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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Faux conseiller bancaire et compte professionnel : que faire si la banque refuse de rembourser ?

Un appel prétendument émis par la banque, un ton pressant, une opération à « annuler » dans l’application, puis un virement qui part vers un bénéficiaire inconnu : l’arnaque au faux conseiller bancaire touche désormais aussi les comptes professionnels. Pour un dirigeant de TPE, une société commerciale, un commerçant ou une profession libérale, la difficulté arrive souvent après l’urgence : la banque refuse de rembourser en expliquant que l’opération a été validée avec l’authentification forte.

Le sujet n’est plus marginal. Le rapport d’activité 2025 de Cybermalveillance.gouv.fr relève une forte progression de l’arnaque au faux conseiller bancaire et des fraudes au virement. La fiche réflexe du même organisme, mise à jour en mai 2026, décrit un mode opératoire classique : l’escroc se présente comme conseiller ou service fraude, dispose parfois d’informations personnelles, usurpe le numéro de la banque et pousse la victime à valider elle-même des opérations qui sont en réalité frauduleuses.

Pour une entreprise, il faut donc agir sur deux fronts. D’abord, tenter de bloquer ou rappeler les fonds. Ensuite, préparer un dossier juridique solide contre la banque si elle oppose une prétendue négligence grave.

La banque doit-elle rembourser un virement validé sous manipulation ?

Le débat ne se résume pas à une phrase du type : « vous avez validé, donc c’est perdu ». Les articles L. 133-18, L. 133-19 et L. 133-23 du Code monétaire et financier organisent un régime de remboursement des opérations de paiement non autorisées. En pratique, lorsque le client conteste avoir réellement autorisé l’opération, la banque doit démontrer plusieurs éléments : l’authentification, l’enregistrement de l’opération, son absence de déficience technique, puis, si elle veut refuser le remboursement, une fraude du client ou une négligence grave.

L’authentification forte ne suffit donc pas toujours. La loi prévoit que l’utilisation enregistrée d’un instrument de paiement ne prouve pas nécessairement que l’opération a été autorisée, ni que le client a commis une négligence grave. C’est précisément le point central dans les dossiers de faux conseiller bancaire : la victime a pu appuyer sur un bouton, ajouter un bénéficiaire ou confirmer une opération, mais sous l’effet d’une manoeuvre frauduleuse qui lui faisait croire qu’elle protégeait son compte.

Pour un compte professionnel, la discussion dépendra aussi du contrat bancaire, du type d’opération, du canal utilisé, des plafonds, des délégations internes et de la qualité de la personne qui a validé. Mais la banque ne peut pas se contenter d’une formule automatique. Elle doit expliquer pourquoi, dans les circonstances exactes du dossier, le dirigeant ou le préposé aurait commis une négligence suffisamment grave pour perdre le droit au remboursement.

Ce que la jurisprudence regarde concrètement

La Cour de cassation a déjà rappelé que le prestataire de services de paiement doit rapporter la preuve de la négligence grave de son client. Dans un arrêt du 23 octobre 2024, rendu à propos d’une fraude par spoofing téléphonique, elle valide l’analyse d’une cour d’appel qui avait retenu que l’utilisation du spoofing avait mis le client en confiance et diminué sa vigilance : Cass. com., 23 octobre 2024, n° 23-16.267.

Les décisions récentes montrent toutefois que le résultat dépend beaucoup des faits. Dans une décision du 5 juin 2026, le tribunal judiciaire de Paris a relevé que la seule preuve du spoofing ne suffit pas automatiquement à imposer le remboursement ; il faut examiner les circonstances de l’espèce : TJ Paris, 5 juin 2026, RG n° 25/04670. Dans cette affaire, le contexte particulier de relation bancaire et la confusion créée par l’opération ont pesé en faveur du client.

Le même jour, une autre décision parisienne a rejeté la demande de remboursement lorsque la victime avait ajouté des bénéficiaires, augmenté des plafonds et validé plusieurs paiements importants sur demande de l’escroc, dans un contexte jugé plus révélateur d’une négligence grave : TJ Paris, 5 juin 2026, RG n° 25/03887.

La leçon est simple : il ne faut pas seulement dire « faux conseiller bancaire ». Il faut reconstituer la scène. Qui a appelé ? Quel numéro s’est affiché ? Quelles informations l’escroc connaissait-il ? Qu’a dit la banque avant ou après ? L’opération ressemblait-elle à une opération normale de l’entreprise ? Le montant était-il inhabituel ? Un bénéficiaire a-t-il été créé ? La banque a-t-elle détecté une anomalie ? A-t-elle alerté le client ?

Les preuves à réunir immédiatement

Dans les premières heures, l’objectif est de ne pas laisser le dossier se réduire à la capture d’écran d’un virement. Il faut conserver tout ce qui démontre le scénario de manipulation et les réactions de la banque.

Réunissez notamment :

  • les relevés du compte professionnel avant et après l’opération ;
  • les avis d’opération, confirmations de virement, ajouts de bénéficiaire et changements de plafond ;
  • les captures d’écran de l’application bancaire et des messages reçus ;
  • le numéro appelant, l’heure de l’appel et, si possible, l’historique du téléphone ;
  • les courriels ou SMS qui ont précédé l’appel ;
  • les échanges avec le conseiller bancaire, le service fraude ou l’agence ;
  • la preuve de la demande de blocage, d’opposition, de rappel de fonds ou de recall SEPA ;
  • le dépôt de plainte ou le récépissé de pré-plainte ;
  • les statuts de la société, le Kbis, les pouvoirs bancaires et les délégations internes.

Pour une société, il est important d’identifier la personne qui a agi : dirigeant, salarié comptable, associé, mandataire ou personne disposant d’un accès bancaire. Si plusieurs personnes valident habituellement les paiements, il faut expliquer le circuit normal de paiement et montrer ce qui a été contourné par l’escroc.

Que faire dans les 24 premières heures ?

La priorité est opérationnelle. Appelez la banque par un canal connu, pas en rappelant le numéro qui vous a contacté. Demandez le blocage immédiat des moyens de paiement compromis, la suspension des virements en attente, le rappel des fonds et la conservation des journaux techniques. La Banque de France rappelle que les banques ne demandent pas de valider ou d’annuler une opération bancaire par téléphone.

Adressez ensuite une contestation écrite. Le courrier ou courriel doit indiquer que l’opération est contestée comme non autorisée, décrire la fraude, lister les opérations en cause, demander le remboursement et exiger la communication des éléments techniques invoqués par la banque : authentification, horodatage, adresse IP, terminal utilisé, création de bénéficiaire, modification de plafond, alertes de sécurité, blocages éventuels.

Déposez plainte rapidement. En cas de fraude sur carte, la fiche de Cybermalveillance.gouv.fr mentionne également le signalement Perceval, sans que ce signalement remplace le dépôt de plainte. Pour un virement professionnel, le dépôt de plainte reste souvent indispensable pour documenter l’escroquerie et appuyer la demande de rappel de fonds.

Enfin, vérifiez l’environnement numérique de l’entreprise. Changement des mots de passe bancaires, contrôle des accès, analyse antivirus, vérification des boîtes mail, revue des bénéficiaires enregistrés et désactivation des accès inutiles : ces mesures ne remplacent pas le recours contre la banque, mais elles évitent une seconde opération frauduleuse.

Les arguments qui renforcent la demande de remboursement

Le dossier est plus solide lorsque l’entreprise peut montrer que la fraude était particulièrement crédible ou que la banque disposait d’indices d’anomalie. Plusieurs éléments peuvent compter :

  • le numéro affiché correspondait au numéro habituel de l’agence ou du service bancaire ;
  • l’escroc connaissait des informations que le client pouvait légitimement croire réservées à la banque ;
  • l’appel s’inscrivait dans un contexte particulier : migration bancaire, changement d’application, incident technique, opération déjà signalée ;
  • le virement était atypique par son montant, son bénéficiaire, son pays, son horaire ou sa répétition ;
  • la banque n’a pas déclenché d’alerte adaptée malgré une rupture manifeste avec l’historique du compte ;
  • le client a prévenu la banque très rapidement ;
  • la société avait des procédures internes cohérentes de validation et de paiement.

À l’inverse, certains faits fragilisent la demande : transmission volontaire de codes confidentiels malgré des messages d’alerte très clairs, validation de nombreuses opérations successives, création de bénéficiaires inconnus sans vérification, augmentation de plafonds, absence de réaction pendant plusieurs jours ou contradiction entre les versions données à la banque et aux autorités.

La stratégie consiste donc à ne pas nier les validations matérielles lorsqu’elles existent, mais à les replacer dans le contexte de manipulation. La vraie question devient : ces validations suffisent-elles à caractériser une négligence grave, ou la banque doit-elle rembourser faute de preuve suffisante ?

Compte professionnel : attention aux délégations et à l’organisation interne

Dans un dossier d’entreprise, la banque examinera souvent l’organisation interne. Si un salarié comptable avait seul accès au compte, si les virements importants n’étaient soumis à aucune double validation ou si les plafonds étaient très élevés, la discussion peut devenir plus difficile. Mais cela ne donne pas automatiquement raison à la banque.

Il faut distinguer l’imprudence de gestion, l’erreur commise sous pression et la négligence grave au sens du droit des paiements. Une petite entreprise n’a pas toujours un service financier structuré. Une profession libérale ou une SAS familiale peut fonctionner avec un seul dirigeant qui valide les opérations. Ce contexte doit être expliqué, pièces à l’appui, au lieu d’être laissé à l’interprétation de la banque.

Si la fraude fait suite à un faux RIB fournisseur, une usurpation d’identité ou une fraude au président, la qualification peut aussi changer. Le cabinet a déjà traité l’angle du faux RIB fournisseur après un virement bancaire d’entreprise et celui de la fraude au président par deepfake ou faux ordre de virement. Le faux conseiller bancaire a sa logique propre : l’escroc ne se fait pas passer pour un fournisseur ou un dirigeant, mais pour la banque elle-même.

Paris et Île-de-France : préparer un contentieux bancaire utile

À Paris et en Île-de-France, les litiges de comptes professionnels supposent souvent de combiner plusieurs démarches : réclamation bancaire, plainte pénale, demande de pièces techniques, analyse du contrat de compte, puis action judiciaire si le refus de remboursement n’est pas justifié.

Avant d’assigner, il faut vérifier la juridiction compétente, la qualité du demandeur, le titulaire exact du compte, les conditions générales applicables et les clauses de compétence éventuelles. Pour une société commerciale, le tribunal de commerce peut être compétent dans certains litiges entre professionnels, tandis que d’autres configurations peuvent relever du tribunal judiciaire. Le choix ne doit pas être automatique.

Le point décisif reste la preuve. Une assignation mal préparée, fondée seulement sur l’émotion de l’escroquerie, laisse à la banque l’espace pour répondre que l’entreprise a validé les opérations. Un dossier bien construit reprend au contraire la chronologie minute par minute, les anomalies bancaires, les alertes manquées, les traces techniques demandées et le cadre juridique de la charge de la preuve.

Pour les dirigeants, l’enjeu financier est souvent immédiat : trésorerie bloquée, fournisseur impayé, découvert, refus de paiement URSSAF ou fiscal, voire incident de continuité d’activité. Il faut donc traiter le remboursement bancaire et la gestion de crise de trésorerie en parallèle.

Pour replacer cette action dans une stratégie plus large de protection de l’entreprise, consultez aussi la page du cabinet dédiée aux avocats en droit des affaires à Paris.

Questions fréquentes

La banque peut-elle refuser parce que le virement a été validé avec l’application ?

Elle peut l’invoquer, mais cela ne suffit pas nécessairement. L’authentification forte est un élément du dossier, pas une preuve automatique de négligence grave. La banque doit démontrer que les circonstances justifient le refus de remboursement.

Faut-il déposer plainte avant de réclamer le remboursement ?

Il ne faut pas attendre. Prévenez immédiatement la banque et demandez le rappel des fonds, puis déposez plainte rapidement. La banque peut demander le récépissé pour instruire le dossier, mais la contestation bancaire doit partir sans délai.

L’entreprise peut-elle réclamer les frais et agios causés par la fraude ?

Oui, il faut les chiffrer et les rattacher à l’opération frauduleuse : frais de rejet, agios, commissions d’intervention, pénalités fournisseur, blocage de trésorerie. Leur indemnisation dépendra du fondement retenu et de la preuve du préjudice.

Que faire si la banque ne communique pas les traces techniques ?

Demandez-les par écrit de manière précise. Si la banque maintient son refus sans produire d’éléments suffisants, cette carence peut devenir un argument dans le contentieux. L’article L. 133-23 du Code monétaire et financier place une charge de preuve importante sur le prestataire de services de paiement.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».