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Maître Reda KOHEN
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Mise en sommeil ou fermeture d’une société : dissolution, liquidation amiable et radiation

Un dirigeant qui n’a plus d’activité hésite souvent entre deux options : mettre la société en sommeil ou la fermer. La première solution paraît simple. Elle évite de dissoudre la structure et laisse le temps de tester une reprise, une cession, un nouveau marché ou une réorganisation. La seconde met fin à la société, mais impose une vraie procédure : dissolution, liquidation, puis radiation.

Le mauvais choix coûte cher. Une société mise en sommeil continue d’exister. Elle conserve des obligations comptables, fiscales, sociales et parfois locatives. Une société dissoute entre en liquidation, mais elle ne disparaît pas immédiatement. Le liquidateur doit vendre les actifs, payer les créanciers, établir les comptes, traiter le boni ou le mali et demander la radiation.

La question n’est donc pas seulement administrative. Il faut savoir s’il reste des dettes, des salariés, un bail commercial, un compte bancaire actif, des contrats en cours, un litige avec un associé, une caution personnelle ou un risque de cessation des paiements.

Cet article donne une méthode pratique pour choisir entre mise en sommeil et fermeture d’une société, préparer les pièces et éviter les erreurs qui déclenchent ensuite un contentieux entre associés, créanciers, bailleur ou administration.

Mise en sommeil : utile seulement si l’arrêt est temporaire

La mise en sommeil permet à une société de cesser temporairement son activité sans être dissoute ni radiée. La fiche officielle Entreprendre.Service-Public sur la mise en sommeil d’une société, vérifiée le 1er janvier 2024, rappelle que la société conserve son immatriculation et continue à respecter certaines échéances.

En pratique, cette solution peut convenir dans quatre situations.

La première est l’attente d’une reprise d’activité. Le dirigeant suspend l’exploitation, mais conserve la structure pour redémarrer vite.

La deuxième est la préparation d’une cession ou d’une réorientation. La société n’exploite plus, mais son existence reste utile pour finaliser un projet.

La troisième est l’absence temporaire du dirigeant, lorsque les contrats et les obligations peuvent être stabilisés sans fermer définitivement.

La quatrième est le besoin de conserver un véhicule juridique pour une opération précise, à condition que la société ne soit pas en difficulté financière.

La mise en sommeil n’est pas adaptée si la société ne peut plus payer ses dettes exigibles. Dans ce cas, le sujet n’est plus la simple pause administrative. Il faut analyser la cessation des paiements et, le cas échéant, la déclaration à déposer. Le cabinet a consacré un article distinct à la déclaration de cessation des paiements, au délai de 45 jours et aux risques du dirigeant.

Qui décide la mise en sommeil et dans quel délai ?

La décision relève du représentant légal : gérant de SARL, président de SAS, dirigeant selon la forme sociale. Une assemblée générale n’est pas toujours obligatoire, sauf si les statuts l’imposent ou si le contexte recommande une validation par les associés.

Le point important est le délai. La déclaration de cessation temporaire d’activité doit être faite dans le mois qui suit la décision de mise en sommeil, via le guichet unique des formalités.

Il n’est pas nécessaire de publier une annonce légale pour la seule mise en sommeil. C’est l’une des différences pratiques avec la dissolution.

Mais cette simplicité ne doit pas masquer les obligations restantes :

  • les comptes sociaux annuels doivent continuer à être établis et déposés ;
  • l’assemblée annuelle d’approbation des comptes doit continuer à être tenue ;
  • la déclaration de résultat doit en principe être déposée avec la mention néant lorsqu’il n’y a plus d’activité ;
  • les règles sociales du dirigeant continuent de produire des effets selon son régime ;
  • les salariés, s’il y en a, ne disparaissent pas par magie ;
  • le bail commercial peut devenir un problème si une clause impose une exploitation continue du fonds ou des locaux.

Le bail commercial est souvent le point le plus dangereux. Un dirigeant peut mettre la société en sommeil et découvrir ensuite que le bailleur invoque une clause d’exploitation personnelle, une fermeture prolongée, une absence d’assurance, un défaut de paiement ou une perte de clientèle. Avant toute déclaration, il faut donc relire le bail, les mises en demeure reçues, les échéanciers et les clauses de destination.

La limite des deux ans : reprendre, dissoudre ou risquer la radiation

La mise en sommeil ne peut pas durer indéfiniment. L’inactivité est limitée à deux ans. À l’issue de cette période, la société doit choisir : reprendre l’activité, être dissoute, ou s’exposer à une radiation d’office.

Cette limite impose d’anticiper dès le départ.

Si le dirigeant pense reprendre dans quelques mois, la mise en sommeil est cohérente. Si l’activité est terminée, si les associés veulent sortir, si le bail est perdu, si les contrats sont résiliés ou si les dettes doivent être apurées, la dissolution-liquidation amiable sera souvent plus claire.

Il faut aussi surveiller la fiscalité locale. D’après la même fiche Service-Public, la suspension d’activité est assimilée à une cessation d’activité pour la cotisation foncière des entreprises au bout de douze mois consécutifs. La société n’est plus imposable à la CFE au bout de douze mois d’inactivité, mais cette règle ne dispense pas de vérifier la situation fiscale concrète.

Fermer une société : dissolution, liquidation, radiation

Fermer une société suppose trois étapes distinctes.

La première est la dissolution. Les associés décident de mettre fin à la société et nomment un liquidateur amiable. Le fondement général se trouve à l’article 1844-7 du Code civil, qui vise notamment la dissolution anticipée décidée par les associés et la dissolution judiciaire pour justes motifs, par exemple en cas de mésentente paralysant le fonctionnement de la société.

La deuxième est la liquidation. L’article L. 237-2 du Code de commerce prévoit que la société est en liquidation dès sa dissolution, sauf cas particulier de transmission universelle du patrimoine. La dénomination sociale doit être suivie de la mention société en liquidation. La personnalité morale subsiste pour les besoins de la liquidation jusqu’à sa clôture.

La troisième est la radiation. Elle intervient après la clôture de liquidation, lorsque les comptes définitifs sont approuvés et que les formalités sont déposées.

La fiche officielle Entreprendre.Service-Public sur la cessation d’activité d’une société, vérifiée le 6 juin 2025, rappelle cette séquence : dissolution, liquidation, puis radiation. Elle précise aussi que la cessation volontaire concerne les sociétés qui ne sont pas en cessation des paiements.

Cette précision est décisive. Une liquidation amiable n’est pas un outil pour fermer discrètement une société incapable de payer ses créanciers. Si le passif exigible ne peut pas être payé avec l’actif disponible, il faut traiter le risque de procédure collective.

Le rôle du liquidateur amiable

Le liquidateur amiable n’est pas un simple signataire de formulaires.

Il représente la société en liquidation. Il réalise l’actif, paie le passif, récupère les créances, vend les biens lorsque c’est nécessaire, traite les contrats en cours, prépare les comptes de liquidation et convoque les associés.

Le liquidateur doit aussi sécuriser la publicité. L’article R. 237-2 du Code de commerce encadre la publication de l’acte de nomination du liquidateur dans un support habilité à recevoir les annonces légales, avec plusieurs mentions obligatoires : forme sociale, mention en liquidation, capital, siège, cause de liquidation, identité du liquidateur et limitations éventuelles de ses pouvoirs.

En pratique, le liquidateur doit tenir une ligne simple :

  • identifier les actifs : compte bancaire, créances clients, stock, matériel, dépôt de garantie, marques, véhicule, droit au bail ;
  • identifier les dettes : fournisseurs, loyer, fiscalité, cotisations, prêts, compte courant d’associé, frais de procédure ;
  • traiter les contrats : bail, assurance, maintenance, logiciel, téléphonie, contrats clients, salariés ;
  • documenter les décisions : procès-verbaux, comptes, décomptes, quittances, justificatifs de paiement ;
  • éviter les distributions prématurées aux associés tant que les créanciers ne sont pas sécurisés.

La clôture de liquidation doit intervenir dans un délai de trois ans à compter de la dissolution. Si ce délai n’est pas respecté, le ministère public ou toute personne intéressée, notamment un créancier, peut saisir le tribunal afin que la liquidation soit menée sous contrôle judiciaire.

Mise en sommeil ou dissolution : le bon critère n’est pas le coût

Beaucoup de dirigeants choisissent la mise en sommeil parce qu’elle paraît moins chère. C’est parfois vrai à court terme. Mais le bon critère n’est pas le coût immédiat. C’est la situation réelle de la société.

Si la société n’a plus d’activité mais conserve un projet sérieux de reprise, la mise en sommeil peut suffire.

Si la société n’a plus d’activité, plus de projet, plus de bail utile et plus de raison économique d’exister, la fermeture est souvent plus cohérente.

Si la société a des dettes, il faut d’abord savoir si elles peuvent être payées. Une dette négociée, échelonnée ou contestée ne produit pas la même analyse qu’un passif exigible que la société ne peut pas régler.

Si la société a des salariés, la mise en sommeil ne neutralise pas les contrats de travail. Il faut traiter les ruptures, les paies, les documents sociaux, les charges et les risques prud’homaux.

Si la société a un bail commercial, il faut décider si le bail doit être conservé, résilié, cédé ou intégré dans une liquidation. Un bail peut avoir une valeur. Il peut aussi devenir une dette.

Si un associé a prêté de l’argent à la société, le compte courant doit être intégré dans le passif. Le sujet rejoint alors le remboursement du compte courant d’associé et le risque de conflit entre associés.

L’erreur fréquente : fermer alors qu’il faut déclarer la cessation des paiements

La liquidation amiable suppose que la société puisse payer ses dettes. Lorsqu’un dirigeant veut fermer parce que les factures s’accumulent, que l’Urssaf relance, que le bailleur menace une action ou que le compte bancaire est bloqué, il faut d’abord vérifier la solvabilité.

Le raisonnement est concret.

Quels actifs peut-on réellement encaisser ? Quelles créances clients sont récupérables ? Quel stock peut être vendu ? Le bail a-t-il une valeur ? Les associés peuvent-ils remettre des fonds ? Les créanciers acceptent-ils un échéancier ? Existe-t-il une caution personnelle du dirigeant ?

Si la société ne peut pas faire face à son passif exigible avec son actif disponible, le dirigeant doit traiter la procédure collective. Une fermeture amiable mal engagée peut créer un risque personnel : retard de déclaration, confusion des comptes, paiement préférentiel, distribution injustifiée, absence de comptabilité ou poursuite abusive d’une activité déficitaire.

Le cabinet traite ces questions dans les dossiers de responsabilité du dirigeant pour insuffisance d’actif et de liquidation judiciaire de SARL ou SAS avec risque sur les biens personnels.

TUP, SASU, EURL : attention aux cas particuliers

Toutes les fermetures ne suivent pas exactement la même mécanique.

Lorsqu’une société a un associé unique personne morale, la dissolution peut entraîner une transmission universelle du patrimoine, appelée TUP. La fiche officielle Entreprendre.Service-Public sur la dissolution simplifiée d’une société, vérifiée le 1er octobre 2024, rappelle que cette opération concerne les sociétés dont l’associé unique est une autre société. Elle ne s’applique pas lorsque l’associé unique est une personne physique.

Ce point compte pour les groupes de sociétés, les holdings, les filiales et les restructurations. Il faut aussi tenir compte des règles de publicité et du droit d’opposition des créanciers.

Pour une SASU ou une EURL détenue par une personne physique, la fermeture passe en principe par une dissolution-liquidation classique. Le liquidateur doit ensuite traiter les comptes de liquidation, le boni ou le mali, les déclarations fiscales et la radiation.

Pièces à réunir avant de décider

Avant de choisir entre mise en sommeil et fermeture, il faut réunir les pièces suivantes :

  • statuts à jour ;
  • extrait Kbis ;
  • derniers comptes annuels ;
  • situation comptable récente ;
  • relevés bancaires ;
  • liste des dettes et créanciers ;
  • liste des créances clients ;
  • bail commercial, contrat de domiciliation ou titre d’occupation ;
  • contrats en cours ;
  • contrats de travail et situation sociale ;
  • comptes courants d’associés ;
  • prêts, cautions, garanties, nantissements ;
  • correspondances avec l’Urssaf, les impôts, le bailleur, la banque et les principaux créanciers ;
  • procès-verbaux d’assemblée récents ;
  • projet de reprise, de cession, de fermeture ou de radiation.

Cette liste permet de répondre à la vraie question : la société peut-elle simplement dormir, doit-elle être fermée proprement, ou faut-il traiter une difficulté financière plus sérieuse ?

Paris et Île-de-France : le réflexe pratique

À Paris et en Île-de-France, le choix entre mise en sommeil et dissolution est souvent lié au bail, au siège social, au greffe et au rythme du contentieux commercial.

Une société parisienne qui conserve un bail commercial ne doit pas se mettre en sommeil sans analyser la clause d’exploitation, la destination des locaux, les arriérés éventuels et la possibilité de céder ou résilier le bail. Une société francilienne qui a des dettes fournisseurs ou un compte courant d’associé contesté doit éviter de lancer une liquidation amiable avant d’avoir chiffré le passif.

Le bon ordre est le suivant : audit des dettes, audit des contrats, choix entre pause et fermeture, préparation des procès-verbaux, formalités, puis suivi de la radiation.

Pour un accompagnement plus large, le sujet se rattache au droit des affaires, au contentieux commercial et, lorsqu’il existe des factures ou créances à récupérer avant fermeture, au recouvrement de créances commerciales.

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Intervention à Paris et en Île-de-France pour les dirigeants, associés et sociétés confrontés à une fermeture, une mise en sommeil, une liquidation amiable ou une radiation.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».