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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Avocat référé expertise désordres construction article 145 CPC à Paris : motif légitime, mission, prescription

Le référé expertise de l’article 145 du Code de procédure civile est l’arme procédurale décisive en matière de désordres de construction. Il permet, avant tout procès, de faire désigner un technicien chargé de constater, consulter ou expertiser des faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige. La condition centrale est le motif légitime, apprécié souverainement par le juge des référés, sans exigence d’urgence. La Cour de cassation, par un arrêt du 27 novembre 2025, a confirmé la souplesse de l’office du juge dans le choix de la mission. Le cabinet sécurise la requête, la mission et l’articulation avec le fond.

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Mise en cause de tous les intervenants, dires écrits à chaque étape, contestation de la mission élargie, neutralisation d’un référé provision concomitant : la défense se construit dès la requête initiale.

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Convention d’honoraires claire, rédaction de l’assignation en référé, sélection de l’expert et calendrier d’articulation avec le contentieux au fond.
Partie I

Les conditions du référé expertise en désordres de construction.

01Le motif légitime : notion et critères d’appréciation par le juge.+

L’article 145 du Code de procédure civile subordonne la mesure d’instruction in futurum à l’existence d’un motif légitime de conserver ou d’établir, avant tout procès, la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution du litige. Le juge des référés vérifie deux conditions cumulatives : l’éventualité d’un litige et l’utilité concrète de la mesure sollicitée.

Code de procédure civile, article 145 : « S’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige, les mesures d’instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé. »

En matière de désordres de construction, l’éventualité du litige se déduit de l’existence des désordres constatés et de l’identité des intervenants potentiellement responsables. L’utilité de la mesure résulte de la complexité technique des causes à déterminer. Le juge apprécie souverainement.

Art. 145 CPC

02Aucune exigence d’urgence : la spécificité du référé in futurum.+

Contrairement aux référés des articles 834 et 835 du Code de procédure civile, le référé fondé sur l’article 145 ne suppose pas l’urgence. La Cour de cassation rappelle constamment que la demande peut être formée même lorsqu’un procès au fond serait déjà possible, dès lors que le motif légitime est caractérisé. Le demandeur n’a pas non plus à démontrer un péril imminent.

Cette dissociation présente un intérêt pratique majeur. Le maître d’ouvrage peut prendre le temps de réunir ses premiers constats, de chiffrer un préjudice prévisible et d’identifier l’ensemble des intervenants avant de saisir. La rigueur de la mise en cause se substitue à la précipitation. Le juge n’écartera pas la mesure au seul motif que le demandeur aurait pu agir plus tôt.

Art. 145 CPCArt. 834 CPCArt. 835 CPC

03Cass. 3e civ., 27 novembre 2025, n° 23-20.727 : office du juge sur la nature de la mission.+

Par un arrêt publié au Bulletin du 27 novembre 2025, la troisième chambre civile confirme la latitude du juge des référés saisi sur le fondement de l’article 145. Saisi d’une demande de consultation, le juge peut ordonner une véritable expertise lorsqu’il estime que la complexité du litige le justifie. L’objet du litige n’en est pas modifié.

Cass. 3e civ., 27 novembre 2025, n° 23-20.727, formation de section, publié au Bulletin : « Il résulte des articles 145 et suivants et 232 et suivants du code de procédure civile que ne modifie pas l’objet du litige le juge des référés qui, saisi sur le fondement du premier de ces textes, d’une demande de désignation d’un technicien en vue d’une mission de consultation, après avoir constaté le motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige, commet un technicien avec une mission d’expertise au motif, souverainement apprécié, que, l’issue du litige requérant des investigations complexes, la mesure de consultation sollicitée ne serait pas suffisante. »

La portée pratique est nette. Le défendeur ne peut faire censurer la décision au seul motif que le juge aurait ordonné une mesure plus large que celle initialement demandée. La rédaction de la requête doit néanmoins préciser le périmètre souhaité pour conserver une lisibilité contradictoire.

Art. 145 CPCArt. 232 CPCCass. 3e civ., 27 nov. 2025, n° 23-20.727

04Cass. 3e civ., 16 février 2022, n° 21-11.926 : référé préventif et constat avant travaux.+

Le référé 145 ne sert pas seulement à constater un désordre survenu. Il peut aussi être utilisé en amont, à titre préventif, pour faire dresser un état des lieux contradictoire des avoisinants avant un chantier de démolition-construction. La troisième chambre civile, par arrêt publié au Bulletin du 16 février 2022, confirme la compatibilité de ce référé préventif avec les réglementations spéciales.

Cass. 3e civ., 16 février 2022, n° 21-11.926, formation de section, publié au Bulletin : « La cour d’appel qui […] a estimé, dans l’exercice de son pouvoir souverain d’appréciation, que la société Cogedim justifiait du motif légitime requis par l’article 145 du code de procédure civile, et retenu, à bon droit, que la réglementation relative aux travaux effectués à proximité des ouvrages souterrains, aériens ou subaquatiques n’excluait pas la possibilité d’engager une procédure de référé préventif, en a exactement déduit, procédant aux recherches prétendument omises, qu’il y avait lieu d’ordonner la mesure d’instruction. »

L’apport est double. D’une part, le référé préventif est admis avant même tout désordre constaté. D’autre part, l’existence d’une réglementation sectorielle, comme celle du Code de l’environnement sur les travaux à proximité des réseaux, n’évince pas la voie du référé 145.

Art. 145 CPCCass. 3e civ., 16 févr. 2022, n° 21-11.926

05La mission d’expertise : articles 232 et suivants et étendue contradictoire.+

Les articles 232 et suivants du Code de procédure civile encadrent la mission de l’expert judiciaire. Le juge fixe la mission, le délai et le montant de la provision à valoir sur les honoraires. L’expert convoque les parties, examine les lieux, recueille leurs observations, soumet un pré-rapport puis dépose un rapport définitif. Le contradictoire gouverne chaque étape.

La rédaction de la mission est stratégique. Une mission trop étroite oblige à saisir à nouveau pour extension. Une mission trop large ouvre des coûts disproportionnés et fragilise l’opérationnel. Le cabinet propose une mission précise sur les désordres, les causes, les responsabilités, les travaux de reprise et leur chiffrage, ainsi que les préjudices immatériels consécutifs.

Art. 232 CPCArt. 245 CPC

06Compétence : président du tribunal judiciaire du lieu de l’immeuble.+

La compétence d’attribution appartient au président du tribunal judiciaire statuant en référé. La compétence territoriale obéit aux règles de droit commun : tribunal du lieu où la mesure doit être exécutée ou tribunal du lieu de situation de l’immeuble en cas de désordre immobilier. Le demandeur peut également saisir le tribunal du domicile du défendeur principal.

Pour les immeubles parisiens, le tribunal judiciaire de Paris dispose d’un service des référés expérimenté en matière de construction. Les délais d’audiencement permettent généralement une désignation d’expert sous quelques semaines. Le cabinet intervient devant l’ensemble des tribunaux d’Île-de-France.

Art. 42 CPCArt. 46 CPC

Le référé 145 se gagne sur la preuve.

Identifier les bons défendeurs, formuler une mission précise et opposable, articuler avec un référé provision si le préjudice est déjà chiffrable, sécuriser l’effet interruptif de prescription et préparer le contentieux au fond. Le cabinet construit la stratégie probatoire avant même la requête.

Partie II

La stratégie procédurale et l’articulation avec le fond.

01L’effet interruptif de prescription pendant l’expertise (art. 2239 C. civ.).+

L’article 2239 du Code civil suspend la prescription lorsque le juge accueille une demande de mesure d’instruction présentée avant tout procès. La suspension court jusqu’au jour où la mesure a été exécutée. Pour le référé 145, le délai de prescription est donc gelé entre la décision désignant l’expert et le dépôt du rapport définitif.

Code civil, article 2239 : « La prescription est également suspendue lorsque le juge fait droit à une demande de mesure d’instruction présentée avant tout procès. Le délai de prescription recommence à courir, pour une durée qui ne peut être inférieure à six mois, à compter du jour où la mesure a été exécutée. »

L’enjeu est majeur en matière de garantie décennale, dont le délai de l’article 1792-4-1 du Code civil est rigoureux. Le maître d’ouvrage qui saisit le juge des référés au début de la dixième année conserve la possibilité d’agir au fond après le rapport, dans une fenêtre minimum de six mois. La chronologie doit être documentée.

Art. 2239 C. civ.Art. 1792-4-1 C. civ.

02L’articulation avec le référé provision (article 835 al. 2 CPC).+

Lorsqu’une partie du préjudice est déjà chiffrable et que l’obligation n’est pas sérieusement contestable, le maître d’ouvrage peut solliciter en même temps qu’une expertise une provision sur le fondement de l’article 835 alinéa 2 du Code de procédure civile. Les deux demandes coexistent et accélèrent la prise en charge financière.

Code de procédure civile, article 835, alinéa 2 : « Dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, [le président du tribunal judiciaire] peut accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire. »

La provision suppose une obligation non sérieusement contestable. Sur des désordres reconnus par le constructeur, ou couverts par un dommages-ouvrage en cours, la voie est ouverte. Le cabinet articule la rédaction des deux demandes dans une seule assignation pour gagner du temps procédural.

Art. 835 al. 2 CPC

03La mise en cause des assureurs : décennale, dommages-ouvrage, RC professionnelle.+

La présence des assureurs à l’expertise judiciaire est déterminante pour rendre le rapport opposable au stade de l’indemnisation. Les assureurs concernés sont, selon l’opération, l’assureur dommages-ouvrage de l’article L. 242-1 du Code des assurances, les assureurs en responsabilité décennale des constructeurs et l’assureur RC professionnelle du maître d’œuvre.

L’omission d’un assureur en référé prive le maître d’ouvrage d’arguments décisifs au fond. L’assureur non appelé à l’expertise peut contester l’opposabilité du rapport et faire ordonner une nouvelle mesure d’instruction. Le cabinet établit la cartographie complète des intervenants et des polices avant l’assignation initiale.

Art. L. 242-1 C. assur.Art. L. 241-1 C. assur.

04La valeur probatoire du rapport au fond : contradictoire et contestations.+

Le rapport déposé à l’issue de l’expertise est versé au débat au fond. Le juge du fond apprécie souverainement les éléments techniques mais ne peut écarter le rapport sans motif. Le contradictoire est la clef. Un dire technique non discuté par l’expert dans son rapport peut être réintroduit par voie de conclusions et étayé par une expertise privée.

Le défendeur conserve la possibilité de critiquer la mission, la méthode de l’expert et ses conclusions. Une mesure d’instruction complémentaire peut être ordonnée au fond. La qualité des dires écrits déposés pendant l’expertise détermine la solidité ultérieure de la défense ou de l’attaque.

Art. 246 CPCArt. 16 CPC

05Les coûts : consignation, frais d’expertise et répartition finale.+

Le juge des référés fixe une provision à valoir sur les honoraires de l’expert. La consignation est mise à la charge du demandeur, sauf répartition différente justifiée par les circonstances. Le défaut de consignation dans le délai imparti caduquera la mesure. Le cabinet anticipe le montant et organise la trésorerie nécessaire.

La répartition définitive des frais d’expertise est tranchée par le juge du fond, en application de l’article 696 du Code de procédure civile. La partie qui succombe supporte généralement les frais et dépens. Lorsque les désordres sont imputables à plusieurs intervenants, la condamnation est répartie au prorata des responsabilités retenues.

Art. 269 CPCArt. 696 CPC

06L’articulation avec le fond : décennale (1792 C. civ.) et garantie de parfait achèvement.+

Le rapport d’expertise sert l’action au fond fondée selon les cas sur l’article 1792 du Code civil pour la garantie décennale, sur l’article 1792-6 pour la garantie de parfait achèvement, ou sur la responsabilité contractuelle de droit commun de l’article 1231-1 du Code civil. La qualification juridique du désordre — atteinte à la solidité, impropriété à destination, simple malfaçon — résulte des constatations expertales.

Le choix du fondement conditionne le régime de responsabilité applicable, la prescription, l’étendue de la réparation et la mobilisation des assurances. Le cabinet anticipe cette qualification dès la mission d’expertise pour orienter les investigations sur les éléments décisifs et préparer le contentieux au fond.

Art. 1792 C. civ.Art. 1792-6 C. civ.Art. 1231-1 C. civ.

FAQ

Questions fréquentes.

À quoi sert un référé expertise sur le fondement de l’article 145 CPC ?+

Le référé 145 permet, avant tout procès, de faire désigner un expert chargé d’établir la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige. En matière de désordres de construction, il sert à constater les désordres, déterminer leurs causes, identifier les responsables et chiffrer les travaux de reprise. La mesure ne suppose ni urgence ni péril imminent. Seul un motif légitime est exigé.

Faut-il prouver l’urgence pour obtenir un référé 145 ?+

Non. Contrairement aux référés des articles 834 et 835 du Code de procédure civile, le référé fondé sur l’article 145 n’exige pas l’urgence. La Cour de cassation rappelle que la demande peut être formée même lorsqu’un procès au fond serait déjà possible, dès lors que le motif légitime est caractérisé.

Le juge peut-il ordonner une expertise alors qu’une simple consultation a été demandée ?+

Oui. La troisième chambre civile, par arrêt publié au Bulletin du 27 novembre 2025 (n° 23-20.727), juge que le juge des référés ne modifie pas l’objet du litige lorsqu’il commet un technicien avec une mission d’expertise au motif que l’issue du litige requiert des investigations complexes. La souplesse de l’office du juge est confirmée.

Le référé 145 est-il possible avant l’apparition d’un désordre ?+

Oui. Le référé préventif est admis pour faire dresser un état des lieux contradictoire des avoisinants avant un chantier. La troisième chambre civile, dans son arrêt du 16 février 2022 (n° 21-11.926), confirme que la voie est ouverte même lorsqu’une réglementation sectorielle, comme celle du Code de l’environnement, encadre les travaux à proximité des réseaux.

L’expertise interrompt-elle la prescription de l’action au fond ?+

Oui. L’article 2239 du Code civil suspend la prescription dès lors que le juge accueille la demande de mesure d’instruction présentée avant tout procès. Le délai recommence à courir, pour une durée qui ne peut être inférieure à six mois, à compter du jour où la mesure a été exécutée, c’est-à-dire le dépôt du rapport définitif.

Peut-on demander une provision en même temps que l’expertise ?+

Oui. Lorsqu’une partie du préjudice est déjà chiffrable et que l’obligation n’est pas sérieusement contestable, le maître d’ouvrage peut solliciter une provision sur le fondement de l’article 835 alinéa 2 du Code de procédure civile. Les deux demandes coexistent dans la même assignation et accélèrent la prise en charge financière.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».