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Clôture gratuite du compte bancaire d’une société depuis le 28 mai 2026 : démarches et recours

Depuis le 28 mai 2026, la clôture d’un compte de dépôt appartenant à une société est gratuite. Cette évolution résulte de l’article 29 de la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 de simplification de la vie économique, qui a modifié l’article L. 312-1-7 du code monétaire et financier. Elle répond à une difficulté très concrète : une société qui change de banque ou cesse une activité ne doit plus payer pour obtenir la fermeture administrative de son compte. Cette gratuité ne signifie toutefois pas qu’un compte peut disparaître sans vérifier les opérations en cours, ni que la banque perd toute faculté de résilier la relation bancaire.

La première question est donc celle de l’initiative de la fermeture. Lorsque la société demande la clôture, elle doit organiser le transfert des prélèvements, des virements, des paiements par carte, des salaires et des encaissements. Lorsque la banque prend l’initiative, il faut distinguer le compte de dépôt, le compte ouvert au titre du droit au compte et le découvert ou la ligne de crédit. Les délais et les recours ne sont pas identiques. Une société confrontée à un refus, à un préavis trop court ou à un gel des paiements doit conserver la lettre reçue, les relevés et la chronologie des incidents avant de répondre.

Ce guide présente la portée de la gratuité, les formalités à accomplir, les exceptions liées à la lutte contre le blanchiment, la procédure de droit au compte et les actions envisageables lorsque la fermeture met en péril l’exploitation. L’objectif est de permettre au dirigeant de sécuriser la transition sans confondre la fin d’une convention de compte avec la rupture d’un concours bancaire.

I. Clôture gratuite du compte bancaire d’une société : ce que change la loi du 28 mai 2026

A. Que signifie la gratuité et comment fermer le compte de la société ?

L’article 29 de la loi n° 2026-403 du 26 mai 2026 est entré en vigueur le 28 mai 2026. Le texte officiel indique qu’il « a modifié » notamment l’article L. 312-1-7 du code monétaire et financier. La loi peut être consultée dans sa version publiée sur Légifrance. La modification vise les très petites entreprises et aligne sur certains points les droits des personnes morales sur ceux déjà reconnus aux particuliers.

La règle nouvelle se lit directement dans l’article L. 312-1-7 du code monétaire et financier : « La clôture de tout compte de dépôt ou compte sur livret appartenant à une personne physique ou morale est gratuite. » La société ne doit donc pas supporter des frais facturés uniquement parce qu’elle demande la fermeture de son compte. La banque peut en revanche réclamer le remboursement d’un découvert, le paiement de services déjà consommés ou le règlement d’opérations valablement exécutées. La gratuité de la clôture ne transforme pas un solde débiteur en créance inexistante et ne remet pas en cause les garanties attachées à un financement.

La société doit d’abord vérifier qui a le pouvoir de demander la clôture. Dans une SAS, le président ou le représentant désigné par les statuts agit selon les limites de ses pouvoirs. Dans une SARL, le gérant doit respecter les règles de représentation prévues par les statuts et les éventuelles décisions collectives. Une société en cours de liquidation doit tenir compte des pouvoirs du liquidateur. La banque peut demander un extrait Kbis récent, une pièce d’identité du représentant légal, une décision sociale ou tout document permettant de vérifier la signature. Cette demande de justificatifs n’est pas un frais de clôture : elle sert à s’assurer que l’ordre émane bien de la société.

La fermeture doit être préparée avant l’envoi de la demande. Il faut ouvrir le compte de destination, obtenir son relevé d’identité bancaire et organiser la bascule des flux. L’ordre de fermeture peut être adressé par lettre recommandée avec demande d’avis de réception, par l’espace sécurisé de la banque lorsqu’il fournit un accusé durable, ou par tout canal prévu par la convention. La demande doit identifier la société, le numéro du compte, la date souhaitée, le compte destinataire du solde créditeur et les coordonnées du représentant légal. Une formule vague du type « merci de fermer mon compte » laisse davantage de place aux contestations sur la date et la portée de l’ordre.

Le dossier doit contenir une copie du nouveau RIB, la liste des moyens de paiement restitués et, si nécessaire, une demande de relevé des opérations encore en attente. Les cartes, chéquiers et dispositifs d’authentification doivent être désactivés selon les indications de la banque. Une société ne doit pas détruire les justificatifs de paiement avant d’avoir obtenu ses relevés définitifs. Elle doit conserver les relevés, les confirmations de virement du solde, les factures bancaires et le certificat indiquant la date effective de clôture.

La mobilité bancaire permet de réduire les oublis, mais elle ne dispense pas le dirigeant de contrôler les résultats. L’article L. 312-1-7 prévoit que l’établissement d’arrivée peut proposer gratuitement un service d’aide au changement de domiciliation. Ce service porte sur les prélèvements valides et les virements récurrents. L’établissement d’arrivée sollicite les informations qui ont transité sur le compte d’origine au cours des treize derniers mois. Cette période doit guider la revue interne : contrats d’assurance, loyers, fournisseurs, abonnements logiciels, cotisations sociales, impôts, salaires, remboursements d’emprunts et encaissements clients doivent être rapprochés un à un.

La banque d’arrivée doit transmettre les nouvelles coordonnées aux émetteurs concernés, mais la société reste responsable de vérifier que chacun les a bien enregistrées. Une erreur de RIB peut provoquer un rejet, un retard de paiement ou une rupture de relation commerciale. Il est prudent d’avertir directement les principaux fournisseurs et clients, en conservant les courriels envoyés. Les organismes sociaux et fiscaux doivent être informés par les canaux habituels de l’entreprise. Une modification du RIB du compte de règlement des salaires mérite un contrôle particulier avant le prochain cycle de paie.

Les chèques non débités appellent une vigilance spécifique. La société doit vérifier les formules encore en circulation et prévenir les personnes susceptibles de les présenter. Le fait de demander la clôture ne fait pas disparaître l’obligation de payer une dette née avant la fermeture. Une provision insuffisante sur l’ancien compte peut créer un incident alors même que le dirigeant pensait avoir tout transféré. Le procès-verbal interne de clôture peut utilement joindre la liste des chèques, des prélèvements et des virements examinés.

La convention bancaire reste déterminante pour la date de fin et les opérations postérieures. L’article 1103 du code civil rappelle que « Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits. » Le texte est disponible sur Légifrance. La gratuité nouvelle s’intègre donc à une relation contractuelle existante : elle interdit de facturer la clôture elle-même, mais elle ne permet pas de passer outre les règles contractuelles relatives à la liquidation du solde, aux opérations pendantes ou aux garanties de crédit.

Le dirigeant doit obtenir une réponse écrite indiquant la date effective de fermeture. Une banque qui confirme seulement par téléphone peut ensuite discuter la date de fin ou soutenir qu’elle n’a reçu aucun ordre complet. La demande doit être relancée si elle reste sans réponse, avec rappel de la date d’envoi et des pièces jointes. Si le solde est créditeur, la société doit demander sa restitution sur le compte de destination. Si le solde est débiteur, elle doit réclamer un décompte détaillé et vérifier les intérêts, commissions et opérations retenues avant d’accepter un montant global.

Le texte de l’article L. 312-1-1 du code monétaire et financier distingue la résiliation demandée par le client de celle décidée par l’établissement. Il prévoit : « Le client peut résilier la convention de compte de dépôt à tout moment, sauf stipulation contractuelle d’un préavis qui ne peut dépasser trente jours. » Il ajoute que « L’établissement de crédit résilie une convention de compte de dépôt conclue pour une durée indéterminée moyennant un préavis d’au moins deux mois, fourni sur support papier ou sur un autre support durable. » Ces dispositions doivent être lues en tenant compte de leur champ, de la qualité du client et de la convention professionnelle signée par la société. L’article est consultable sur Légifrance.

Pour une société, il est dangereux de déduire automatiquement un délai unique de trente jours ou de deux mois. Le compte peut comporter un découvert autorisé, une facilité de caisse, une carte à débit différé, un contrat d’affacturage ou une garantie autonome. Chaque service peut avoir une date de résiliation différente. Le courrier de clôture doit donc être rapproché des conditions générales, des conditions particulières, des relevés et des avenants. La société peut demander à la banque de séparer précisément la date de fin du compte de la date de remboursement des financements.

B. Pourquoi la gratuité ne prive pas la banque de son droit de clôturer ?

La règle du 28 mai 2026 concerne le coût de la clôture. Elle ne crée pas un droit général au maintien éternel d’une relation bancaire ordinaire. Une banque peut décider de ne plus poursuivre une relation à durée indéterminée, sous réserve du contrat, du préavis applicable, de l’absence de discrimination illicite et du respect des régimes spéciaux. Elle ne peut pas présenter une fermeture imposée comme une simple demande du client : la lettre, son auteur et sa date sont essentiels pour déterminer le recours.

La lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme constitue un régime particulier. L’article L. 561-8 du code monétaire et financier prévoit : « Lorsqu’une personne mentionnée à l’article L. 561-2 n’est pas en mesure de satisfaire aux obligations prévues à l’article L. 561-5 ou à l’article L. 561-5-1, elle n’exécute aucune opération, quelles qu’en soient les modalités, n’établit ni ne poursuit aucune relation d’affaires et peut transmettre la déclaration prévue à l’article L. 561-15 dans les conditions prévues à cet article. » Le texte est disponible sur Légifrance.

Cette disposition explique pourquoi une banque peut demander des informations sur les bénéficiaires effectifs, l’activité réelle, l’origine des fonds, les pays d’intervention, les factures ou les flux attendus. Si les pièces sont incomplètes ou incohérentes, l’établissement peut suspendre certaines opérations et mettre fin à la relation. Le dirigeant doit répondre de manière complète, datée et documentée. Il ne doit pas envoyer des explications contradictoires ou des pièces isolées qui ne permettent pas de comprendre le fonctionnement de la société.

La banque n’est pas toujours autorisée à révéler l’existence ou le contenu d’une déclaration de soupçon. Une société peut donc recevoir une notification peu détaillée, voire une formule qui ne permet pas de discuter la cause exacte de la décision. Cette limite ne prive pas la société de tout recours : elle peut contrôler la date, le support, le respect du préavis lorsqu’il est exigé, la restitution du solde, la continuité des opérations et les conséquences d’un éventuel blocage. Elle doit cependant éviter d’accuser publiquement la banque d’un signalement ou de tenter de contourner les contrôles par des flux artificiels.

La jurisprudence du droit au compte illustre cette frontière. Dans son arrêt du 30 juin 2021, pourvoi n° A 19-14.313, la chambre commerciale de la Cour de cassation a vérifié la résiliation d’un compte ouvert au titre des services bancaires de base. Elle a écrit : « Il résulte de ce texte que l’établissement de crédit peut résilier unilatéralement la convention de compte assorti des services bancaires de base, ouvert en application du droit au compte, lorsque le client a délibérément utilisé son compte pour des opérations que l’organisme a des raisons de soupçonner comme poursuivant des fins illégales, auquel cas il est dispensé de lui accorder un préavis. » L’arrêt, publié au Bulletin, est accessible sur le site de la Cour de cassation.

Cette décision ne signifie pas qu’une banque peut qualifier n’importe quelle opération d’illégale sans examen. Elle montre que le régime du droit au compte comporte ses propres causes de résiliation et que l’utilisation délibérée du compte pour une opération suspectée peut produire des effets différents d’une simple fermeture commerciale. Une société doit donc déterminer si son compte a été ouvert après désignation par la Banque de France. Le contrat et la lettre d’ouverture le précisent souvent.

Il faut aussi distinguer une clôture d’un gel. Une clôture met fin à la convention selon une date déterminée. Un gel peut empêcher provisoirement les virements, les retraits, l’accès à l’espace en ligne ou l’utilisation des cartes sans que la convention soit encore résiliée. Une saisie-attribution, une mesure conservatoire, une opposition administrative ou une vérification de conformité peuvent produire des effets différents. Le dirigeant doit demander à la banque de préciser quelle opération est bloquée, sur quel compte, pour quelle durée annoncée et avec quelle conséquence sur les paiements déjà présentés.

La fermeture du compte de dépôt ne doit pas être confondue avec la rupture d’un crédit. Un découvert autorisé, une facilité de caisse ou une ligne de trésorerie constituent un concours bancaire. L’article L. 313-12 du code monétaire et financier prévoit : « Tout concours à durée indéterminée, autre qu’occasionnel, qu’un établissement de crédit ou une société de financement consent à une entreprise, ne peut être réduit ou interrompu que sur notification écrite et à l’expiration d’un délai de préavis fixé lors de l’octroi du concours. Ce délai ne peut, sous peine de nullité de la rupture du concours, être inférieur à soixante jours. » Le texte officiel est consultable sur Légifrance.

Le préavis de soixante jours ne s’applique pas automatiquement à toute clôture d’un compte professionnel. Il vise le concours à durée indéterminée accordé à une entreprise. La banque peut invoquer une situation financière irrémédiablement compromise ou un comportement gravement répréhensible dans les conditions du même article. La société doit donc vérifier si la lettre retire un découvert, si elle exige le remboursement immédiat d’un concours ou si elle ferme seulement un compte créditeur. Cette qualification peut modifier le délai, la demande de maintien et le calcul du préjudice.

II. Que faire si la banque refuse la fermeture ou ferme le compte de la société ?

A. Quels recours utiliser après un refus, un préavis trop court ou une clôture bloquante ?

La première réponse doit être écrite et structurée. Le dirigeant doit reprendre la date de la notification, le compte concerné, la nature de la décision, le délai annoncé et les opérations qui ne passent plus. Il doit demander la confirmation de la date de clôture, la base contractuelle, le décompte du solde et les modalités de restitution des fonds. Si la banque réclame des documents de conformité, il faut fournir une réponse complète avec un tableau des pièces transmises. Si elle refuse la fermeture demandée par la société, il faut lui demander ce qui empêche la clôture : chèque non présenté, carte à débit différé, opération en cours, dette exigible ou simple absence de validation interne.

Une mise en demeure peut être utile lorsque la banque ne répond pas ou maintient des frais après une demande régulière. Elle doit rester factuelle. Elle peut rappeler que la clôture d’un compte appartenant à une personne morale est gratuite, demander l’arrêt des frais qui correspondent à la période postérieure à la fin effective et réclamer un certificat de clôture. Elle doit éviter de menacer la banque ou de présenter comme acquis un délai qui dépend de la convention. Un courrier précis prépare une éventuelle procédure et permet de montrer que la société a cherché à limiter son dommage.

Lorsque la banque prend l’initiative, la société doit conserver l’enveloppe, l’avis de réception, le courrier électronique original et toutes les pièces jointes. La date d’envoi ne se confond pas toujours avec la date de réception. Il faut vérifier si la lettre vise le compte de dépôt, une facilité de caisse ou plusieurs produits. Une notification qui mélange la fermeture du compte et la dénonciation d’un concours peut nécessiter une réponse séparée. Le dirigeant peut demander que les opérations indispensables à la paie, aux charges sociales et aux impôts soient traitées pendant le délai applicable, sans considérer cette demande comme une renonciation à contester la régularité de la rupture.

Si la banque coupe un découvert ou une ligne de trésorerie sans respecter le préavis de l’article L. 313-12, la société peut demander l’examen de la nullité de la rupture et la réparation des conséquences prouvées. Le texte permet à l’entreprise de demander les raisons de la réduction ou de l’interruption, tout en prévoyant que ces raisons ne peuvent pas être demandées par un tiers ni lui être communiquées. La demande doit donc être faite par la société elle-même ou par son représentant, pas par un fournisseur ou un associé qui ne justifie pas du pouvoir d’agir.

Le préjudice doit être chiffré. Il peut comprendre des frais de rejet, des agios, des pénalités contractuelles, des frais de transfert, des coûts de financement de remplacement ou une perte d’exploitation. Une perte de client ou une rupture de contrat doit être reliée par des documents à la fermeture litigieuse : courriel du partenaire, facture impayée, échéancier, relevé bancaire, journal de paie et attestations comptables. Une baisse générale du chiffre d’affaires ne suffit pas à établir que la banque en est la cause. La chronologie doit montrer le paiement attendu, le rejet, la relance, la conséquence et la mesure prise pour la limiter.

Le fondement contractuel de la demande de réparation peut être complété par l’article 1231-1 du code civil, qui dispose : « Le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l’inexécution de l’obligation, soit à raison du retard dans l’exécution, s’il ne justifie pas que l’exécution a été empêchée par la force majeure. » La version en vigueur est accessible sur Légifrance. La société doit prouver une obligation, un manquement, un dommage certain et un lien de causalité.

Un compte bloqué peut justifier une demande urgente, mais l’urgence ne garantit pas le rétablissement de la relation bancaire. Selon les documents et la nature du blocage, une action devant le président du tribunal de commerce peut être examinée pour obtenir une mesure provisoire, faire cesser un trouble manifestement illicite ou préserver un financement pendant le délai légal. L’assignation doit expliquer les flux concernés, la situation de trésorerie, les salaires ou échéances imminentes, les démarches déjà tentées et les pièces qui établissent la régularité de la société. Une demande abstraite de « réouverture du compte » est moins efficace qu’une demande précisément limitée à une opération, à un délai et à un risque documenté.

La société doit continuer à respecter ses propres obligations pendant le litige. Elle ne doit pas cesser de déclarer ou de payer les cotisations lorsqu’un autre moyen de paiement existe. Elle doit prévenir les salariés si un incident de paie est réellement possible et mettre en place une solution temporaire conforme. Elle doit également informer son expert-comptable, son commissaire aux comptes lorsqu’elle en a un, ses principaux créanciers et son assureur. La conservation des échanges internes montre que le dirigeant a pris des mesures raisonnables pour éviter que la fermeture ne provoque une cessation des paiements.

Les opérations frauduleuses postérieures à la demande de clôture doivent être traitées sur le régime des services de paiement, et non par une plainte générale contre la banque. L’article L. 133-18 du code monétaire et financier dispose : « En cas d’opération de paiement non autorisée signalée par l’utilisateur dans les conditions prévues à l’article L. 133-24, le prestataire de services de paiement du payeur rembourse au payeur le montant de l’opération non autorisée immédiatement après avoir pris connaissance de l’opération ou après en avoir été informé, et en tout état de cause au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant, sauf s’il a de bonnes raisons de soupçonner une fraude de l’utilisateur du service de paiement et s’il communique ces raisons par écrit à la Banque de France. » L’article est disponible sur Légifrance.

La Cour de cassation a rappelé cette distinction dans son arrêt du 27 mars 2024, pourvoi n° Y 22-21.200. Dans cette affaire, une société contestait des virements et un ordre de clôture de compte à terme adressés par un tiers après le piratage de la messagerie de son dirigeant. La chambre commerciale a jugé que « La responsabilité contractuelle de droit commun prévue résultant du premier de ces textes n’est pas applicable en présence d’un régime de responsabilité exclusif » et que, lorsqu’une opération de paiement non autorisée est en cause, « seul est applicable le régime de responsabilité défini aux articles L. 133-18 à L. 133-24 précités ». La décision publiée au Bulletin peut être consultée sur le site de la Cour de cassation. La société doit donc signaler rapidement chaque paiement contesté et conserver les preuves de l’absence d’autorisation.

Le recours amiable doit être mené sans retarder la solution bancaire. La réclamation adressée au service compétent de l’établissement doit demander un numéro de dossier et une réponse écrite. La médiation bancaire peut être envisagée lorsque les conditions de saisine sont réunies, mais elle ne remplace pas une mesure urgente si les salaires ou les paiements essentiels sont menacés. Le dirigeant doit vérifier la compétence et le délai du médiateur prévu par la convention. En parallèle, une nouvelle banque doit être sollicitée ; la contestation ne doit pas laisser la société sans compte de remplacement.

B. Comment préserver la société, ses salariés, ses créanciers et son dirigeant ?

La priorité opérationnelle est de sécuriser un compte de substitution. Si la société dispose encore d’un compte ouvert, elle peut accélérer la migration auprès d’un autre établissement. Si elle n’a plus de compte de dépôt en France et essuie un refus, le droit au compte peut être utilisé. L’article L. 312-1 du code monétaire et financier prévoit : « A droit à l’ouverture d’un compte de dépôt dans l’établissement de crédit de son choix, sous réserve d’être dépourvu d’un tel compte en France : 1° Toute personne physique ou morale domiciliée en France ». Le texte officiel est accessible sur Légifrance.

La société doit demander une attestation de refus à l’établissement sollicité. L’article L. 312-1 prévoit également : « En cas de refus de la part de l’établissement choisi d’ouvrir un tel compte à l’une des personnes mentionnées au I, celle-ci peut saisir la Banque de France afin qu’elle lui désigne un établissement de crédit situé à proximité de son domicile ou d’un autre lieu de son choix ». Pour une personne morale, le dossier comprend en pratique l’extrait d’immatriculation, les statuts, l’identité et les pouvoirs du représentant, le justificatif du siège, les bénéficiaires effectifs et une présentation cohérente de l’activité et des flux. Une société récemment créée doit expliquer l’origine des fonds et les opérations attendues sans minimiser un pays ou un partenaire commercial sensible.

La procédure de droit au compte ne garantit pas l’ouverture d’un compte dans la banque initialement choisie. Elle conduit à la désignation d’un établissement qui devra proposer les services bancaires de base sous réserve des règles de vigilance. Le dirigeant doit donc répondre aux demandes de conformité même après la désignation. L’arrêt du 30 juin 2021 précité montre qu’un compte ouvert au titre de ce droit peut être résilié dans les cas prévus par la loi. Le droit au compte est un filet de continuité, pas une immunité contre les obligations de connaissance du client ou contre une utilisation illégale du compte.

À Paris et en Île-de-France, le dossier doit être préparé en fonction du siège social de la société et du calendrier des paiements. Une entreprise qui a un dépôt de capital bloqué, une paie imminente, un fournisseur stratégique ou une audience devant le tribunal de commerce doit joindre les justificatifs de l’urgence à sa demande. Les documents doivent rester cohérents entre l’extrait Kbis, les statuts, le bail ou la domiciliation, les factures et les flux annoncés. Une demande précipitée et incomplète peut allonger la transition. Le dirigeant doit également vérifier si une procédure collective, une saisie ou une mesure administrative affecte déjà le compte, car le droit au compte ne neutralise pas ces procédures.

La liste des paiements à protéger doit être établie le jour de la notification. Elle comprend les salaires, les virements de paie, les cotisations sociales, la TVA, l’impôt sur les sociétés, les loyers, les assurances, les contrats d’énergie, les fournisseurs indispensables, les remboursements d’emprunts et les encaissements par carte. Chaque ligne doit indiquer la date d’échéance, le bénéficiaire, le compte utilisé, le nouveau moyen de paiement et la personne chargée du contrôle. Cette méthode permet de distinguer un paiement simplement retardé d’un risque immédiat de rupture d’activité.

Les clients doivent recevoir les nouvelles coordonnées bancaires par un canal vérifiable. Il faut se méfier des demandes de changement de RIB reçues au moment même d’une fermeture de compte : une fraude au président peut exploiter la confusion. Les coordonnées doivent être confirmées par un interlocuteur connu, et le changement doit être enregistré dans les procédures internes. Le dirigeant peut demander à l’expert-comptable ou au responsable financier de réaliser un contrôle croisé avant tout virement important. Cette précaution protège la société contre une perte qui ne serait pas liée à la régularité de la clôture mais à une usurpation.

Le dossier juridique doit être organisé dans l’ordre chronologique. Il faut réunir la convention de compte, les conditions tarifaires, les avenants de découvert, les relevés des treize derniers mois, la lettre de la banque, les preuves d’envoi, les demandes de conformité, les réponses de la société et la liste des opérations rejetées. À cela s’ajoutent les contrats résiliés ou suspendus, les courriers des salariés, les pénalités, les factures de financement d’urgence et un état de trésorerie. Chaque pièce doit être numérotée et reliée à une date. Une capture d’écran isolée est moins utile qu’un relevé complet accompagné de la preuve de son origine.

Le dirigeant doit conserver les éléments qui démontrent la bonne foi de la société. Les statuts à jour, la déclaration des bénéficiaires effectifs, les comptes annuels, les déclarations fiscales, les contrats commerciaux, les justificatifs d’origine des fonds et les explications sur les flux internationaux peuvent répondre aux demandes de vigilance. Il faut distinguer une activité inhabituelle mais licite d’une opération sans justificatif. Une société qui reçoit des fonds d’un partenaire étranger doit pouvoir présenter le contrat, la facture, la preuve de la prestation et le circuit de paiement. Une réponse claire ne garantit pas le maintien du compte, mais elle réduit les malentendus et prépare la discussion sur les faits réellement reprochés.

La société doit aussi surveiller la situation personnelle du dirigeant. Une fermeture bancaire peut affecter une caution, un compte joint utilisé pour garantir un prêt, un mandat de paiement ou une garantie personnelle. L’entreprise ne doit pas confondre les dettes de la société avec celles du représentant. Les courriers de la banque doivent être relus pour identifier les engagements du dirigeant, les garanties appelées et les informations éventuellement communiquées aux fichiers d’incidents. Une demande de réparation au nom de la société ne couvre pas automatiquement un préjudice personnel, et inversement.

Si la banque menace de clôturer alors que la société dispose d’un financement nécessaire à son exploitation, le calendrier doit être traité comme une urgence juridique. Il faut demander le contrat de concours, vérifier le délai de notification, chiffrer le besoin de trésorerie et rechercher immédiatement une solution de remplacement. Le maintien d’un concours pendant un préavis ne signifie pas que la banque doit augmenter l’autorisation ou financer de nouvelles pertes. La société doit présenter un plan réaliste : encaissements attendus, dépenses prioritaires, garanties disponibles et date de bascule vers le nouveau compte.

La fermeture peut coïncider avec une dégradation de la trésorerie. Dans ce cas, le dirigeant doit examiner sans délai si la société peut encore régler son passif exigible avec son actif disponible. Un compte bloqué ne suffit pas, à lui seul, à établir une cessation des paiements, mais l’absence de solution bancaire peut précipiter les impayés. Il faut obtenir une vision exacte des dettes exigibles, des créances certaines et des liquidités réellement accessibles. Un expert-comptable et un avocat peuvent aider à distinguer une difficulté temporaire de trésorerie d’une situation qui impose une déclaration au tribunal.

La meilleure contestation est celle qui protège simultanément le fonctionnement de la société et ses droits. Demander la gratuité de la clôture, un délai de transition, la restitution du solde ou la réparation d’un rejet n’interdit pas d’ouvrir un compte ailleurs. À l’inverse, ouvrir un nouveau compte ne vaut pas acceptation de toutes les conséquences de la fermeture. Le courrier peut préciser que la société prend les mesures nécessaires pour la continuité de l’activité, tout en réservant ses droits sur la régularité du préavis, les frais, les opérations bloquées et le préjudice prouvé.

Conclusion

Depuis le 28 mai 2026, une société peut demander la clôture gratuite de son compte de dépôt. La règle porte sur l’absence de frais de clôture ; elle ne supprime ni les opérations en cours, ni un solde débiteur, ni les contrats de crédit, ni les obligations de vigilance. La société doit préparer le transfert des flux, obtenir une date écrite de fermeture et conserver la preuve de chaque démarche.

Lorsque la banque ferme elle-même le compte, le dirigeant doit identifier le produit concerné, contrôler le préavis, distinguer la convention de compte du concours bancaire et vérifier si une exception légale est invoquée. Le droit au compte peut permettre à une personne morale domiciliée en France de retrouver un compte après un refus, mais il reste soumis aux règles de conformité. En cas de blocage, la chronologie des paiements, la preuve du dommage et la recherche immédiate d’une solution de remplacement sont aussi importantes que le fondement juridique de la contestation.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».