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Maître Reda KOHEN
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Banque ferme votre compte professionnel : délais, motifs et recours en 2026

Depuis le 28 mai 2026, la clôture d’un compte de dépôt appartenant à une société est gratuite. Cette mesure récente de simplification ne retire pourtant pas aux banques la possibilité de mettre fin à une relation devenue indésirable. Pour une entreprise, la lettre de fermeture peut provoquer une crise immédiate : virements clients rejetés, prélèvements fiscaux ou sociaux interrompus, salaires menacés, terminal de paiement inutilisable et découvert supprimé. La première urgence consiste à distinguer trois événements juridiquement différents : la clôture du compte, le retrait des moyens de paiement et l’interruption d’un concours bancaire comme un découvert autorisé.

Le délai applicable dépend de cette qualification, de la convention signée et, parfois, de l’ouverture du compte dans le cadre du droit au compte. Une entreprise ne doit donc ni accepter automatiquement le calendrier annoncé, ni promettre à ses créanciers une réouverture que le juge ordonnera rarement. Elle doit préserver les preuves, demander les raisons de la rupture lorsqu’un crédit est dénoncé, ouvrir une solution de continuité et chiffrer les pertes directement causées par une faute de la banque. Ce guide répond aux questions opérationnelles : une banque doit-elle motiver sa décision, quel préavis respecter, comment saisir la Banque de France et quels recours engager lorsqu’une clôture met l’activité en danger ?

I. Banque ferme un compte professionnel : quel délai et quel motif doit-elle respecter ?

A. La banque doit-elle prévenir deux mois avant de clôturer le compte professionnel ?

La réponse n’est pas identique pour tous les comptes. Beaucoup de guides annoncent un préavis uniforme de deux mois. Cette règle existe dans certains régimes, mais elle ne doit pas être appliquée mécaniquement à une SAS, une SARL, une SCI, une association ou un entrepreneur qui utilise le compte pour les besoins de son activité. Il faut commencer par relire la convention de compte, les conditions générales applicables à la date de la notification, les avenants et la lettre de rupture. Ces documents permettent de déterminer si la banque dénonce seulement le compte ou aussi une autorisation de découvert, une facilité de caisse, une ligne d’escompte ou un autre financement.

L’article L. 312-1-1 du code monétaire et financier prévoit certes, pour une convention de compte de dépôt à durée indéterminée, que « L’établissement de crédit résilie une convention de compte de dépôt conclue pour une durée indéterminée moyennant un préavis d’au moins deux mois ». Mais le même article organise la convention des personnes physiques qui n’agissent pas pour des besoins professionnels. Son invocation par une société peut donc échouer.

La cour d’appel de Montpellier l’a dit avec précision dans un arrêt du 6 mai 2025, n° 23/02319, rendu à propos du compte courant d’une SAS : « l’article L. 312-1-1 du code monétaire et financier, seulement applicable aux comptes de dépôt (accordés pour des besoins non-professionnels) n’est pas applicable au compte ouvert pour les besoins professionnels de la SAS Premium Automobiles ». L’entreprise doit donc éviter de bâtir tout son recours sur ce seul texte. La convention professionnelle et les circonstances de la rupture redeviennent centrales.

Une banque peut en principe mettre fin à une convention de compte à durée indéterminée. Cette liberté n’autorise ni manœuvre déloyale, ni brutalité créant un dommage évitable, ni contradiction avec un engagement contractuel précis. L’article 1104 du code civil fournit un fondement général et impératif : « Les contrats doivent être négociés, formés et exécutés de bonne foi. Cette disposition est d’ordre public. » La faute ne résulte donc pas du seul refus de poursuivre indéfiniment la relation. Elle peut résulter du calendrier, de la manière d’annoncer la rupture, d’assurances contraires données peu auparavant, du non-respect de la convention ou du blocage injustifié des fonds pendant la transition.

La cour d’appel de Versailles a récemment contrôlé ce point dans un arrêt du 19 mai 2026, n° 25/04564. La société contestait la clôture d’un compte professionnel assorti d’un découvert. Après avoir vérifié les courriers et les dates, la cour a retenu mot pour mot : « il est constant que, sauf abus de nature à engager sa responsabilité, un établissement de crédit peut résilier unilatéralement une convention de compte à durée indéterminée ». Elle a rejeté le recours parce que la banque avait adressé des notifications successives et laissé un délai jugé suffisant. Cette décision montre l’utilité d’une chronologie complète : une lettre isolée peut sembler tardive alors qu’un courrier antérieur avait déjà dénoncé le concours.

La date de réception compte davantage que la date imprimée en haut du courrier. L’entreprise doit conserver l’enveloppe, l’avis de réception, le courriel d’accompagnement et toute notification dans l’espace bancaire. Elle doit aussi identifier la date exacte à laquelle chaque service cessera : carte, virements, prélèvements, encaissement de chèques, terminal de paiement, accès en ligne et découvert. Une formule générale annonçant la « cessation des relations » peut couvrir plusieurs contrats, mais son périmètre doit être interprété à partir de la convention et des références indiquées.

Il faut ensuite distinguer compte créditeur et compte débiteur. Un compte présentant un solde positif pose surtout une question de restitution et de continuité des paiements. Un compte débiteur révèle souvent l’existence d’un concours bancaire. La banque peut alors réclamer le solde à la clôture, sous réserve des règles protectrices applicables au crédit. Les opérations initiées avant la fermeture, les intérêts, commissions et contre-passations peuvent modifier le solde définitif. L’entreprise doit demander un arrêté détaillé plutôt que se fier au montant provisoire de la lettre.

Enfin, la nouvelle gratuité ne crée pas un droit au maintien. Le nouvel article L. 312-1-7 du code monétaire et financier, en vigueur depuis le 28 mai 2026, énonce exactement : « La clôture de tout compte de dépôt ou compte sur livret appartenant à une personne physique ou morale est gratuite. » Une société peut donc contester des frais facturés pour la clôture elle-même. Elle reste toutefois redevable, selon les contrats et les opérations, d’un solde débiteur, d’intérêts dus, de frais antérieurs justifiés ou d’une indemnité propre à un autre service. Il faut séparer chaque ligne au lieu de qualifier toute somme de frais de fermeture.

B. Que devient le délai si la banque supprime aussi le découvert ou invoque un contrôle anti-blanchiment ?

La suppression du découvert change l’analyse. L’article L. 313-12 du code monétaire et financier protège l’entreprise lorsqu’un établissement réduit ou interrompt un concours à durée indéterminée, autre qu’occasionnel. Le texte impose une notification écrite et ajoute : « Ce délai ne peut, sous peine de nullité de la rupture du concours, être inférieur à soixante jours. » La protection porte sur le concours, pas automatiquement sur toute modalité du compte.

Un découvert autorisé permanent ou régulièrement reconduit peut constituer un tel concours. Une simple tolérance ponctuelle, une opération exceptionnelle ou un crédit à durée déterminée arrivé à son terme ne reçoivent pas nécessairement le même traitement. L’entreprise doit produire la convention, les plafonds autorisés, les relevés montrant l’usage habituel, les commissions payées et les échanges par lesquels la banque confirmait la facilité. Sans ces pièces, la banque pourra soutenir qu’il n’existait aucune autorisation durable à dénoncer.

L’article L. 313-12 donne aussi une arme pratique trop souvent oubliée : « l’établissement de crédit ou la société de financement fournit, sur demande de l’entreprise concernée, les raisons de cette réduction ou interruption ». La lettre de dénonciation n’a pas toujours à développer spontanément les motifs. L’entreprise doit les demander par écrit, en visant le concours précis et en exigeant une réponse conservable. Cette demande aide à comprendre le risque allégué, à corriger une information erronée et à préparer un recours si la justification donnée contredit les faits.

L’arrêt de Montpellier du 6 mai 2025 apporte une autre formulation utile : « la rupture doit être notifiée en termes non équivoques signifiant clairement au débiteur la décision de la banque de ne plus accorder de crédit ». Une notification vague, une réduction technique non expliquée ou un plafond devenu nul sans courrier doivent être documentés immédiatement. L’entreprise peut demander la date, le service concerné et la base contractuelle, puis mettre la banque en demeure de respecter le délai lorsque le concours relève de l’article L. 313-12.

Deux exceptions retirent le bénéfice du préavis de 60 jours : le comportement gravement répréhensible du bénéficiaire et la situation irrémédiablement compromise. Ces notions ne se confondent pas avec un incident mineur, un retard rapidement régularisé ou une baisse temporaire d’activité. La banque qui s’en prévaut s’expose à un débat de preuve. L’entreprise doit rassembler sa trésorerie prévisionnelle, les commandes, les accords de paiement, les comptes récents et les explications données avant la rupture.

Le contrôle anti-blanchiment obéit à une logique différente. La banque doit connaître son client, son bénéficiaire effectif, l’objet de la relation et la cohérence des opérations. L’article L. 561-8 du code monétaire et financier lui interdit de poursuivre la relation lorsqu’elle ne peut accomplir certaines vérifications : « elle n’exécute aucune opération, quelles qu’en soient les modalités, n’établit ni ne poursuit aucune relation d’affaires ». Une société qui ne répond pas aux demandes de statuts, de justificatifs économiques, d’origine des fonds ou d’identité du bénéficiaire effectif augmente donc fortement le risque de rupture.

La banque n’est pas toujours libre d’expliquer une alerte ou une déclaration de soupçon. L’absence de motif détaillé ne prouve donc pas à elle seule l’illégalité de la clôture. En revanche, l’entreprise doit conserver chaque demande de conformité, sa réponse, les pièces transmises et l’accusé de réception. Si la banque affirme que le dossier est incomplet alors que tous les documents ont été remis, cette traçabilité devient décisive. Il faut répondre factuellement, sans inventer l’objet d’une opération ni transmettre des documents incohérents.

Le régime est encore différent lorsque le compte a été ouvert après désignation de la Banque de France. L’article L. 312-1 du code monétaire et financier reconnaît le droit à l’ouverture d’un compte, sous réserve d’en être dépourvu en France, à « Toute personne physique ou morale domiciliée en France ». En cas de refus, la Banque de France désigne un établissement dans un délai d’un jour ouvré après réception des pièces requises, puis l’établissement désigné ouvre le compte dans les trois jours ouvrés après réception de son dossier complet.

Pour ce compte assorti des services bancaires de base, la clôture par l’établissement désigné est strictement encadrée. Le même article limite les motifs : opérations suspectées de poursuivre des fins illégales, informations inexactes, disparition des conditions de domicile, ouverture d’un second compte permettant d’utiliser les services de base, incivilités répétées ou impossibilité de satisfaire aux obligations de vigilance. Il exige une décision motivée, sauf impératif de sécurité ou d’ordre public, et prévoit en principe un délai minimal de deux mois, sauf notamment utilisation suspecte délibérée ou informations inexactes.

La Cour de cassation a précisé la portée de l’exception dans son arrêt du 30 juin 2021, n° 19-14.313, publié au Bulletin : « Constitue une utilisation délibérée du compte, au sens de ce texte, le fait, pour son titulaire, d’en communiquer les coordonnées à un cocontractant afin qu’il effectue un paiement par virement sur ce compte. » Dans cette affaire, une opération internationale atypique était en cause. Cette solution interdit de croire qu’une opération non encore créditée ne peut jamais être prise en compte dans l’analyse de la banque.

Les services bancaires de base ne se limitent pas à recevoir un RIB. L’article D. 312-5 du code monétaire et financier comprend notamment « L’ouverture, la tenue et la clôture du compte », la domiciliation de virements, l’encaissement de chèques et de virements, les prélèvements SEPA, la consultation à distance, les dépôts et retraits d’espèces ainsi qu’une carte de paiement. Pour une entreprise privée de compte, ce socle peut sauver les flux indispensables, même s’il ne remplace pas un découvert ni tous les services d’une offre professionnelle.

II. Banque ferme le compte professionnel : que faire et quels recours engager ?

A. Quelles actions lancer dans les 48 heures pour protéger la trésorerie et les paiements ?

La première journée doit produire un dossier et une solution de continuité. Le dirigeant télécharge les relevés, la convention, les avenants, les tarifs, les courriers, les messages sécurisés, les justificatifs de conformité et la liste des opérations programmées. Il sauvegarde les coordonnées du chargé d’affaires et du service réclamations. Une fois l’accès en ligne fermé, certaines pièces deviennent plus difficiles à obtenir. La preuve doit être extraite avant toute discussion téléphonique prolongée.

Une chronologie tient sur une page : date d’ouverture, services souscrits, découvert accordé, incidents éventuels, demandes de justificatifs, réponses, première notification, date de réception, échéance annoncée et date réelle des restrictions. Chaque ligne renvoie à une pièce numérotée. Cette méthode permet de voir si la banque a confondu interruption du crédit et fermeture du compte, si le préavis court réellement depuis la première lettre ou si un service a été coupé avant l’échéance.

L’entreprise adresse ensuite une réclamation écrite, sans attendre la réponse orale de l’agence. Elle demande :

  • la confirmation du périmètre exact de la rupture et de chaque date d’effet ;
  • la clause contractuelle invoquée pour le compte et les services annexes ;
  • les raisons de la réduction ou de l’interruption du concours à durée indéterminée, sur le fondement de l’article L. 313-12 ;
  • le maintien des services jusqu’à l’échéance du préavis applicable ;
  • le relevé définitif, la restitution du solde créditeur et l’annulation de tout frais de clôture ;
  • la communication des voies de réclamation et de médiation prévues par la convention.

Cette lettre ne doit pas réclamer indistinctement la « réouverture immédiate ». Elle formule des demandes juridiquement séparées : respect du délai, rétablissement d’un concours interrompu trop tôt, exécution des paiements reçus avant l’échéance, restitution des fonds, correction des frais et indemnisation des incidents déjà causés. Cette précision aide le service réclamations à traiter le dossier et prépare une éventuelle assignation.

En parallèle, l’entreprise ouvre un autre compte. Si elle essuie un refus et ne détient plus aucun compte de dépôt en France, elle demande une attestation de refus puis saisit la Banque de France au titre du droit au compte. La banque qui refuse l’ouverture doit fournir cette attestation « systématiquement, gratuitement et sans délai », selon l’article L. 312-1. Une personne morale ne doit pas se contenter d’une capture de refus commercial : elle demande le document permettant la désignation.

Le dossier de droit au compte doit être complet : pièce d’identité du représentant, justificatif de domicile ou de siège, extrait d’immatriculation récent, statuts, pouvoirs, attestation de refus et déclaration sur l’honneur d’absence de compte de dépôt en France. Selon la forme et l’activité, des documents sur les bénéficiaires effectifs et l’origine des fonds seront demandés. La rapidité légale de la désignation ne supprime pas les contrôles de conformité ; une pièce manquante retarde l’ouverture.

Le dirigeant cartographie ensuite les flux des trente prochains jours. La liste minimale comprend les salaires, cotisations sociales, TVA, prélèvement à la source, loyers, assurances, fournisseurs critiques, abonnements techniques, remboursements d’emprunt, encaissements par carte et plateformes. Chaque émetteur ou bénéficiaire reçoit le nouveau RIB par un canal vérifiable. Pour les salaires et les impôts, le simple envoi d’un courriel tardif ne garantit pas la prise en compte : il faut vérifier la date de cut-off et obtenir une confirmation.

La mobilité bancaire automatisée ne doit pas être présumée pour une société. L’article L. 312-1-7 étend la gratuité de la clôture aux personnes morales, mais réserve le service d’aide automatisée à la mobilité aux personnes physiques n’agissant pas pour des besoins professionnels. Une entreprise organise donc elle-même le transfert de ses prélèvements et virements, sauf service commercial plus favorable proposé par la nouvelle banque.

Les clients doivent recevoir une information prudente. Une campagne massive annonçant un conflit bancaire peut dégrader la confiance et favoriser la fraude au changement de RIB. Pour les débiteurs importants, l’entreprise utilise un double canal : lettre ou courriel signé, puis vérification avec un interlocuteur connu. Elle évite de joindre un RIB sans contexte et avertit qu’aucune nouvelle modification ne sera demandée par simple courriel. Les factures futures indiquent le compte de destination mis à jour.

Si un prélèvement ou un virement est rejeté avant l’échéance annoncée, l’entreprise demande le motif technique, la date et les frais appliqués. Elle paie le créancier par une voie alternative afin de limiter son dommage, puis conserve la preuve du coût supplémentaire. Le devoir de limiter les pertes est stratégique : une société qui laisse volontairement s’accumuler les incidents alors qu’une solution raisonnable existait fragilise sa demande d’indemnisation.

À Paris et en Île-de-France, le tribunal compétent dépend de la qualité des parties, des clauses et de la nature de la demande. Un litige entre une société commerciale et sa banque relèvera souvent du tribunal de commerce désigné par les règles de compétence et la convention. Une urgence peut justifier une procédure de référé si une obligation n’est pas sérieusement contestable ou si un trouble doit être prévenu, mais le juge ne contraint pas facilement deux parties à maintenir durablement un contrat à durée indéterminée. La demande urgente doit viser un résultat réaliste : respect d’un terme, remise de fonds, document indispensable ou cessation d’un blocage précis.

Avant toute saisine, le dossier doit contenir la convention complète. Une jurisprudence favorable sur les 60 jours ne suffit pas si aucun concours à durée indéterminée n’est prouvé. À l’inverse, un découvert utilisé et facturé pendant des années ne doit pas être présenté comme un simple service accessoire sans analyser l’article L. 313-12. La qualification contractuelle commande la stratégie.

B. Comment contester la clôture et obtenir réparation du préjudice de l’entreprise ?

La contestation peut poursuivre quatre objectifs : faire respecter le préavis encore en cours, obtenir la restitution des fonds, corriger le solde et les frais, puis réparer un préjudice causé par une faute. Ces objectifs ne supposent pas tous la même preuve. La lettre de clôture et la convention suffisent parfois pour discuter le délai ; une demande de dommages et intérêts exige en plus une faute, un dommage certain et un lien causal.

La responsabilité contractuelle trouve son fondement dans l’article 1231-1 du code civil : « Le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l’inexécution de l’obligation, soit à raison du retard dans l’exécution ». L’entreprise doit identifier l’obligation violée : clause de préavis, maintien du concours pendant 60 jours, exécution d’une opération reçue avant la clôture, restitution du solde, gratuité de la fermeture ou devoir de bonne foi.

Une perte de chiffre d’affaires ne se confond pas avec un préjudice indemnisable. Le chiffre d’affaires inclut des charges que l’entreprise aurait supportées. Le calcul doit porter sur la marge perdue, les pénalités réellement payées, les frais de financement de remplacement, les coûts de remise en service, les salaires improductifs directement liés à l’interruption et, si elle est sérieuse, la perte de chance de conclure un contrat identifié. Un tableau relie chaque montant à une facture, un relevé ou une attestation.

Le lien causal est souvent le point faible. Si la trésorerie était déjà épuisée, si les paiements auraient été rejetés même avec le compte ou si le client a résilié pour une autre raison, la banque contestera la causalité. L’entreprise produit ses soldes avant la coupure, les commandes, les échéances, les échanges avec les clients et la preuve qu’une opération a échoué en raison précise de la fermeture. Elle distingue la situation antérieure de l’aggravation causée par la rupture.

L’arrêt de Versailles du 19 mai 2026 illustre le risque d’une demande mal ciblée. La cour a considéré que la banque avait respecté le préavis relatif au découvert et un délai suffisant avant la clôture. Elle a donc rejeté l’annulation et les dommages et intérêts. Une société ne gagne pas en démontrant seulement que la fermeture lui a déplu ou a compliqué son activité. Elle doit attaquer une irrégularité prouvée et expliquer ce qu’elle a causé.

Lorsque le découvert a été supprimé sans respecter l’article L. 313-12, le texte prévoit la nullité de la rupture du concours et indique que le non-respect peut entraîner la responsabilité pécuniaire de l’établissement. L’urgence consiste alors à isoler la date de réduction effective, pas seulement la date de clôture administrative. Un plafond réduit à zéro, un virement bloqué faute de découvert ou une autorisation disparue de l’espace client peut matérialiser l’interruption.

Lorsque la banque invoque un comportement gravement répréhensible, la société répond point par point. Elle ne se limite pas à nier. Elle explique l’opération, identifie les parties, fournit le contrat, les factures, les justificatifs douaniers ou fiscaux et la chaîne des paiements. Si elle ne peut expliquer une société intermédiaire, un pays, une discordance de libellé ou l’origine des fonds, une affirmation générale de bonne foi sera insuffisante.

Dans un compte ouvert par droit au compte, le contrôle porte sur les motifs limitativement prévus par l’article L. 312-1, la motivation, l’information de la Banque de France et le préavis. La décision du 30 juin 2021 rappelle toutefois que la banque n’a pas à attendre le crédit effectif d’une opération suspecte pour examiner l’utilisation délibérée du compte. La stratégie ne doit donc pas reposer sur un argument purement chronologique si les instructions et coordonnées avaient déjà été communiquées.

Une mise en demeure solide contient la convention, la chronologie, le fondement, les demandes et un délai de réponse proportionné à l’urgence. Elle réserve les droits sans multiplier les accusations pénales ou réglementaires non étayées. Une copie peut être adressée au service réclamations prévu par la banque. La médiation n’est pas toujours ouverte aux personnes morales ou à tous les litiges professionnels ; il faut vérifier son champ dans la convention avant de compter sur cette voie.

Le recours au juge devient pertinent lorsque la coupure intervient avant le terme promis, que des fonds restent bloqués, que le concours est dénoncé en violation des 60 jours ou qu’un dommage documenté n’est pas indemnisé. L’assignation distingue les demandes provisoires des demandes au fond. Elle évite de solliciter la continuation perpétuelle de la relation et propose une mesure juridiquement exécutable.

Les pièces à préparer sont les suivantes :

  • convention de compte, conditions générales, avenants de crédit et tarifs ;
  • lettres de rupture, preuves de réception et captures de l’espace bancaire ;
  • relevés des douze derniers mois et preuve du découvert autorisé ;
  • demandes de conformité et réponses complètes ;
  • liste des virements, prélèvements et chèques rejetés ;
  • nouveau compte, refus d’ouverture et dossier Banque de France ;
  • réclamations, réponses de la banque et échanges avec les créanciers ;
  • tableau du préjudice accompagné de chaque justificatif.

Le calendrier doit enfin rester maîtrisé. La recherche d’un accord ne doit pas faire oublier les prescriptions applicables ni les échéances fiscales et sociales. Les démarches de continuité et le contentieux avancent ensemble : ouvrir un nouveau compte ne vaut pas renonciation à demander réparation, et contester la clôture ne dispense pas de transférer les flux.

Conclusion

Une banque peut mettre fin à un compte professionnel à durée indéterminée, mais les modalités de la rupture restent contrôlables. Le préavis de deux mois attaché aux comptes non professionnels ne doit pas être transposé sans analyse. En revanche, l’interruption d’un découvert constituant un concours à durée indéterminée exige en principe une notification écrite et au moins 60 jours. Le compte ouvert dans le cadre du droit au compte bénéficie de motifs de clôture limités et d’un régime propre.

Dès réception de la lettre, l’entreprise doit télécharger les preuves, qualifier chaque contrat bancaire, réclamer les raisons de l’interruption du concours, organiser les flux et saisir la Banque de France si elle est dépourvue de compte. Depuis le 28 mai 2026, la clôture elle-même est gratuite pour les personnes morales. Si la banque viole la convention, coupe trop tôt un financement ou bloque fautivement des fonds, la réparation dépendra d’un chiffrage précis et d’un lien causal démontré. Pour replacer ce litige dans la stratégie globale de l’entreprise, consultez la page du cabinet consacrée au droit des affaires et notre guide sur le droit au compte professionnel après un refus d’ouverture.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».