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Maître Reda KOHEN
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Assurance habitation résiliée pour non-paiement : quels risques pour le bail et comment réagir ?

Un locataire peut se retrouver sans assurance habitation après un impayé de prime. La situation paraît d’abord relever de l’assureur. Elle devient pourtant très vite un problème de bail.

Le bailleur peut demander une attestation d’assurance chaque année. Si le locataire ne la remet pas, le risque n’est pas seulement administratif. Le contrat de location peut contenir une clause résolutoire pour défaut d’assurance. Dans ce cas, un commandement peut être délivré par commissaire de justice et le locataire dispose d’un mois pour régulariser.

Le bon réflexe consiste à séparer trois questions. Le contrat d’assurance est-il seulement suspendu ou déjà résilié ? Le locataire est-il à nouveau assuré, même auprès d’un autre assureur ? Le bailleur veut-il résilier le bail ou souscrire une assurance pour le compte du locataire ?

Ces trois points changent la stratégie.

Assurance habitation résiliée pour non-paiement : ce qui se passe côté assureur

Le non-paiement de la prime ne signifie pas toujours que le logement est immédiatement sans couverture. Le contrat d’assurance suit son propre calendrier : relance, mise en demeure, suspension éventuelle des garanties, puis résiliation si la situation n’est pas régularisée.

Pour le locataire, la première pièce à obtenir est donc le courrier de l’assureur. Il faut vérifier la date de mise en demeure, la date de suspension, la date de résiliation et la période éventuellement couverte par une nouvelle attestation.

Une erreur fréquente consiste à répondre au bailleur par une capture d’écran d’espace client. Cela ne suffit pas toujours. La loi du 6 juillet 1989 vise la remise d’une attestation de l’assureur ou de son représentant. Il faut donc transmettre une attestation lisible, avec le nom du locataire, l’adresse du logement, la période garantie et les risques locatifs couverts.

Si le contrat a été résilié, le locataire doit chercher immédiatement une nouvelle assurance. Le sujet n’est pas seulement de trouver un contrat moins cher. Il faut pouvoir produire une attestation avant l’expiration du délai indiqué dans le commandement ou la mise en demeure du bailleur.

Le locataire doit assurer le logement et le prouver au bailleur

L’article 7 g de la loi du 6 juillet 1989 impose au locataire de s’assurer contre les risques dont il répond en cette qualité. Il doit en justifier lors de la remise des clés puis chaque année, à la demande du bailleur.

Cette obligation vise notamment les risques locatifs : incendie, explosion, dégât des eaux. Elle ne dispense pas de lire le bail et le contrat d’assurance, car certains logements ou contrats peuvent exiger des garanties complémentaires.

En pratique, le locataire doit conserver plusieurs documents.

Il doit garder l’attestation annuelle d’assurance.

Il doit conserver les courriers de relance ou de résiliation envoyés par l’assureur.

Il doit garder la preuve d’envoi de l’attestation au bailleur ou à l’agence : courriel, accusé de réception, remise via extranet, lettre recommandée.

Il doit aussi conserver toute preuve de paiement ou de régularisation auprès de l’assureur.

Ces pièces peuvent éviter une résiliation du bail lorsque le locataire était bien assuré mais n’a pas transmis le bon document dans les temps.

Que peut faire le bailleur si l’attestation n’est pas remise ?

Le bailleur a deux voies principales.

La première consiste à mettre en œuvre la clause résolutoire du bail, si le contrat en contient une. Pour le défaut d’assurance, cette clause ne produit effet qu’un mois après un commandement demeuré infructueux. Le commandement doit reproduire les dispositions légales applicables. S’il est incomplet ou imprécis, sa validité peut être contestée.

La seconde consiste à souscrire une assurance pour le compte du locataire. L’article 7 g prévoit cette possibilité après un délai d’un mois à compter d’une mise en demeure non suivie d’effet. La mise en demeure doit informer le locataire de cette intention. Elle vaut alors renoncement à la mise en œuvre de la clause résolutoire pour défaut d’assurance.

Le choix du bailleur est donc important. S’il souscrit une assurance pour compte, il ne peut pas dans le même mouvement maintenir la résiliation automatique du bail pour le même défaut d’assurance.

Le coût de cette assurance peut être récupéré auprès du locataire par douzième, sur l’avis d’échéance et la quittance. Le bailleur doit transmettre une copie du contrat d’assurance au locataire. Si le locataire remet ensuite une attestation, le bailleur doit résilier l’assurance souscrite pour son compte dans le délai le plus bref permis.

Commandement pour défaut d’assurance : comment réagir dans le mois

Le délai d’un mois doit être traité comme un délai d’urgence.

Le locataire doit d’abord relire le commandement. Il faut vérifier l’adresse du logement, l’identité des parties, la clause du bail visée, la reproduction de l’article 7 g et la demande exacte : fournir une attestation, payer une somme, ou les deux.

Ensuite, il faut reconstituer la couverture d’assurance.

Si le locataire était déjà assuré à la date du commandement, il doit envoyer l’attestation couvrant cette période. Il faut éviter les réponses vagues. Le bailleur doit recevoir une preuve claire que les risques locatifs étaient couverts.

Si l’assurance a été résiliée, il faut souscrire un nouveau contrat et transmettre l’attestation dans le délai. Lorsque le nouvel assureur refuse en raison d’un impayé antérieur, il faut conserver les refus, relancer d’autres assureurs et documenter toutes les démarches. Cette preuve peut être utile si le bailleur saisit le juge.

Si le commandement mélange impayés de loyers et défaut d’assurance, il faut traiter les deux sujets séparément. Le délai de régularisation n’est pas le même et les conséquences ne se discutent pas de la même manière.

Un locataire ne doit pas attendre l’audience pour produire l’attestation. Il faut envoyer les pièces immédiatement au bailleur, à l’agence, au commissaire de justice si nécessaire, puis conserver la preuve d’envoi.

Une assurance retrouvée peut-elle empêcher l’expulsion ?

Tout dépend de la rédaction du bail, du commandement et des dates.

La Cour d’appel de Paris a rappelé, dans un arrêt du 12 septembre 2024, que la clause résolutoire ne pouvait pas être acquise lorsque le locataire était en réalité assuré contre les risques locatifs au moment du commandement. La cour relève notamment : « Il est ainsi établi qu’il était assuré » (CA Paris, 12 septembre 2024, n 21/21531, source officielle).

Cette décision ne signifie pas qu’une attestation tardive sauve toujours le bail. Elle montre surtout qu’il faut distinguer l’absence d’assurance de l’absence de transmission immédiate de l’attestation. Ce point peut être décisif lorsque le locataire avait bien souscrit une assurance mais n’avait pas répondu correctement au commandement.

À l’inverse, si le locataire n’était pas assuré et ne régularise pas dans le délai d’un mois, le bailleur pourra demander au juge de constater l’acquisition de la clause résolutoire ou de prononcer la résiliation du bail selon la procédure engagée.

Propriétaire : faut-il résilier le bail ou assurer le logement pour compte du locataire ?

Le bailleur doit choisir une stratégie cohérente.

Si le risque principal est l’absence de couverture du logement, l’assurance pour compte peut être rapide et utile. Elle permet de couvrir la responsabilité locative et de récupérer la prime auprès du locataire. Elle est adaptée lorsque le bailleur veut sécuriser le bien sans engager immédiatement une procédure d’expulsion.

Si le défaut d’assurance s’ajoute à des loyers impayés, des troubles ou une dégradation de la relation locative, la clause résolutoire peut devenir plus pertinente. Il faut alors vérifier le bail, faire délivrer un commandement régulier et préparer les pièces pour le juge.

Le bailleur doit éviter les courriers contradictoires. Une mise en demeure annonçant une assurance pour compte peut valoir renoncement à la clause résolutoire pour défaut d’assurance. Un courrier mal rédigé peut donc affaiblir la procédure.

Avant d’agir, il faut réunir le bail, les demandes d’attestation déjà envoyées, les échanges avec l’agence, le commandement envisagé, les avis d’échéance et le décompte des sommes éventuellement dues.

Locataire : quelles pièces préparer pour se défendre ?

Le locataire doit préparer un dossier simple et chronologique.

Il faut réunir le bail, les attestations d’assurance anciennes et nouvelles, les courriers de l’assureur, les preuves de paiement, les preuves de résiliation ou de refus d’assurance, le commandement, les courriels envoyés au bailleur et tout accusé de réception.

Si le locataire a été résilié pour non-paiement mais a ensuite souscrit une nouvelle assurance, l’attestation récente doit être placée en première pièce. Elle doit couvrir le logement exact.

Si le locataire était assuré mais n’a pas transmis l’attestation, il faut produire l’attestation couvrant la période litigieuse et expliquer la chronologie sans minimiser le retard.

Si le commandement est irrégulier, incomplet ou ne reproduit pas les mentions exigées, ce point doit être soulevé devant le juge. Le locataire ne doit pas se limiter à demander des délais de paiement si le litige porte aussi sur la validité du commandement ou sur l’existence même d’une assurance.

Paris et Île-de-France : pourquoi agir vite

À Paris et en Île-de-France, les audiences de baux d’habitation devant le juge des contentieux de la protection sont très documentaires. Le juge attend des pièces datées, lisibles et cohérentes.

Pour un locataire, l’urgence est de produire une attestation avant que le bailleur ne saisisse le juge ou avant l’audience si la procédure est déjà engagée.

Pour un bailleur, l’urgence est de choisir la bonne voie : assurance pour compte, commandement visant la clause résolutoire, ou action judiciaire plus large si le défaut d’assurance s’ajoute à d’autres manquements.

Dans les deux cas, le dossier se joue souvent sur peu de pièces : le bail, le commandement, l’attestation et la preuve d’envoi.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».