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Dossier de surendettement et soins dentaires impayés : prothèse, reste à charge, crédit santé et recours

Une facture de dentiste, une prothèse devenue impossible à payer ou un crédit souscrit pour financer des soins peuvent rapidement s’ajouter à un loyer, à des charges courantes et à d’autres échéances. La question « que faire avec des soins dentaires impayés dans un dossier de surendettement ? » appelle une réponse précise : la dette doit être identifiée, documentée et déclarée selon son origine, sa date et son montant réellement dû. Elle ne disparaît pas parce qu’elle concerne la santé, mais elle n’est pas non plus écartée par principe de la procédure.

Le reste à charge après l’Assurance maladie et la complémentaire santé, une facture fractionnée par le cabinet dentaire et un crédit affecté aux soins ne se présentent pas de la même manière. La commission de surendettement doit pouvoir comprendre qui réclame le paiement, pour quelle prestation, selon quel contrat et à quelle échéance. Elle doit aussi voir les frais de santé indispensables qui réduisent concrètement la capacité de remboursement du ménage.

Le présent article décrit les démarches à suivre lorsqu’un impayé dentaire accompagne un dossier de surendettement Banque de France : pièces à réunir, budget à présenter, effets de la recevabilité, contestation devant le juge des contentieux de la protection, rétablissement personnel, FICP et poursuites. Le cadre général de la contestation de la recevabilité est également expliqué dans cette page consacrée au dossier de surendettement et à la saisine du juge. L’objectif est de rendre la situation lisible et d’indiquer les bons réflexes sans culpabiliser la personne qui cherche une solution.

I. Dossier de surendettement et soins dentaires impayés : quelle dette déclarer et quel budget préserver ?

A. Prothèse, reste à charge et crédit santé : distinguer l’origine et la date de la créance

La première difficulté consiste à ne pas inscrire sous une seule ligne « dentiste » des sommes qui correspondent en réalité à plusieurs relations juridiques. Une prothèse posée et partiellement payée peut laisser un solde dû au cabinet. Un devis accepté puis financé par un organisme de crédit peut créer une dette envers le prêteur, avec une mensualité et un capital restant dû. Un échéancier accordé directement par le professionnel peut, lui, rester une dette de soins réglée par paiements successifs. Les documents à déclarer ne sont donc pas interchangeables.

Une facture dentaire impayée doit être présentée avec le nom exact du créancier, son adresse, la référence de la facture, la date des soins, le montant initial, les règlements déjà effectués et le solde réclamé. Si la facture comprend plusieurs actes, une ventilation est utile. Elle permet de distinguer une couronne, un bridge, une prothèse amovible, des soins conservateurs ou une prestation de laboratoire. Une relance ou une mise en demeure ne remplace pas la facture : elle prouve une demande de paiement, mais ne permet pas toujours de vérifier le montant de la créance.

Le reste à charge est la somme qui demeure après les remboursements. Il faut joindre le décompte de l’Assurance maladie, le relevé de la complémentaire santé et, si nécessaire, la preuve du rejet ou du remboursement partiel. Le montant à inscrire n’est pas le tarif annoncé avant remboursement lorsque des règlements ont déjà été réalisés. Il s’agit du montant qui reste effectivement exigible à la date de la déclaration, augmenté seulement des sommes justifiées par un contrat ou par un document comptable. Une estimation ancienne ne doit pas être transformée en dette certaine.

Le crédit santé exige une présentation différente. L’établissement prêteur est alors le créancier à déclarer, même si les fonds ont servi à payer un chirurgien-dentiste. Le dossier doit comporter l’offre de crédit, le tableau d’amortissement, le décompte actualisé, les échéances impayées et les éventuels frais. Le cabinet dentaire peut ne plus réclamer aucune somme, alors que le prêteur continue de recouvrer le crédit. À l’inverse, un financement refusé ou une simple proposition de paiement ne constitue pas nécessairement un prêt. Cette distinction évite de déclarer deux fois la même dette.

La date est déterminante. Une facture émise avant le dépôt doit être déclarée comme dette antérieure, même si la relance intervient après le dépôt. Une nouvelle consultation, une réparation ou un soin réalisé après le dépôt correspond à une dépense postérieure : elle doit être traitée avec le budget courant et non ajoutée artificiellement à l’ancienne créance. Lorsqu’une facture couvre des soins réalisés à plusieurs dates, il faut demander au cabinet un état détaillé. Une chronologie simple, avec date du devis, date des actes, remboursements, règlements et relances, donne souvent plus de force au dossier qu’une longue explication générale.

Le premier alinéa de l’article L. 711-1 du code de la consommation pose la condition de fond : « Le bénéfice des mesures de traitement des situations de surendettement est ouvert aux personnes physiques de bonne foi. » Le même article vise l’impossibilité manifeste de faire face à l’ensemble des dettes exigibles et à échoir. Une dette de soins dentaires n’est donc ni privilégiée par sa nature ni suspecte par son origine. Elle entre dans l’analyse globale : ressources, charges, patrimoine, autres dettes, comportement et perspectives de redressement.

La deuxième chambre civile a récemment rappelé, dans son arrêt du 2 juillet 2026, pourvoi n° 23-21.550, que le traitement bénéficie aux personnes physiques de bonne foi « sans distinction selon la part respective de ces dettes ». Cette décision de la Cour de cassation, deuxième chambre civile, 2 juillet 2026, n° 23-21.550 confirme qu’il ne faut pas écarter une dette au seul motif qu’elle appartient à une catégorie particulière, sous réserve des règles d’exclusion et des conditions de la procédure. Le point central demeure la réalité de l’endettement et la bonne foi.

Le débiteur doit déclarer son actif et son passif. L’article L. 721-1 du code de la consommation prévoit que la demande est celle dans laquelle le débiteur « déclare les éléments actifs et passifs de son patrimoine ». Cette obligation concerne aussi le compte bancaire, les revenus, l’épargne éventuelle, un véhicule et les dettes de soins. Omettre volontairement une créance dentaire, une assurance liée à un crédit santé ou un remboursement attendu peut fragiliser la confiance dans le dossier. Signaler une erreur involontaire dès qu’elle est découverte est une démarche très différente d’une dissimulation.

Il faut également vérifier si la dette relève d’une exclusion légale. L’article L. 711-4 du code de la consommation vise notamment certaines dettes alimentaires et les amendes pénales. Une facture dentaire ordinaire ou le solde d’un crédit affecté à des soins n’est pas, par sa seule nature, une dette exclue de toute mesure. Cette conclusion reste à confronter au contrat, à l’identité du débiteur, à la présence éventuelle d’une caution ou d’un coobligé et à la date de la créance.

Il peut exister une contestation sur le montant ou sur la qualité de la prestation : acte non réalisé, remboursement déjà versé, facture doublonnée, résiliation d’un financement, frais non prévus ou erreur de décompte. La contestation doit être exposée sans exagération, avec les justificatifs disponibles. Il ne faut pas inscrire zéro par simple désaccord si le créancier réclame une somme documentée. La ligne peut être indiquée comme « montant contesté », en expliquant précisément la partie admise et la partie discutée. La commission et, si nécessaire, le juge pourront ainsi distinguer la question du traitement du surendettement de celle de la responsabilité contractuelle ou professionnelle.

La Cour de cassation l’a illustré dans un arrêt du 4 juin 2015, pourvoi n° 14-16.041, en reprochant aux juges de ne pas avoir recherché si la saisine de la commission « ne valait pas reconnaissance de leur dette ». Cette décision de la deuxième chambre civile du 4 juin 2015 rappelle qu’une déclaration peut avoir des effets dans un débat sur une créance ou une prescription. Elle ne signifie pas qu’une personne doit renoncer à contester une prestation : elle doit au contraire décrire exactement ce qu’elle reconnaît, ce qu’elle discute et pourquoi.

Pour éviter les confusions, la déclaration peut être organisée ainsi :

Situation Créancier à identifier Pièces principales
Solde d’une facture du cabinet Cabinet dentaire ou société facturante Devis, facture détaillée, décomptes, règlements et relances
Crédit affecté ou prêt personnel utilisé pour les soins Organisme prêteur Contrat, tableau d’amortissement, capital restant dû et impayés
Échéancier direct avec le praticien Professionnel signataire de l’accord Accord écrit, échéancier, reçus et solde actualisé
Facture faisant l’objet d’un désaccord Créancier indiqué, avec montant contesté Courriers, devis, preuves de paiement et explication chronologique

Cette méthode est particulièrement utile lorsque le dossier comprend à la fois une prothèse, des soins courants et une mensualité de crédit santé. Elle donne à la commission une lecture vérifiable et évite qu’un même financement soit compté comme une facture et comme un prêt.

B. Devis, remboursements et frais de santé : construire un budget vérifiable pour la commission

La déclaration de dette ne suffit pas. Le budget doit montrer pourquoi une mensualité supplémentaire est devenue impossible et quelles dépenses de santé doivent continuer à être assumées. Les frais dentaires déjà facturés ne doivent pas être confondus avec une dépense médicale future hypothétique. En revanche, un traitement en cours, une consultation nécessaire, des médicaments prescrits ou des frais de déplacement liés aux soins peuvent avoir une incidence concrète sur les dépenses courantes.

L’article L. 731-2 du code de la consommation rappelle que la part des ressources réservée aux dépenses courantes « intègre […] les frais de santé ». La commission ne doit donc pas réduire le budget à une photographie abstraite des revenus et des dettes. Elle examine les charges du ménage, avec les justificatifs qui permettent d’évaluer leur fréquence et leur nécessité. Un reste à charge exceptionnel ne se présente pas comme une mensualité permanente, mais il doit être expliqué s’il a déséquilibré le compte bancaire ou déclenché l’impayé.

Le site officiel Service-Public indique que « les frais de santé (dont la mutuelle) peuvent être pris en compte au-delà du barème, sur la base d’un justificatif » dans l’examen de l’état d’endettement. Cette information figure dans la fiche sur l’état d’endettement et l’orientation du dossier de surendettement. Elle justifie de joindre les dépenses réelles plutôt que de les minimiser par peur de paraître trop exigeant. Une dépense doit toutefois être documentée : ordonnance, facture, relevé de remboursement, attestation de reste à charge, devis accepté ou justificatif de transport peuvent être utiles.

Le devis dentaire mérite une attention particulière. Le service officiel consacré aux remboursements des prothèses dentaires rappelle que les prothèses sont remboursées par l’Assurance maladie sur une base souvent inférieure au coût réel et qu’un devis écrit doit être remis avant l’acte. Le devis permet de comprendre le montant annoncé, la part prise en charge et l’éventuelle alternative. Il ne prouve pas à lui seul qu’une dette est exigible : la facture, l’exécution de la prestation et les paiements réalisés doivent compléter le dossier.

Lorsque le soin peut relever du dispositif 100 % Santé, il faut également vérifier l’information donnée au patient et la solution réellement choisie. L’Assurance maladie explique que les couronnes, bridges et dentiers du panier 100 % Santé peuvent être intégralement remboursés avec une complémentaire responsable, sous les conditions du contrat et du panier concerné. Cette règle ne transforme pas rétroactivement une facture en créance inexistante et ne garantit pas que chaque acte ou chaque contrat relève du panier. Elle fournit un élément de vérification : comparer le devis, l’alternative proposée, les remboursements et le montant restant dû.

Un budget lisible peut présenter quatre blocs : revenus mensuels réellement perçus, charges indispensables, dettes antérieures et dépenses de santé prévisibles. Pour les soins dentaires, une note courte peut préciser : « prothèse posée le 12 mai, facture de 1 860 euros, remboursements de 420 euros, paiements de 300 euros, solde réclamé de 1 140 euros ; devis et décomptes joints ». Si un crédit finance la même prothèse, la facture et le contrat doivent être rapprochés pour éviter un double comptage. Si le montant du solde est différent de celui annoncé par le prêteur, il faut demander deux décomptes actualisés et signaler la divergence.

Les pièces les plus utiles sont généralement les suivantes :

  • le devis signé et la facture détaillée du cabinet ou du laboratoire ;
  • les décomptes de l’Assurance maladie et de la complémentaire santé ;
  • les preuves de virement, de paiement par carte ou d’acompte ;
  • le contrat de crédit, le tableau d’amortissement et le relevé du capital restant dû ;
  • les relances, mises en demeure, actes d’huissier ou courriers du prêteur ;
  • les ordonnances, factures de soins en cours et justificatifs de frais de transport lorsqu’ils affectent le budget ;
  • un relevé bancaire montrant la date des prélèvements, des rejets et des remboursements.

Les relevés bancaires ne servent pas à exposer la personne à une critique morale. Ils permettent de relier les événements : paiement d’un acompte, remboursement attendu mais non reçu, prélèvement du crédit, rejet, puis recours à un découvert. Cette chronologie peut expliquer la dégradation sans cacher les faits. Elle aide aussi à faire la différence entre une dépense médicale ponctuelle et un abonnement ou une assurance qui doit être résilié ou maintenu.

Le budget doit préserver les soins essentiels. Une personne ne doit pas renoncer à signaler une douleur, une infection, un traitement post-opératoire ou une prothèse nécessaire par crainte que la commission considère toute nouvelle dépense comme fautive. Il faut plutôt séparer les soins indispensables des soins reportables, demander un devis actualisé et rechercher les prises en charge possibles. Une dépense postérieure et raisonnable peut être intégrée au budget courant, tandis qu’un nouveau crédit souscrit sans capacité de remboursement peut aggraver la situation.

Après la recevabilité, l’article L. 722-5 du code de la consommation interdit notamment « de faire tout acte qui aggraverait son insolvabilité » et de payer une créance antérieure autre qu’alimentaire, sauf autorisation du juge dans les conditions prévues par le texte. Cette règle ne signifie pas que les soins nécessaires deviennent impossibles. Elle signifie qu’il faut distinguer une dépense courante nouvelle d’un remboursement volontaire d’une ancienne dette dentaire ou d’un crédit antérieur. En cas d’urgence financière, une demande d’autorisation ou une explication à la commission doit être préparée au lieu de multiplier les paiements désordonnés.

Avant l’envoi du dossier, une lettre de synthèse peut tenir sur une page. Elle indique l’origine des soins, la date de la facture, la part remboursée, le solde, le mode de financement, la situation actuelle et l’effet sur le budget. Elle précise aussi si une contestation porte sur un acte, un remboursement ou un frais. Une telle lettre n’a pas vocation à remplacer le formulaire : elle sert de carte de lecture pour les documents joints.

II. Soins dentaires impayés et traitement du surendettement : quel recours et quel effacement ?

A. Mensualité, mesures imposées et contestation devant le juge des contentieux de la protection

Le dépôt d’un dossier ne produit pas les mêmes effets que sa recevabilité. Tant que la décision n’est pas intervenue, il faut conserver les preuves de dépôt, répondre aux courriers urgents et signaler les procédures en cours. La commission peut demander des pièces complémentaires. Elle peut aussi demander au juge la suspension de certaines poursuites avant la décision de recevabilité, à la demande du débiteur, dans les conditions de l’article L. 721-4 du code de la consommation.

Une fois la demande déclarée recevable, l’article L. 722-2 du code de la consommation prévoit que « La recevabilité de la demande emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution ». Le texte vise les dettes autres qu’alimentaires. La recevabilité ne signifie pas que le cabinet dentaire ou le prêteur n’existe plus comme créancier : elle organise le traitement collectif et suspend certaines voies d’exécution. Elle ne rend pas inutile le classement des courriers, et elle ne protège pas automatiquement une dette nouvelle née après le dépôt.

Si un organisme de recouvrement demande le paiement d’une ancienne facture de soins, il faut lui transmettre, selon la situation, la notification de recevabilité et les coordonnées de la commission, sans promettre une date de règlement que le budget ne permet pas. Si une saisie ou un acte d’exécution est déjà engagé, le document doit être signalé rapidement à la commission et, si nécessaire, au juge. La suspension d’une procédure suppose de vérifier sa nature, la date de la dette et l’existence d’un titre. Un simple courrier de relance et une mesure d’exécution ne se traitent pas de manière identique.

Le débiteur ne doit pas utiliser la recevabilité pour souscrire un nouveau crédit santé destiné à payer une ancienne mensualité. Il doit continuer à régler les dépenses courantes nécessaires dans la limite de ses ressources, mais les dettes antérieures sont traitées dans le cadre du dossier. Lorsque le cabinet accepte un échéancier pour des soins réalisés après le dépôt, le nouvel accord doit rester compatible avec le budget et être conservé. Une nouvelle difficulté doit être portée à la connaissance de la commission si elle modifie sérieusement l’équilibre présenté.

La commission examine ensuite l’orientation du dossier. Le site Service-Public rappelle qu’elle dispose d’un délai de trois mois à compter du dépôt pour décider de l’orientation, notamment vers un plan, des mesures imposées ou un rétablissement personnel, selon la situation. La notification est à conserver avec son enveloppe et ses annexes. Les dates de réception servent à calculer les délais de recours et à savoir quelle décision est contestée.

En l’absence de plan conventionnel, l’article L. 733-1 du code de la consommation indique que « la commission peut, à la demande du débiteur et après avoir mis les parties en mesure de fournir leurs observations, imposer » certaines mesures. Le texte permet notamment un rééchelonnement, une réduction du taux d’intérêt ou une suspension de dettes non alimentaires dans les limites légales. La mensualité n’est pas fixée en regardant uniquement le montant du crédit santé : elle résulte de l’ensemble du budget et de la capacité de remboursement retenue.

Des mesures peuvent être adaptées à un dossier dans lequel la dette dentaire est modeste mais le crédit santé s’ajoute à plusieurs échéances. Une réduction de mensualité peut éviter que le débiteur ne renonce aux soins courants. Une suspension temporaire peut laisser le temps d’obtenir un remboursement ou de résoudre une contestation. Une remise partielle peut être envisagée dans les conditions prévues par l’article L. 733-4 du code de la consommation, mais elle n’est jamais un droit automatique attaché à une facture de prothèse.

La deuxième chambre civile a jugé, le 4 juillet 2024, pourvoi n° 23-17.625, que le juge du surendettement détermine « pour chacune des dettes, les mesures propres à assurer le redressement de la situation du débiteur ». Cette décision de la Cour de cassation, deuxième chambre civile, 4 juillet 2024 est utile pour comprendre qu’une facture dentaire peut être analysée selon son montant, sa nature, ses justificatifs et sa place dans l’ensemble du passif. Elle ne permet pas de réclamer une suppression isolée sans examiner les autres créanciers et les ressources disponibles.

La contestation devient nécessaire lorsque les mesures imposées comportent une erreur : facture déjà payée, créancier mal identifié, crédit compté deux fois, remboursement de mutuelle ignoré, frais de santé supprimés, revenu mal calculé ou dette nouvelle incorporée au mauvais endroit. L’article L. 733-10 du code de la consommation prévoit qu’« Une partie peut contester devant le juge des contentieux de la protection […] les mesures imposées par la commission ». Le délai exact et le mode de saisine figurent dans la notification et les dispositions réglementaires applicables : il ne faut pas se fier à une date générale trouvée dans un ancien modèle.

Le recours doit identifier la mesure contestée et expliquer la correction demandée. Il peut joindre un tableau en trois colonnes : montant retenu par la commission, montant justifié par les pièces et conséquence sur la mensualité. Pour un crédit santé, le contrat et le décompte du prêteur sont prioritaires. Pour une facture de cabinet, le devis, la facture et les décomptes de remboursement sont nécessaires. Si le désaccord porte sur la qualité du soin, les échanges avec le praticien, une expertise ou une procédure distincte peuvent compléter le recours, mais il faut éviter de présenter comme certaine une faute qui n’est pas encore établie.

La contestation ne suspend pas toutes les obligations par la seule volonté du débiteur. Il faut vérifier l’effet de la notification, la date de la décision et l’existence d’une procédure d’exécution. La Cour de cassation, deuxième chambre civile, 9 janvier 2020, pourvoi n° 18-19.846 a rappelé que, lorsque des mesures homologuées ne sont pas exécutées, « le créancier ne recouvre le droit de pratiquer des mesures d’exécution » que dans les conditions juridiques prévues, notamment lorsque le plan prend fin. Cette règle ne dispense pas de respecter le plan et ne justifie pas de laisser une nouvelle dette se créer.

Face à une relance du cabinet dentaire, la réponse utile est factuelle : rappeler la date du dépôt ou de la recevabilité, indiquer que la créance est déclarée, joindre la référence du dossier si elle peut être communiquée et préciser toute contestation de montant. Face à un prêteur, il faut demander le décompte actualisé et conserver la preuve d’envoi. Face à un huissier, il faut lire l’acte, vérifier la dette et le titre, puis le transmettre sans délai à la commission ou au conseil qui suit le dossier. Une menace téléphonique non documentée ne doit pas faire perdre de vue la notification officielle et le calendrier procédural.

Le tableau suivant aide à choisir la réaction immédiate :

Événement Vérification Réflexe documenté
Relance pour une ancienne facture Date des soins et montant déclaré Conserver, répondre sobrement et transmettre la recevabilité si elle existe
Nouvelle mise en demeure du prêteur Contrat, capital restant dû et dette antérieure Demander le décompte, classer la preuve et informer la commission
Mesure d’exécution Nature de l’acte, titre et date de signification Transmettre immédiatement l’acte et vérifier la suspension applicable
Mesures imposées erronées Notification et délai de contestation Saisir le juge des contentieux de la protection avec un calcul comparatif

Cette discipline est importante lorsque la santé a déclenché l’endettement. Le dossier n’a pas besoin d’un récit dramatique ; il a besoin d’une chaîne de preuves qui relie le devis à la facture, la facture au remboursement, le solde au crédit éventuel et l’impayé à la capacité réelle du ménage.

B. Rétablissement personnel, dettes postérieures, FICP et protection contre les poursuites

Le rétablissement personnel intervient lorsque la situation est irrémédiablement compromise. Il existe une procédure sans liquidation judiciaire et une procédure avec liquidation judiciaire. La différence ne dépend pas du seul montant de la facture dentaire. Elle dépend notamment de la situation globale et du patrimoine du débiteur. Une personne qui ne possède que des biens nécessaires à la vie courante ou des biens sans valeur réalisable suffisante peut relever du rétablissement sans liquidation, si les autres conditions sont réunies.

L’article L. 741-1 du code de la consommation prévoit que la commission impose cette solution lorsque le débiteur est dans une situation « irrémédiablement compromise » et ne possède que les biens visés par le texte. La décision ne résulte donc pas du caractère médical ou urgent des soins. Elle suppose l’examen de la bonne foi, des ressources, des charges, du patrimoine et de l’impossibilité durable de redressement.

En l’absence de contestation dans les conditions prévues, l’article L. 741-2 du code de la consommation indique que le rétablissement personnel sans liquidation « entraîne l’effacement de toutes les dettes, professionnelles et non professionnelles ». Le même texte fixe la date des dettes arrêtées et prévoit des exceptions. Une dette dentaire antérieure correctement déclarée peut donc être comprise dans l’effacement si elle n’est pas exclue et si elle est arrêtée à la bonne date. Le mot « peut » est essentiel dans la pratique : la dette doit être identifiable, le créancier doit être appelé à la procédure et la décision ne doit pas être contestée ou remise en cause.

L’article L. 741-3 du code de la consommation prévoit que « Les créances dont les titulaires n’ont pas été avisés de la décision imposée par la commission » sont traitées selon les conditions du texte. Il faut donc signaler une facture dentaire même si le cabinet n’envoie plus de relance. L’absence de courrier récent ne prouve pas que la créance est abandonnée. Elle ne doit pas conduire à l’omettre du passif.

Le rétablissement personnel avec liquidation judiciaire concerne la situation dans laquelle le débiteur possède des biens autres que ceux visés par la procédure sans liquidation. Selon l’article L. 742-1 du code de la consommation, la commission peut, après avoir convoqué le débiteur et obtenu son accord, saisir le juge pour l’ouverture de cette procédure. Le patrimoine réalisable est alors examiné. Un véhicule indispensable aux soins ou au travail, un mobilier courant ou un bien dépourvu de valeur de vente ne doit pas être décrit comme un actif disponible sans explication.

La liquidation ne signifie pas qu’une prothèse ou un équipement nécessaire est automatiquement retiré. Le juge examine les biens, leur valeur, leur utilité et les règles applicables. Lorsque les opérations sont terminées, l’article L. 742-21 du code de la consommation prévoit une clôture lorsque l’actif est suffisant pour désintéresser les créanciers ou lorsqu’il est insuffisant. Les effets sur les dettes dépendent de la procédure et des textes qui l’encadrent ; il faut donc conserver la décision complète et la liste des créances.

La date de référence est un point de vigilance majeur. La facture d’une prothèse posée avant le dépôt est une dette antérieure, même si son paiement est réclamé plus tard. Une réparation réalisée après la recevabilité est une nouvelle dépense. Une nouvelle prothèse commandée après la décision, un nouveau crédit santé ou un nouvel échéancier ne sont pas automatiquement couverts par un effacement prononcé pour les dettes arrêtées à une date antérieure. Avant d’accepter un financement, il faut mesurer la capacité de paiement, demander les alternatives et, si la situation est déjà prise en charge, informer la commission.

Le FICP est une conséquence à comprendre sans en faire une honte. L’article L. 751-1 du code de la consommation dispose qu’« Un fichier national recense les informations sur les incidents de paiement caractérisés liés aux crédits accordés aux personnes physiques ». Le fichier est géré par la Banque de France. Il concerne les incidents de crédit et les mesures de traitement, pas une appréciation morale des soins reçus. Les banques peuvent le consulter dans les conditions légales, ce qui rend plus difficile l’obtention d’un nouveau crédit, mais l’inscription ne supprime pas les droits liés aux soins, au logement ou aux prestations sociales.

Les informations d’inscription et de radiation doivent être portées à la connaissance de la personne dans les conditions prévues par l’article L. 751-4 du code de la consommation. Il faut vérifier les dates et conserver les notifications. Une erreur sur une dette de crédit santé, une inscription maintenue malgré une décision ou une information inexacte peut justifier une demande de rectification auprès de l’organisme concerné et de la Banque de France. Cette demande doit distinguer l’erreur de fichier du désaccord sur la qualité d’un soin.

La protection contre les poursuites est liée à la dette et à la phase de la procédure. La recevabilité suspend certaines procédures d’exécution portant sur les dettes concernées, mais elle ne donne pas un permis général de ne plus répondre à aucun courrier. Une dette alimentaire est traitée selon son régime propre. Une dette née après le dépôt peut ne pas bénéficier de la suspension attachée à la dette antérieure. Une facture de soins postérieurs doit être réglée ou négociée dans le budget courant, sauf difficulté nouvelle à signaler.

Pour un dossier comprenant une facture dentaire et un crédit santé, les étapes utiles sont les suivantes :

  1. identifier chaque créancier et séparer facture, reste à charge, échéancier direct et crédit ;
  2. arrêter les montants à la date du dépôt avec des décomptes actualisés ;
  3. joindre devis, facture, remboursements, paiements, contrat de crédit et relances ;
  4. décrire les soins indispensables et les dépenses prévisibles sans gonfler le budget ;
  5. signaler toute saisie, assignation ou mesure d’exécution avec sa date ;
  6. conserver la notification de recevabilité, les propositions de mesures et les délais de contestation ;
  7. ne pas prendre un nouveau crédit pour payer une dette antérieure sans analyse complète de la capacité de remboursement ;
  8. après une décision, vérifier que la liste des dettes et la date d’arrêté correspondent à ce qui a été déclaré.

Cette liste ne remplace pas la lecture de la décision individuelle. Elle permet de repérer rapidement une erreur qui peut modifier le traitement : un cabinet absent de l’état des créances, un prêteur déclaré sous le nom du dentiste, un remboursement attendu qui n’a pas été déduit, une facture postérieure incluse dans une dette antérieure ou une mensualité calculée sans les frais de santé justifiés.

Le dossier peut également comporter une urgence concrète : douleur, infection, appareil cassé, consultation imposée par un médecin ou impossibilité de s’alimenter correctement. Dans ce cas, la priorité est de rechercher une solution de soins et de financement compatible avec les ressources, puis d’en garder la trace. Le surendettement ne doit pas conduire à retarder une urgence médicale. Le professionnel de santé, la complémentaire, l’Assurance maladie, une assistante sociale ou un service public peuvent être sollicités pour vérifier les prises en charge disponibles, sans créer une dette que le budget ne pourra pas absorber.

Conclusion

Une dette de soins dentaires peut être intégrée à un dossier de surendettement lorsqu’elle correspond à une créance réelle, antérieure et suffisamment documentée, sous réserve des conditions générales de bonne foi, d’impossibilité manifeste et des exclusions légales. Le reste à charge, la facture du cabinet et le crédit santé doivent être séparés. Les remboursements, les acomptes et les frais contestés doivent apparaître dans un calcul vérifiable.

Le budget doit aussi faire ressortir les frais de santé indispensables. Une prothèse déjà posée, un traitement en cours et un nouveau soin ne se traitent pas de la même façon. Après la recevabilité, certaines poursuites sont suspendues, mais une dette nouvelle et un nouveau crédit restent des sujets distincts. Les mesures imposées peuvent être contestées devant le juge des contentieux de la protection dans le délai indiqué par la notification. Le rétablissement personnel peut effacer les dettes arrêtées à la date de la décision lorsqu’il est prononcé sans contestation et que les conditions sont réunies ; il ne couvre pas automatiquement les dettes futures.

La démarche la plus protectrice consiste à réunir les pièces avant de répondre dans l’urgence : devis, facture détaillée, décomptes, contrat de financement, relevés de paiement, courriers et notification de la commission. Chaque somme doit être rattachée à un créancier et à une date. Cette méthode permet de défendre un dossier de surendettement sans minimiser la difficulté ni présenter une dette incertaine comme certaine.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».