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Maison fissurée après la sécheresse 2026 : déclaration de catastrophe naturelle, assurance et recours en cas de refus

La sécheresse exceptionnelle de l’été 2026 donne une actualité particulière aux fissures qui apparaissent ou s’aggravent sur les maisons. Dans son bilan publié le 3 septembre 2026, Météo-France indique que l’été 2026 est le plus chaud enregistré depuis 1900, avec une température moyenne de 24 °C et un déficit hydrique qui a accentué la sécheresse des sols. Après une période de forte chaleur, puis lors de la réhydratation des terrains, les sols argileux peuvent changer de volume. Une maison peut alors présenter des fissures en façade, des portes qui frottent, un dallage qui se soulève ou un décollement entre la construction et une terrasse.

Une fissure ne prouve toutefois pas, à elle seule, l’existence d’un sinistre indemnisable. Le propriétaire doit relier le désordre à un phénomène de retrait-gonflement des argiles, à la période couverte par un arrêté de catastrophe naturelle et à un dommage suffisamment grave au regard du Code des assurances. La bonne réaction consiste à protéger les occupants, conserver les preuves, avertir rapidement la mairie et déclarer le sinistre à l’assureur sans attendre la fin de la procédure administrative. Le refus d’une compagnie n’est pas nécessairement définitif : il peut être discuté par une contre-expertise, une expertise judiciaire ou une action fondée sur la responsabilité d’un constructeur.

I. Maison fissurée après la sécheresse 2026 : quelle catastrophe naturelle et quelle assurance ?

A. Comment reconnaître une fissure liée au retrait-gonflement des argiles ?

Le retrait-gonflement des argiles, souvent appelé RGA, correspond aux variations de volume de certains sols lorsque leur teneur en eau diminue puis augmente. Pendant la sécheresse, la couche argileuse se rétracte. Les fondations ne suivent pas toujours le mouvement de manière uniforme : une partie de la maison peut s’enfoncer davantage qu’une autre. Lorsque les pluies reviennent, le sol se réhydrate et les déformations peuvent se poursuivre. Le désordre observé sur le mur est donc la conséquence visible d’un mouvement du terrain, mais la cause doit être établie techniquement.

Les signes qui justifient une analyse rapide sont notamment les suivants :

  • une fissure diagonale qui traverse un mur ou se prolonge autour d’une ouverture ;
  • une lézarde qui réapparaît après avoir été rebouchée ou dont la largeur augmente ;
  • des fissures présentes à la fois sur les façades, les cloisons et les carrelages ;
  • un désaffleurement entre une maison et un garage, une véranda, une terrasse ou un perron ;
  • des portes et fenêtres qui se bloquent, un plancher qui se déforme ou des canalisations enterrées endommagées ;
  • une évolution qui coïncide avec une période de sécheresse puis avec le retour des pluies.

Ces indices ne remplacent ni une étude du sol ni l’expertise du sinistre. Une infiltration d’eau, une fuite de canalisation, un défaut de fondation, une végétation trop proche, un terrassement voisin ou une malfaçon peuvent produire des symptômes comparables. L’assureur cherchera la cause déterminante du dommage, la période de survenance et l’adéquation entre le dommage déclaré et le périmètre de l’arrêté. Le propriétaire a donc intérêt à ne pas qualifier trop vite la fissure de « fissure de sécheresse » dans un courrier improvisé : il doit décrire des faits datés et réserver la qualification technique.

Le régime de catastrophe naturelle ne couvre pas toutes les fissures. L’article L. 125-1 du Code des assurances ouvre la garantie attachée aux contrats de dommages aux biens et définit les effets de la catastrophe naturelle comme des « dommages matériels directs non assurables » ayant une « cause déterminante » liée à l’intensité anormale d’un agent naturel. Pour le RGA, le texte vise la succession anormale d’événements de sécheresse d’ampleur significative et la réhydratation des sols lorsque les mesures habituelles de prévention n’ont pas empêché les dommages.

La reconnaissance administrative est une condition distincte. Un arrêté interministériel doit reconnaître l’état de catastrophe naturelle pour la commune et préciser la zone, la période et la nature des dommages couverts. Une commune exposée au RGA n’est donc pas automatiquement indemnisée pour chaque maison fissurée. La carte d’exposition permet de comprendre le contexte, mais elle ne remplace pas la démonstration du lien causal dans le dossier individuel. L’article R. 132-3 du Code de la construction et de l’habitation décrit les critères lithologiques, minéralogiques et géotechniques de la carte et retient, pour les obligations de prévention, les zones d’exposition « moyenne ou forte ».

Le propriétaire doit aussi vérifier les dates. Il faut comparer la chronologie des fissures avec les périodes visées par les arrêtés déjà publiés pour la commune et avec les épisodes de sécheresse de 2026. Une fissure ancienne simplement repeinte ne devient pas un dommage nouveau parce qu’un été a été très chaud. À l’inverse, une fissure apparue après un épisode couvert par un arrêté ou une fissure ancienne qui s’est nettement aggravée peut justifier une déclaration, à condition de pouvoir distinguer l’état antérieur et l’aggravation.

La jurisprudence montre l’importance de cette démonstration. Dans son arrêt du 30 juin 2015, n° 14-20.034, la troisième chambre civile de la Cour de cassation a approuvé la décision qui retenait que les désordres déclarés avaient « pour cause déterminante des phénomènes de sécheresse » visés par des arrêtés de catastrophe naturelle ; le texte officiel de l’arrêt n° 14-20.034 relate aussi l’aggravation des fissures et le refus initial de l’assureur. Cette décision ne dispense pas de l’expertise : elle rappelle que le lien entre l’événement reconnu et les désordres doit être concrètement retenu par les juges à partir des constatations techniques.

Dans un autre dossier, la deuxième chambre civile, par arrêt du 8 mars 2018, n° 16-29.083, a examiné les effets d’une nouvelle désignation d’expert et les questions de prescription après des fissures et tassements attribués à une sécheresse. Le texte officiel de l’arrêt n° 16-29.083 montre qu’un échange avec l’assureur, une expertise privée et une expertise judiciaire ne produisent pas tous les mêmes effets. Le propriétaire doit donc conserver chaque courrier, chaque rapport, chaque convocation et chaque preuve de participation de la compagnie.

Une vérification sur le portail Géorisques peut utilement documenter l’exposition de la parcelle et les arrêtés concernant la commune. Elle ne suffit cependant pas à obtenir une indemnité. Le rapport d’expertise devra encore déterminer si le mouvement des sols a causé une atteinte à la solidité ou une entrave à l’usage normal du bâtiment, si le dommage est direct et si les travaux proposés arrêtent réellement les désordres.

B. Que faire avant l’arrêté de catastrophe naturelle pour préserver ses droits ?

La première démarche est une déclaration factuelle à l’assureur. Le courrier doit indiquer l’adresse du bien, la qualité d’assuré, la date de découverte, les pièces atteintes, l’évolution constatée, les mesures de sécurité prises et les éventuels dommages secondaires. Il faut joindre des photographies datées, des vidéos montrant l’ouverture ou le déplacement, un plan localisant les fissures, les factures de travaux antérieurs et tout document permettant de comparer l’état du bien avant et après l’été 2026. Une déclaration précoce ne garantit pas la prise en charge, mais elle établit la date de connaissance du sinistre et évite de laisser la compagnie découvrir tardivement l’ampleur du dommage.

Le propriétaire doit avertir la mairie par écrit. La demande doit solliciter l’enregistrement du signalement et l’examen d’une demande de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle, sans présenter la reconnaissance comme déjà acquise. Il est utile d’indiquer la date d’apparition des fissures, le nombre de logements concernés si le voisinage observe le même phénomène, l’existence de désordres sur la voirie ou les réseaux, et la période de sécheresse concernée. Un accusé de réception, un courriel de la mairie ou une copie du formulaire déposé permettra de prouver la démarche.

L’information officielle sur la garantie catastrophe naturelle rappelle que la déclaration doit être faite dès que l’assuré a connaissance du dommage et, selon le délai légal désormais prévu pour le RGA, au plus tard trente jours après la publication de l’arrêté de reconnaissance. L’article L. 125-2 du Code des assurances reprend cette obligation en exigeant un avis « dès qu’il en a eu connaissance » et « au plus tard trente jours après la publication de l’arrêté de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle ». La démarche avant l’arrêté reste recommandée : elle permet à l’assureur d’ouvrir un dossier, de prescrire des mesures conservatoires et de participer à l’identification des désordres, sans attendre une publication qui peut intervenir plusieurs mois après le signalement communal.

Le délai de vingt-quatre mois prévu par l’article L. 125-1 concerne la demande communale de reconnaissance, non un délai de trente jours laissé au propriétaire avant toute déclaration. Pour les mouvements différentiels liés à la sécheresse, le point de référence est le dernier événement de sécheresse donnant lieu à la demande communale. Le propriétaire ne doit pas transformer cette règle en attente passive : il doit conserver une preuve de son signalement et relancer la mairie s’il ne reçoit aucune réponse.

Les mesures de sécurité priment sur la conservation parfaite du bien. Si une fissure menace une poutre, un mur porteur, une cheminée, une dalle ou une façade, il faut faire intervenir un professionnel et éloigner les occupants de la zone dangereuse. Les réparations définitives doivent, autant que possible, être précédées d’un constat contradictoire et d’un accord écrit sur l’expertise. Une reprise esthétique, un rebouchage ou une peinture peuvent faire disparaître des indices utiles. En cas d’urgence, photographier et faire décrire l’état initial avant toute intervention, puis conserver les factures et les matériaux déposés.

Le dossier doit inclure les pièces suivantes :

  • le contrat d’assurance et les conditions générales et particulières, avec la clause catastrophe naturelle ;
  • la police d’assurance applicable à la date où les fissures sont apparues ou se sont aggravées ;
  • les photographies originales, avec leur date et, si possible, une mesure graduée de l’ouverture ;
  • les attestations de voisins, les procès-verbaux de copropriété et les signalements de la commune ;
  • les plans, permis, factures de construction, études de sol, procès-verbal de réception et factures de travaux ;
  • les devis de mise en sécurité et de réparation, en distinguant la reprise de la cause et les finitions ;
  • les rapports d’expert, les courriers de refus, les observations envoyées et les convocations aux réunions techniques.

Dans une copropriété, le copropriétaire doit informer le syndic lorsque les fissures touchent une façade, un plancher, une structure, une canalisation commune ou un élément qui ne relève pas des parties privatives. Le syndic peut déclarer le sinistre au titre de l’assurance de l’immeuble, tandis que chaque copropriétaire déclare les dommages intérieurs à sa propre compagnie. Les deux dossiers doivent être coordonnés : un rapport qui attribue le désordre à une partie commune ne doit pas être contredit par une déclaration individuelle fondée sur une cause différente sans explication technique.

À Paris et en Île-de-France, la situation doit être examinée à l’échelle exacte de la parcelle et de la commune. L’adresse parisienne, la commune de petite couronne ou la commune rurale francilienne ne détermine pas à elle seule l’origine du dommage. Le propriétaire doit vérifier les arrêtés concernant son territoire, le sol effectivement présent sous la construction, les travaux voisins, les fuites de réseaux et l’état des fondations. En cas d’expertise judiciaire portant sur un immeuble, la juridiction du lieu de situation du bien sera déterminante pour la demande prévue par l’article 145 du Code de procédure civile.

Enfin, le signalement ne doit pas contenir de reconnaissance inutile de responsabilité. Le propriétaire peut écrire que les désordres sont compatibles avec un mouvement de terrain consécutif à la sécheresse et solliciter une expertise contradictoire. Il doit éviter d’affirmer que la maison est nécessairement inhabitable, que la mairie est nécessairement responsable ou que le constructeur a nécessairement commis une faute tant que les constatations ne le démontrent pas. Cette prudence protège la cohérence du dossier et laisse ouvertes les voies d’indemnisation par l’assurance catastrophe naturelle, par l’assurance dommages-ouvrage ou par la responsabilité décennale.

II. Comment obtenir l’indemnisation et contester le refus de l’assureur ?

A. Quels travaux, délais et montants l’assurance doit-elle prendre en charge ?

Une fois la commune reconnue en état de catastrophe naturelle, le débat ne s’arrête pas. L’assuré doit encore établir que les dommages de sa maison correspondent à l’événement couvert et qu’ils atteignent le seuil légal applicable au RGA. Depuis la rédaction en vigueur de l’article L. 125-2, la garantie est limitée, pour ces mouvements de terrain, aux dommages susceptibles d’« affecter la solidité du bâti ou d’entraver l’usage normal du bâtiment ». Une fissure purement décorative, stable, superficielle et sans conséquence sur l’usage peut donc être exclue, alors qu’une fissure traversante évolutive, accompagnée d’un désaffleurement ou d’un blocage des ouvertures, peut entrer dans le champ de la garantie.

L’analyse porte sur le dommage matériel direct et sur les travaux nécessaires pour arrêter les désordres existants. L’indemnité ne doit pas être calculée uniquement à partir du coût d’un enduit ou d’une peinture si la cause exige une reprise des fondations, une gestion des eaux, une intervention géotechnique ou une solution de stabilisation. À l’inverse, l’assuré ne peut pas obtenir automatiquement le financement de l’amélioration générale de sa maison, d’une extension ou d’une rénovation sans lien avec la sécheresse. Le devis doit séparer les postes : mise en sécurité, investigations, traitement de la cause, réparation structurelle, remise en état et embellissement.

L’article L. 125-2 prévoit que les indemnisations liées aux mouvements différentiels couvrent, dans la limite de la valeur du bien au sinistre, les travaux permettant l’arrêt des désordres lorsque l’expertise constate une atteinte à la solidité ou une impropriété à la destination. Le texte oblige également l’assureur à communiquer le rapport d’expertise définitif et, pour les sinistres de sécheresse-réhydratation, un compte rendu des constatations effectuées lors de chaque visite. Le propriétaire doit demander ces documents par écrit s’ils ne lui sont pas transmis.

Le même article organise un calendrier précis. À compter de la déclaration, ou de la publication de la décision administrative si celle-ci est postérieure, l’assureur dispose d’un mois pour informer l’assuré des modalités de garantie et ordonner une expertise lorsqu’elle est nécessaire. Il doit ensuite formuler une proposition d’indemnisation ou de réparation en nature dans le mois suivant la réception de l’état estimatif, en l’absence d’expertise, ou du rapport d’expertise définitif. Après l’accord de l’assuré, il dispose d’un mois pour missionner l’entreprise de réparation ou de vingt et un jours pour verser l’indemnité due. Une provision doit être versée dans les deux mois suivant l’état estimatif ou, si elle est postérieure, la publication de la décision de reconnaissance.

Ces délais supposent que le dossier soit exploitable et que l’assureur dispose des informations nécessaires. Une demande de pièce ne fait pas disparaître le sinistre, mais elle peut expliquer pourquoi le calendrier n’a pas commencé de manière utile. Il faut répondre avec un bordereau numéroté, conserver la preuve d’envoi et demander à la compagnie d’indiquer la date retenue pour chaque délai. Si l’assureur invoque une cause étrangère, une aggravation antérieure ou une absence de lien avec l’arrêté, il doit préciser le raisonnement de son rapport au lieu de se limiter à une formule générale.

La franchise mérite une vérification concrète. Pour les biens concernés par le régime, l’article A. 125-6 du Code des assurances fixe la franchise des dommages imputables à un mouvement de terrain consécutif à la sécheresse-réhydratation à « 1 520 euros ». Cette somme ne transforme pas le reste du dommage en exclusion et ne justifie pas une réduction globale de l’indemnité. L’assureur doit identifier la base de calcul, les dommages retenus et les éventuelles limites contractuelles compatibles avec la garantie légale.

Les frais d’étude peuvent aussi entrer dans la prise en charge. L’article L. 125-4 du Code des assurances inclut le remboursement des études géotechniques préalablement nécessaires à la remise en état ainsi que les frais d’architecte et de maîtrise d’œuvre associés lorsqu’ils sont nécessaires. L’assuré doit obtenir l’accord de l’assureur avant d’engager une étude coûteuse lorsque l’urgence ne l’impose pas, et expliquer son utilité pour le traitement des fissures. Un devis isolé pour refaire les façades ne répondra pas à cette exigence si le désordre structurel n’est pas traité.

Le régime ne couvre pas nécessairement les pertes indirectes. Les frais de relogement d’urgence peuvent être concernés lorsque la résidence principale est rendue impropre à l’habitation pour des raisons de sécurité, de salubrité ou d’hygiène résultant des dommages directs, selon les modalités légales et contractuelles. En revanche, une baisse de valeur du bien, une anxiété, une perte de loyer ou un préjudice de jouissance peuvent demander une analyse distincte. Il faut chiffrer chaque poste, produire les justificatifs et identifier son fondement : garantie catastrophe naturelle, garantie complémentaire du contrat, responsabilité d’un tiers ou demande de dommages-intérêts.

Une construction récente appelle une seconde lecture. Si les fissures sont liées à un défaut d’exécution ou de conception plutôt qu’à l’événement naturel, la garantie dommages-ouvrage ou la responsabilité décennale peuvent être discutées. L’article 1792 du Code civil rend le constructeur responsable de plein droit des dommages qui compromettent la solidité ou rendent l’ouvrage impropre à sa destination, « même résultant d’un vice du sol ». Cette voie ne se confond pas avec la catastrophe naturelle : elle suppose d’identifier les travaux, la réception, le constructeur concerné et le lien entre la conception ou l’exécution et le désordre.

Les documents de construction sont essentiels. L’étude de sol, le contrat de maîtrise d’œuvre, les plans de fondation, les procès-verbaux de réception, les réserves, les attestations d’assurance et les factures permettront de comparer une insuffisance de conception avec le mouvement exceptionnel des sols. Le délai décennal se calcule à partir de la réception des travaux pour les garanties visées par les articles 1792 à 1792-2, conformément à l’article 1792-4-1 du Code civil. Une déclaration Cat Nat ne doit pas faire oublier ce délai si le bien a été construit ou rénové récemment.

B. Comment contester l’expertise et engager un recours contre l’assurance ou le constructeur ?

Le refus doit être lu mot par mot. Une compagnie peut refuser parce que la commune n’est pas reconnue, parce que la période de l’arrêté ne correspond pas à la chronologie, parce que l’expert retient une fuite ou une malfaçon, parce que les dommages sont jugés esthétiques, parce que la déclaration est tardive ou parce que la personne qui réclame n’est pas le titulaire du contrat. Ces motifs n’appellent pas la même réponse. Une lettre de contestation générale ne remplace pas l’analyse du rapport et peut laisser courir un délai.

Le propriétaire doit d’abord demander le rapport complet, les comptes rendus de visite, les photographies prises par l’expert, les résultats de sondage, la méthode de comparaison des périodes et le détail du chiffrage. L’article L. 125-2-1 du Code des assurances renvoie à des obligations particulières concernant l’expertise des dommages liés à la sécheresse-réhydratation. Le refus doit être confronté à ces éléments : date de désignation, identité de l’expert, qualification annoncée, visites réalisées, contradictoire, conclusions sur la cause déterminante et proposition de travaux.

En cas de désaccord, l’assuré peut demander une contre-expertise dans les conditions de la police. L’article L. 125-2 prévoit que l’assureur informe l’assuré de cette faculté lorsque les conclusions du rapport sont contestées et de la possibilité de se faire assister par l’expert de son choix. La contre-expertise doit être préparée : elle ne consiste pas seulement à faire mesurer une fissure, mais à répondre au raisonnement adverse. Le rapport doit examiner la nature du sol, la période de sécheresse, l’état antérieur, les causes concurrentes, la gravité de l’atteinte, l’évolution, les travaux nécessaires et le coût raisonnable.

Une expertise privée peut être organisée en présence de l’assureur et des constructeurs concernés. La convocation doit rappeler l’adresse, l’objet, les désordres observés, les pièces communiquées et le caractère contradictoire de la réunion. Il faut envoyer les observations après la visite, corriger les erreurs matérielles et demander que les réserves soient annexées au rapport. Si la compagnie refuse de venir, le propriétaire doit conserver la preuve de la convocation et éviter de présenter un rapport unilatéral comme une expertise contradictoire.

Lorsque la preuve risque de disparaître ou qu’un débat technique bloque toute indemnisation, une expertise judiciaire peut être sollicitée avant le procès au fond. L’article 145 du Code de procédure civile permet de demander une mesure d’instruction lorsqu’il existe un motif légitime d’établir la preuve avant tout procès, « sur requête ou en référé ». Pour un immeuble, la juridiction du lieu où il est situé est seule compétente pour cette mesure. La demande doit expliquer le litige possible, les désordres, les démarches déjà accomplies, l’intérêt de l’expertise et les questions précises à poser à l’expert.

La préparation d’une telle démarche peut être rapprochée de la page consacrée à l’expertise bâtiment, qui présente le cadre général de l’analyse technique et du contentieux immobilier. Ce lien ne remplace pas l’examen du contrat ni l’étude du rapport adverse : il doit simplement aider à identifier les documents à réunir avant de choisir une contre-expertise ou un référé.

Le référé-expertise n’accorde pas automatiquement l’indemnité. Il permet de faire désigner un technicien indépendant qui examinera le sol, les fondations, les fissures, les documents, les arrêtés et les causes concurrentes. L’assuré devra ensuite utiliser le rapport pour négocier ou saisir le juge du fond. Il doit aussi prévoir la consignation des frais d’expertise et formuler des chefs de mission utiles : déterminer les causes, dater les aggravations, distinguer les dommages antérieurs, vérifier la solidité, proposer les travaux propres à arrêter les désordres et chiffrer les préjudices directs.

La prescription impose une vigilance particulière. L’article L. 114-1 du Code des assurances prévoit en principe que les actions dérivant du contrat sont prescrites par deux ans. Il prévoit une exception pour les actions relatives aux dommages résultant de mouvements de terrain consécutifs à la sécheresse-réhydratation des sols, reconnus comme catastrophe naturelle : ces actions « sont prescrites par cinq ans » à compter de l’événement qui leur donne naissance. Le point de départ, l’application dans le temps, l’opposabilité de la clause et l’existence d’actes interruptifs doivent être vérifiés à partir du contrat et de la chronologie exacte ; il serait dangereux de compter mécaniquement cinq ans à partir de la première fissure sans examiner la reconnaissance administrative et les échanges.

L’article L. 114-2 prévoit que la prescription est interrompue par les causes ordinaires et par « la désignation d’experts à la suite d’un sinistre ». Il vise aussi certaines lettres recommandées ou recommandés électroniques adressés par l’assuré à l’assureur concernant le règlement de l’indemnité. Toute expertise n’a pas nécessairement le même effet dans toutes les circonstances : il faut identifier qui a désigné l’expert, qui a été convoqué, quel sinistre était concerné, quelles garanties étaient discutées et à quelle date l’acte a été reçu. L’arrêt du 8 mars 2018, n° 16-29.083, est un avertissement concret sur les risques d’une chronologie mal tenue.

La Cour de cassation a également statué, le 18 avril 2019, dans l’arrêt n° 18-14.404, sur un contentieux de fissures attribuées à un épisode de sécheresse et sur la prescription opposée par l’assureur. Le texte officiel de l’arrêt n° 18-14.404 rappelle que l’identité exacte de l’assureur, la police applicable et les règles de prescription communiquées à l’assuré peuvent être décisives. Une assignation adressée à une société distincte ou un acte envoyé au mauvais interlocuteur peut ne pas interrompre le délai à l’égard de l’assureur réellement garant. Avant toute procédure, il faut donc vérifier la dénomination, le siège, le numéro de contrat et la société désignée dans les conditions particulières.

Le constructeur peut être appelé dans la procédure lorsqu’une cause de construction est sérieusement discutée. L’expertise doit alors distinguer ce qui relève de l’aléa naturel et ce qui provient d’un défaut de conception, d’une fondation inadaptée, d’une absence d’étude géotechnique, d’un défaut de drainage ou d’une mauvaise exécution. La responsabilité décennale ne se présume pas à partir de l’existence d’une fissure, mais une atteinte à la solidité ou une impropriété à l’usage peut permettre d’invoquer l’article 1792. L’assureur catastrophe naturelle et l’assureur de responsabilité peuvent avoir des intérêts différents : la stratégie doit éviter une déclaration contradictoire qui sacrifierait une voie de recours pour en privilégier une autre.

Si un terrain non bâti ou une construction neuve est concerné, les règles de prévention des sols argileux peuvent aussi servir à reconstituer les obligations applicables au projet. L’ensemble des dispositions du Code de la construction et de l’habitation relatives aux sols argileux doit être lu avec la date du permis, de la promesse, de la vente et des travaux. L’acheteur d’un terrain constructible doit notamment vérifier les études et informations qui ont été annexées à la vente. Cette question ne suffit pas à écarter une garantie Cat Nat sur une maison existante, mais elle peut orienter l’action contre les intervenants à la construction.

À Paris et en Île-de-France, la procédure doit tenir compte de la commune où se trouve l’immeuble, de la compétence du tribunal judiciaire pour une expertise civile, de la présence éventuelle d’une copropriété et de la coordination avec les services municipaux. Un bien situé à Paris intra-muros, une maison de Seine-et-Marne ou un pavillon des Yvelines ne présente pas le même environnement géotechnique ni le même historique administratif. Il faut joindre au dossier l’arrêté concernant la commune exacte, les échanges avec le syndic ou la mairie et la preuve de la localisation de chaque désordre. Une erreur d’adresse peut suffire à affaiblir l’articulation avec l’arrêté.

La demande adressée à l’assureur doit rester opérationnelle. Elle peut solliciter la communication du rapport, la confirmation de la garantie mobilisée, l’organisation d’une contre-expertise, le versement de la provision lorsque les conditions sont réunies, la prise en charge des études nécessaires et une réponse motivée sur chaque poste refusé. Elle doit fixer un délai raisonnable de réponse et rappeler que les échanges ne valent pas renonciation aux délais de prescription. En cas d’absence de réponse, de refus persistant ou de désaccord sur la cause, le propriétaire pourra choisir entre médiation, négociation, expertise judiciaire et action au fond après avoir évalué le coût, l’urgence et les preuves disponibles.

Conclusion

Après la sécheresse et les fortes chaleurs de 2026, une maison fissurée doit être traitée comme un dossier de preuve avant d’être traitée comme un simple problème de façade. Le propriétaire doit photographier l’évolution, sécuriser les lieux, déclarer le dommage à l’assureur, saisir la mairie et vérifier les arrêtés applicables à la commune. La garantie catastrophe naturelle suppose une reconnaissance administrative et un lien technique entre l’épisode de sécheresse-réhydratation et un dommage direct suffisamment grave. Les délais de l’assureur, la franchise de 1 520 euros, la communication des rapports et la faculté de contre-expertise doivent être contrôlés précisément.

Un refus peut être contesté lorsque le rapport est incomplet, que la chronologie a été mal comprise, qu’une cause concurrente est affirmée sans démonstration ou que les travaux nécessaires n’ont pas été examinés. La prescription, la preuve contradictoire et la désignation des parties doivent être sécurisées avant toute assignation. Si le bien est récent, la garantie décennale et la responsabilité des constructeurs doivent être étudiées en parallèle. Un dossier daté, techniquement documenté et juridiquement ciblé offre de meilleures chances de faire reconnaître la cause réelle des fissures et d’obtenir une réparation adaptée.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».