Cabinet Kohen Avocats · Paris

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse offerte, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Décès d’un salarié pendant la canicule : faute inexcusable de l’employeur et responsabilité pénale du dirigeant

La vague de chaleur de juin 2026, qualifiée d’exceptionnelle par les autorités, a placé quarante-neuf départements en vigilance rouge. Pour les entreprises dont les salariés travaillent en extérieur, en atelier ou dans des locaux mal ventilés, la chaleur n’est pas seulement une gêne. Elle constitue un risque professionnel qui engage la responsabilité de la société et, parfois, celle personnelle de son dirigeant. Cet article expose l’exposition juridique de l’entreprise face à un accident lié à la chaleur.

Le sujet dépasse la seule prévention. Lorsqu’un salarié est victime d’un malaise grave, voire décède, l’employeur s’expose à une majoration coûteuse de ses charges, à une action de la caisse, et à des poursuites pénales. La récente réforme réglementaire a renforcé ses obligations et, par ricochet, élargi le terrain de sa responsabilité.

La faute inexcusable de l’employeur : une exposition financière majeure

Lorsqu’un accident du travail résulte d’un manquement de l’employeur à son obligation de sécurité, la victime peut demander la reconnaissance d’une faute inexcusable. L’article L. 4121-1 du Code du travail impose à l’employeur de prendre « les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs » (texte disponible sur Légifrance).

La jurisprudence définit précisément cette faute. Une cour d’appel a récemment rappelé que le manquement à l’obligation de sécurité « a le caractère d’une faute inexcusable au sens de l’article L.452-1 du code de la sécurité sociale lorsque l’employeur avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était soumis le salarié et qu’il n’a pas pris les mesures nécessaires pour l’en préserver » (Cour d’appel de Poitiers, 28 mai 2026, n° 22/01497, disponible sur courdecassation.fr).

La conscience du danger s’apprécie objectivement, par référence à ce que doit savoir un employeur diligent dans son secteur. Le risque thermique est aujourd’hui largement documenté. Un employeur qui exploite une activité exposée à la chaleur ne peut sérieusement prétendre l’ignorer. Les conséquences financières de la reconnaissance sont lourdes : majoration de la rente versée à la victime ou à ses ayants droit, indemnisation complémentaire des préjudices, et récupération de ces sommes par la caisse auprès de l’employeur fautif.

Le décret du 27 mai 2025 : des obligations désormais précises

Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025, entré en vigueur le 1er juillet 2025, a inséré dans le Code du travail les articles R. 4463-1 à R. 4463-8 (texte disponible sur Légifrance). Il transforme des devoirs jusque-là généraux en prescriptions concrètes et vérifiables.

L’employeur doit évaluer le risque lié aux épisodes de chaleur intense et inscrire cette évaluation dans le document unique. Il doit fournir de l’eau fraîche potable en quantité suffisante, près des postes de travail. Il doit adapter l’organisation et les horaires pour limiter la durée et l’intensité de l’exposition. Il doit enfin tenir compte de la vulnérabilité particulière de certains salariés, en lien avec le service de santé au travail. L’inspection du travail peut le mettre en demeure de définir ses mesures, dans un délai de huit jours.

Pour l’entreprise, ce décret est à double tranchant. Il fixe une feuille de route claire qui, respectée et documentée, devient un puissant moyen de défense. Ignoré, il fournit au contraire la démonstration d’un manquement à une obligation précise. La traçabilité des mesures prises, datée et vérifiable, est désormais l’élément central de la prévention du contentieux.

La responsabilité pénale du dirigeant et de la société

Au-delà de l’indemnisation, un accident grave ou mortel lié à la chaleur ouvre la voie à des poursuites pénales. L’article 221-6 du Code pénal punit l’homicide involontaire de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende, peines portées à cinq ans et 75 000 euros en cas de violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de sécurité (texte disponible sur Légifrance).

La frontière entre obligation générale et obligation particulière est décisive. La chambre criminelle a jugé que les obligations générales de prudence et de sécurité ne permettent pas, à elles seules, de retenir une faute caractérisée fondant certaines qualifications (Cour de cassation, chambre criminelle, 21 juin 2022, n° 21-85.691, publié au Bulletin, disponible sur courdecassation.fr). En édictant des prescriptions précises, le décret de 2025 est susceptible de constituer l’obligation particulière dont la violation délibérée caractérise la mise en danger ou aggrave l’homicide involontaire. Nous développons la qualification pénale d’un décès causé par la chaleur dans notre analyse dédiée.

La société elle-même peut être poursuivie en tant que personne morale, en application de l’article 121-2 du Code pénal. Le dirigeant, quant à lui, répond à titre personnel des manquements relevant de sa direction. La délégation de pouvoirs, lorsqu’elle est régulière, précise et assortie des moyens nécessaires, constitue le principal mécanisme de transfert de cette responsabilité vers un préposé doté de l’autorité et de la compétence requises. Sa mise en place suppose une rédaction soignée, à laquelle un conseil en responsabilité du dirigeant apporte une réelle valeur.

Recommandations pour l’entreprise

La prévention du contentieux passe par l’anticipation. L’entreprise doit actualiser son document unique pour y intégrer le risque thermique, formaliser un plan de mesures conforme au décret, et conserver la preuve de leur mise en œuvre effective. La formation de l’encadrement, la mise à disposition d’eau, l’aménagement des horaires en période d’alerte et l’identification des salariés vulnérables doivent être documentés.

En cas d’accident, la réactivité est essentielle. La déclaration dans les délais, l’émission de réserves motivées si les circonstances le justifient, et la préservation des éléments de preuve conditionnent la défense. L’articulation entre l’enquête de la caisse, l’éventuelle procédure pénale et les démarches civiles exige une stratégie coordonnée. Notre cabinet, en lien avec sa pratique du droit des sociétés, accompagne les dirigeants dans la sécurisation de leurs obligations et la défense de leurs intérêts.

Références

Textes : articles 121-2 et 221-6 du Code pénal ; articles L. 4121-1, L. 452-1 du Code de la sécurité sociale et R. 4463-1 à R. 4463-8 du Code du travail ; décret n° 2025-482 du 27 mai 2025.

Jurisprudence : Cour d’appel de Poitiers, 28 mai 2026, n° 22/01497 (lien officiel) ; Cour de cassation, chambre criminelle, 21 juin 2022, n° 21-85.691 (lien officiel).

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier

Le cabinet Kohen Avocats propose aux dirigeants et aux entreprises une consultation téléphonique sous 48 heures avec un avocat, à Paris et en Île-de-France. Nous sécurisons vos obligations de prévention et défendons vos intérêts en cas d’accident lié à la chaleur.

Téléphone : 06 46 60 58 22. Vous pouvez également nous écrire via notre page contact.

Envoyez vos pièces. Recevez une stratégie.

Transmettez les pièces de votre dossier au cabinet. Maître Reda KOHEN vous répond personnellement sous 24 heures avec une première analyse stratégique.

Première analyse offerte
Réponse personnelle sous 24 h
100 % confidentiel
Jusqu’à 1 Go de pièces

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».