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Contester un état des lieux de sortie : usure normale, retenues abusives et délai pour agir

Un état des lieux de sortie signé n’empêche pas toute contestation. Il rend seulement la discussion plus exigeante. Le locataire doit alors montrer que la retenue réclamée par le bailleur ne correspond pas au document signé, qu’elle relève de l’usure normale, qu’elle n’est pas justifiée par un devis ou une facture, ou que la comparaison avec l’état des lieux d’entrée ne permet pas d’imputer la dégradation au locataire.

Le bailleur, lui, ne doit pas raisonner comme si le dépôt de garantie était une réserve automatique pour remettre le logement à neuf. Il peut retenir une somme, mais seulement si une dégradation imputable au locataire est établie, chiffrée et reliée à l’état du logement au moment de la restitution des clés.

L’enjeu pratique est donc simple : transformer un désaccord de sortie en dossier probatoire. Photos, état des lieux d’entrée, état des lieux de sortie, échanges avec l’agence, devis, factures, grille de vétusté, date de remise des clés et preuve d’envoi de l’adresse du locataire changent souvent l’issue du litige.

Ce guide traite l’angle précis que les recherches révèlent : comment contester un état des lieux de sortie, dans quel délai agir, quelle différence faire entre dégradation et usure normale, et quand saisir la commission départementale de conciliation ou le juge des contentieux de la protection.

Le point de départ : comparer entrée, sortie et retenues

L’état des lieux n’a de sens que par comparaison. L’article 3-2 de la loi du 6 juillet 1989 impose un état des lieux établi à l’entrée et à la sortie, contradictoirement et amiablement par les parties ou par un tiers mandaté par elles. Le décret du 30 mars 2016 précise les mentions attendues et la prise en compte de la vétusté.

En pratique, il faut poser trois documents côte à côte :

  • l’état des lieux d’entrée ;
  • l’état des lieux de sortie ;
  • le courrier ou décompte par lequel le bailleur explique les retenues.

Si la retenue vise une peinture jaunie, un sol marqué par le temps, des joints usés après plusieurs années d’occupation ou une trace d’usage ordinaire, la question n’est pas seulement de savoir si l’élément est moins neuf qu’au premier jour. Il faut déterminer si l’état constaté excède l’usure normale.

L’article 7 de la loi du 6 juillet 1989 met à la charge du locataire l’entretien courant du logement et les réparations locatives. Le décret du 26 août 1987 donne la liste de référence des réparations locatives. Mais ce régime ne permet pas de faire payer au locataire la vétusté, ni de lui imputer les conséquences du temps lorsque l’usage a été normal.

Une retenue n’est pas valable parce qu’elle est mentionnée sur un devis

Un devis peut justifier un chiffrage. Il ne prouve pas, à lui seul, que le locataire doit payer.

Le bailleur doit relier le coût réclamé à une dégradation imputable au locataire. Il doit aussi expliquer pourquoi la somme correspond à une remise en état nécessaire, et non à une amélioration du logement. Remplacer intégralement une peinture ancienne pour une trace localisée, facturer une pièce complète pour une petite marque ou imputer un équipement déjà très usé expose à contestation.

Le locataire doit donc demander :

  • la copie de l’état des lieux d’entrée et de sortie ;
  • les photographies éventuellement annexées ;
  • les devis ou factures ;
  • le détail poste par poste des sommes retenues ;
  • l’éventuelle grille de vétusté appliquée ;
  • la preuve que le logement a été remis dans l’état allégué.

Lorsque le bailleur se limite à une somme globale, la contestation est plus forte. Le dépôt de garantie n’est pas une pénalité. C’est une garantie des sommes restant dues au bailleur, sous réserve qu’elles soient établies.

Peut-on contester après avoir signé l’état des lieux de sortie ?

Oui, mais il faut distinguer deux contestations.

La première porte sur le contenu même de l’état des lieux. Si le locataire a signé un document mentionnant une dégradation précise, il sera plus difficile de soutenir ensuite que cette mention n’existe pas. La signature vaut accord sur le constat, sauf élément sérieux : pression, erreur matérielle, absence de remise d’un exemplaire, mention ajoutée après signature, photographie contradictoire, ou impossibilité de vérifier correctement l’état du logement.

La seconde porte sur les conséquences financières tirées de ce constat. Même si une trace est mentionnée, le bailleur ne peut pas toujours facturer une remise à neuf. Le locataire peut contester le montant, la vétusté, l’imputation, l’absence de facture, ou le caractère disproportionné de la retenue.

C’est souvent là que se gagne le litige. Le débat ne porte plus sur l’existence d’une trace, mais sur le droit du bailleur à conserver 300, 800 ou 1 500 euros.

Etat des lieux non signé, absent ou fait sans le locataire

Si aucun état des lieux de sortie n’a été établi, la situation change. En principe, le locataire est présumé avoir rendu le logement en bon état, sauf preuve contraire. Le bailleur peut tenter de produire d’autres éléments, mais le dossier est plus fragile.

Si l’état des lieux a été réalisé par commissaire de justice parce qu’une partie ne s’est pas présentée ou parce que les parties étaient en désaccord, les règles de convocation sont importantes. L’article 3-2 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit que les parties doivent être avisées par lettre recommandée avec demande d’avis de réception au moins sept jours à l’avance.

Une difficulté fréquente apparaît lorsque le locataire remet les clés, puis reçoit ensuite un constat ou un état des lieux unilatéral. Dans ce cas, il faut reconstituer la chronologie :

  • date de remise des clés ;
  • date de sortie effective du logement ;
  • date du constat ;
  • présence ou absence du locataire ;
  • convocation préalable ;
  • photographies prises au moment du départ ;
  • éventuelle relocation ou intervention dans le logement entre les deux dates.

Plus le constat est tardif, plus le bailleur devra expliquer ce qui s’est passé entre le départ du locataire et le relevé des dégradations.

Quel délai pour contester un état des lieux de sortie ?

Il n’existe pas un délai unique de contestation qui effacerait automatiquement le droit d’agir. Le bon raisonnement part du dépôt de garantie.

L’article 22 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit une restitution dans le délai d’un mois lorsque l’état des lieux de sortie est conforme à l’état des lieux d’entrée. Ce délai passe à deux mois lorsque la comparaison fait apparaître des différences justifiant des retenues.

En cas de retard, la somme restant due au locataire produit une majoration égale à 10 % du loyer mensuel hors charges pour chaque période mensuelle commencée en retard, lorsque le locataire a transmis sa nouvelle adresse.

La contestation doit donc être rapide. Dans un dossier locatif, attendre plusieurs mois affaiblit la preuve. Les photographies disparaissent, le logement peut être reloué, les devis deviennent difficiles à discuter et les échanges se perdent.

Une méthode efficace consiste à adresser une mise en demeure dès réception du décompte litigieux, ou dès l’expiration du délai de restitution, avec un tableau clair :

  • somme déposée ;
  • somme restituée ;
  • retenues contestées ;
  • motif de contestation ;
  • pièces demandées ;
  • délai laissé au bailleur pour payer ou justifier.

Commission de conciliation ou juge : dans quel ordre agir ?

Pour un litige relatif au dépôt de garantie, à l’état des lieux ou aux réparations locatives, la commission départementale de conciliation peut être saisie. Elle est gratuite et permet parfois d’obtenir une solution rapide, surtout lorsque le désaccord porte sur des retenues mal justifiées.

Mais la commission ne remplace pas le juge. Si le bailleur refuse de communiquer les pièces, maintient des retenues sans base sérieuse ou ne restitue rien, le locataire peut saisir le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire compétent.

Le juge peut notamment être saisi pour obtenir :

  • la restitution du dépôt de garantie ;
  • la majoration de retard ;
  • le remboursement d’une retenue abusive ;
  • des dommages et intérêts si le comportement du bailleur a causé un préjudice distinct ;
  • le remboursement de certains frais de procédure.

Pour le bailleur, la même logique vaut en sens inverse. Si le dépôt de garantie ne couvre pas les réparations locatives réellement imputables au locataire, il doit produire un dossier chiffré, cohérent et proportionné. Un état des lieux vague et des devis non reliés au dommage suffisent rarement.

Les erreurs qui font perdre un dossier

La première erreur consiste à contester seulement avec des formules générales. Ecrire que la retenue est « abusive » ne suffit pas. Il faut viser chaque poste : peinture du séjour, nettoyage, joints, trous, robinetterie, parquet, clés, télécommande, mobilier.

La deuxième erreur consiste à oublier l’état des lieux d’entrée. Sans comparaison, le débat devient flou. Si un mur était déjà marqué, si un équipement était déjà ancien ou si une réserve figurait à l’entrée, il faut le montrer.

La troisième erreur consiste à ne pas demander les justificatifs. Le bailleur doit pouvoir expliquer ce qu’il retient. Une somme forfaitaire, arrondie ou non détaillée appelle une contestation immédiate.

La quatrième erreur consiste à négliger la vétusté. Une moquette de dix ans, une peinture ancienne ou un équipement usé ne peuvent pas être traités comme neufs. Même si une réparation est due, le montant peut être réduit.

La cinquième erreur consiste à rendre les clés sans preuve. La date de remise des clés déclenche les délais de restitution. Il faut conserver un reçu, un échange écrit ou une preuve de rendez-vous.

Checklist des pièces à préparer

Avant toute mise en demeure, il faut réunir un dossier court :

  • bail et avenants ;
  • état des lieux d’entrée ;
  • état des lieux de sortie ;
  • photos d’entrée et de sortie ;
  • preuve de remise des clés ;
  • preuve de transmission de la nouvelle adresse ;
  • décompte du bailleur ;
  • devis et factures communiqués ;
  • échanges avec l’agence ou le propriétaire ;
  • éléments sur l’âge des équipements et des travaux.

Un dossier de dix pages bien classé vaut mieux que cinquante captures non datées.

Sources utiles

Les textes de base sont l’article 3-2 de la loi du 6 juillet 1989, l’article 7 de la loi du 6 juillet 1989, l’article 22 de la loi du 6 juillet 1989, le décret du 30 mars 2016 sur l’état des lieux et la vétusté et le décret du 26 août 1987 sur les réparations locatives.

Pour un cadrage pratique, la page Service-Public sur l’état des lieux de sortie et la page ANIL sur l’état des lieux confirment l’importance du caractère contradictoire, de la comparaison entrée/sortie et de la restitution du dépôt de garantie.

Cet article complète notre guide sur le dépôt de garantie dans le bail d’habitation, qui traite plus largement des délais de restitution, des retenues et du contentieux locatif.

Pour les dossiers franciliens, voir aussi notre déclinaison pratique : État des lieux de sortie à Paris et en Île-de-France : quel juge saisir, quelles pièces produire et quels délais surveiller ?.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».