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Maître Reda KOHEN
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Procédure de sauvegarde judiciaire : comment éviter la cessation des paiements en 2026

Le premier trimestre 2026 a enregistré un record historique de défaillances d’entreprises en France. Selon les données publiées par Altares le 14 avril 2026, 18 986 procédures collectives ont été ouvertes sur cette période, soit une hausse de 6,4 % sur un an. Sur les douze mois écoulés, ce sont plus de 71 000 entreprises qui ont disparu, menaçant près de 75 000 emplois. Derrière ces chiffres, une réalité récurrente : de nombreux dirigeants attendent trop longtemps pour agir. Ils espèrent un retournement de conjoncture, une commande salvatrice ou un rééchelonnement bancaire qui n’arrive jamais. Or le droit des entreprises en difficulté offre une arme précieuse pour ceux qui l’utilisent à temps. La procédure de sauvegarde judiciaire permet à un débiteur de réorganiser son entreprise avant de basculer dans la cessation des paiements. Elle constitue un bouclier juridique qu’il faut savoir manœuvrer dès les premiers signaux d’alerte.

Qu’est-ce que la sauvegarde judiciaire et qui peut la demander ?

L’article L. 620-1 du code de commerce définit la sauvegarde judiciaire comme une procédure ouverte à la demande d’un débiteur qui, « sans être en cessation des paiements, justifie de difficultés qu’il n’est pas en mesure de surmonter » (texte officiel). Cette procédure vise à faciliter la réorganisation de l’entreprise afin de permettre la poursuite de l’activité économique, le maintien de l’emploi et l’apurement du passif.

La condition essentielle réside dans l’absence de cessation des paiements. Le débiteur doit encore pouvoir faire face à son passif exigible avec son actif disponible, même si ses marges se réduisent, sa trésorerie se tend et ses créanciers deviennent pressants. Dès lors que l’entreprise cesse de payer les échéances exigibles avec ses disponibilités, elle bascule dans le régime du redressement judiciaire prévu à l’article L. 631-1 du code de commerce (texte officiel). Cette frontière est juridiquement déterminante.

Seul le débiteur peut solliciter l’ouverture d’une sauvegarde. Le tribunal de commerce compétent statue après avoir entendu ou dûment appelé le dirigeant et les représentants du comité social et économique, conformément à l’article L. 621-1 du code de commerce (texte officiel). Le juge peut commettre un magistrat pour recueillir tous renseignements sur la situation financière, économique et sociale de l’entreprise.

Le 17 février 2025, le tribunal des activités économiques de Paris a ainsi ouvert une procédure de sauvegarde au bénéfice de la SASU Maillot Jaune. Dans ses motifs, le juge a rappelé que la procédure s’adresse à un débiteur qui justifie « de difficultés qu’il n’est pas en mesure de surmonter », sans être en cessation des paiements (décision).

Les trois étapes clés de la procédure de sauvegarde

La procédure de sauvegarde obéit à une chronologie stricte que le dirigeant doit maîtriser pour en tirer le meilleur parti.

Premièrement, le dirigeant dépose une requête au greffe du tribunal de commerce compétent. Cette demande s’accompagne d’un dossier complet : états financiers, prévisions de trésorerie, liste des créanciers, contrats en cours et tout document utile à l’appréciation de la situation. Le tribunal statue par jugement en chambre du conseil.

Deuxièmement, le jugement d’ouverture ouvre une période d’observation d’une durée initiale de six mois. Ce délai peut être prorogé pour atteindre au maximum dix-huit mois. Durant cette période, l’administrateur judiciaire désigné par le tribunal examine la situation de l’entreprise, évalue la viabilité de son modèle économique et recherche des solutions de restructuration. Le dirigeant conserve la direction de l’entreprise sous le contrôle de l’administrateur.

Troisièmement, si les perspectives de redressement sont avérées, le tribunal arrête un plan de sauvegarde. L’article L. 626-1 du code de commerce précise que ce plan comporte, s’il y a lieu, « l’arrêt, l’adjonction ou la cession d’une ou de plusieurs activités » (texte officiel). Le plan met fin à la période d’observation et engage l’entreprise dans une phase d’exécution sous le contrôle du commissaire à l’exécution du plan.

Mandat ad hoc, conciliation ou sauvegarde : quel outil choisir ?

Le droit français offre trois procédures amiables ou semi-amiables pour traiter les difficultés d’entreprise avant la cessation des paiements. Le choix dépend de la gravité de la situation, de l’urgence et de la volonté des parties.

Critère Mandat ad hoc (art. L. 611-3) Conciliation (art. L. 611-4) Sauvegarde judiciaire (art. L. 620-1)
Condition d’ouverture Difficulté avérée ou prévisible Difficulté avérée ou prévisible, pas de cessation depuis plus de 45 jours Difficultés non surmontables, pas de cessation des paiements
Publicité Strictement confidentielle Strictement confidentielle Publique (inscription au BODACC)
Désignation du mandataire Par le président du tribunal Conciliateur désigné par le président Administrateur judiciaire désigné par le tribunal
Durée 3 mois, renouvelable une fois 4 mois, renouvelable une fois 6 mois, renouvelable jusqu’à 18 mois
Plan contraignant Non Possible, mais rare Oui, arrêté par jugement
Frais Faibles Modérés Plus élevés (administrateur judiciaire)
Maintien des poursuites Aucun effet suspensif Aucun effet suspensif Sursis et blocage des poursuites individuelles

Le mandat ad hoc constitue l’outil le plus souple. L’article L. 611-3 du code de commerce prévoit que le président du tribunal peut désigner un mandataire « dont il détermine la mission » (texte officiel). Cette mission se limite généralement à une négociation ciblée avec un ou plusieurs créanciers stratégiques, sans publicité ni effet suspensif.

La conciliation s’adresse à un débiteur qui éprouve « une difficulté juridique, économique ou financière, avérée ou prévisible, et ne se trouve pas en cessation des paiements depuis plus de quarante-cinq jours », selon l’article L. 611-4 du code de commerce (texte officiel). Elle permet d’aboutir à un plan de conciliation homologué par le tribunal, ce qui lui confère une force exécutoire.

La sauvegarde judiciaire, plus lourde, offre en contrepartie la puissance d’un dispositif contraignant : blocage des poursuites, désignation d’un administrateur, plan de sauvegarde arrêté par jugement et surveillance par un juge-commissaire.

Le plan de sauvegarde : contenu, vote et exécution

Le plan de sauvegarde constitue le cœur de la procédure. Il traduit en engagements concrets la stratégie de redressement élaborée durant la période d’observation. Son contenu varie selon la nature des difficultés rencontrées. Il peut prévoir des délais de paiement, des remises de dettes, des cessions d’actifs ou encore des conversions de créances en titres donnant accès au capital. L’article L. 626-30-2 du code de commerce autorise notamment les classes de parties affectées à se prononcer sur de telles restructurations (texte officiel).

Le vote du plan obéit à des règles majoritaires strictes. Chaque classe de parties affectées se prononce à la majorité des deux tiers des voix détenues par les membres ayant exprimé un vote. Les créanciers garantis par certains privilèges ne peuvent faire l’objet de remises ou de délais sans leur accord exprès. Le tribunal arrête le plan par jugement après avoir recueilli l’avis du ministère public et consulté le juge-commissaire.

Le 14 avril 2026, le tribunal de commerce de Grenoble a arrêté le plan de sauvegarde de la SARL Bebop. Dans ses motifs, le juge a retenu que « ces éléments ainsi exposés permettant d’établir qu’il existe des possibilités sérieuses d’apurement du passif, il convient d’arrêter le plan de sauvegarde » (décision). Cette décision illustre l’exigence d’un projet crédible, chiffré et soutenu par une majorité de créanciers.

L’exécution du plan relève d’un commissaire à l’exécution du plan qui surveille le respect des engagements pris par le débiteur. En cas de défaillance dans l’accomplissement des obligations du plan, le tribunal peut prononcer sa résolution et ouvrir une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire.

Quand la sauvegarde échoue : la conversion en redressement judiciaire

Toute sauvegarde n’aboutit pas à un plan. Lorsque la situation de l’entreprise se dégrade durant la période d’observation et qu’aucun projet viable n’émerge, le tribunal peut convertir la procédure en redressement judiciaire. L’article L. 626-30-2 du code de commerce dispose que « le tribunal décide la conversion en redressement judiciaire si l’adoption d’un plan de sauvegarde est manifestement impossible et si la clôture de la procédure conduirait, de manière certaine et à bref délai, à la cessation des paiements » (texte officiel).

Cette conversion représente un tournant majeur pour le dirigeant. Le redressement judiciaire suppose que l’entreprise est en cessation des paiements. L’administrateur judiciaire prend alors une place plus prégnante dans la gestion. Le dirigeant peut être amené à justifier de sa gestion antérieure et à répondre d’éventuelles fautes de gestion.

La cour d’appel de Toulouse a appliqué cette disposition le 18 février 2025 dans l’affaire de la SAS Conuca. La cour a confirmé la conversion de la sauvegarde en redressement judiciaire au visa de l’article L. 626-30-2, en retenant que « la clôture de la procédure conduirait de manière certaine et à bref délai à la cessation des paiements » (décision). Le passif échu s’élevait à 850 357,50 € pour une trésorerie de 584 179,49 € au jour du jugement d’ouverture. Cette décision montre que le juge dispose d’une marge d’appréciation liée aux données comptables et prévisionnelles de l’entreprise.

Pour le dirigeant d’une entreprise en difficulté, il est donc impératif d’anticiper. La conciliation ou le mandat ad hoc permettent souvent d’éviter d’en arriver à une conversion forcée. Notre analyse des options de financement en cas de refus bancaire peut éclairer les premières étapes d’une stratégie de préservation.

La procédure de sauvegarde à Paris et en Île-de-France

Le tribunal des activités économiques de Paris (TAEP) concentre les dossiers les plus complexes du pays. Il statue sur les procédures collectives des entreprises dont le siège social est situé dans le ressort de la cour d’appel de Paris, ainsi que sur certaines affaires d’envergure nationale. Les délais d’audience pour l’examen d’une demande de sauvegarde varient généralement de quelques semaines à deux mois selon l’urgence du dossier et l’état des vacations du tribunal.

Les tribunaux de commerce de la petite couronne (Nanterre, Bobigny, Créteil) connaissent également d’importantes procédures de sauvegarde, notamment pour les PME et ETI locales. Le choix du tribunal compétent dépend du siège social de l’entreprise. Un dirigeant installé à Paris doit saisir le TAEP. Un dirigeant dont la société a son siège à Boulogne-Billancourt relève du tribunal de commerce de Nanterre.

La présence d’un avocat au barreau de Paris n’est pas obligatoire pour déposer une demande de sauvegarde, mais elle s’avère fortement recommandée. Le montage du dossier d’ouverture, la négociation avec les créanciers pendant la période d’observation et la rédaction du projet de plan requièrent une maîtrise technique du droit des entreprises en difficulté. Le cabinet intervient régulièrement devant le TAEP et les tribunaux de commerce d’Île-de-France pour accompagner les dirigeants dans ces procédures.

Questions fréquentes sur la sauvegarde judiciaire

La sauvegarde judiciaire est-elle confidentielle ?
Non. Contrairement au mandat ad hoc et à la conciliation, la sauvegarde judiciaire fait l’objet d’une publicité légale. Le jugement d’ouverture est publié au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (BODACC). Les créanciers sont individuellement informés de la procédure.

Le dirigeant conserve-t-il ses pouvoirs pendant la sauvegarde ?
Oui, sous réserve du contrôle de l’administrateur judiciaire. Le dirigeant reste à la tête de l’entreprise au quotidien. Toutefois, certaines décisions stratégiques nécessitent l’autorisation préalable du juge-commissaire, notamment les actes de disposition importants ou les conventions hors du cours normal des affaires.

Quelle est la durée maximale d’une procédure de sauvegarde ?
La période d’observation initiale est de six mois. Elle peut être prolongée pour atteindre dix-huit mois au total. Une fois le plan arrêté, sa durée d’exécution est fixée par le tribunal. Elle dépend de l’ampleur du passif à apurer et des perspectives de redressement.

La sauvegarde suspend-elle les poursuites des créanciers ?
Oui, l’ouverture de la procédure produit un effet suspensif. Les créanciers ne peuvent plus engager ou poursuivre des actions individuelles à l’encontre du débiteur. Les sûretés personnelles peuvent toutefois être mises en œuvre dans certaines conditions. Les créances nées après le jugement d’ouverture sont payées à leur échéance normale.

Peut-on passer de la conciliation à la sauvegarde ?
Oui. L’article L. 621-1 du code de commerce prévoit que le tribunal peut inviter le débiteur à demander l’ouverture d’une procédure de conciliation lorsque la situation ne paraît pas justifier une sauvegarde. Si la conciliation échoue, le débiteur peut solliciter l’ouverture d’une sauvegarde dans un second temps. L’ouverture d’une sauvegarde dans les dix-huit mois suivant un mandat ad hoc ou une conciliation doit être examinée en présence du ministère public.

Quel est le coût d’une procédure de sauvegarde ?
Les frais comprennent les émoluments de l’administrateur judiciaire, les frais de justice et les honoraires d’avocat. L’administrateur judiciaire est rémunéré selon un barème réglementaire fonction du chiffre d’affaires et du passif de l’entreprise. Les frais sont généralement pris en charge par l’entreprise, sous le contrôle du juge-commissaire. En cas d’insuffisance d’actif, une aide juridictionnelle peut être sollicitée.

Attention : attendre la cessation des paiements pour agir réduit drastiquement les options du dirigeant. Au-delà du délai de quarante-cinq jours, la conciliation devient impossible. Une fois la cessation des paiements constatée, seul le redressement judiciaire — voire la liquidation — demeure accessible. Pour évaluer la marche à suivre selon votre situation actuelle, consultez notre guide sur le redressement judiciaire vu par le créancier et le fournisseur.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier ?

Chaque situation d’entreprise en difficulté obéit à une chronologie propre. Un délai de quelques semaines peut faire la différence entre une sauvegarde réussie et une liquidation judiciaire. Le cabinet accompagne les dirigeants de TPE, PME et ETI à Paris et en Île-de-France dans l’évaluation de leur situation, le choix de la procédure adaptée et la préparation du dossier de sauvegarde. Notre équipe dédiée au droit des sociétés intervient à chaque étape de la procédure, depuis le diagnostic initial jusqu’à l’audience d’arrêté du plan.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».