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Statut bailleur privé après le vote du Sénat : ce qui change et ce qui n’est pas encore applicable

Le Sénat a adopté, le 8 juillet 2026, le projet de loi visant la relance et la décentralisation du logement. Le texte modifie plusieurs paramètres du statut du bailleur privé créé par la loi de finances pour 2026 : il ouvre notamment une voie aux associés de sociétés civiles de placement immobilier et revoit les conditions applicables à certains logements anciens rénovés. Cette actualité suscite une question immédiate chez les investisseurs : ces nouvelles règles peuvent-elles déjà être utilisées pour acheter, louer ou calculer l’avantage fiscal ?

La réponse exige une distinction nette. Le dispositif Relance logement déjà inscrit dans le droit positif continue de produire ses effets selon ses conditions actuelles. Les modifications votées par le Sénat ne sont, à ce stade, ni une loi définitivement adoptée ni un texte promulgué. Elles ne doivent donc pas être présentées comme acquises dans une simulation, une annonce ou un acte. Un investisseur peut poursuivre son projet, mais il doit calculer sa rentabilité sur la règle en vigueur et traiter la réforme comme une hypothèse. Cette prudence protège aussi le vendeur, l’agent immobilier, le conseiller et le notaire contre un contentieux fondé sur une information fiscale trop affirmative.

I. Statut bailleur privé après le vote du Sénat : quelles règles sont déjà applicables ?

A. Le vote du 8 juillet 2026 ne remplace pas le dispositif Relance logement en vigueur

Le point de départ est le calendrier parlementaire. Le texte n° 157 adopté par le Sénat le 8 juillet 2026 a été voté en première lecture dans le cadre d’une procédure accélérée. Le dossier législatif du Sénat indique qu’il a été transmis à l’Assemblée nationale le 9 juillet. Le parcours n’est donc pas achevé : l’Assemblée nationale peut adopter le texte, le modifier ou ne pas l’examiner dans les termes votés par le Sénat. Une commission mixte paritaire, une nouvelle lecture, un contrôle constitutionnel ou des dispositions réglementaires peuvent encore affecter le résultat.

Le texte sénatorial confirme lui-même cette temporalité. Son article 4 prévoit, pour les modifications fiscales qu’il porte : « II. – Le I du présent article s’applique à compter du lendemain de la publication de la présente loi. » Cette phrase est décisive. Tant qu’une loi issue de ce processus n’a pas été définitivement adoptée, promulguée et publiée, les nouvelles dispositions ne peuvent pas fonder une déclaration fiscale. Elles ne permettent pas davantage de certifier qu’une SCPI, un logement rénové ou un niveau de performance énergétique bénéficiera du régime annoncé.

Il ne faut pas en déduire que tout statut du bailleur privé serait suspendu. La loi de finances pour 2026 a déjà créé le dispositif Relance logement. La présentation officielle du Gouvernement rappelle qu’il concerne, sous conditions, des acquisitions réalisées entre le 21 février 2026 et le 31 décembre 2028, destinées à la location nue à titre de résidence principale pendant neuf ans. Cette règle existante doit être séparée du projet de réforme voté en juillet.

La méthode correcte consiste donc à établir deux simulations. La première repose exclusivement sur le droit en vigueur au jour de l’engagement. Elle doit intégrer le prix, les frais, le financement, le loyer réellement autorisé, la vacance, les charges, les travaux et la fiscalité certaine. La seconde peut tester l’effet éventuel du texte sénatorial, mais elle doit porter clairement la mention « hypothèse non promulguée ». Si l’opération n’est viable que dans la seconde simulation, le risque législatif est central et doit être écrit, chiffré et accepté.

Cette séparation protège l’acquéreur contre une confusion fréquente entre annonce politique, vote d’une assemblée et droit applicable. Elle protège aussi les professionnels. L’article 1112-1 du code civil dispose mot pour mot : « Celle des parties qui connaît une information dont l’importance est déterminante pour le consentement de l’autre doit l’en informer dès lors que, légitimement, cette dernière ignore cette information ou fait confiance à son cocontractant. » Le caractère encore parlementaire d’un avantage fiscal est précisément une information susceptible de déterminer le consentement d’un investisseur.

La Cour de cassation a déjà jugé un litige dans lequel l’avantage fiscal était le but déterminant de l’achat. Dans son arrêt du 10 septembre 2014, n° 13-13.599, elle relève mot pour mot que le vendeur n’établissait pas avoir averti l’acquéreur « du risque que l’avantage fiscal recherché soit refusé par l’administration fiscale ». La Cour en déduit que le défaut d’information devait être mis en relation avec le redressement effectivement subi. Cette décision ne porte pas sur Relance logement, mais son enseignement est directement utile : une fiscalité espérée ne doit jamais être présentée comme certaine lorsque sa base juridique, ses conditions ou sa preuve restent incertaines.

En pratique, un acquéreur qui signe en juillet 2026 doit demander la date et la version de chaque texte cité dans la simulation. Les mots « statut bailleur privé », « dispositif Jeanbrun » ou « réforme du Sénat » ne suffisent pas. Il faut identifier la règle actuelle, la modification proposée, sa date d’entrée en vigueur annoncée et l’événement qui permettra de la considérer comme applicable. Une capture de publication commerciale, une brochure datée, les courriels échangés et la simulation complète doivent être conservés.

Le prix d’achat mérite la même rigueur. Si le vendeur valorise le bien en fonction d’une économie fiscale issue du texte sénatorial, l’acheteur doit recalculer le prix sans cette économie. La différence mesure l’exposition au risque législatif. Un investissement peut rester cohérent malgré ce risque lorsqu’il repose sur la valeur du bien, un loyer prudent et un financement supportable. Il devient fragile lorsque l’équilibre dépend d’un avantage non promulgué ou d’une revente anticipée sans marge.

Enfin, aucune promesse privée ne peut rendre applicable une loi qui ne l’est pas. Le vendeur peut garantir contractuellement certaines qualités du bien ou assumer une indemnité dans des conditions précises. Il ne peut pas engager l’administration fiscale ni garantir l’interprétation future d’un texte. La clause utile ne consiste donc pas à écrire que l’avantage « sera obtenu », mais à répartir les risques, définir les documents dus et prévoir les conséquences d’un écart entre l’hypothèse annoncée et la situation réelle.

B. SCPI, rénovation et DPE : ce que le Sénat propose réellement de modifier

Le premier changement visible concerne les sociétés civiles de placement immobilier. Le texte voté par le Sénat prévoit, dans l’article 31 du code général des impôts, un calcul de l’amortissement au niveau de la SCPI, immeuble par immeuble, pour les seuls immeubles remplissant les conditions du dispositif. Il ajoute que « la quote-part d’amortissement ainsi déterminée est répartie entre les associés à proportion des droits qu’ils détiennent dans la société ». Cette rédaction ouvrirait un accès indirect au mécanisme, alors que l’investisseur ne détient pas personnellement chaque logement.

Cette évolution ne signifie pas que toutes les parts de SCPI deviendraient automatiquement éligibles. Le texte vise seulement les immeubles satisfaisant aux conditions du régime. La société devrait identifier ces actifs, calculer l’amortissement séparément et répartir une quote-part documentée. L’associé devrait ensuite disposer des informations nécessaires à sa déclaration. La qualité de la comptabilité, les dates d’acquisition, la nature des immeubles, les conditions de location et la traçabilité de la quote-part deviendraient donc essentielles.

Avant toute souscription fondée sur cette perspective, l’investisseur doit demander au gestionnaire si le produit commercialisé dépend du droit actuel ou du texte voté par le Sénat. Il doit aussi demander quels immeubles seraient concernés, quelle fraction de la collecte leur serait affectée, comment la quote-part serait attestée et quelle conséquence aurait une modification parlementaire. Une présentation générale du statut du bailleur privé ne répond pas à ces questions.

Le deuxième changement porte sur les logements anciens et leur performance énergétique. Le texte sénatorial propose une déduction d’amortissement pour certains logements acquis avec des travaux, lorsque ceux-ci permettent d’atteindre au moins la classe D ou, lorsque la classe initiale est G, au moins la classe E. Les classes énergétiques renvoient à l’article L. 173-1-1 du code de la construction et de l’habitation, qui classe les bâtiments « par niveau de performance décroissant » de A à G en fonction de la consommation énergétique et des émissions de gaz à effet de serre.

Ce point est important pour les investisseurs qui examinent une passoire thermique. Il ne suffit pas de prévoir un budget de rénovation. Il faut connaître le DPE initial, identifier le niveau à atteindre, vérifier la faisabilité technique en copropriété et conserver la preuve du résultat. Un devis promettant une classe future n’équivaut pas à un diagnostic après travaux. Les fenêtres, la ventilation, le chauffage, l’isolation intérieure ou extérieure et les ponts thermiques peuvent dépendre de décisions collectives ou de contraintes architecturales. À Paris et en Île-de-France, ces obstacles sont fréquents dans les immeubles anciens.

Le texte voté renvoie aussi à la notion de travaux concourant à la production ou à la livraison d’un immeuble neuf et à celle de travaux d’amélioration. Leur qualification fiscale ne se confond pas avec le langage courant d’un devis. Une rénovation « complète » dans une annonce peut relever de catégories différentes en droit fiscal. L’investisseur doit obtenir une ventilation poste par poste et éviter une estimation globale qui mélange acquisition, mobilier, décoration, entretien, réparation, reconstruction et amélioration énergétique.

Le régime des déficits fonciers demeure également à surveiller. L’article 156 du code général des impôts, dans sa version en vigueur au 17 juillet 2026, énonce mot pour mot : « Des déficits fonciers, lesquels s’imputent exclusivement sur les revenus fonciers des dix années suivantes ». Il prévoit ensuite, sous conditions, une imputation sur le revenu global limitée à 10 700 euros, avec un plafond temporairement rehaussé pour certains travaux de rénovation énergétique permettant de passer d’une classe E, F ou G à une classe A, B, C ou D au plus tard le 31 décembre 2027. L’amortissement, les charges déductibles et le déficit foncier ne doivent pas être additionnés mécaniquement sans vérifier leurs règles d’articulation.

Une simulation sérieuse doit donc présenter séparément le revenu brut, les charges déductibles, les intérêts d’emprunt, l’amortissement, le plafond d’imputation et le report éventuel. Elle doit aussi expliquer ce qui se passe si le logement est vendu ou cesse d’être loué. L’article 156 prévoit en effet, dans certains cas, une reconstitution du revenu foncier et du revenu global des trois années précédentes lorsque le propriétaire cesse de louer. Cette conséquence peut effacer une partie de l’économie attendue si le calendrier locatif n’est pas respecté.

Le troisième point est celui de la preuve. Le bénéfice d’un mécanisme fiscal dépend rarement d’une seule facture. L’investisseur doit pouvoir produire l’acte d’acquisition, les diagnostics, les marchés de travaux, les factures acquittées, les preuves de paiement, les autorisations de copropriété ou d’urbanisme, les baux, les avis d’imposition et les attestations utiles. Lorsque l’investissement passe par une société, les statuts, la comptabilité et les documents transmis par la société s’ajoutent à ce dossier.

Le Tribunal judiciaire de Tours a rappelé cette exigence d’information dans une affaire de défiscalisation immobilière. Son jugement du 21 janvier 2025, RG n° 22/00190, énonce mot pour mot au sujet du commercialisateur : « Elle se devait donc de fournir à monsieur [M] [F] [L] des informations exactes concernant les obligations à respecter afin d’obtenir l’avantage fiscal escompté. » La leçon pratique dépasse le dispositif concerné par ce jugement : les conditions doivent être décrites avec exactitude, et non réduites à un slogan fiscal.

La Cour d’appel de Versailles adopte la même logique. Dans son arrêt du 20 juin 2024, RG n° 21/02953, elle affirme mot pour mot : « Il incombe également au vendeur d’informer l’acquéreur des risques que l’avantage fiscal soit refusé par l’administration ». Un document remis après la signature ne répare pas toujours une information déterminante omise avant l’engagement. La chronologie des échanges compte donc autant que leur contenu.

II. Acheter ou investir maintenant : comment sécuriser le projet avant la promulgation ?

A. Calculer l’investissement sur le droit certain et encadrer l’hypothèse de réforme

La première mesure de sécurité consiste à demander un scénario sans réforme. Ce scénario doit rester acceptable si l’Assemblée nationale supprime l’apport sénatorial, si l’entrée en vigueur est retardée, si un décret modifie les modalités pratiques ou si l’administration adopte une lecture restrictive. L’investisseur doit pouvoir payer le crédit, les charges et les travaux sans compter sur une économie fiscale incertaine.

Le calcul doit partir du loyer juridiquement encaissable, pas du loyer le plus élevé observé dans une annonce. À Paris et dans plusieurs communes franciliennes, l’encadrement des loyers peut se superposer aux plafonds propres au dispositif. Le loyer de référence majoré, le complément de loyer, la surface habitable, les annexes et la date de construction doivent être vérifiés. Une différence de quelques centaines d’euros par mois peut absorber l’avantage fiscal annoncé.

Les charges doivent être ventilées entre ce qui reste supporté par le bailleur, ce qui peut être récupéré sur le locataire et ce qui peut être déduit fiscalement. Il faut intégrer la taxe foncière, l’assurance, les honoraires, les charges de copropriété non récupérables, les travaux votés, la vacance, les impayés, la comptabilité et le coût du financement. Une rentabilité calculée avant charges ou avant impôt ne permet pas de décider.

Pour un logement ancien, le budget travaux mérite un scénario de dépassement. Les devis doivent préciser la TVA, les fournitures, la main-d’œuvre, les études, la maîtrise d’œuvre et les postes non inclus. En copropriété, l’acquéreur doit lire les trois derniers procès-verbaux d’assemblée générale, le plan pluriannuel de travaux lorsqu’il existe, le diagnostic technique global, les appels de fonds et les procédures en cours. Il doit vérifier si les travaux privatifs exigent une autorisation ou affectent les parties communes.

Le DPE ne doit pas être traité comme une simple formalité. Si l’économie projetée dépend d’un passage de G à E ou de E à D, l’acquéreur doit obtenir une étude cohérente avec les caractéristiques réelles du lot. Une projection faite sans visite, sans données sur le chauffage collectif ou sans prise en compte des murs et planchers peut être trompeuse. Le contrat de travaux doit préciser les performances visées, les réserves techniques et les documents remis à la réception.

Lorsque l’opération est déjà engagée, la force obligatoire du contrat doit être prise au sérieux. L’article 1103 du code civil énonce : « Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits. » Une évolution législative espérée ne libère pas automatiquement l’acquéreur d’une offre ou d’une promesse. Il faut relire les conditions, les déclarations du vendeur, les annexes et les délais de rétractation ou de réalisation.

Si un événement futur et incertain est véritablement déterminant, le contrat peut l’organiser. L’article 1304 du code civil précise mot pour mot : « L’obligation est conditionnelle lorsqu’elle dépend d’un événement futur et incertain. » La clause doit cependant être adaptée au dossier. Elle doit identifier l’événement, fixer une date limite, répartir les diligences, prévoir la preuve de la réalisation et déterminer le sort du dépôt de garantie. Une formule générale visant « l’obtention de l’avantage fiscal » peut créer plus de débats qu’elle n’en résout.

Le comportement des parties pendant la réalisation de la condition doit également être loyal. L’article 1304-3 du code civil dispose : « La condition suspensive est réputée accomplie si celui qui y avait intérêt en a empêché l’accomplissement. » L’acquéreur ne peut donc pas rester inactif lorsqu’il devait demander un document, déposer un dossier ou rechercher un financement. Le vendeur ne peut pas davantage faire obstacle à une autorisation dont il a promis la remise.

Dans le contexte du vote sénatorial, une clause ne devrait pas dépendre d’une formule politique imprécise. Elle peut viser, par exemple, la publication avant une date donnée d’une loi contenant une disposition identifiée, l’éligibilité du type de bien selon cette loi et la remise d’une analyse fiscale écrite. Le rédacteur doit aussi anticiper une promulgation partielle ou une rédaction différente de celle votée le 8 juillet.

Pour une SCPI, la documentation précontractuelle doit préciser le caractère hypothétique de l’amortissement lorsqu’elle s’appuie sur le texte sénatorial. Il faut distinguer le rendement distribué, la valorisation des parts et l’économie fiscale personnelle. Les frais de souscription, le délai de jouissance, la liquidité limitée, la baisse possible de la valeur des parts et la fiscalité de la revente subsistent, quelle que soit l’issue de la réforme.

Pour un achat direct, l’investisseur doit comparer le projet avec d’autres biens qui ne dépendent pas du même pari fiscal. Cette comparaison permet d’identifier ce qui motive réellement le prix : qualité de l’emplacement, état de l’immeuble, potentiel locatif, travaux, financement ou économie d’impôt. Si l’avantage fiscal constitue l’unique justification d’un prix supérieur au marché, l’opération doit être réexaminée.

Les investisseurs parisiens et franciliens doivent enfin intégrer la compétence des acteurs locaux. Les règles de copropriété, l’urbanisme, les protections patrimoniales, le changement d’usage et l’encadrement des loyers peuvent réduire la marge de manœuvre. Un projet techniquement possible dans une maison individuelle peut être impossible dans un lot situé sous toiture ou dans un immeuble protégé. La fiscalité ne corrige pas une impossibilité matérielle ou administrative.

B. Information erronée, avantage perdu ou redressement : quels recours et quelles preuves ?

Lorsqu’un investisseur découvre que la réforme annoncée n’est pas applicable, la première étape consiste à figer les preuves. Il faut conserver l’annonce, la brochure, la simulation, les courriels, les messages, les comptes rendus, le mandat, l’offre, la promesse, l’acte authentique et les documents fiscaux. Les versions des pages internet peuvent évoluer après la vente ; une capture datée et complète peut devenir utile.

La deuxième étape consiste à identifier l’auteur de chaque information. Le vendeur, l’agent immobilier, le commercialisateur, le conseiller en gestion de patrimoine, l’expert-comptable et le notaire n’ont pas le même rôle. Une faute ne se déduit pas automatiquement de la présence d’un professionnel dans l’opération. Il faut relier une information due, un manquement, un dommage et un lien de causalité.

La troisième étape consiste à distinguer l’inexactitude de la dissimulation intentionnelle. L’article 1137 du code civil énonce que le dol peut résulter de manœuvres ou de mensonges. Il ajoute mot pour mot : « Constitue également un dol la dissimulation intentionnelle par l’un des contractants d’une information dont il sait le caractère déterminant pour l’autre partie. » Une simple erreur de calcul n’est donc pas automatiquement un dol. En revanche, présenter comme promulguée une mesure que l’on sait seulement votée par le Sénat peut, selon les preuves et l’intention, nourrir un grief plus sérieux.

Le Tribunal judiciaire de Béthune en fournit une illustration récente. Dans son jugement du 1er avril 2025, RG n° 21/01939, relatif à un logement annoncé comme éligible à un dispositif fiscal alors que les conditions n’étaient pas réunies, il retient mot pour mot : « Dès lors, en n’informant pas les candidats-acquéreurs de ce que les conditions légales n’étaient pas réunies lors de la signature de l’acte de vente, ce qu’elle ne pouvait ignorer, la SARL [H]-[W] a commis une réticence dolosive à l’égard des époux [S]. » Le jugement montre l’importance de la situation juridique au jour de l’acte et de la connaissance qu’en avait le vendeur.

Le dommage doit ensuite être calculé sans confondre plusieurs préjudices. L’investisseur peut invoquer, selon le dossier, un redressement fiscal, des intérêts et pénalités, une perte de chance de ne pas contracter, un surcoût d’acquisition, des travaux inutiles ou une rentabilité inférieure. Le montant de l’avantage espéré n’est pas toujours indemnisé intégralement. Le juge peut retenir une perte de chance et appliquer un pourcentage correspondant à la probabilité d’avoir pris une autre décision si l’information exacte avait été donnée.

Une rentabilité décevante ne prouve pas, à elle seule, une faute. Le marché peut évoluer, un locataire peut partir, des charges peuvent augmenter et un bien peut perdre de la valeur. Pour construire un recours, il faut isoler ce qui provient de l’information erronée : par exemple l’absence d’éligibilité dès l’origine, une condition légale impossible, un DPE qui ne pouvait atteindre le niveau promis ou une quote-part d’amortissement présentée comme acquise avant la promulgation.

La chronologie est déterminante. Une mise en garde remise après l’offre peut être tardive si l’acquéreur était déjà engagé. À l’inverse, une réserve claire, visible et expliquée avant la signature peut établir que le risque législatif avait été accepté. Les clauses standard affirmant que l’acquéreur a reçu toutes les informations doivent être confrontées aux pièces réellement remises et aux questions effectivement posées.

Le notaire doit assurer l’efficacité juridique de l’acte qu’il reçoit, mais il ne garantit pas le vote du Parlement ni la rentabilité économique du projet. Son intervention doit être appréciée à partir de la mission exercée, des informations qu’il détenait et de l’objectif fiscal porté à sa connaissance. Lorsque cet objectif est déterminant, il est prudent de l’écrire avant la signature et de demander une réponse précise sur les limites de l’acte.

L’agent immobilier ou le commercialisateur doit, pour sa part, distinguer la description du bien, la simulation et le conseil fiscal. La Cour d’appel de Versailles, dans l’arrêt déjà cité du 20 juin 2024, rappelle que le vendeur professionnel doit se renseigner sur les besoins de l’acheteur afin de l’informer sur l’adéquation du bien à l’usage prévu. Une brochure centrée sur l’amortissement ou la réduction d’impôt peut révéler que l’objectif fiscal était connu de tous.

Avant une action judiciaire, une mise en demeure peut demander la communication des pièces, exposer l’inexactitude, chiffrer provisoirement le dommage et proposer une solution. Selon le stade de l’opération, les options diffèrent : correction de la simulation, renégociation du prix, report de signature, mobilisation d’une condition, résolution amiable, déclaration à l’assureur ou action en responsabilité. Une action précipitée sans dossier chiffré peut affaiblir la négociation.

Les délais de prescription doivent être examinés à partir des faits précis. La date de la signature, celle de la découverte de l’inéligibilité, celle du redressement et celle du dommage ne se confondent pas toujours. L’investisseur ne doit pas attendre la fin d’un contrôle fiscal pour réunir ses pièces ou faire analyser les responsabilités. Une mesure conservatoire ou une expertise peut être utile lorsqu’un risque de disparition des preuves existe.

Pour prévenir ce contentieux, chaque professionnel devrait employer une terminologie datée : « droit en vigueur », « texte adopté par le Sénat », « texte transmis à l’Assemblée nationale », « entrée en vigueur sous réserve de promulgation ». Ces quatre expressions ne sont pas interchangeables. Leur usage exact rend l’information compréhensible et limite les attentes injustifiées.

L’acquéreur peut compléter cette analyse par notre guide sur le statut du bailleur privé et les conditions du dispositif Relance logement. Pour les questions liées à l’acte, à la responsabilité d’un professionnel ou à un investissement déjà signé, notre page consacrée à l’avocat en droit immobilier à Paris présente les principaux cadres d’intervention.

Conclusion

Le vote du Sénat du 8 juillet 2026 marque une étape importante, notamment pour les SCPI et certains logements anciens rénovés. Il ne permet toutefois pas d’appliquer immédiatement les modifications votées. Le droit existant continue de régir les opérations, tandis que le texte sénatorial reste soumis à la suite du processus parlementaire et à une publication future.

Un investissement peut être signé avant l’issue de la réforme s’il reste viable sur les règles certaines. Le dossier doit alors séparer la simulation actuelle de l’hypothèse législative, vérifier le loyer autorisé, les travaux, le DPE, la copropriété, le financement et la preuve fiscale. Si l’avantage annoncé détermine le consentement, cette donnée et ses réserves doivent apparaître dans les échanges et dans l’acte adapté à l’opération.

Lorsqu’une mesure non promulguée a été présentée comme acquise, il faut conserver les documents, identifier l’auteur de l’information, chiffrer l’écart et agir sans attendre. Les recours dépendent moins du nom commercial du dispositif que de la preuve d’une information due, d’un manquement et d’un dommage.

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