration ou du directoire, une augmentation de capital immédiate ou à terme. » Vérifiez donc que l’émission de vos bons repose sur des délégations toujours valides et que le prix d’exercice fixé à l’attribution respecte les règles applicables à la date d’émission, car un vice de procédure affectant l’autorisation peut contaminer l’exercice lui-même. En pratique, les plans de startup fixent le prix à la valeur de l’action lors du dernier tour de financement, parfois avec une décote encadrée, et l’écart entre ce prix et la valeur au jour de l’exercice constitue l’avantage salarial imposé. Demandez à la société la documentation du prix : rapport du commissaire aux comptes ou de l’expert, valorisation retenue lors de la levée, méthode de calcul. Si le prix d’exercice vous paraît surévalué au regard de la valeur réelle au jour de l’attribution, par exemple après un tour de table en baisse, signalez-le par écrit avant d’exercer, car une fois le bulletin signé et le prix payé, la discussion devient théorique. Les levées de fonds récentes montrent l’ampleur des enjeux de valorisation : notre dossier sur la levée de fonds et le pacte d’actionnaires dans une licorne de l’intelligence artificielle et celui sur la dilution et les recours des actionnaires lors d’une augmentation de capital avec BSA décrivent les mécanismes que vous retrouverez dans votre propre plan.

La fiscalité conditionne le gain net. L’article 163 bis G du code général des impôts prévoit : « L’avantage salarial correspondant à la différence entre la valeur des titres souscrits au jour de l’exercice de bons attribués dans les conditions définies aux II et III et le prix d’acquisition des titres fixé au jour de l’attribution de ces bons est soumis à l’impôt sur le revenu au taux forfaitaire prévu au 1° du B du 1 de l’article 200 A ou, sur option du bénéficiaire, suivant les règles de droit commun des traitements et salaires. » Et : « Par dérogation aux dispositions du premier alinéa, l’avantage précité est imposé au taux de 30 % lorsque le bénéficiaire exerce son activité ou, le cas échéant, son mandat dans la société dans laquelle il a bénéficié de l’attribution des bons depuis moins de trois ans à la date de la cession. » Autrement dit, un départ rapide après l’attribution peut renchérir l’imposition de l’avantage à 30 %, sans option pour le barème des salaires, tandis qu’une présence de trois ans ouvre le taux forfaitaire plus favorable ou l’option pour le droit commun. Les prélèvements sociaux s’ajoutent selon les règles en vigueur à la date de la cession, et la plus-value ultérieure entre la valeur à l’exercice et le prix de revente suit son propre régime. Avant d’exercer, faites chiffrer les deux scénarios, exercice immédiat puis cession rapide d’un côté, exercice puis conservation des titres de l’autre, en intégrant l’impôt sur l’avantage, les prélèvements sociaux et la fiscalité de la revente.

La loi de finances pour 2026, article 25, remanie le dispositif pour les bons attribués à compter du 1er janvier 2026, selon l’analyse publiée le 31 mars 2026 par le cabinet Gide. Première évolution : le seuil de détention du capital par des personnes physiques passe de 25 % à 15 %, ce qui permet à davantage de sociétés ayant accueilli plusieurs tours d’investisseurs de continuer à attribuer des BSPCE. Deuxième évolution : les salariés et dirigeants de sous-filiales deviennent éligibles sous conditions de détention indirecte d’au moins 75 %, ce qui intéresse les groupes structurés en holdings. Troisième évolution : les règles d’appréciation de la durée d’activité de trois ans sont adaptées pour tenir compte des périodes effectuées dans les filiales et sous-filiales éligibles. Vérifiez donc à quelle génération appartient votre plan : les bons attribués avant 2026 restent régis par les conditions antérieures, tandis que les attributions postérieures bénéficient du cadre élargi. Si la société vous affirme qu’elle ne peut plus émettre de BSPCE après une levée dilutive, demandez sur quel fondement, car le seuil abaissé à 15 % change souvent la réponse. Et si vous travaillez dans une filiale ou une sous-filiale du groupe émetteur, réclamez le bénéfice du dispositif élargi au lieu d’accepter un simple plan de BSA moins favorable.

Distinguez enfin les BSPCE des instruments voisins, car les règles diffèrent. Les BSA classiques, ouverts à toute société par actions, ne bénéficient pas du régime fiscal de l’article 163 bis G et supposent un prix de souscription du bon lui-même, généralement fixé avec l’aide d’un expert. Les actions gratuites, régies par l’article L. 225-197-1 du code de commerce, suivent un plan avec période d’acquisition d’un an minimum puis période de conservation, et leur sort en cas de départ obéit à une jurisprudence nourrie que la seconde partie détaille. Les stock-options relèvent encore d’un autre régime. Ne transposez jamais à vos BSPCE une solution lue pour des actions gratuites ou des options : seuls votre déclaration d’attribution et le régime des bons de créateur d’entreprise s’appliquent.

II. Contester la perte de vos titres : licenciement, transfert de contrat et caducité abusive

A. Licencié avant l’acquisition définitive : pourquoi vous n’obtenez pas les actions mais une indemnité pour perte de chance

Quand le départ résulte d’un licenciement intervenu avant la fin de la période d’acquisition, la jurisprudence distingue l’attribution en nature et l’indemnisation. Le 26 février 2025, la chambre sociale de la Cour de cassation, arrêt n° 195 F-D, pourvoi n° 23-15.072, affaire Rexel France contre un directeur de pôle licencié pour cause réelle et sérieuse le 7 février 2019, a jugé : « Le salarié qui n’a pu, du fait de son licenciement sans cause réelle et sérieuse intervenu avant le terme de la période d’acquisition, se voir attribuer de manière définitive des actions gratuites, ne peut prétendre à l’attribution des actions et à la reconnaissance de la qualité d’actionnaire, mais seulement à la réparation du préjudice résultant pour lui de la perte de chance d’acquérir définitivement les actions gratuites. » (Cass. soc., 26 fév. 2025, n° 23-15.072). La cour d’appel de Douai avait reconnu au salarié 3 594 actions de performance et 500 actions de présence avec la qualité d’actionnaire, en retenant que la condition de présence de trois ans, empêchée par le licenciement injustifié, était réputée accomplie. La Cour de cassation censure au visa des articles 1103 et 1231-1 du code civil, ce dernier disposant : « Le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l’inexécution de l’obligation, soit à raison du retard dans l’exécution, s’il ne justifie pas que l’exécution a été empêchée par la force majeure. » Même licencié sans cause réelle et sérieuse, vous ne devenez pas actionnaire par décision de justice ; vous obtenez des dommages-intérêts proportionnés à la chance perdue.

La perte de chance se chiffre avec méthode. Le juge évalue la probabilité que les actions auraient été définitivement acquises sans le licenciement, en tenant compte de la durée restant à courir, des conditions de performance du plan, de votre historique d’évaluations et de la valeur des titres. Une acquisition imminente, avec des objectifs déjà atteints, justifie un taux proche de la valeur pleine ; une période à peine entamée, avec des conditions exigeantes, réduit fortement l’indemnité. Dans l’affaire Rexel, les lettres d’attribution subordonnaient l’acquisition au maintien dans le groupe pendant trois ans et à un niveau de performance, et le débat portait aussi sur la réalisation de cette seconde condition. Préparez donc un dossier chiffré : valeur de l’action à la date du licenciement et à la date à laquelle l’acquisition serait intervenue, états financiers, valorisations lors des levées, attestations sur l’atteinte des objectifs, comparables de sortie. Et articulez cette demande avec la contestation du licenciement lui-même devant le conseil de prud’hommes, car l’indemnité pour perte de chance suppose en pratique un licenciement jugé sans cause réelle et sérieuse, et le calendrier prud’homal commande le calendrier boursier de votre réclamation.

Le raisonnement vaut pour les BSPCE dont l’exercice est subordonné à une présence ou à des objectifs. Si votre plan prévoit une acquisition progressive sur quatre ans avec une falaise d’un an et que le licenciement intervient au vingtième mois, les tranches acquises restent en principe exerçables dans le délai post-départ, tandis que les tranches non acquises sont perdues, sauf à démontrer que l’employeur a provoqué la défaillance de la condition pour vous en priver. L’article 1304-3 du code civil répute accomplie la condition dont le débiteur a empêché l’accomplissement, et la cour d’appel de Douai l’avait appliqué avant d’être censurée sur la conséquence, non sur le principe : la condition de présence empêchée par un licenciement injustifié est bien réputée accomplie, mais elle ouvre droit à indemnisation, pas à attribution en nature. Conservez tout écrit montrant que le calendrier du licenciement visait vos échéances d’acquisition : convocation juste avant la date d’acquisition, suppression de poste aussitôt suivie d’un recrutement équivalent, objectifs modifiés en cours de période. Sans fraude caractérisée, n’espérez pas les titres eux-mêmes ; avec des indices sérieux, chiffrez une perte de chance élevée.

Agissez vite et dans le bon ordre. Contestez le licenciement devant le conseil de prud’hommes dans les douze mois de la notification, demandez par écrit à la société, dès la rupture, le décompte de vos droits en cours d’acquisition et le maintien de vos bons exerçables, exercez ces derniers dans le délai contractuel avec les formes exigées, puis chiffrez la perte de chance sur les tranches non acquises avec un expert-comptable. Ne signez aucun reçu pour solde de tout compte ni aucune transaction qui solderait « l’ensemble des litiges nés de la rupture » sans réserve écrite sur vos instruments d’intéressement, car une transaction générale peut éteindre votre réclamation sur les bons.

B. Contrat transféré, filiale cédée, RSU annulées : la fraude comme seule porte de sortie et vos démarches à Paris et en Île-de-France

Le transfert de votre contrat de travail vers une autre société du groupe ou vers un repreneur ne vous fait pas acquérir les actions en cours d’acquisition. Le 18 juin 2025, la chambre sociale, arrêt n° 669 FS-B, pourvois n° 23-19.748 à 23-19.753, affaire Intel Corporation, a rejeté les demandes de six salariés dont les contrats avaient été transférés le 1er juillet 2017 à la société Newco, devenue Renault Software Labs, après un plan de sauvegarde de l’emploi homologué le 20 avril 2017. Les salariés réclamaient des dommages-intérêts pour la perte de chance d’acquérir des actions gratuites de type RSU attribuées jusqu’en 2016, dont le plan prévoyait l’annulation en cas de départ pour quelque cause que ce soit. La Cour juge : « la distribution d’actions gratuite aux salariés, qui a pour objet de les fidéliser ou de leur permettre de se constituer un portefeuille de valeurs mobilières, ne constitue pas la contrepartie d’un travail et n’a donc pas la nature juridique d’un élément de rémunération. » (Cass. soc., 18 juin 2025, n° 23-19.748). Elle ajoute : « le salarié qui n’a pu, du fait du transfert légal de son contrat de travail intervenu avant le terme de la période d’acquisition, se voir attribuer de manière définitive des actions gratuites, ne peut revendiquer aucune indemnisation pour la perte de chance d’avoir pu les acquérir, sauf à démontrer une fraude de l’employeur dans le recours à l’article L. 1224-1 du code du travail. » Or l’article L. 1224-1 du code du travail prévoit : « Lorsque survient une modification dans la situation juridique de l’employeur, notamment par succession, vente, fusion, transformation du fonds, mise en société de l’entreprise, tous les contrats de travail en cours au jour de la modification subsistent entre le nouvel employeur et le personnel de l’entreprise. » Le transfert légal, sauf fraude, efface donc la réclamation.

La fraude se prouve par un faisceau d’indices autour du montage. Démontrez que le transfert a été organisé pour priver les salariés de leurs droits en cours d’acquisition : calendrier calé sur les échéances d’acquisition, choix du périmètre transféré incluant précisément les bénéficiaires, engagement du repreneur de ne pas reprendre les plans, prime de transfert versée en contrepartie de l’abandon des bons, information trompeuse sur le maintien des droits. Dans l’affaire Intel, la Cour a relevé que le plan d’attribution prévoyait expressément l’annulation des RSU non acquises en cas de fin de contrat pour quelque cause que ce soit, que chaque salarié avait été informé individuellement par le courriel d’attribution, et que la clause de présence n’avait pas de caractère léonin puisque la cause du départ pouvait être imputable au salarié, à l’employeur ou à un tiers. Pour inverser cette lecture, produisez les documents du transfert : accord de cession d’actifs, périmètre, correspondances sur les plans d’intéressement, procès-verbaux du comité social et économique, homologation du plan de sauvegarde, attestations de collègues. Sans écrit montrant une manoeuvre, la clause de présence s’applique et la perte est définitive.

Le cadre légal des actions gratuites éclaire ces solutions. La Cour rappelle le cadre légal des attributions gratuites : l’article L. 225-197-1 du code de commerce prévoit que l’assemblée générale extraordinaire « peut autoriser le conseil d’administration ou le directoire à procéder, au profit des membres du personnel salarié de la société ou de certaines catégories d’entre eux, à une attribution gratuite d’actions existantes ou à émettre », dans un plan qui organise l’acquisition puis la conservation des titres. Le bénéficiaire n’acquiert donc les actions qu’à l’issue de la période et sous réserve des conditions librement fixées par le plan. Transposez à vos BSPCE : tant que le bon n’est pas exercé dans les formes et délais du plan, vous n’êtes pas actionnaire, et la société ne vous doit que le respect du plan, pas la valeur espérée. Cette rigueur explique le rejet, dans l’affaire Botify, des 20 000 euros pour résistance abusive et des 500 000 euros de préjudice : la société qui applique une caducité contractuelle régulière ne résiste pas abusivement, et le préjudice non justifié par des pièces ne s’indemnise pas.

À Paris et en Île-de-France, où se concentrent les startups et leurs contentieux, organisez vos démarches selon la juridiction compétente. La contestation du licenciement et la demande indemnitaire liée aux bons relèvent du conseil de prud’hommes de Paris, Nanterre, Bobigny ou Créteil selon votre lieu de travail, dans les douze mois de la rupture. La demande d’attribution forcée de bons ou d’actions contre la société émettrice, comme dans l’affaire Botify jugée par le tribunal judiciaire de Paris, se porte devant le tribunal judiciaire ou le tribunal des activités économiques de Paris selon la nature du litige, avec assignation enrôlée et conclusions chiffrées. Les expertises de valorisation se règlent souvent par une mesure d’instruction avant tout procès ou par un expert désigné dans le cadre de l’instance. Réunissez le dossier parisien type : déclaration d’attribution et règlements de plan, résolutions d’assemblée, bulletins de paie et certificat de travail, lettres d’attribution annuelles, courriels sur les conditions, valorisations et comptes annuels, suivi postal de votre exercice, échanges post-rupture. Saisissez un conseil dès la notification du départ : à Paris, les directions juridiques des startups répondent vite, et chaque semaine perdue rapproche la caducité.

Conclusion

Vos BSPCE survivent à votre départ si vous les exercez dans le délai et les formes du plan, au prix fixé à l’attribution, en anticipant la fiscalité de l’avantage salarial, désormais assouplie pour les attributions postérieures au 1er janvier 2026. La salariée de l’affaire Botify a tout perdu pour un jour de retard et des courriels sans valeur contractuelle ; les salariés d’Intel n’ont rien obtenu après le transfert légal de leurs contrats, faute de fraude démontrée ; le directeur de Rexel, licencié sans cause réelle et sérieuse, a obtenu non les actions elles-mêmes mais une indemnité pour la perte de chance de les acquérir. Trois situations, trois issues, une même leçon : le plan fait la loi des parties, le juge la fait respecter à la lettre, et seules la preuve écrite et la rapidité d’action protègent la valeur. Relisez votre déclaration d’attribution dès aujourd’hui, faites décompter vos délais par écrit, exercez en recommandé avec le bulletin signé et le prix, puis faites chiffrer la perte de chance sur les tranches non acquises quand la rupture ne dépend pas de vous.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».