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Maître Reda KOHEN
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Incendie et location de vacances : peut-on annuler, être remboursé et se faire reloger ?

Les incendies et feux de forêt de l’été 2026 ont conduit certains lieux de séjour à fermer, à évacuer leurs clients ou à subir des restrictions d’accès. La DGCCRF a rappelé, dans une information du 6 août 2026 consacrée aux séjours touchés par les incendies, que les conditions d’annulation et de remboursement prévues au contrat ont une valeur contractuelle. Elle précise aussi qu’une évacuation ordonnée par les autorités ou des dommages causés aux infrastructures d’accueil peuvent, selon les circonstances, relever de la force majeure. Cette actualité explique la question posée par de nombreux vacanciers : peut-on annuler une location de vacances proche d’un incendie sans perdre les arrhes, obtenir le remboursement du séjour et faire payer un hébergement de remplacement ?

La réponse n’est pas automatique. Un feu situé dans la région, une fumée visible ou une inquiétude légitime ne suffisent pas toujours à faire disparaître le contrat. L’analyse dépend de la fermeture du logement, d’une évacuation, d’une interdiction administrative, de l’impossibilité d’accéder aux lieux, de la nature du paiement et des clauses acceptées. Il faut également distinguer la location d’un appartement ou d’une maison réservée seule du voyage à forfait qui comprend plusieurs prestations touristiques.

Le raisonnement doit donc suivre deux étapes. Il faut d’abord qualifier l’événement et ses effets sur l’exécution du séjour, puis déterminer les sommes récupérables et les démarches à engager contre le loueur, l’agence, la plateforme ou l’assureur. Cette méthode vaut pour le locataire qui doit partir comme pour le propriétaire qui ne peut plus délivrer les lieux. À Paris et en Île-de-France, elle impose en plus de conserver les preuves liées au départ, au transport, à la plateforme et au lieu de destination, car le domicile du voyageur ne suffit pas à établir que le séjour était juridiquement impossible.

I. Incendie et location de vacances : le danger permet-il d’annuler sans perdre les arrhes ?

A. Quand l’incendie empêche-t-il réellement l’exécution du séjour ?

La première question consiste à identifier le contrat réellement conclu. Une location saisonnière est un séjour temporaire dans un logement meublé, généralement pour quelques jours ou quelques semaines. Le Service-Public présente les règles applicables aux meublés de tourisme et rappelle que la réservation doit être matérialisée par un contrat écrit. L’article L. 324-2 du code du tourisme prévoit que « Toute offre ou contrat de location saisonnière doit revêtir la forme écrite ». Il faut donc retrouver le contrat, l’état descriptif, les conditions d’annulation, le calendrier du séjour, le prix et la preuve du paiement.

Cette qualification permet de ne pas confondre trois situations. Dans la première, le loueur ou la plateforme annule parce que le logement est détruit, fermé, évacué ou inaccessible. Dans la deuxième, le voyageur renonce parce qu’il redoute le risque, alors que le logement reste ouvert et accessible. Dans la troisième, le logement est disponible mais une partie du séjour ne peut plus être fournie : piscine fermée, accès à la plage interdit, activités supprimées ou route coupée. Le remboursement et l’indemnisation ne se calculent pas de la même manière dans ces trois hypothèses.

Le contrat reste le point de départ parce que l’article 1103 du code civil dispose que « Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits ». Cette règle ne permet pas au loueur de neutraliser une obligation légale, une clause abusive ou une inexécution de sa prestation. Elle signifie que les parties doivent d’abord lire les engagements qu’elles ont définis : conditions d’annulation, événement assuré, distinction entre arrhes et acompte, délai de notification, modalités de remboursement, report et avoir.

Le vacancier doit rechercher une clause spécifique aux incendies, catastrophes naturelles, évacuations ou décisions administratives. Elle peut prévoir un remboursement intégral, un avoir, un report, une retenue graduée ou l’intervention d’une assurance. Une clause qui évoque seulement la maladie ou l’annulation personnelle ne règle pas nécessairement la fermeture du logement par le loueur. Une clause de plateforme peut compléter le contrat, mais elle ne doit pas faire oublier le document signé avec le propriétaire ou l’agence. Il faut conserver la version applicable à la date de la réservation, car les conditions générales affichées plus tard peuvent avoir changé.

La qualification du versement est déterminante. Lorsque le contrat est conclu avec un professionnel et un consommateur, l’article L. 214-1 du code de la consommation prévoit que, sauf stipulation contraire, « les sommes versées d’avance sont des arrhes ». Dans ce cadre, le consommateur qui se désiste peut perdre les arrhes et le professionnel qui revient sur son engagement peut devoir les restituer au double. Cette règle doit toutefois être lue avec le contrat et avec le statut du loueur. Une location entre deux particuliers ne se traite pas exactement comme une prestation vendue par un professionnel à un consommateur.

L’article 1590 du code civil énonce le mécanisme classique : celui qui a reçu les arrhes les restitue au double s’il se dédit. La fiche de la DGCCRF sur la location immobilière saisonnière reprend ce repère pour les annulations du loueur. Elle distingue également l’annulation du locataire, les arrhes et l’acompte. Pour une réservation particulière, le juge peut toutefois devoir interpréter des documents contradictoires : reçu mentionnant un acompte, annonce parlant d’arrhes, paiement dénommé « avance » ou conditions de plateforme non accessibles au moment du paiement.

Un acompte ne fonctionne pas comme une faculté de dédit. Il tend à engager fermement les deux parties. Si le voyageur annule sans justification reconnue, le loueur peut réclamer l’exécution du contrat ou une indemnisation prévue par les règles applicables, à condition de démontrer la portée de l’engagement et le préjudice. Si le loueur annule alors qu’il pouvait délivrer le bien, le voyageur peut demander la restitution de l’acompte et réparer les conséquences prouvées de la rupture. L’incendie peut modifier ce résultat si l’exécution est objectivement empêchée et si les conditions de la force majeure sont réunies.

La force majeure ne se déduit pas de la seule existence d’un feu dans un département. L’article 1218 du code civil exige notamment « un événement échappant au contrôle du débiteur » et une impossibilité que des mesures appropriées ne permettent pas d’éviter. Le texte vise aussi l’événement qui ne pouvait pas être raisonnablement prévu lors de la conclusion du contrat. Une saison exposée au risque d’incendie ne transforme donc pas chaque feu en force majeure. Le juge examine l’événement précis, sa date, sa proximité, les restrictions prises et les solutions encore disponibles.

Une évacuation obligatoire constitue un indice beaucoup plus fort qu’une alerte médiatique. Il en va de même d’un arrêté interdisant l’accès à la commune, d’une fermeture administrative, d’une route indispensable coupée ou de la destruction des réseaux et équipements nécessaires au séjour. La DGCCRF indique que, sous réserve de l’appréciation des tribunaux, une évacuation ordonnée par les autorités locales ou des dommages aux infrastructures d’accueil peuvent être considérés comme des cas de force majeure. Le voyageur doit donc obtenir le texte de l’arrêté, le communiqué de la préfecture, la décision du gestionnaire du site ou tout document permettant de relier la restriction au logement réservé.

À l’inverse, une décision personnelle de ne pas partir, motivée uniquement par la peur ou par une dégradation générale de l’ambiance, ne suffit pas nécessairement. Le logement peut rester accessible, les autorités peuvent ne pas avoir ordonné de départ et le loueur peut être en mesure de fournir la prestation. Dans ce cas, la demande de remboursement se heurte aux conditions d’annulation acceptées. Une assurance annulation peut offrir une protection plus large que la force majeure, mais elle dépend de ses propres garanties, exclusions, franchises et formalités.

La situation doit être appréciée à la date du séjour. Un feu éloigné peut se rapprocher ; une route ouverte le lundi peut être fermée le mercredi ; un hébergement peut être accessible mais privé d’eau, d’électricité ou de sécurité. Le voyageur doit actualiser la situation sans se contenter d’une capture ancienne. Il doit aussi éviter de présenter une recommandation générale comme une interdiction. Une recommandation préfectorale est une pièce utile, mais sa portée doit être distinguée d’un arrêté d’évacuation ou d’une interdiction d’accès.

La jurisprudence relative à la perte de la chose louée fournit une grille utile lorsque les lieux sont détruits ou définitivement inutilisables. Dans son arrêt du 8 mars 2018, troisième chambre civile, pourvoi n° 17-11.439, la Cour de cassation a jugé que l’impossibilité absolue et définitive d’utiliser le bien conformément à sa destination est assimilée à une destruction totale. Le résumé officiel précise : « Doit être assimilée à la destruction en totalité de la chose l’impossibilité absolue et définitive d’user de la chose louée conformément à sa destination ». Cette solution ne donne pas automatiquement au vacancier une indemnité supplémentaire, mais elle aide à distinguer la simple gêne de l’impossibilité réelle.

L’article 1722 du code civil prévoit que, « si la chose louée est détruite en totalité par cas fortuit, le bail est résilié de plein droit ». Lorsque la destruction n’est que partielle, le preneur peut, suivant les circonstances, demander une diminution du prix ou la résiliation. Ce texte appartient au régime général du louage ; il ne remplace pas l’examen du contrat de location saisonnière, de la date de livraison des clés et des clauses de remboursement. Il rappelle néanmoins qu’un logement rendu définitivement inutilisable ne se traite pas comme un séjour dont l’atmosphère est seulement moins agréable.

Il faut aussi distinguer l’hébergement seul du voyage à forfait. Le code du tourisme, à son article L. 211-14, permet au voyageur de résoudre sans frais un contrat de voyage à forfait lorsque des circonstances exceptionnelles et inévitables sur le lieu de destination ou à proximité ont des conséquences importantes sur le séjour ou le transport. Il peut alors obtenir le remboursement intégral des paiements effectués, sans dédommagement supplémentaire au titre de la résolution fondée sur ces circonstances. Ce mécanisme ne s’applique pas par principe à une simple location réservée seule auprès d’un propriétaire.

Le forfait suppose la combinaison d’au moins deux prestations touristiques relevant du régime du voyage : par exemple transport et hébergement achetés dans le cadre d’un même contrat. Le professionnel qui vend le forfait est tenu de l’exécution des services dans les conditions prévues à l’article L. 211-16 du code du tourisme. Il peut toutefois invoquer les circonstances exceptionnelles et inévitables pour limiter certaines conséquences indemnitaires. Le vacancier doit donc savoir s’il a payé une agence pour un ensemble de prestations ou s’il a conclu séparément un bail saisonnier et acheté son transport.

Enfin, la réservation en ligne ne crée pas un délai général de rétractation de quatorze jours. L’article L. 221-28, 12° du code de la consommation exclut du droit de rétractation les prestations d’hébergement non résidentiel qui doivent être fournies à une date ou pendant une période déterminée. Cette exclusion ne prive pas le client des droits tirés d’une fermeture, d’une inexécution, d’une clause d’annulation ou de la force majeure. Elle évite seulement de confondre annulation pour changement d’avis et résolution fondée sur un événement qui empêche le séjour.

B. Quelles sommes doivent être remboursées selon le contrat ?

Lorsque le loueur annule parce que le logement ne peut plus être fourni, le premier poste à réclamer est le prix des prestations non réalisées. La DGCCRF indique, dans son information du 6 août 2026 sur les incendies, que si le professionnel annule tout ou partie du séjour, le consommateur peut demander le remboursement des prestations non réalisées. Le remboursement doit être calculé sur ce qui n’a pas été délivré : totalité du séjour si les lieux sont fermés avant l’arrivée, partie restante si l’évacuation intervient pendant le séjour, ou prix des services précis devenus indisponibles lorsque le logement reste utilisable.

Le loueur ne peut pas remplacer un remboursement par un avoir sans vérifier le contrat et l’accord du client. Un report peut être proposé, surtout si le logement sera disponible à une autre date, mais le voyageur ne doit pas accepter un bon d’achat s’il réclame l’exécution d’une obligation de restitution. L’avoir peut devenir une solution amiable utile lorsque le client souhaite revenir, mais il faut indiquer sa durée, sa valeur, les dates disponibles, les prestations incluses et le sort des frais déjà payés.

Le remboursement des arrhes et le doublement des arrhes sont deux questions différentes. Si le loueur se dédit sans cause légitime ou ne respecte pas son engagement alors que le séjour pouvait être fourni, le mécanisme des arrhes peut conduire à restituer le double. Si l’annulation est provoquée par une force majeure qui rend l’exécution définitivement impossible, la résolution du contrat peut imposer la restitution du prix sans ouvrir automatiquement un droit au doublement ou à une indemnité complémentaire. La clause d’incendie, la qualification de la somme et la cause de l’annulation doivent être examinées ensemble.

L’article 1229 du code civil rappelle que « La résolution met fin au contrat ». Il organise ensuite les restitutions selon l’utilité des prestations déjà échangées. Pour une location entièrement annulée avant l’entrée dans les lieux, la logique est généralement celle de la restitution de ce qui a été payé pour une prestation non fournie. Pour un séjour commencé puis interrompu, il faut distinguer les nuits consommées, les nuits non fournies et les services accessoires.

Le prix de la location n’est pas le seul poste possible. Un client peut réclamer le remboursement de frais supplémentaires si l’annulation fautive du loueur l’a obligé à réserver un hôtel plus cher, à modifier un transport ou à exposer des frais de déplacement. Le principe de réparation résulte de l’article 1231-1 du code civil, qui prévoit le paiement de dommages et intérêts en cas d’inexécution, sauf si le débiteur justifie que l’exécution a été empêchée par la force majeure. L’absence de faute ou la force majeure peut donc limiter la demande au remboursement du prix, sans effacer le droit à la restitution.

L’article 1231-2 du code civil précise que les dommages et intérêts correspondent en général à la perte subie et au gain dont le créancier a été privé. En pratique, il faut éviter de demander une somme globale non expliquée. Les postes peuvent comprendre le surcoût d’un hébergement comparable, les frais de transport rendus inutiles, les frais de réservation non récupérables et, dans certains cas, un préjudice de jouissance ou moral. Chacun doit être relié à l’annulation et accompagné d’un justificatif.

Le relogement n’est pas automatique dans une location d’hébergement seul. Si le loueur est empêché par une fermeture administrative ou un incendie extérieur à son contrôle, il peut devoir restituer le prix sans être tenu de financer toutes les vacances de remplacement. La situation change si le contrat prévoit une assistance, si une plateforme garantit un nouveau logement, si une agence a accepté une obligation de relogement ou si le refus de reloger constitue une inexécution fautive après une annulation imputable au professionnel. Le voyageur doit demander par écrit quelle solution est proposée avant de réserver à un prix beaucoup plus élevé.

Dans un voyage à forfait, les règles sont plus protectrices sur l’exécution des prestations. Le vendeur doit proposer une solution conforme ou rembourser selon les règles du code du tourisme. Lorsque l’événement relève de circonstances exceptionnelles et inévitables, le voyageur peut obtenir le remboursement des paiements, mais il ne peut pas toujours réclamer une indemnité supplémentaire. Les billets et prestations achetés séparément restent soumis à leurs propres contrats : la fermeture d’un hébergement ne rend pas automatiquement le billet de train ou d’avion remboursable.

Le voyageur doit séparer les demandes adressées au loueur et celles adressées à l’assureur. Une assurance annulation peut prendre en charge un surcoût ou une perte selon les garanties souscrites. Une assurance habitation peut couvrir les biens personnels emportés dans le logement si une garantie de villégiature est prévue. Une assurance de carte bancaire peut imposer que tout ou partie du séjour ait été payé avec la carte. Une même dépense ne doit pas être indemnisée deux fois ; il faut déclarer le sinistre avec transparence et communiquer les remboursements déjà reçus.

La question des biens endommagés doit être traitée séparément de celle du prix du séjour. Si des bagages, vêtements, appareils ou documents ont été détruits dans un incendie, l’assureur examine la garantie, les plafonds, les exclusions et la preuve de la valeur. La DGCCRF rappelle que les occupants d’une location saisonnière ne sont pas soumis à la même obligation d’assurance qu’un locataire d’habitation principale. Il faut donc vérifier la couverture effective au lieu du sinistre plutôt que supposer qu’une assurance existe.

L’article 1733 du code civil concerne la responsabilité du preneur en cas d’incendie du bien loué. Il prévoit que le preneur répond du feu, sauf preuve d’un cas fortuit ou d’une force majeure, d’un vice de construction ou d’une communication du feu par une maison voisine. Cette disposition vise la responsabilité pour les dommages causés au bien ; elle ne décide pas, à elle seule, si le voyageur peut obtenir le remboursement d’un séjour rendu impossible par un feu extérieur.

La jurisprudence montre que l’origine d’un incendie ne suffit pas à conclure à la force majeure. Dans son arrêt du 28 septembre 1983, troisième chambre civile, pourvoi n° 81-15.840, la Cour de cassation a censuré une décision qui n’avait pas recherché si l’origine criminelle présentait les caractères requis. Le motif officiel vise « les caractères d’imprévisibilité et d’irrésistibilité propres à la force majeure ». Pour le vacancier, la question est comparable : il faut relier la cause et les effets précis du feu au contrat, et non invoquer l’étiquette « incendie » comme une dispense générale.

La date et la forme du paiement doivent être documentées. Le relevé bancaire, la facture de la plateforme, le reçu du loueur et l’échéancier permettent de reconstituer la somme à restituer. Si le professionnel propose une retenue, il doit expliquer sa base contractuelle. Si une partie du séjour a été fournie, le calcul doit distinguer les nuits consommées, les services non réalisés et les frais directement liés à la fermeture. Une réponse orale ou un remboursement partiel non détaillé ne suffit pas à clore le dossier.

Le vacancier peut utilement comparer la situation avec son article général sur l’acompte, les arrhes et l’annulation d’une location saisonnière. Le présent cas demande une analyse supplémentaire : l’incendie peut transformer une annulation personnelle en événement empêchant l’exécution, mais seulement lorsque les faits et les preuves établissent cette impossibilité. Le lien entre les deux articles permet de retrouver les règles générales sans traiter l’incendie comme un simple désistement.

II. Location de vacances annulée après un incendie : quels recours, assurances et preuves ?

A. Comment demander remboursement, relogement ou indemnisation ?

La priorité est la sécurité. Un voyageur qui reçoit une consigne d’évacuation doit suivre les autorités et ne doit pas attendre une réponse du loueur pour quitter les lieux. Les échanges financiers viennent ensuite. Il faut noter l’heure de l’évacuation, le lieu de rassemblement, l’autorité à l’origine de la décision, l’adresse du logement et la période restant à courir. Les photographies et vidéos peuvent être utiles, mais elles ne doivent pas conduire à entrer dans une zone interdite ou à se rapprocher d’un sinistre.

La deuxième étape consiste à identifier la personne qui doit répondre. Il peut s’agir du propriétaire, d’une agence, d’une conciergerie, d’une plateforme ou d’une agence de voyages. La confirmation de réservation indique normalement le cocontractant et le mode de réclamation. Il faut envoyer le même message aux interlocuteurs pertinents, en demandant une confirmation écrite de l’annulation, son motif, le montant remboursé, le calendrier de restitution et la solution proposée pour les nuits non réalisées.

Le message doit rester factuel. Il doit mentionner le contrat, les dates, le montant payé, la décision de fermeture ou d’évacuation, les documents joints et la demande. Une formule peut demander : la restitution de la totalité des sommes correspondant à la prestation non fournie ; le remboursement des nuits restantes ; la restitution du double des arrhes si le loueur se dédit dans une situation qui lui est imputable ; la prise en charge d’un surcoût si une obligation de relogement ou une faute est établie ; et la communication de la police d’assurance mobilisée par le professionnel.

Le voyageur qui hésite à annuler doit demander une position écrite avant d’envoyer un désistement définitif. Cette précaution est importante lorsque le lieu de séjour reste ouvert mais se trouve à proximité d’une zone touchée. Il faut demander si la route est ouverte, si l’accès est autorisé, si le logement est alimenté en eau et en électricité, si une fermeture administrative existe et si les prestations essentielles peuvent être assurées. Une réponse du loueur ne lie pas le juge sur la force majeure, mais elle constitue une pièce utile pour établir ce que chaque partie savait au moment de l’annulation.

Lorsque le client annule lui-même, le message doit expliquer le motif et joindre les documents disponibles. Une ordonnance d’évacuation, une interdiction d’accès, une fermeture du site, une décision de la mairie ou une attestation de l’hébergeur auront plus de poids qu’une capture d’un article général. Les conditions d’assurance doivent être ouvertes avant l’annulation lorsque cela est possible. Certaines garanties imposent une déclaration préalable ou une validation du motif.

La preuve obéit à une règle simple. L’article 1353 du code civil dispose que « Celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver ». Celui qui demande un remboursement doit donc établir le contrat, le paiement, l’annulation et la prestation non réalisée. Celui qui soutient avoir remboursé doit produire le virement, l’avoir accepté ou la preuve du paiement. Celui qui invoque la force majeure doit établir l’événement, son caractère extérieur, ses effets concrets et l’impossibilité d’éviter ces effets par une mesure adaptée.

Le dossier doit être classé par ordre chronologique. Il doit comprendre :

  • l’annonce et ses conditions au jour de la réservation ;
  • le contrat, l’état descriptif, la facture et la preuve du paiement ;
  • les courriels, messages et appels confirmant l’annulation ou la fermeture ;
  • les arrêtés, communiqués de préfecture, avis de mairie et preuves de route fermée ;
  • les photographies datées et les attestations de personnes présentes ;
  • les factures d’hébergement de remplacement et les frais de transport ;
  • les déclarations à l’assurance, à la banque et à la plateforme ;
  • les remboursements, avoirs ou propositions reçus.

Les pièces doivent rester dans leur format original lorsque cela est possible. Une capture d’écran seule peut être contestée si l’adresse, la date ou l’auteur ne sont pas visibles. Pour une page internet modifiée, il est utile de conserver l’adresse complète, une copie PDF, la date de capture et les conditions affichées. Pour un arrêté administratif, il faut privilégier le document officiel et vérifier son périmètre géographique. Une interdiction limitée à une commune ne s’étend pas nécessairement à une location située dans la commune voisine.

Le surcoût de relogement doit être raisonnable et comparable. Réserver immédiatement un hôtel de luxe alors qu’une location équivalente était disponible peut fragiliser la demande. Il faut comparer plusieurs solutions, conserver les recherches et expliquer l’urgence. Le client peut réserver un logement de remplacement pour ne pas rester sans solution, mais il doit prévenir le premier loueur et demander la prise en charge avant la dépense lorsqu’il en a le temps. Si le séjour est annulé par une agence de voyages dans un forfait, les mécanismes de prise en charge et de remboursement prévus par le code du tourisme doivent être examinés avant de rechercher une solution isolée.

Les frais de transport exigent la même prudence. Le billet perdu n’est pas automatiquement imputable au loueur si le transport a été acheté séparément et reste utilisable. Si le professionnel a vendu un forfait, son obligation d’exécution se lit avec le régime du voyage à forfait. Si le voyageur a pu modifier son billet pour rejoindre un hébergement de remplacement, le coût raisonnable de la modification peut être présenté comme un préjudice, mais il faut démontrer le lien avec l’annulation et le caractère nécessaire de la dépense.

Une mise en demeure devient utile lorsque le loueur refuse de rembourser ou garde le silence. Elle doit rappeler les faits sans exagération, viser les articles applicables, exposer la demande chiffrée et fixer un délai de réponse ou de paiement raisonnable. Elle peut être adressée par lettre recommandée, par le moyen prévu au contrat et par courriel afin de conserver une trace rapide. La lettre doit préciser que le client ne renonce ni aux droits tirés de la force majeure, ni à la demande d’indemnisation, ni aux garanties d’assurance en acceptant un échange amiable.

Si le loueur est un professionnel, le client peut utiliser la procédure de réclamation prévue dans les conditions générales, puis saisir le médiateur de la consommation lorsque les conditions sont réunies. Un signalement à la direction départementale chargée de la protection des populations peut être envisagé en cas de pratique commerciale trompeuse ou de refus systématique de respecter les informations contractuelles. Le médiateur ne tranche pas comme un juge et ne suspend pas nécessairement les délais : le voyageur doit donc surveiller la prescription et les délais prévus par le contrat.

Une annonce qui minimisait un danger connu ou présentait comme disponible un logement fermé peut soulever une question de pratique commerciale trompeuse lorsque le loueur agit à titre professionnel. L’article L. 121-2 du code de la consommation vise notamment les présentations fausses ou de nature à induire en erreur sur l’existence, la disponibilité ou les caractéristiques essentielles du service. L’article L. 121-3 ajoute qu’une information substantielle peut être omise ou fournie de manière ambiguë. Ces textes ne transforment pas tout incendie en tromperie : il faut démontrer ce qui était connu, ce qui a été annoncé et le comportement professionnel.

La Cour de cassation a déjà reconnu qu’un bailleur d’un logement de tourisme pouvait être tenu d’une obligation d’information lorsque le danger était particulier et connu. Dans un arrêt du 8 juin 2017, deuxième chambre civile, pourvoi n° 16-17.155, la Cour de cassation rappelle qu’« en sa qualité de bailleur d’un logement de tourisme, elle était tenue d’une obligation générale d’information ». L’arrêt ne pose pas une obligation générale d’annoncer tous les risques naturels visibles ; il invite à examiner la connaissance du danger, sa proximité, sa gravité et la possibilité pour le locataire de l’identifier lui-même.

La même logique s’applique aux équipements promis. Une location annoncée comme accessible, climatisée, équipée d’une piscine ou située à une distance déterminée doit être décrite avec exactitude. Si l’incendie a détruit l’équipement après la réservation, le litige porte sur l’empêchement et le remboursement. Si le loueur savait avant la réservation que le logement était fermé mais a maintenu l’annonce, la qualification et les dommages peuvent être différents. Le voyageur doit donc conserver l’annonce d’origine et ne pas se limiter au dernier message d’annulation.

L’annulation ne doit pas être compensée par une retenue sur le dépôt de garantie. Le dépôt garantit les dégradations ou frais prévus par le contrat ; il ne permet pas au loueur de financer une perte de réservation causée par la fermeture du logement, sauf base contractuelle valable et préjudice démontré. Le client doit demander le détail de toute retenue et les justificatifs correspondants. Si les lieux n’ont pas été occupés, l’absence d’état des lieux de sortie ne justifie pas à elle seule une retenue.

Lorsque l’incendie a commencé dans le logement ou a été aggravé par le comportement d’un occupant, le loueur peut engager un débat distinct sur les dégradations. L’arrêt du 23 juin 2015, troisième chambre civile, pourvoi n° 14-18.072, évoque un contrat de location saisonnière et l’application des règles relatives à la responsabilité du preneur en cas d’incendie ; la décision officielle est accessible sur Légifrance. Cette référence ne permet pas de présumer la responsabilité du vacancier : l’origine du feu, les assurances, les constatations techniques et les fautes de chacun doivent être établies.

Le propriétaire doit également déclarer le sinistre à son assureur et préserver les preuves. Il doit communiquer au client les informations utiles sur la fermeture, les conditions de remboursement et la solution proposée. Une absence de réponse, un changement de version ou un refus de délivrer les documents peuvent compliquer la relation contractuelle et aggraver le préjudice. De son côté, le client doit éviter de publier des accusations non vérifiées et privilégier les réclamations documentées, les constats et les voies de recours.

B. Que faire à Paris et en Île-de-France avant de saisir le juge ?

Le lieu de résidence du voyageur ne détermine pas à lui seul le droit applicable à la location. Une personne domiciliée à Paris qui réserve une maison dans les Landes, en Gironde ou dans le Var doit établir les faits du lieu de destination : arrêté local, fermeture du site, accès, état du logement et décision du loueur. Les documents liés au départ depuis Paris ou l’Île-de-France restent utiles pour chiffrer les frais de transport, mais ils ne remplacent pas la preuve de l’empêchement sur place.

Pour une réservation gérée depuis Paris ou par une plateforme ayant un professionnel en Île-de-France, il faut conserver l’identité juridique de l’interlocuteur, son adresse, ses conditions de médiation et le numéro de la réservation. Le client doit vérifier s’il a contracté avec le propriétaire, l’agence, une conciergerie ou la plateforme. Cette distinction peut influer sur la mise en demeure, l’assureur à contacter et la juridiction à saisir. Une agence qui n’était qu’un intermédiaire ne répond pas nécessairement des mêmes obligations que le propriétaire qui a signé le contrat.

Si le logement est situé à Paris ou en Île-de-France et qu’une fumée importante, une fermeture de parc, une interdiction d’accès ou une évacuation affecte le séjour, il faut joindre les documents de la préfecture, de la mairie, du gestionnaire du site ou des services de secours compétents. Une alerte nationale ne suffit pas à établir la fermeture d’un immeuble précis. À l’inverse, une mesure locale officielle peut constituer une preuve forte de l’impossibilité d’occuper ou d’accéder aux lieux.

La démarche amiable doit être organisée dans un ordre qui protège les délais. Le client peut envoyer une réclamation immédiate à la plateforme, une mise en demeure au cocontractant et une déclaration à l’assurance. Il doit noter les dates d’envoi et les accusés de réception. Si le professionnel répond par un avoir, le client doit préciser s’il l’accepte en règlement définitif ou seulement comme solution provisoire. Une acceptation mal rédigée peut être invoquée comme une renonciation à d’autres demandes.

Le recours au juge se justifie lorsque la somme est importante, lorsque plusieurs contrats se contredisent, lorsque l’assurance refuse sa garantie ou lorsque le professionnel conteste la fermeture. Le juge peut être invité à ordonner le remboursement, à réparer un préjudice prouvé, à interpréter la clause d’annulation ou à examiner l’existence d’une force majeure. Une demande en référé peut être envisagée pour préserver une preuve ou obtenir une mesure urgente, mais le référé ne permet pas toujours de trancher définitivement une contestation contractuelle complexe.

La demande doit respecter la nature du litige. Un client qui réclame uniquement la restitution du prix d’un séjour non fourni ne doit pas présenter une demande générale de responsabilité pour tous les dommages subis dans la région. Un client qui demande le coût d’un relogement doit expliquer pourquoi ce relogement était nécessaire, pourquoi le coût est raisonnable et pourquoi le professionnel ou l’assureur doit le prendre en charge. Un client qui invoque la force majeure doit rattacher chaque preuve à l’un des critères de l’article 1218 du code civil.

La prescription doit être surveillée dès le premier refus. Le code civil, à son article 2224, fixe en principe un délai de cinq ans pour les actions personnelles à compter du jour où le titulaire a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d’agir. Le contrat, la qualité du professionnel, la nature de la demande et les démarches engagées peuvent modifier l’analyse. Une réclamation adressée au service client ne doit pas être considérée automatiquement comme un acte interruptif. Lorsqu’une échéance approche ou qu’une somme importante est en jeu, l’analyse d’un avocat permet de sécuriser la voie procédurale.

Le dossier remis à l’avocat doit être directement exploitable. Il faut créer un tableau simple avec les colonnes suivantes : date, événement, auteur du document, pièce correspondante, somme payée, somme demandée et réponse reçue. Le contrat doit être rapproché de l’annonce, puis des conditions de plateforme. Les décisions administratives doivent être classées selon leur périmètre. Les factures doivent être accompagnées du motif de la dépense. Les échanges doivent permettre de comprendre qui a annulé, à quelle date et pour quelle raison.

Les voyageurs franciliens doivent aussi conserver les justificatifs de leur trajet initial. Un billet de train non utilisé, un parking déjà payé, une location de voiture annulée ou une nuit près d’un aéroport peuvent être présentés comme des pertes, mais leur remboursement dépend de la causalité et des conditions contractuelles. Il faut vérifier les possibilités de modification ou d’annulation du transport avant de l’abandonner. Les frais évités doivent être déduits de la demande afin de ne réclamer que le préjudice effectivement subi.

Le propriétaire qui exerce professionnellement doit documenter sa propre réaction. Il doit établir la date à laquelle il a appris la fermeture, les mesures prises pour protéger les clients, les messages envoyés, les remboursements, les propositions de report et les démarches auprès de l’assureur. S’il soutient que le logement restait disponible, il doit conserver les preuves de l’accès, des services et des décisions officielles. S’il invoque la force majeure, il doit expliquer pourquoi aucune mesure raisonnable ne permettait de délivrer le séjour.

Le propriétaire particulier doit suivre la même logique documentaire, même s’il n’est pas soumis à toutes les règles du professionnel. Un appel téléphonique à chaque client peut être complété par un courriel récapitulatif. Le contrat doit préciser si les sommes sont des arrhes ou un acompte, les conséquences d’une fermeture, les conditions de report et les justificatifs attendus. En cas de sinistre, une proposition claire de remboursement réduit le risque de conflit sur le doublement des arrhes, le surcoût et la responsabilité.

La médiation et la négociation ne doivent pas empêcher une demande judiciaire urgente. Une plateforme peut proposer un remboursement partiel en échange d’une clôture du dossier ; le client doit lire la portée de cette proposition. Un assureur peut demander une expertise ou un arrêté ; le client doit transmettre les documents sans admettre une responsabilité qui n’est pas établie. Un accord peut prévoir le montant remboursé, le délai du virement, le sort des frais de remplacement, la renonciation réciproque et le maintien éventuel des droits contre un assureur tiers.

Le critère géographique doit rester concret. À Paris comme en Île-de-France, une proximité avec un aéroport, une gare ou un siège de plateforme facilite certaines démarches, mais ne crée pas un régime spécial de remboursement. La destination du séjour, la nature du contrat et la mesure prise par l’autorité locale restent centrales. Cette précision évite de confondre la compétence pratique du cabinet ou du médiateur avec la règle de fond applicable au logement réservé.

La stratégie la plus sûre est de distinguer les demandes dans la mise en demeure : restitution du prix non consommé, doublement des arrhes si les conditions sont réunies, remboursement des frais justifiés, indemnisation du surcoût de relogement, activation de l’assurance et communication des pièces. Cette présentation permet au loueur, à la plateforme ou au juge de répondre à chaque poste. Elle évite aussi qu’un désaccord sur le relogement bloque la restitution incontestable du prix d’un séjour qui n’a pas été délivré.

Conclusion

Un incendie ne donne pas automatiquement le droit d’annuler une location de vacances sans frais. Le droit au remboursement dépend de la situation concrète : fermeture du logement, évacuation, interdiction d’accès, destruction, impossibilité de fournir les prestations essentielles ou simple inquiétude alors que le séjour reste disponible. La force majeure se prouve par les effets de l’événement sur le contrat, et non par la seule présence d’un feu dans la région.

Lorsque le loueur annule ou ne peut pas délivrer le séjour, le voyageur doit demander la restitution du prix des prestations non réalisées. Le double des arrhes, le surcoût de relogement et les dommages-intérêts exigent une analyse supplémentaire de la qualification du paiement, de la cause de l’annulation, du contrat et du préjudice prouvé. Le voyage à forfait obéit à des règles spécifiques qui ne doivent pas être appliquées par erreur à une location seule.

La démarche utile commence par la sécurité, se poursuit par une notification écrite et s’appuie sur un dossier chronologique : contrat, paiement, annonces, décisions administratives, échanges, assurances et factures. À Paris et en Île-de-France, le voyageur doit conserver les éléments liés à son départ, mais il doit surtout établir la situation du logement à destination. Une mise en demeure chiffrée, une déclaration d’assurance et, si nécessaire, une saisine du juge permettent de préserver les demandes sans abandonner trop vite un droit au remboursement.

Pour approfondir les règles générales d’une location saisonnière non conforme, vous pouvez également consulter notre article consacré au remboursement, à la caution et aux recours. Chaque dossier doit ensuite être examiné à partir du contrat signé, des circonstances de l’incendie et des preuves disponibles.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».