Cabinet Kohen Avocats · Paris

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse offerte, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

En droit / en charges dans la copropriété : comprendre les tantièmes et contester une erreur

Les appels de fonds 2026 font souvent ressortir une ligne difficile à lire dans les documents de copropriété : « en droit », « en charges », « tantièmes », « millièmes », parfois plusieurs colonnes différentes pour un même lot. Le copropriétaire voit un tableau, un total en dix-millièmes, une clé spéciale pour l’ascenseur ou le chauffage, puis une somme à payer.

Le problème est simple : si la mauvaise colonne est utilisée, si un lot est rattaché à la mauvaise clé, ou si une charge spéciale est répartie comme une charge générale, le copropriétaire peut payer trop. À l’inverse, refuser de payer sans méthode expose à une procédure en recouvrement, à des frais, puis à une condamnation.

La bonne démarche consiste à identifier la clé applicable, vérifier si elle correspond à la nature de la dépense, puis choisir le bon recours. Une erreur de lecture du tableau ne se traite pas comme une clause illicite du règlement de copropriété.

Ce que veulent dire « en droit » et « en charges »

Dans les règlements de copropriété anciens, l’état descriptif de division peut distinguer plusieurs colonnes. La colonne « en droit » renvoie généralement aux droits attachés au lot dans les parties communes : elle sert à mesurer la quote-part de propriété du lot dans l’immeuble. La colonne « en charges » renvoie à la participation financière à certaines dépenses.

Il ne faut donc pas lire mécaniquement les deux colonnes comme si elles avaient la même fonction. Un lot peut avoir une quote-part de parties communes et, dans le même temps, être exclu de certaines charges spéciales si le règlement le prévoit ou si l’équipement ne présente aucune utilité pour lui.

Exemples fréquents :

  • un parking peut participer aux charges générales de conservation de l’immeuble, mais pas nécessairement aux charges d’ascenseur ;
  • un local commercial peut avoir une clé de charges différente pour certains équipements ;
  • des bâtiments séparés peuvent avoir des charges spéciales par bâtiment ;
  • un lot issu d’une division peut conserver une clé erronée si le modificatif n’a pas été correctement établi.

La première pièce à lire est donc le règlement de copropriété, avec ses modificatifs publiés. Les appels de fonds ne suffisent pas. Le relevé du syndic applique une clé ; il ne prouve pas toujours que cette clé est la bonne.

Charges générales et charges spéciales : la distinction décisive

L’article 10 de la loi du 10 juillet 1965 distingue deux familles de charges.

Les charges relatives à la conservation, à l’entretien et à l’administration des parties communes sont réparties selon les valeurs relatives des parties privatives. Ce sont les charges générales : assurance de l’immeuble, honoraires courants du syndic, entretien des parties communes générales, dépenses nécessaires à la conservation du bâtiment.

Les charges entraînées par les services collectifs et les éléments d’équipement commun sont réparties selon l’utilité objective que ces services ou équipements présentent pour chaque lot. Ce sont les charges spéciales : ascenseur, chauffage collectif, eau chaude collective, portail, équipements propres à un bâtiment ou à une partie de l’ensemble immobilier.

Cette distinction change tout. Pour une charge générale, on vérifie les tantièmes de parties communes. Pour une charge spéciale, on vérifie l’utilité objective de l’équipement pour le lot.

L’utilité objective ne signifie pas l’usage réel. Un copropriétaire qui n’utilise jamais l’ascenseur peut tout de même devoir payer si son lot est desservi par l’ascenseur. La Cour d’appel de Chambéry l’a rappelé le 21 janvier 2025 à propos de charges d’ascenseur : le critère n’est pas l’usage effectif, mais le point de savoir si le lot est desservi par l’équipement.

Quand une erreur de tantièmes peut être contestée

Une contestation sérieuse commence par une question précise : quelle erreur est reprochée ?

Il peut s’agir d’une erreur de calcul. Le total des tantièmes ne correspond pas au règlement, un lot divisé n’a pas été correctement ventilé, ou le syndic applique une colonne qui n’est pas celle prévue pour la dépense.

Il peut s’agir d’une mauvaise catégorie de charge. Une dépense d’ascenseur, de chauffage ou de portail est imputée à tous les lots alors que certains lots ne sont pas concernés par la clé spéciale.

Il peut aussi s’agir d’une clause du règlement contraire aux règles d’ordre public. Dans ce cas, le débat ne porte plus seulement sur l’appel de fonds : il porte sur la validité de la répartition elle-même.

Enfin, il peut s’agir d’une demande de révision de la répartition des charges. L’article 12 de la loi du 10 juillet 1965 permet, sous conditions, d’agir lorsque la part correspondant à un lot est supérieure de plus d’un quart à ce qu’elle devrait être, ou lorsque celle d’un autre copropriétaire est inférieure de plus d’un quart.

Cette action est enfermée dans des délais stricts : cinq ans à compter de la publication du règlement de copropriété au fichier immobilier, ou deux ans à compter de la première mutation à titre onéreux du lot intervenue depuis cette publication. Passé ces délais, il faut chercher un autre fondement, par exemple une clause réputée non écrite ou une erreur d’application par le syndic.

Peut-on arrêter de payer les charges contestées ?

En principe, non.

La contestation des tantièmes ne donne pas automatiquement le droit de bloquer les appels de fonds. La Cour de cassation a rappelé, le 25 janvier 2024, qu’un copropriétaire reste tenu de participer aux charges tant qu’il conserve sa qualité de copropriétaire, même s’il reproche au syndic ou à l’assemblée de ne pas avoir exécuté certaines décisions.

Le risque est pratique. Si le copropriétaire cesse de payer, le syndicat des copropriétaires peut engager une procédure de recouvrement. Les frais de mise en demeure, de relance, d’assignation et parfois d’hypothèque peuvent s’ajouter à la dette. La contestation initiale devient alors un contentieux plus coûteux.

La voie la plus prudente consiste souvent à payer sous réserve, demander les pièces, contester par écrit, puis saisir le juge si la correction est refusée. Dans certains dossiers, une consignation peut être discutée, mais elle ne doit pas être décidée seul et sans cadre.

Les pièces à réunir avant de contester

Avant toute mise en demeure, il faut reconstituer le calcul.

Les pièces utiles sont les suivantes :

  • règlement de copropriété ;
  • état descriptif de division ;
  • modificatifs publiés ;
  • tableau de répartition des charges ;
  • procès-verbaux d’assemblée ayant modifié des lots ou des clés ;
  • appels de fonds contestés ;
  • décomptes individuels du copropriétaire ;
  • factures ou contrats correspondant à la dépense ;
  • plan de l’immeuble si l’utilité d’un équipement est discutée ;
  • état daté ou acte de vente si le litige apparaît après acquisition.

Il faut ensuite isoler la dépense. Une erreur sur une facture d’ascenseur ne se démontre pas avec les mêmes pièces qu’une erreur sur les charges générales. Si le litige porte sur un ascenseur, il faut vérifier les lots desservis. Si le litige porte sur le chauffage collectif, il faut vérifier l’installation, les lots raccordés, les répartiteurs, les clauses du règlement et les règles d’individualisation éventuelles.

Que demander au syndic ?

Le premier courrier doit être factuel. Il ne suffit pas d’écrire que les charges sont « abusives ». Il faut demander la clé utilisée, la base documentaire et le détail du calcul.

Une formulation utile consiste à demander :

  • la colonne du règlement utilisée pour l’appel de fonds ;
  • le nombre total de tantièmes retenu ;
  • le nombre de tantièmes appliqué au lot ;
  • la catégorie de charge concernée ;
  • la justification de l’utilité objective si la dépense concerne un équipement collectif ;
  • la copie du modificatif si la clé a changé ;
  • la régularisation du compte copropriétaire si l’erreur est confirmée.

Si le syndic répond de manière incomplète, il faut relancer par lettre recommandée. Si le désaccord persiste, la question peut être portée à l’ordre du jour de l’assemblée générale, mais cette étape ne suffit pas toujours. Certaines demandes relèvent du juge, notamment lorsque la clause doit être réputée non écrite ou lorsque le syndicat refuse de corriger une imputation.

Quel recours judiciaire choisir ?

Le recours dépend de la nature de l’erreur.

Si le syndic a appliqué la mauvaise clé, l’action peut viser la rectification du compte individuel et le remboursement des trop-perçus.

Si une résolution d’assemblée a approuvé des comptes ou des travaux sur une base contestable, le copropriétaire opposant ou défaillant doit vérifier le délai de contestation de deux mois à compter de la notification du procès-verbal. Ce délai est court. Il ne faut pas attendre l’appel de fonds suivant pour réagir.

Si la clause du règlement de copropriété est contraire aux règles impératives de répartition, l’action peut viser à la faire déclarer non écrite. Ce contentieux suppose une analyse précise de la clause, de la nature des charges et de l’utilité des équipements.

Si la demande porte sur une révision globale de la répartition, il faut vérifier les conditions de l’article 12 et les délais. Le juge peut alors fixer une nouvelle répartition, mais il ne le fera pas sur une simple impression d’injustice. Il faut produire un calcul comparatif solide.

Un copropriétaire peut aussi se défendre lorsqu’il est assigné en paiement de charges. Dans un arrêt du 4 décembre 2025, la Cour de cassation a censuré une décision qui n’avait pas répondu à l’argument d’un copropriétaire sur la nature exacte des frais de déneigement facturés. Le détail des dépenses compte donc autant que la colonne de tantièmes.

Paris et Ile-de-France : pourquoi les litiges sont fréquents

À Paris et en Ile-de-France, les immeubles anciens comportent souvent des règlements de copropriété modifiés à plusieurs reprises : anciennes loges, caves réunies, chambres de service transformées, parkings créés, combles annexés, locaux commerciaux divisés, ascenseurs ajoutés après la construction.

Ces modifications produisent des tableaux difficiles à lire. Il arrive qu’un état descriptif mentionne une colonne « en droit », une colonne « en charges », puis des clés particulières pour l’escalier, l’ascenseur, le bâtiment ou la cour. Un acquéreur découvre parfois l’anomalie seulement après la vente, lorsque les premiers appels de fonds importants arrivent.

Dans ce contexte, le bon réflexe est de contrôler le règlement avant de contester le montant. Une ligne incomprise n’est pas toujours une erreur. Mais une colonne mal appliquée peut représenter plusieurs milliers d’euros sur des travaux, un ravalement, un ascenseur ou une rénovation de parties communes.

La méthode en pratique

La méthode tient en cinq étapes.

Première étape : identifier la dépense exacte. Le mot « charges » est trop large. Il faut savoir s’il s’agit d’une dépense générale, d’un équipement, d’un bâtiment, de travaux ou d’une régularisation.

Deuxième étape : retrouver la clé prévue par le règlement de copropriété. La mention « en droit » n’est pas automatiquement la bonne clé pour toutes les charges.

Troisième étape : comparer l’appel de fonds avec le règlement. Il faut refaire le calcul, idéalement ligne par ligne.

Quatrième étape : écrire au syndic avec une demande précise. Plus le courrier est technique, plus il a de chances d’obtenir une réponse exploitable.

Cinquième étape : décider du recours. Mise à l’ordre du jour, contestation d’assemblée, action en remboursement, clause réputée non écrite ou révision judiciaire ne répondent pas aux mêmes conditions.

Le point essentiel est d’agir vite lorsque le litige naît d’une assemblée générale. Le délai de deux mois peut fermer la voie de contestation de la résolution, même si le problème de répartition reste juridiquement discutable sous un autre angle.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier.

Le cabinet peut relire votre règlement de copropriété, vos appels de fonds et votre tableau de tantièmes afin d’identifier la clé applicable et le recours utile.

Consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du cabinet.

Appelez le 06 46 60 58 22 ou utilisez le formulaire de contact du cabinet.

Pour un litige plus large, vous pouvez aussi consulter notre page dédiée au droit de la copropriété et notre page sur la façon de contester des charges de copropriété.

Envoyez vos pièces. Recevez une stratégie.

Transmettez les pièces de votre dossier au cabinet. Maître Reda KOHEN vous répond personnellement sous 24 heures avec une première analyse stratégique.

Première analyse offerte
Réponse personnelle sous 24 h
100 % confidentiel
Jusqu’à 1 Go de pièces

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Maître Reda Kohen, avocat en droit immobilier et droit des affaires à Paris

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture