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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Entreprise en difficulté en 2026 : que faire depuis la fin de la procédure de sortie de crise ?

Les défaillances d’entreprises restent élevées en 2026. Pour beaucoup de dirigeants, la question n’est plus théorique : les relances fournisseurs s’accumulent, l’Urssaf réclame des cotisations, la banque réduit les facilités de caisse, et la trésorerie ne permet plus de payer tout le monde à l’échéance.

Pendant quelques années, certaines petites entreprises ont pu regarder vers la procédure de traitement de sortie de crise. Ce dispositif temporaire avait été créé pour permettre à une entreprise en cessation des paiements, mais encore capable de payer ses salaires et de présenter rapidement un plan, de restructurer une partie de son passif dans un cadre accéléré.

En 2026, le réflexe doit être différent. Le dirigeant doit choisir entre les voies ordinaires : mandat ad hoc, conciliation, sauvegarde, redressement judiciaire ou liquidation judiciaire. Ce choix dépend d’un point central : l’entreprise est-elle déjà en cessation des paiements ?

La réponse doit être donnée vite. Attendre peut réduire les chances de négociation, exposer le dirigeant à des griefs personnels et laisser un créancier prendre l’initiative d’une assignation devant le tribunal.

Entreprise en difficulté : le premier test est la cessation des paiements

La cessation des paiements ne signifie pas seulement que l’entreprise traverse une mauvaise période.

L’article L.631-1 du Code de commerce vise l’entreprise qui se trouve dans l’impossibilité de faire face à son passif exigible avec son actif disponible. Autrement dit, il faut comparer les dettes arrivées à échéance avec les sommes immédiatement mobilisables.

Le passif exigible comprend les dettes échues : loyers, factures fournisseurs, échéances bancaires, cotisations sociales, dettes fiscales, condamnations exécutoires ou salaires dus.

L’actif disponible correspond aux liquidités utilisables sans délai réel : trésorerie en banque, réserves de crédit confirmées, moratoires effectivement accordés, sommes immédiatement mobilisables. Une promesse de vente, une facture espérée ou un actif que l’entreprise pourrait vendre plus tard ne suffisent pas toujours.

La Cour de cassation l’a rappelé nettement : « un immeuble non encore vendu ne constitue pas un actif disponible » (Cass. com., 17 juin 2020, n° 18-22.747, publié au Bulletin, Cour de cassation).

Ce point est décisif. Beaucoup de dirigeants raisonnent en patrimoine global : stock, fonds de commerce, matériel, créances clients, bien immobilier, promesse d’investisseur. Le tribunal raisonne d’abord en capacité immédiate à payer les dettes exigibles.

Avant la cessation des paiements : mandat ad hoc, conciliation ou sauvegarde

Si l’entreprise n’est pas encore en cessation des paiements, il faut agir avant que la situation ne se ferme.

Le mandat ad hoc permet d’organiser une négociation confidentielle avec les créanciers principaux. Il est utile lorsque l’entreprise doit obtenir un moratoire bancaire, renégocier une dette fournisseur importante, traiter un conflit avec un bailleur ou éviter qu’une tension ponctuelle ne devienne une procédure collective.

Ces décisions relèvent plus largement du droit des affaires, car elles mêlent trésorerie, contrats, responsabilité du dirigeant et stratégie devant le tribunal.

La conciliation est également confidentielle. Elle peut être demandée lorsque l’entreprise connaît une difficulté juridique, économique ou financière, avérée ou prévisible, et qu’elle n’est pas en cessation des paiements depuis plus de 45 jours. Elle permet de rechercher un accord avec les créanciers, parfois avec une homologation du tribunal.

La sauvegarde est plus structurée. L’article L.620-1 du Code de commerce l’ouvre au débiteur qui, sans être en cessation des paiements, justifie de difficultés qu’il n’est pas en mesure de surmonter. Elle vise la réorganisation de l’entreprise, la poursuite de l’activité, le maintien de l’emploi et l’apurement du passif.

Le bon réflexe consiste donc à ne pas attendre la rupture de trésorerie. Tant que l’entreprise peut encore payer les dettes échues grâce à son actif disponible, elle conserve davantage de marge pour négocier.

Un article du cabinet détaille déjà l’intérêt du mandat ad hoc ou de la conciliation avant le dépôt de bilan.

Après la cessation des paiements : le délai de 45 jours devient central

Lorsque la cessation des paiements est caractérisée, le dirigeant ne peut pas rester dans l’attente.

L’article L.631-4 du Code de commerce prévoit que l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire doit être demandée par le débiteur au plus tard dans les 45 jours qui suivent la cessation des paiements, sauf s’il a demandé, dans ce délai, l’ouverture d’une procédure de conciliation.

Ce délai doit être traité comme un signal d’alerte. Il ne faut pas le calculer à partir du jour où le dirigeant accepte enfin que la situation est grave, mais à partir du moment où l’entreprise ne peut plus payer son passif exigible avec son actif disponible.

La déclaration tardive peut nourrir un grief contre le dirigeant. La Cour de cassation juge que, pour l’interdiction de gérer, l’omission de demander l’ouverture d’une procédure collective dans les 45 jours doit avoir eu lieu sciemment. Dans l’affaire jugée le 17 juin 2020, elle a validé l’analyse d’une cour d’appel qui avait retenu que le dirigeant ne pouvait ignorer l’état de cessation des paiements (Cass. com., 17 juin 2020, n° 19-10.341, publié au Bulletin, Cour de cassation).

Cela ne signifie pas que tout retard entraîne automatiquement une sanction. Mais le dirigeant doit pouvoir démontrer qu’il a suivi la trésorerie, consulté ses conseils, tenté les solutions utiles et choisi la procédure adaptée.

Redressement judiciaire ou liquidation judiciaire : comment choisir ?

Le redressement judiciaire n’est pas une punition. C’est une procédure destinée à permettre la poursuite de l’activité, le maintien de l’emploi et l’apurement du passif.

Il suppose que l’entreprise soit en cessation des paiements, mais que son redressement ne soit pas manifestement impossible. Il peut être pertinent lorsqu’il existe encore un carnet de commandes, des clients actifs, une équipe opérationnelle, un bail utile, une marge brute positive ou une perspective sérieuse de restructuration.

La liquidation judiciaire intervient lorsque le redressement est manifestement impossible. L’article L.640-1 du Code de commerce la destine à mettre fin à l’activité ou à réaliser le patrimoine du débiteur par une cession globale ou séparée de ses biens.

Le choix dépend donc moins du montant brut de la dette que de la capacité de l’entreprise à financer la suite.

Un passif important n’interdit pas toujours le redressement si l’activité peut dégager de la trésorerie et si un plan réaliste peut être proposé. À l’inverse, un passif plus faible peut conduire à la liquidation si l’activité est arrêtée, si les commandes ont disparu, si le bail est perdu ou si aucune trésorerie ne permet de financer la période d’observation.

Le dirigeant doit préparer cette discussion avant l’audience. Il doit arriver avec des chiffres, pas seulement avec une intention de continuer.

Les pièces à réunir avant de saisir le tribunal ou de répondre à une assignation

Le dossier doit être préparé comme un dossier de preuve.

Il faut réunir les derniers bilans, la balance âgée clients et fournisseurs, les relevés bancaires récents, les échéanciers Urssaf et fiscaux, les mises en demeure reçues, les commandements de payer, les contrats importants, le bail commercial, les salaires dus, les créances clients recouvrables et les prévisions de trésorerie.

Il faut aussi isoler les dettes qui bloquent réellement l’entreprise. Une dette fiscale ponctuelle ne se traite pas comme une dette fournisseur stratégique. Un impayé de loyer ne se traite pas comme un découvert bancaire dénoncé. Une dette sociale ancienne ne se traite pas comme une rupture de financement immédiate.

Si le dirigeant veut demander un redressement plutôt qu’une liquidation, il doit montrer ce qui peut être sauvé : chiffre d’affaires récurrent, commandes signées, devis acceptés, réduction de charges, cession d’un actif, apport en compte courant, moratoire négocié, reprise partielle ou plan de financement.

S’il répond à une assignation d’un créancier, la préparation est encore plus urgente. Il faut vérifier la régularité de l’assignation, le montant exact de la créance, l’existence d’une contestation sérieuse, la date de cessation des paiements et la possibilité de proposer une voie moins brutale que la liquidation.

Le cabinet a publié une analyse dédiée à l’assignation en liquidation judiciaire par un créancier et aux preuves à préparer.

Paris et Île-de-France : quel tribunal et quels réflexes pratiques ?

À Paris et en Île-de-France, la juridiction compétente dépend de la qualité du débiteur et de son siège.

Pour une société commerciale, le tribunal de commerce est en principe compétent. Pour certains professionnels ou structures non commerciales, le tribunal judiciaire peut être concerné. Le dirigeant doit vérifier le Kbis, l’activité réelle, le siège social et les éventuels établissements secondaires.

La pratique parisienne impose aussi d’anticiper la preuve. Les créanciers institutionnels, notamment Urssaf ou administration fiscale, peuvent produire des décomptes précis. Le débiteur doit donc répondre avec des documents à jour : relevés bancaires, échéanciers, état des commandes, situation comptable et justificatifs de paiement.

Il faut également éviter une erreur fréquente : déplacer le siège social, fermer le local ou changer de banque sans traiter la procédure. Ces mouvements peuvent compliquer la notification des actes, dégrader la confiance du tribunal et nourrir une lecture défavorable du dossier.

Si l’entreprise dispose encore d’une activité exploitable, le travail utile consiste à construire un scénario crédible avant l’audience. Qui paie les salaires ? Quelles charges courantes peuvent être tenues ? Quelles dettes peuvent être gelées ? Quel chiffre d’affaires est sécurisé ? Quels contrats doivent être conservés ?

Que faire maintenant ?

Le dirigeant doit d’abord dater la difficulté.

Le premier tableau à établir est simple : dettes exigibles à 30 jours, trésorerie disponible, crédits confirmés, moratoires écrits, créances clients réellement encaissables et charges incompressibles.

Si l’entreprise n’est pas encore en cessation des paiements, il faut envisager immédiatement la voie amiable ou préventive : mandat ad hoc, conciliation ou sauvegarde selon la gravité.

Si l’entreprise est déjà en cessation des paiements, il faut calculer le délai de 45 jours, examiner si une conciliation reste possible, puis préparer une déclaration de cessation des paiements ou une réponse structurée à l’assignation du créancier.

Si le redressement paraît possible, le dossier doit le démontrer. Si la liquidation semble inévitable, il faut protéger les intérêts du dirigeant, préparer les salariés, sécuriser les documents comptables et éviter les actes qui pourraient être contestés.

L’urgence n’est pas seulement de choisir une procédure. Elle est de reprendre la maîtrise du calendrier avant qu’un créancier, le parquet ou le tribunal ne l’impose.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».