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Maître Reda KOHEN
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Période d’observation en redressement judiciaire : que doit faire le dirigeant en 2026 ?

Les redressements judiciaires restent au coeur de l’actualite economique en 2026. La Banque de France recense 69 938 defaillances d’entreprises en cumul sur douze mois a fin mars 2026. Derriere ce chiffre, il y a des dirigeants qui arrivent devant le tribunal avec une question urgente : l’entreprise peut-elle encore continuer, ou va-t-elle etre convertie en liquidation judiciaire ?

La periode d’observation est le moment decisif. Elle ne sert pas seulement a « attendre » la suite de la procedure. Elle sert a prouver, rapidement, que l’activite peut financer son exploitation courante, payer les dettes nouvelles et construire une solution : plan de continuation, plan de cession, ou sortie plus ordonnee de l’activite.

La demande Google confirme l’interet du sujet : « redressement judiciaire » represente environ 22 200 recherches mensuelles en France, « redressement judiciaire entreprise » environ 1 600, « administrateur judiciaire » environ 3 600, et « periode d’observation redressement judiciaire » environ 170. Ces requetes ne sont pas seulement informatives. Elles correspondent souvent a un dirigeant, un associe, un creancier ou un repreneur qui doit comprendre ce qui va se passer dans les prochaines semaines.

Redressement judiciaire : a quoi sert la periode d’observation ?

Le redressement judiciaire est ouvert lorsqu’une entreprise est en cessation des paiements, mais que son redressement n’est pas manifestement impossible. L’article L. 631-1 du Code de commerce rappelle que la procedure vise la poursuite de l’activite, le maintien de l’emploi et l’apurement du passif.

La periode d’observation commence avec le jugement d’ouverture. Pendant cette phase, l’entreprise continue en principe son activite. Le tribunal observe la situation reelle : tresorerie, commandes, marges, salaires, charges courantes, dettes nouvelles, contrats en cours, attitude du dirigeant, possibilite d’un plan et interet d’une cession.

Pour le dirigeant, l’enjeu est simple : transformer une audience d’ouverture en trajectoire credible. Il ne suffit pas de dire que l’entreprise a des clients ou que le carnet de commandes existe. Il faut montrer que les commandes seront rentables, que les charges courantes seront payees, que les impayes anterieurs sont traites dans la procedure et que la nouvelle exploitation ne recree pas un passif.

Un article voisin du cabinet traite le sujet plus tardif du plan de redressement judiciaire. Ici, la question est plus immediate : que faut-il faire pendant la periode d’observation pour eviter que le dossier ne bascule trop vite en liquidation ?

Le controle des deux premiers mois : la tresorerie devient la piece centrale

L’article L. 631-15 du Code de commerce prevoit qu’au plus tard dans les deux mois suivant le jugement d’ouverture, le tribunal ordonne la poursuite de la periode d’observation s’il constate que le debiteur dispose de capacites de financement suffisantes.

Cette audience est souvent sous-estimee. Le dirigeant pense parfois que le tribunal lui a accorde six mois. En pratique, il doit deja convaincre au bout de deux mois. Il doit pouvoir expliquer comment l’entreprise paie les salaires, les loyers, les fournisseurs indispensables, les assurances, les charges courantes et les commandes nouvelles.

La bonne preparation repose sur des documents tres concrets :

  • situation de tresorerie actualisee ;
  • releves bancaires depuis le jugement d’ouverture ;
  • tableau des encaissements attendus ;
  • tableau des charges courantes a regler ;
  • liste des contrats poursuivis ;
  • plan de paiement des dettes postérieures ;
  • previsionnel d’exploitation realiste ;
  • etat des commandes signees ou suffisamment certaines ;
  • explication des mesures deja prises pour reduire les pertes.

La jurisprudence recente confirme cette logique. Dans une decision du 15 janvier 2026, la cour d’appel d’Aix-en-Provence a raisonne sur la continuation de la periode d’observation au regard des capacites de financement de l’entreprise (source Cour de cassation). A l’inverse, plusieurs decisions recentes montrent que l’absence de comptabilite exploitable, de tresorerie ou de previsionnel peut nourrir une demande de conversion en liquidation.

Administrateur judiciaire, mandataire judiciaire : qui decide quoi ?

Dans un redressement judiciaire, le dirigeant ne disparait pas. Il reste souvent a la tete de l’entreprise, mais sous controle. Selon la taille et la situation du dossier, le tribunal peut designer un administrateur judiciaire avec une mission d’assistance ou de representation.

Le mandataire judiciaire represente l’interet collectif des creanciers. Il recoit les declarations de creance et suit le passif. L’administrateur judiciaire, lorsqu’il est designe, intervient plus directement dans l’exploitation : contrats en cours, continuation de l’activite, diagnostic economique et social, recherche de solutions, plan ou cession.

Pour le dirigeant, l’erreur serait de traiter ces organes comme de simples destinataires administratifs. Il faut leur donner une information fiable, structuree et verifiable. Un dirigeant qui ne transmet pas les pieces, qui promet des encaissements sans preuve, ou qui continue une exploitation deficitiaire sans plan clair, perd rapidement en credibilite.

La periode d’observation est donc aussi une periode de gouvernance. Le dirigeant doit accepter une discipline nouvelle : decisions ecrites, tableaux de suivi, validation des engagements importants, information sur les paiements, justification des contrats poursuivis et reaction rapide aux demandes du tribunal ou des organes de la procedure.

Contrats en cours : continuer oui, mais pas a n’importe quel prix

Beaucoup de dossiers de redressement judiciaire se jouent sur les contrats en cours : bail commercial, franchise, distribution, informatique, fourniture, sous-traitance, location de materiel, transport ou maintenance.

L’article L. 622-13 du Code de commerce encadre le sort des contrats en cours. L’ouverture de la procedure ne permet pas automatiquement au cocontractant de resilier le contrat. En revanche, la poursuite du contrat doit rester compatible avec les fonds disponibles. Si un contrat aggrave les pertes ou cree de nouvelles dettes impayees, il peut devenir un risque majeur pour la periode d’observation.

Le dirigeant doit donc classer les contrats en trois categories.

Premiere categorie : les contrats indispensables et rentables. Il faut les securiser, obtenir les confirmations necessaires, verifier les conditions de paiement et documenter leur utilite.

Deuxieme categorie : les contrats utiles mais fragiles. Il faut negocier des volumes, des delais, un paiement comptant, une baisse temporaire de charge ou une modification operationnelle.

Troisieme categorie : les contrats destructeurs de tresorerie. Il faut les identifier vite, car continuer un contrat qui recree du passif peut fragiliser toute la procedure.

Cette analyse interesse aussi les creanciers. Un fournisseur qui apprend le redressement judiciaire de son client doit distinguer l’ancienne facture, a declarer au passif, et les commandes nouvelles, a securiser. Le cabinet a deja publie un guide dedie au client ou fournisseur en redressement judiciaire.

Comment eviter la conversion en liquidation judiciaire ?

L’article L. 631-15 prevoit que le tribunal peut, a tout moment de la periode d’observation, prononcer la liquidation judiciaire si le redressement est manifestement impossible. Cette phrase doit etre prise au serieux : la conversion peut intervenir avant la fin des six mois si l’exploitation se degrade.

Les signaux de risque sont connus :

  • dettes nouvelles apres le jugement d’ouverture ;
  • salaires, loyers ou charges courantes impayes ;
  • absence de comptabilite fiable ;
  • dirigeant qui ne repond pas aux organes de la procedure ;
  • baisse brutale du chiffre d’affaires ;
  • marge insuffisante sur les commandes ;
  • absence de solution bancaire ou de tresorerie ;
  • plan de continuation impossible a financer ;
  • repreneur introuvable alors que l’activite perd de l’argent.

La cour d’appel de Paris a rappele, dans une decision du 3 juillet 2025, que la liquidation pendant la periode d’observation suppose d’apprecier si le redressement est manifestement impossible (source Cour de cassation). Cette exigence peut permettre de contester une conversion trop rapide lorsque l’entreprise dispose encore d’elements serieux : tresorerie, commandes, financement, restructuration, offre de reprise ou plan credible.

En pratique, il faut anticiper l’audience de conversion comme une audience de preuve. Le dirigeant doit arriver avec un dossier, pas avec des intentions. Les juges attendent des chiffres, des pieces et une explication simple de la trajectoire.

Plan de continuation, plan de cession ou liquidation : choisir vite la bonne sortie

La periode d’observation n’a pas une seule issue. Elle peut conduire a un plan de continuation, a un plan de cession, a une liquidation judiciaire ou, dans certains cas, a une autre solution procedurale.

Le plan de continuation est pertinent si l’entreprise peut rembourser une partie du passif selon un calendrier compatible avec sa rentabilite future. Il suppose un previsionnel solide et une capacite d’exploitation suffisante. Il ne doit pas etre construit pour satisfaire le tribunal sur le papier, mais pour etre execute.

Le plan de cession devient central lorsque l’entreprise conserve une valeur d’activite, de clientele, de contrats, de savoir-faire ou d’emplois, mais que le debiteur ne peut plus porter seul la dette et la restructuration. Il faut alors preparer le dossier de reprise : perimetre, actifs, contrats, salaries, prix, garanties, calendrier et consequences pour les creanciers.

La liquidation judiciaire s’impose lorsque l’activite ne peut plus etre financee ou que la continuation aggraverait le passif. Meme dans cette hypothese, le dirigeant conserve un interet a organiser les preuves : date de cessation des paiements, comportement de gestion, cooperation avec les organes de la procedure, absence de dettes nouvelles fautives et traitement des creanciers.

Une decision de la Cour de cassation du 15 avril 2026 rappelle aussi que la construction d’un plan doit respecter le cadre legal applicable aux engagements du debiteur (source Cour de cassation). L’enjeu n’est donc pas seulement economique : la solution proposee doit etre juridiquement tenable.

Paris et Ile-de-France : quelles pieces preparer pour le tribunal ?

A Paris et en Ile-de-France, les dossiers de redressement judiciaire concernent souvent des societes de services, commerces, franchises, restaurants, entreprises du batiment, agences, plateformes, sous-traitants ou professions reglementees. Les dossiers passent devant les juridictions competentes du ressort, notamment les tribunaux des activites economiques lorsque le cadre applicable le prevoit.

Pour un dirigeant, le bon reflexe est de preparer une chemise « audience » avant chaque etape importante :

  • extrait Kbis et jugement d’ouverture ;
  • designation du mandataire et de l’administrateur ;
  • situation bancaire a jour ;
  • tableau des creances posterieures ;
  • liste des salaires et charges courantes ;
  • previsionnel a trois et six mois ;
  • commandes signees ou devis acceptes ;
  • bail commercial et loyers dus ;
  • contrats indispensables a poursuivre ;
  • mesures de restructuration deja decidees ;
  • echanges avec les creanciers principaux ;
  • hypothese de plan ou de cession.

Le cabinet intervient en droit des affaires a Paris, notamment sur les procedures collectives, le contentieux commercial, les contrats et la responsabilite des dirigeants. La page droit des affaires a Paris presente ces interventions.

Plan d’action en 48 heures pour un dirigeant en periode d’observation

Dans les 48 heures, il faut eviter les discours generaux et produire une methode.

Premier temps : reconstituer la tresorerie. Il faut savoir ce qui est disponible, ce qui entre, ce qui sort, ce qui est deja bloque et ce qui risque d’etre impaye.

Deuxieme temps : isoler les dettes nouvelles. Une dette anterieure au jugement entre dans la procedure. Une dette posterieure non payee peut provoquer une crise immediate.

Troisieme temps : parler aux organes de la procedure. Le dirigeant doit transmettre les pieces demandees, signaler les difficultes et demander des validations ecrites lorsque les decisions engagent la poursuite de l’activite.

Quatrieme temps : trier les contrats. Il faut conserver ce qui finance l’activite, renoncer ou renegocier ce qui l’affaiblit, et documenter l’interet de chaque contrat poursuivi.

Cinquieme temps : preparer deja la sortie. Meme si le tribunal vient d’ouvrir le redressement judiciaire, la question du plan ou de la cession doit etre posee tres tot. Plus le dirigeant attend, plus il subit l’agenda de la procedure.

La periode d’observation peut sauver une entreprise lorsqu’elle est traitee comme une periode de preuve. Elle devient dangereuse lorsqu’elle est traitee comme un simple delai. Le dirigeant qui chiffre, documente et arbitre vite garde une marge de manoeuvre. Celui qui attend la prochaine audience prend le risque que le tribunal constate que le redressement n’est plus possible.

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Vous pouvez obtenir une consultation telephonique en 48 heures avec un avocat du cabinet pour analyser une periode d’observation, une audience de poursuite, un risque de conversion en liquidation judiciaire ou la preparation d’un plan.

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Le cabinet intervient a Paris et en Ile-de-France pour les dirigeants, associes, creanciers et repreneurs confrontes a une procedure de redressement judiciaire.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».