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Dossier de surendettement : erreur de calcul dans les mesures imposées, faut-il demander une rectification ou saisir le juge ?

Vous avez reçu les mesures imposées de la commission de surendettement et le montant d’une dette, une date ou une mensualité vous paraît faux. Une erreur de quelques chiffres peut modifier le calendrier des paiements, le total restant dû ou la capacité de remboursement retenue. Elle ne doit pourtant pas être traitée de la même manière selon le document concerné. Une notification de mesures imposées se conteste dans un délai précis. Un jugement qui comporte une simple erreur de plume, de date ou de calcul peut relever de la procédure de rectification d’erreur matérielle.

La question essentielle est donc la suivante : le chiffre contesté traduit-il une mauvaise transcription évidente du dossier, ou révèle-t-il un désaccord sur l’appréciation des revenus, des charges, de la dette ou de la solution de traitement ? Dans le premier cas, une requête en rectification peut être adaptée. Dans le second, il faut préserver le recours contre les mesures imposées et demander au juge des contentieux de la protection de revoir les éléments contestés. Une demande informelle adressée à la commission ne doit pas faire perdre le délai de contestation.

Ce guide présente la méthode pour qualifier l’erreur, réunir les preuves et choisir la bonne démarche dans un dossier de surendettement. Il distingue les mesures notifiées par la commission, la décision judiciaire et les effets du plan. Les références du code de la consommation, de la procédure civile et de la deuxième chambre civile de la Cour de cassation sont vérifiées sur les sources officielles afin de fournir un cadre utilisable face à une mensualité impossible, un montant de créance incohérent ou une date mal reportée.

Pour replacer cette difficulté dans l’ensemble de la procédure, consultez aussi notre guide général de la procédure de surendettement et de l’effacement des dettes. Ce lien permet de revenir aux règles générales du dossier avant d’examiner l’erreur précise qui affecte les mesures imposées.

I. Dossier de surendettement : quelle erreur est contestée et par quel recours ?

A. Mesures imposées, notification et jugement : quel document faut-il corriger ?

La première vérification consiste à placer l’anomalie dans la chronologie de la procédure. Le dossier de surendettement peut comporter la déclaration initiale, la décision de recevabilité, l’état détaillé des dettes, la notification des mesures que la commission entend imposer, la décision qui leur donne force exécutoire et, selon les cas, un jugement rendu après contestation. Ces documents n’ont pas la même nature. Une erreur visible sur une notification ne se corrige pas par une requête identique à celle qui vise un jugement.

Le point de départ se trouve à l’article L. 711-1 du code de la consommation. Le texte dispose que « le bénéfice des mesures de traitement des situations de surendettement est ouvert aux personnes physiques de bonne foi ». Il ajoute que « la situation de surendettement est caractérisée par l’impossibilité manifeste de faire face à l’ensemble de ses dettes, professionnelles et non professionnelles, exigibles et à échoir ». Cette définition explique pourquoi les revenus, les charges, les dettes et le patrimoine sont examinés ensemble. Une ligne mal transcrite peut donc avoir un effet sur l’ensemble de la solution.

Lorsque la conciliation n’aboutit pas, la commission ne choisit pas un chiffre isolé sans cadre. L’article L. 733-1 du code de la consommation prévoit qu’elle peut, « à la demande du débiteur et après avoir mis les parties en mesure de fournir leurs observations, imposer tout ou partie des mesures suivantes ». Le même texte vise notamment le rééchelonnement des dettes, l’imputation des paiements sur le capital, la réduction du taux d’intérêt et la suspension de l’exigibilité de certaines créances. La notification doit permettre de comprendre la mesure envisagée et le montant qui en découle.

Une erreur peut apparaître dans l’état détaillé des dettes : capital reporté à la place du solde, dette affectée au mauvais créancier, mensualités déjà payées non déduites ou même dette comptée deux fois. Elle peut aussi concerner le budget : salaire net confondu avec salaire avant prélèvement, charge de logement omise, pension alimentaire versée non reportée ou dépense de santé placée dans une mauvaise colonne. Tant que la commission n’a pas arrêté définitivement la mesure, une correction documentée peut être demandée. Cette démarche pratique ne remplace cependant pas la contestation formelle lorsque la notification est déjà reçue et que le délai court.

L’article L. 733-10 du code de la consommation énonce : « Une partie peut contester devant le juge des contentieux de la protection, dans un délai fixé par décret, les mesures imposées par la commission en application des articles L. 733-1 , L. 733-4 ou L. 733-7 . » Le texte désigne le juge compétent pour examiner les mesures. Il ne faut pas en déduire qu’un simple courriel envoyé à un agent de la commission suffit à préserver le recours : les modalités réglementaires doivent également être respectées.

Ces modalités figurent à l’article R. 733-6 du code de la consommation. La notification indique que « la contestation à l’encontre des mesures que la commission entend imposer est formée par déclaration remise ou adressée par lettre recommandée avec demande d’avis de réception à son secrétariat dans un délai de trente jours à compter de leur notification ». Elle précise aussi que la déclaration doit indiquer l’identité et l’adresse de son auteur, les mesures contestées, les motifs de la contestation et la signature. Le courrier reçu doit donc être conservé avec son enveloppe, son avis de réception et toutes les annexes.

La deuxième chambre civile a appliqué ce formalisme dans l’arrêt du 30 mars 2023, pourvoi n° 21-17.243, accessible sur le site de la Cour de cassation. Elle a retenu que le recours devait être formé « dans le délai de 30 jours à compter de leur notification et par déclaration remise ou adressée au secrétariat de la commission de surendettement ». Dans cette affaire, la contestation adressée directement au greffe du tribunal n’a pas été considérée comme régulière. Le débiteur qui entend discuter le calcul doit donc identifier le secrétariat indiqué dans la notification et lui adresser une déclaration conforme, même s’il compte ensuite expliquer l’erreur au juge.

Il faut distinguer quatre hypothèses pratiques :

  • si la commission a seulement reçu une pièce erronée ou incomplète, envoyez rapidement une demande de correction avec le justificatif et gardez la preuve de l’envoi ;
  • si les mesures imposées viennent d’être notifiées et que le montant est discuté, adressez une contestation signée au secrétariat de la commission dans les trente jours ;
  • si le juge a rendu un jugement qui reprend mal une donnée déjà certaine dans le dossier, examinez la requête en rectification d’erreur matérielle ;
  • si vous demandez une nouvelle appréciation des ressources, des charges, de la validité ou du montant d’une créance, présentez un recours au fond contre les mesures ou utilisez la voie de recours ouverte contre le jugement concerné.

Le titre du document est parfois trompeur. Une feuille intitulée « plan » peut être la notification des mesures envisagées, une décision de la commission, un échéancier adressé après validation ou une décision de justice. Il faut lire la dernière page : elle indique souvent l’auteur, la date, le délai et l’adresse destinataire de la contestation. La réponse doit reprendre la référence complète du dossier Banque de France, le nom du débiteur, la date de la notification et la mesure exacte qui pose difficulté.

La situation est différente lorsque l’erreur figure dans un jugement déjà rendu. L’article 462 du code de procédure civile ne sert pas à obtenir une nouvelle décision sur tous les éléments du dossier. Il ouvre un mécanisme ciblé pour réparer une erreur de transcription ou une omission purement matérielle qui ressort du dossier. Si le juge a choisi une mensualité après avoir comparé les revenus et les charges, un désaccord avec cette appréciation n’est pas automatiquement une erreur matérielle. Il faut alors conserver la voie de contestation correspondant au stade de la procédure.

Cette qualification est importante pour deux raisons. D’une part, une requête en rectification ne doit pas être utilisée comme un recours tardif contre une décision devenue définitive. D’autre part, une demande de contestation au fond ne doit pas être abandonnée parce qu’une erreur arithmétique est également signalée. Lorsque les deux aspects existent, le courrier peut décrire séparément la transcription manifestement fausse et le désaccord juridique ou budgétaire qui nécessite l’intervention du juge.

B. Erreur matérielle ou erreur de fond : comment faire la différence ?

L’article 462 du code de procédure civile dispose que « les erreurs et omissions matérielles qui affectent un jugement, même passé en force de chose jugée, peuvent toujours être réparées par la juridiction qui l’a rendu ou par celle à laquelle il est déféré, selon ce que le dossier révèle ou, à défaut, ce que la raison commande ». Il prévoit la saisine par simple requête d’une partie, par requête commune ou d’office, ainsi que l’audition des parties ou leur convocation. La décision rectificative est mentionnée sur la minute et les expéditions du jugement.

Une erreur matérielle est une discordance qui peut être démontrée sans demander au juge de refaire le raisonnement. Les exemples classiques sont une date d’échéance reportée avec un chiffre inversé, un montant indiqué différemment entre les motifs et le dispositif, une addition manifestement fausse lorsque les lignes du tableau sont certaines, une identité mal orthographiée ou un numéro de créance qui ne correspond pas au dossier. La preuve doit venir de la décision elle-même ou d’éléments incontestables déjà soumis à la juridiction.

Une erreur de fond suppose au contraire une nouvelle appréciation. C’est le cas si vous estimez que la commission a retenu un revenu exceptionnel comme un salaire permanent, refusé une charge de santé, apprécié trop bas le coût du logement, validé un décompte contesté ou choisi une durée de remboursement inadaptée. Le chiffre final peut être faux à vos yeux, mais le juge doit alors examiner les arguments, les pièces et les règles de calcul. La simple requête de l’article 462 risque d’être rejetée si elle tend à modifier le contenu de la décision plutôt qu’à corriger sa forme.

Il faut aussi distinguer l’erreur matérielle d’une omission de statuer. Si le juge a oublié de répondre à une demande précise, le problème n’est pas nécessairement un chiffre mal copié. La référence pertinente doit être recherchée selon la nature exacte de la décision et de la demande non examinée. Le présent article porte sur la rectification matérielle ; il ne faut pas transformer ce mécanisme en moyen général de faire ajouter une dette, de supprimer une charge ou de remplacer une mesure par une autre.

Dans l’arrêt du 22 mars 2006, pourvoi n° 04-15.814, la deuxième chambre civile a contrôlé une contradiction dans un jugement relatif à un plan de surendettement. La décision est disponible sur la Cour de cassation. Elle énonce que « la contradiction alléguée par la seconde branche du moyen procède d’une erreur matérielle dont la rectification sera ci-après ordonnée ». Dans son dispositif, la Cour a rectifié la date à partir de laquelle les intérêts couraient, en se fondant sur l’article 462 du code de procédure civile. Cet exemple montre qu’une erreur sur une date peut être corrigée lorsque le reste de la décision permet de retrouver la donnée exacte.

Le même arrêt contient une précision utile pour les créanciers et les débiteurs : un créancier peut obtenir un titre pendant la procédure, mais l’exécution peut être différée pendant le plan. Une date d’intérêt, une échéance ou une référence mal reportée ne doit donc pas être confondue avec la validité de la dette. La requête doit isoler la donnée matérielle à réparer et laisser intact ce qui n’est pas discuté.

Dans l’arrêt du 11 janvier 2006, pourvoi n° 04-04.054, accessible sur la Cour de cassation, la deuxième chambre civile a censuré une cour d’appel qui avait modifié des chefs qui n’étaient pas attaqués. La formule vérifiée est la suivante : « méconnaît l’objet du litige la cour d’appel qui modifie les chefs d’un jugement que les parties s’abstenaient d’attaquer ». La leçon concerne directement la rédaction de la demande : le juge saisi d’une erreur matérielle ne doit pas être invité, sous couvert de correction, à refaire les mesures qui ne sont pas remises en cause.

Dans l’arrêt du 28 février 2006, pourvoi n° 04-04.221, la Cour a également rappelé qu’une décision qui se borne à rectifier un jugement irrévocable ne peut pas être attaquée par appel. L’arrêt officiel précise que la cour d’appel avait retenu que « cette décision s’était bornée à rectifier un jugement devenu irrévocable, en a exactement déduit qu’elle ne pouvait être frappée d’appel ». Une requête mal qualifiée peut donc enfermer le dossier dans un débat limité. Avant d’écrire, il faut déterminer si l’objectif est de corriger une coquille ou d’obtenir une baisse de mensualité après examen des charges.

Le tableau suivant permet de faire un premier tri :

  • « 420 euros » dans les motifs et « 240 euros » dans le dispositif, alors que les pièces et le raisonnement ne retiennent qu’un seul montant : possible erreur matérielle ;
  • la date de départ des intérêts est différente entre le jugement et le décompte, alors que la date correcte est identifiable dans les motifs : possible rectification ;
  • la mensualité est fondée sur trois fiches de paie élevées, alors que douze mois montrent une baisse durable : contestation au fond et demande de nouveau calcul ;
  • une créance est jugée trop élevée parce qu’un paiement n’a pas été pris en compte : contestation de la validité ou du montant de la dette, avec justificatifs de paiement ;
  • le numéro d’un créancier est mal recopié mais le nom et le montant sont certains : demande de correction ciblée, sans solliciter une nouvelle mesure.

Il faut rester attentif aux chiffres qui paraissent évidents mais qui résultent en réalité d’un choix juridique. Le montant forfaitaire des dépenses courantes, le calcul d’une quotité saisissable ou la hiérarchie entre une dette courante et une dette ancienne peuvent donner un résultat différent selon la règle appliquée. Dans ce cas, l’erreur n’est pas seulement une addition. Le courrier doit expliquer la règle invoquée, la ligne concernée et le montant qui devrait être retenu.

Une requête en rectification efficace contient quatre éléments : la juridiction qui a rendu le jugement, la date et la référence de ce jugement, la phrase ou le tableau qui comporte l’erreur, puis la correction demandée. Il faut joindre le jugement intégral, les annexes, le document qui permet de constater la discordance et la preuve de la notification. Une demande rédigée comme une nouvelle plaidoirie sur toute la situation financière augmente le risque que le juge considère qu’elle dépasse l’article 462.

La jurisprudence rappelle enfin que l’erreur matérielle se traite par le mécanisme approprié. Dans l’arrêt du 25 juin 2015, pourvoi n° 14-17.733, la deuxième chambre civile a jugé qu’un grief dénonçant « une erreur matérielle pouvant être réparée selon la procédure prévue à l’article 462 du code de procédure civile » ne donnait pas ouverture à cassation. L’arrêt peut être consulté sur la Cour de cassation. Cette solution invite à agir devant la juridiction compétente dès que l’erreur est identifiée, au lieu d’attendre une voie de recours qui ne correspondrait pas à l’anomalie.

II. Dossier de surendettement : comment préserver le délai et obtenir un nouveau calcul ?

A. Quelles pièces réunir et que demander au juge des contentieux de la protection ?

Le dossier doit permettre de comparer trois versions : la donnée retenue par la commission, la donnée qui ressort des pièces et le résultat demandé. Cette comparaison est plus utile qu’une contestation générale indiquant seulement que la mensualité est trop élevée. Elle permet de savoir si le problème concerne un revenu, une charge, un créancier, un paiement, une durée, une date ou une règle juridique.

Pour une erreur sur les revenus, réunissez les bulletins de salaire de la période retenue, les relevés bancaires, le contrat de travail, les attestations de fin de mission et les notifications d’allocations. Une prime exceptionnelle doit être identifiée comme telle. Une baisse de salaire doit être reliée à une date et à un document. Si le calcul mélange le net avant prélèvement à la source et le montant effectivement versé, ajoutez un tableau mensuel qui reprend les deux montants sans les confondre.

Pour une charge oubliée ou minorée, produisez le bail, la quittance, les factures d’énergie, les justificatifs de transport professionnel, les dépenses de garde, les pensions versées et les frais de santé non remboursés. Chaque dépense doit être rattachée au foyer et à la période. Une charge annuelle peut être présentée avec son montant total et sa conversion mensuelle. Une charge exceptionnelle doit être distinguée d’une dépense devenue régulière.

Pour une créance mal calculée, joignez le contrat, le tableau d’amortissement, le décompte le plus récent, les courriers de recouvrement, le relevé des paiements et, s’il existe, le titre exécutoire. Signalez le capital, les intérêts, les frais et les sommes déjà réglées. Ne faites pas disparaître la dette du tableau parce que son montant est discuté. Inscrivez le montant déclaré, le montant reconnu et le montant contesté, avec une explication de la différence.

Le juge dispose d’un pouvoir de vérification qui dépasse la seule addition des chiffres. L’article L. 733-12 du code de la consommation prévoit qu’il « peut vérifier, même d’office, la validité des créances et des titres qui les constatent ainsi que le montant des sommes réclamées et s’assurer que le débiteur se trouve bien dans la situation définie à l’article L. 711-1 ». Il peut aussi ordonner une mesure d’instruction utile et obtenir des renseignements permettant d’apprécier la situation du débiteur et son évolution.

La demande doit donc inviter le juge à exercer ce contrôle de façon lisible. Écrivez par exemple : « La ligne n° 4 retient 8 400 euros. Le décompte du 15 juillet et les paiements des 3 mai et 12 juin établissent un solde de 6 950 euros. Je demande que la créance soit vérifiée à ce montant, sous réserve des intérêts légalement justifiés. » Cette présentation ne préjuge pas de la décision ; elle donne une piste de vérification et rattache chaque chiffre à une pièce.

Le budget de vie courante doit également être présenté avec précision. L’article L. 731-2 du code de la consommation dispose que « la part des ressources nécessaire aux dépenses courantes du ménage ne peut être inférieure, pour le ménage en cause, au montant forfaitaire mentionné à l’article L. 262-2 du code de l’action sociale et des familles ». Le texte intègre le logement, l’électricité, le gaz, le chauffage, l’eau, la nourriture, la scolarité, la garde, les déplacements professionnels et les frais de santé. Une mensualité recalculée doit donc laisser une somme réellement disponible pour ces dépenses.

Une erreur de calcul peut être repérée par un contrôle inverse. Additionnez les ressources retenues. Soustrayez les charges retenues. Comparez le résultat à la mensualité indiquée et au montant laissé pour les dépenses courantes. Si la différence provient d’un arrondi, signalez-le. Si elle provient d’une ressource oubliée ou d’une charge écartée, indiquez la pièce correspondante. Si la commission a retenu un forfait alors que la dépense réelle est prouvée et nécessaire, expliquez la raison pour laquelle le forfait ne reflète pas le budget du foyer.

Le juge saisi d’une contestation ne se limite pas à recopier la notification. L’article L. 733-13 du code de la consommation prévoit qu’il « prend tout ou partie des mesures définies aux articles L. 733-1 , L. 733-4 et L. 733-7 ». Il ajoute que la part des ressources nécessaires aux dépenses courantes est déterminée dans les conditions de l’article L. 731-2 et mentionnée dans la décision. Le juge peut donc retenir un autre montant lorsque les pièces établissent une capacité différente, mais cette demande relève d’un examen au fond et non d’une correction typographique.

La déclaration de contestation doit reprendre la mesure contestée de manière individualisée. Vous pouvez contester la capacité de remboursement, la dette n° 2, la durée, le taux, la date de départ ou une combinaison de ces éléments. Le courrier doit expliquer le lien entre l’erreur et la mesure demandée. Une formule comme « je conteste tout » est insuffisante pour préparer utilement l’audience. Une formule plus opérationnelle indique : « je conteste la mensualité de 720 euros, car le revenu retenu inclut une prime unique de 1 300 euros et la charge de transport de 180 euros n’a pas été intégrée ; je demande un nouveau calcul sur la base du tableau joint ».

Classez les pièces dans le même ordre que la contestation. Une page de synthèse peut comporter une colonne « décision », une colonne « preuve », une colonne « correction sollicitée » et une colonne « pièce ». Numérotez les documents. Conservez l’original de l’avis de réception et une copie identique du dossier. Si plusieurs créanciers sont concernés, créez une fiche par créance afin de ne pas mélanger les paiements ou les numéros de contrat.

Le créancier doit également pouvoir répondre. Une erreur de montant ne signifie pas nécessairement que toute la créance est inexistante. Le juge peut retenir le principe de la dette et corriger son solde, ou vérifier que le paiement invoqué a déjà été déduit. Présenter une position subsidiaire rend le dossier plus clair : demande principale de suppression d’une ligne si la dette est inexistante, demande subsidiaire de réduction au solde prouvé si son principe est reconnu.

Lorsque l’erreur touche une décision judiciaire, la requête en rectification doit être adressée à la juridiction qui a rendu cette décision, sauf si le dossier est déjà déféré à une juridiction supérieure. L’article 462 prévoit une décision après que les parties ont été entendues ou appelées. Le juge peut statuer sans audience lorsqu’il est saisi par requête, sauf s’il estime nécessaire d’entendre les parties. La juridiction et les modalités de dépôt doivent être vérifiées sur le jugement et auprès du greffe, car une mauvaise adresse peut retarder l’examen.

Une requête peut demander une correction strictement formulée : « Dans le dispositif, le jugement mentionne la date du 15 janvier 2027. Les motifs, le tableau annexé et le calendrier de paiement indiquent tous le 15 janvier 2026. Il est demandé de remplacer 2027 par 2026, sans modifier les autres chefs de la décision. » À l’inverse, si la demande est : « il faut recalculer le plan parce que mes charges ont été mal appréciées », elle doit être portée par le recours adapté et accompagnée des justificatifs budgétaires.

B. Quels effets sur les paiements, les saisies et la suite du plan ?

La contestation ou la requête ne doit pas être confondue avec une autorisation générale de ne plus payer. Les dettes courantes, notamment le loyer, l’énergie, l’assurance et les dépenses alimentaires, continuent à être examinées séparément. Les sommes déjà dues et les mesures de traitement sont soumises à leur propre régime. Un débiteur qui attend une correction doit conserver la preuve de ses démarches et demander, si nécessaire, que la question de l’exécution soit traitée dans le cadre de la procédure.

Une fois les mesures opposables, la protection contre les voies d’exécution est encadrée par l’article L. 733-16 du code de la consommation. Il prévoit que les créanciers auxquels les mesures sont opposables « ne peuvent exercer des procédures d’exécution à l’encontre des biens du débiteur pendant la durée d’exécution de ces mesures ». Cette protection ne dispense pas de vérifier la date d’opposabilité, la nature de la mesure, le créancier concerné et l’existence éventuelle d’une dette courante distincte. Si une saisie se poursuit malgré une mesure opposable, joignez la notification, la décision, l’acte de saisie et la preuve de la date de réception pour demander une intervention rapide.

Avant la recevabilité, la situation est différente. Le dépôt du dossier ne transforme pas immédiatement toutes les dettes en créances gelées et ne fait pas disparaître une saisie déjà pratiquée. Après la recevabilité, certaines poursuites sont suspendues ou interdites selon les conditions légales et la décision rendue. Le courrier adressé au créancier doit donc préciser le stade exact : dossier déposé, dossier déclaré recevable, mesures notifiées, mesures adoptées ou jugement rendu. Une erreur sur cette chronologie peut conduire à demander une suspension au mauvais interlocuteur.

Si un créancier réclame un montant différent de celui du plan, comparez le relevé de compte avec le tableau des mesures. Vérifiez le numéro de contrat, la date du premier paiement, les intérêts, les frais et les éventuels paiements directs. Une simple différence de référence peut correspondre à la même dette sous un nouveau numéro, mais elle peut aussi révéler un doublon. Demandez une confirmation écrite au créancier et transmettez-la à la commission ou au greffe selon le stade de la procédure. Ne remplacez pas un paiement par une promesse téléphonique non documentée.

Après un jugement de rectification, la correction s’attache au jugement initial. L’article 462 prévoit que la décision rectificative est notifiée comme le jugement. Si la décision rectifiée est passée en force de chose jugée, le texte indique que « la décision rectificative ne peut être attaquée que par la voie du recours en cassation ». L’arrêt du 28 février 2006, pourvoi n° 04-04.221, confirme qu’une décision limitée à la rectification d’un jugement devenu irrévocable ne peut pas faire l’objet d’un appel ordinaire. Cela renforce l’intérêt de formuler dès le départ une demande strictement exacte.

Lorsque le juge accueille une contestation au fond, la conséquence peut être plus large : nouveau montant de mensualité, modification du calendrier, réexamen des créances, autre mesure de traitement ou rétablissement personnel si les conditions sont réunies. La décision doit être lue dans son intégralité, notamment son dispositif, ses dates d’effet et les modalités de paiement. Une correction du chiffre d’une créance ne signifie pas toujours que la mensualité globale est automatiquement modifiée ; il faut vérifier la mesure effectivement arrêtée.

Le débiteur doit ensuite contrôler le premier échéancier appliqué. Comparez les prélèvements ou virements aux montants du plan. Vérifiez la date de début, les paliers, l’imputation sur chaque créancier et le solde annoncé. Un paiement envoyé au mauvais compte, une mensualité commencée trop tôt ou une somme prélevée deux fois peuvent créer un nouvel incident alors que le plan a été corrigé. Informez immédiatement la commission, le créancier et, si nécessaire, le greffe avec les relevés bancaires.

Si la situation financière se dégrade après l’adoption du plan, ce changement n’est pas une erreur matérielle du jugement initial. Une perte d’emploi, une maladie, une séparation ou une charge nouvelle doit être signalée dans le cadre prévu pour la révision ou le dépôt d’un nouveau dossier. La distinction évite de demander au juge de corriger une décision qui était exacte au moment où elle a été rendue mais qui ne correspond plus à la situation actuelle.

La même prudence s’impose lorsqu’un revenu augmente. Une prime, une indemnité ou une somme reçue après le dépôt peut modifier l’analyse du budget selon sa nature et sa date. Ce n’est pas nécessairement une erreur de la commission si l’événement est postérieur à la décision. Il faut le déclarer et expliquer s’il est exceptionnel, déjà dépensé pour une charge indispensable ou susceptible de se renouveler. La transparence protège la bonne foi et permet une décision adaptée à la situation réelle.

La preuve des démarches est essentielle si le créancier poursuit un recouvrement. Conservez la contestation signée, l’avis de réception, la notification, le jugement, la requête, l’accusé de dépôt du greffe, les échanges et les relevés bancaires. Notez les dates dans une chronologie d’une page. Cette chronologie doit faire apparaître la réception des mesures, l’envoi du recours, l’audience, la décision et les premiers paiements. Elle permet de vérifier rapidement si une action a été faite dans le délai et si une demande de suspension ou de rectification est encore utile.

Pour un dossier à Paris ou dans une autre juridiction, l’interlocuteur n’est pas choisi selon le siège du créancier mais selon l’autorité qui a émis l’acte et le secrétariat indiqué dans la notification. Le secrétariat de la commission reçoit la contestation des mesures imposées. Le tribunal ou le greffe examine le recours transmis. La juridiction qui a rendu le jugement reçoit la requête en rectification, sous réserve qu’aucune juridiction supérieure ne soit déjà saisie. L’adresse exacte doit toujours être reprise du document officiel.

La démarche peut être résumée en six étapes :

  1. identifier le document et la date de réception ;
  2. reproduire la ligne litigieuse sans la modifier ;
  3. réunir la pièce qui démontre le chiffre ou la date correcte ;
  4. qualifier l’anomalie : transcription matérielle ou désaccord nécessitant un nouveau jugement ;
  5. envoyer la contestation au secrétariat de la commission dans les trente jours lorsque les mesures sont notifiées, ou déposer la requête en rectification devant la juridiction compétente lorsque l’erreur affecte un jugement ;
  6. contrôler le premier échéancier et conserver toutes les preuves après la décision.

Une phrase simple permet de ne pas mélanger les demandes : « Je demande la rectification de la date indiquée au dispositif, car les motifs et la pièce n° 3 retiennent une autre date. » Ou : « Je conteste la mensualité, car la commission a retenu une prime non récurrente et n’a pas retenu la charge justifiée par les pièces n° 4 à 7 ; je demande au juge de vérifier le budget et de fixer la mesure conformément aux ressources disponibles. » La première phrase vise une erreur matérielle. La seconde demande une appréciation au fond.

Le bon réflexe, en cas de doute, est de préserver le délai de contestation sans présenter la requête en rectification comme une solution universelle. Une contestation précise peut signaler qu’une rectification matérielle est également sollicitée, mais les destinataires et les documents doivent être distingués. La protection des droits dépend souvent d’une date de réception et d’une adresse correcte autant que du bien-fondé du calcul.

Conclusion

Une erreur dans un dossier de surendettement n’a pas toujours le même remède. Si un jugement comporte une date, un montant ou une référence manifestement mal recopié, l’article 462 du code de procédure civile peut permettre une rectification ciblée par simple requête. Si le montant résulte d’une mauvaise appréciation des revenus, des charges, de la validité d’une créance ou de la capacité de remboursement, la voie utile est la contestation des mesures imposées et l’examen par le juge des contentieux de la protection.

Lorsque les mesures imposées sont notifiées, le délai de trente jours et la déclaration adressée au secrétariat de la commission doivent être respectés. Le dossier doit comparer le chiffre retenu, la preuve disponible et la correction demandée. Après la décision, contrôlez les échéances, les paiements et les éventuelles saisies. Une démarche datée, signée et documentée protège mieux le dossier qu’une demande générale envoyée sans preuve de réception.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».