Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Article généré par une intelligence artificielle, selon un processus conçu et contrôlé par le cabinet

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Arbre tombé tempête assurance : arbre de la commune tombé sur votre maison ou votre voiture pendant Austen ou Boelo, qui paie et comment agir

Vendredi 23 octobre 2026, la tempête Austen a balayé le nord et l’ouest de la France avec des rafales mesurées jusqu’à 120 km/h sur le littoral, et le Pas-de-Calais placé en vigilance orange par Météo-France jusqu’à 20 heures, comme le rapporte actu.fr dans son article du 23 octobre 2026 signé Raphaël Mahlmann : deux blessés, 184 interventions des pompiers, des arbres couchés en travers des routes, notamment sur l’autoroute A21 à hauteur de Courcelles-lès-Lens. Dès le lendemain, la dépression Boelo a pris le relais, avec 56 départements placés en vigilance selon les bulletins repris par la presse nationale le 25 octobre 2026, tandis qu’Ouest-France faisait état dimanche soir de 40 000 foyers encore privés d’électricité, principalement en Bretagne et en Normandie. Quand l’arbre qui s’abat sur une toiture, une véranda ou une voiture stationnée appartient à la commune — arbre d’alignement le long d’une rue, sujet d’un square, d’un parc municipal ou d’un talus bordant une voie communale —, le sinistré se trouve face à deux débiteurs possibles : sa propre assurance, au titre de la garantie tempête, et la collectivité gardienne de l’arbre, au titre de sa responsabilité. Les deux voies se cumulent mais obéissent à des règles différentes, et chacune a ses délais. Le présent point explique d’abord ce que l’assurance habitation et l’assurance automobile paient dans cette hypothèse, puis comment établir la responsabilité de la commune et agir contre elle et son assureur, preuves et délais à l’appui.

I. Arbre tombé tempête assurance : ce que votre assurance habitation et votre assurance auto paient quand l’arbre appartient à la commune

Que l’arbre soit communal, départemental ou privé ne change rien à la première étape : c’est votre propre contrat qui indemnise le plus vite, à condition que la garantie tempête soit acquise et que ses conditions soient remplies. La loi impose cette garantie, mais c’est la clause de votre police qui en fixe les seuils, la franchise et les exclusions. Maison d’un côté, voiture de l’autre : les deux régimes partent du même texte mais divergent sur les détails.

A. Arbre tombe maison assurance : la garantie tempête obligatoire de la multirisque et ses conditions écrites

La garantie contre les effets du vent n’est pas une option commerciale que l’assureur accorderait ou refuserait à son gré. L’article L122-7 du code des assurances dispose que « Les contrats d’assurance garantissant les dommages d’incendie ou tous autres dommages à des biens situés en France, ainsi que les dommages aux corps de véhicules terrestres à moteur, ouvrent droit à la garantie de l’assuré contre les effets du vent dû aux tempêtes, ouragans et cyclones, sur les biens faisant l’objet de tels contrats ». Tout contrat multirisque habitation couvrant l’incendie contient donc une garantie tempête, et l’arbre communal projeté par le vent sur votre toiture entre dans son champ, au même titre que l’arbre du voisin. Le tribunal judiciaire de Grenoble l’a rappelé le 15 juin 2026 dans un litige opposant un assuré à la Macif : « Il résulte de l’article L.122-7 du code des assurances que les contrats d’assurance de bien doivent garantir contre les effets du vent dû aux tempêtes, ouragans et cyclones, sur les biens faisant l’objet de ces contrats. » (tribunal judiciaire de Grenoble, 15 juin 2026, RG 25/02247). La même décision précise la frontière avec la catastrophe naturelle : « Ce texte prévoit que les vents supérieurs à 145 kilomètres heures en moyenne sur dix minutes ou 215 km/h en rafales relèvent de la garantie des catastrophes naturelles. » (tribunal judiciaire de Grenoble, 15 juin 2026, RG 25/02247). Avec des rafales relevées autour de 100 à 120 km/h lors d’Austen, les dossiers du week-end relèvent de la garantie tempête classique, pas du régime des catastrophes naturelles, qui supposerait en outre un arrêté interministériel de reconnaissance que personne ne doit affirmer ni présumer à ce stade.

La loi pose le principe, le contrat fixe les modalités, et le juge applique la clause telle qu’elle est écrite. Deux points de la police méritent une lecture immédiate. D’abord la définition contractuelle de la tempête : la plupart des contrats exigent soit des destructions visibles sur des bâtiments voisins, soit une vitesse de vent mesurée à la station de référence, souvent autour de 100 km/h. Conservez donc les photographies des dégâts constatés autour de chez vous — toitures voisines, clôtures, mobilier urbain — et demandez le relevé de la station Météo-France la plus proche pour la nuit ou la journée du sinistre. Ensuite la franchise et les plafonds : l’article L113-5 du code des assurances prévoit que « Lors de la réalisation du risque ou à l’échéance du contrat, l’assureur doit exécuter dans le délai convenu la prestation déterminée par le contrat et ne peut être tenu au-delà ». L’assureur paie ce que le contrat promet, dans le délai qu’il prévoit, et rien au-delà : la franchise légale ou contractuelle reste à votre charge, et les embellissements ne sont pas dus. En contrepartie, c’est à l’assuré de prouver que les conditions de la garantie sont réunies : existence et contenu du contrat, réalité du sinistre pendant la période de garantie, lien entre le vent et le dommage. Photographiez l’arbre en place avant tout enlèvement, la souche et le point de rupture, la trajectoire de chute, les impacts sur la toiture, la façade, les gouttières et les dépendances, et faites établir si possible un constat par la mairie ou un commissaire de justice dans les premiers jours.

Un cas particulier mérite l’attention quand la tempête mêle vent, pluie et grêle, comme cela arrive avec les dépressions d’automne. La Cour de cassation a jugé, dans un arrêt publié au Bulletin, que l’adjonction obligatoire de la garantie vent à l’assurance incendie « ne s’étend pas au risque grêle, qui est distinct et qui doit faire l’objet d’une assurance spécifique » (Cour de cassation, première chambre civile, 2 juillet 1996, n° 94-11.559, publié au Bulletin), ajoutant que « lorsque le vent et la grêle sont associés, il appartient aux juges du fond de rechercher lequel de ces phénomènes météorologiques a été déterminant dans la réalisation des dommages » (même arrêt). Si votre police exclut la grêle ou la soumet à une garantie séparée, décrivez avec précision dans la déclaration quel phénomène a causé quel dommage : le choc de l’arbre projeté par le vent relève de la garantie tempête, les impacts de grêle sur les tuiles restantes peuvent relever d’un autre régime. Cette ventilation, faite dès la déclaration, évite que l’assureur impute l’ensemble du sinistre au phénomène exclu.

La déclaration conditionne toute la suite. L’article L113-2 du code des assurances fait obligation à l’assuré « De donner avis à l’assureur, dès qu’il en a eu connaissance et au plus tard dans le délai fixé par le contrat, de tout sinistre de nature à entraîner la garantie de l’assureur. Ce délai ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés. » Déclarez donc dans les cinq jours ouvrés, par lettre recommandée ou par envoi recommandé électronique, même si le dossier est incomplet : les photographies, les devis et l’attestation de la mairie suivront. La Cour de cassation a précisé la sanction du retard dans un arrêt publié au Bulletin : « l’assuré est obligé de donner avis à l’assureur, de tout sinistre de nature à entraîner la garantie de celui-ci, dès qu’il en a eu connaissance et au plus tard dans le délai fixé par le contrat, qui ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés » et « la déchéance pour déclaration tardive ne peut être opposée à l’assuré que si l’assureur établit que le retard dans la déclaration lui a occasionné un préjudice » (Cour de cassation, deuxième chambre civile, 21 janvier 2021, n° 19-13.347, publié au Bulletin). Autrement dit, une déclaration tardive n’entraîne la perte de la garantie que si une clause du contrat prévoit cette déchéance et si l’assureur démontre que le retard lui a causé un préjudice. Une clause qui imposerait un délai inférieur à cinq jours ouvrés ne serait pas opposable. Indiquez dans la déclaration la date et l’heure du sinistre, la localisation précise de l’arbre — rue, square, parc, talus communal —, la nature des dommages et les mesures conservatoires déjà prises, comme le bâchage de la toiture, dont la facture sera remboursée si la garantie est acquise.

B. Arbre tombe sur voiture assurance : quelle garantie automobile et quelle franchise quand la voiture dormait au domicile

La voiture garée devant la maison ou dans la cour, écrasée par l’arbre communal arraché pendant la nuit d’Austen ou de Boelo, relève d’abord de l’assurance automobile. Le même article L122-7 du code des assurances vise expressément « les dommages aux corps de véhicules terrestres à moteur », de sorte que la garantie tempête s’applique aux véhicules assurés. En pratique, les dégâts causés par la chute d’un arbre sur un véhicule stationné sont pris en charge au titre de la garantie dite tempête, grêle ou événements climatiques, lorsqu’elle figure au contrat, ou au titre de la garantie dommages tous accidents pour les formules les plus complètes. Vérifiez donc immédiatement quelle garantie de votre police automobile couvre les événements climatiques : un contrat au tiers sans option tempête ne paiera pas, et c’est la loi du contrat qui s’applique, conformément à l’article L113-5 du code des assurances. La franchise prévue pour cette garantie sera déduite de l’indemnité, et la vétusté du véhicule sera prise en compte selon le barème contractuel.

Trois réflexes protègent le dossier automobile. D’abord, ne déplacez ni ne faites enlever le véhicule avant d’avoir photographié la scène complète : l’arbre encore en place, le point d’impact, la plaque d’immatriculation, le compteur kilométrique et l’environnement, de façon à établir que le choc vient bien de la chute de l’arbre pendant la tempête et non d’un accident de circulation. Ensuite, déclarez le sinistre à l’assureur automobile dans le délai du contrat, qui ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés en vertu de l’article L113-2 du code des assurances, par lettre recommandée ou envoi recommandé électronique. Enfin, conservez les factures de gardiennage, de remorquage et de location de remplacement : elles ne sont remboursées que si le contrat le prévoit, mais leur production établit le préjudice et servira aussi dans le recours contre la commune pour la part restée à votre charge, franchise comprise. Si une expertise est organisée, assistez-y ou faites-vous assister : le rapport d’expertise amiable, même établi à la demande d’un assureur, pèse lourd dans la suite du dossier, et ses erreurs se contestent d’autant mieux qu’elles sont relevées tôt, avec des photographies contradictoires et, si nécessaire, une contre-expertise.

L’indemnisation par votre propre assureur n’éteint pas le recours contre la commune. L’assureur qui a payé exerce ensuite un recours subrogatoire contre le tiers responsable, et vous conservez l’action pour la part non couverte : franchise, vétusté déduite, préjudices non assurés comme le trouble de jouissance ou les frais restés à charge. C’est l’articulation entre les deux voies qui fait l’intérêt du dossier : l’assurance paie vite selon le contrat, la commune répond selon la loi, et le cumul des deux, sans double indemnisation d’un même poste, donne la réparation intégrale. La seconde partie explique comment établir cette responsabilité communale.

II. Arbre communal tombé sur votre bien : établir la responsabilité de la collectivité et agir dans les délais

Quand l’arbre appartient à la commune, le litige change de nature : il ne s’agit plus d’appliquer une clause d’assurance mais d’engager la responsabilité d’une personne publique devant le juge administratif, selon des règles où l’entretien de l’arbre et la preuve occupent le premier plan. La tempête n’exonère pas automatiquement la collectivité, et l’absence de signe visible de dépérissement ne suffit pas toujours à l’exonérer. Chaque étape — prouver, chiffrer, réclamer, saisir — a son délai propre.

A. Arbre de la commune sur votre maison : prouver le lien avec l’ouvrage public et le défaut d’entretien normal

Le point de départ est l’identification du propriétaire de l’arbre, car elle détermine le juge et le régime applicables. Un arbre d’alignement le long d’une rue communale, un sujet planté dans un square ou un parc municipal, un arbre poussant sur le talus qui soutient une voie communale appartiennent en principe à la commune et relèvent du domaine public. La cour administrative d’appel de Nantes l’a jugé le 7 février 2025 à propos d’un arbre tombé sur une voie communale : « le talus, jusqu’à sa crête, est nécessaire au soutien de la chaussée ou à sa protection, notamment en participant au bon écoulement des eaux pluviales, et constitue, par suite, un accessoire indispensable de la voie publique, laquelle entre dans la catégorie des ouvrages publics » (cour administrative d’appel de Nantes, 7 février 2025, n° 23NT03643). Retenez la méthode : plan cadastral, photographies, constat de la localisation exacte de la souche, demande écrite à la mairie sur la domanialité de la parcelle. Si l’arbre se trouvait sur une dépendance du domaine public communal, le dommage causé par sa chute engage la responsabilité de la commune devant le juge administratif, en qualité de maître de l’ouvrage public.

Devant le juge administratif, la victime doit d’abord établir le lien entre son préjudice et l’ouvrage. La même cour d’appel de Nantes rappelle la règle de preuve : « Il appartient à l’usager d’un ouvrage public qui demande réparation d’un préjudice qu’il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l’existence d’un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l’ouvrage. » (cour administrative d’appel de Nantes, 7 février 2025, n° 23NT03643). Concrètement, il faut démontrer que l’arbre tombé est bien celui de la commune et que c’est sa chute qui a causé le dommage : photographies de la souche sur le terrain communal, témoignages des voisins, rapport des pompiers ou de la police municipale intervenus pendant la tempête, attestation de la mairie sur les interventions d’élagage ou d’enlèvement. La cour ajoute aussitôt les moyens de défense de la collectivité : « Le maître de l’ouvrage ne peut être exonéré de l’obligation d’indemniser la victime qu’en rapportant, à son tour, la preuve soit de l’entretien normal de l’ouvrage, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure. » (même arrêt). L’entretien normal est donc le premier refuge de la commune : suivi phytosanitaire des arbres, campagnes d’élagage, inspections après les tempêtes précédentes, mise en sécurité des sujets signalés comme dangereux.

La tempête ne constitue une force majeure que si elle réunit les caractères exigés par les juges, et une tempête annoncée par Météo-France avec vigilance orange les réunit rarement à elle seule. Le tribunal judiciaire de Brest l’a jugé le 28 juillet 2026 à propos d’arbres tombés pendant la tempête Ciaran : « pour constituer un cas de force majeure de nature à exonérer totalement le gardien de sa responsabilité fondée sur l’article 1240 du code civil, un évènement naturel doit présenter un caractère imprévisible et irrésistible » (tribunal judiciaire de Brest, 28 juillet 2026, RG 25/01319), relevant que la tempête, signalée dès la fin octobre au large des îles britanniques avec placement du Finistère en vigilance par Météo-France, n’était pas un événement imprévisible. Le tribunal judiciaire de Montpellier, le 30 octobre 2025, à propos d’un arbre tombé sur une voie ferrée, exige les trois caractères cumulatifs : « Il ne peut être retenu comme cause exonératoire, la force majeure pour permettre d’écarter une telle responsabilité, elle doit alors être imprévisible, irrésistible et extérieure » (tribunal judiciaire de Montpellier, 30 octobre 2025, RG 21/01933), tout en précisant que « vice inhérent à la chose qui a causé le dommage ne constitue pas, au regard de celui qui exerce sur cette chose les pouvoirs de direction, de contrôle et d’usage corrélatifs à l’obligation de garde, un cas fortuit ou de force majeure ». Autrement dit, si l’arbre communal était malade, creux, champignonné ou notoirement penché, son état interne ne protège pas la commune : c’est même la preuve du défaut d’entretien. Faites examiner la souche et les sections du tronc par un professionnel, photographiez les signes de pourriture, et demandez si des signalements antérieurs avaient été adressés à la mairie par les riverains.

Le pendant civil de cette responsabilité éclaire les dossiers où l’arbre litigieux se révèle privé ou d’origine incertaine. Le tribunal judiciaire de Brive-la-Gaillarde a jugé le 6 mars 2026, à propos d’un arbre tombé sur une ligne électrique : « L’article 1242 du même code énonce, en son alinéa 1er, que l’on est responsable non seulement du dommage que l’on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre, ou des choses que l’on a sous sa garde. » et « Ainsi, le propriétaire d’un arbre est présumé responsable des dommages causés par celui-ci, sauf s’il prouve une cause étrangère. » (tribunal judiciaire de Brive-la-Gaillarde, 6 mars 2026, RG 24/00408). L’article 1242 du code civil pose en effet que « On est responsable non seulement du dommage que l’on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre, ou des choses que l’on a sous sa garde ». Si l’enquête révèle que l’arbre appartenait en réalité à un voisin, ce régime du gardien s’applique devant le juge judiciaire, et un précédent point de ce site détaille ce recours voisin : arbre du voisin tombé sur la maison ou la voiture, assurance et responsabilité. Pour un arbre communal en revanche, c’est la voie administrative qui s’impose, avec sa logique propre de l’entretien normal de l’ouvrage public.

La commune dispose aussi d’obligations de police qui renforcent le dossier de la victime. L’article L2212-2 du code général des collectivités territoriales confie à la police municipale le soin d’assurer « le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques », ce qui comprend « Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques ». Un arbre communal dont la dangerosité était connue ou aurait dû être connue — signalement d’un riverain, chute de branches antérieure, arrêté de mise en sécurité d’un édifice voisin — et qui n’a fait l’objet d’aucune mesure engage la collectivité sur ce terrain également. Rassemblez donc les signalements antérieurs : courriers à la mairie, pétitions de riverains, procès-verbaux de conseils de quartier, articles de presse locale. À l’inverse, s’il est établi, comme dans l’affaire jugée à Nantes, qu’aucun signe extérieur de dépérissement n’était visible et qu’aucun riverain n’avait alerté, la commune peut démontrer l’entretien normal et obtenir le rejet de la demande : c’est ce qui s’est produit dans cette espèce, où les demandes indemnitaires ont été rejetées. La leçon est symétrique : tout se joue sur les preuves de l’état de l’arbre avant la chute.

B. Déclarer, chiffrer et saisir : la demande préalable à la commune et le tribunal administratif dans les délais

Le dossier se construit en quatre temps : sécuriser, déclarer, réclamer à la commune, puis saisir le juge si la commune refuse ou garde le silence. D’abord sécuriser les lieux et les preuves : bâchage de la toiture, étaiement si un mur est fragilisé, enlèvement de l’arbre après photographies complètes, conservation des morceaux de tronc montrant l’état interne. Faites établir un constat par un commissaire de justice dans les jours qui suivent, avec mesurage et photographies de la souche, de la parcelle et des dommages. Si l’urgence l’exige avant tout procès, l’article 145 du code de procédure civile permet d’obtenir « S’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige, » que « les mesures d’instruction légalement admissibles » soient « ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé ». Une expertise judiciaire ordonnée sur ce fondement, avec un expert qui se rend sur place et examine la souche avant sa disparition, vaut infiniment plus qu’une discussion ultérieure sur des photographies. L’article 835 du code de procédure civile permet en outre au juge des référés de « prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite », ce qui couvre la mise en sécurité d’une toiture ouverte ou d’un mur menaçant ruine.

Ensuite, adressez à la commune une demande indemnitaire préalable, par lettre recommandée avec accusé de réception : description des faits, date et heure de la chute, localisation de l’arbre, liste des dommages avec devis et factures, photographies et constat, montant réclamé poste par poste. Cette étape est obligatoire avant toute saisine du juge administratif en paiement : l’article R421-1 du code de justice administrative dispose que « Lorsque la requête tend au paiement d’une somme d’argent, elle n’est recevable qu’après l’intervention de la décision prise par l’administration sur une demande préalablement formée devant elle ». Le même article fixe le délai de recours : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ». Deux mois donc à compter du refus exprès de la commune, et, en cas de silence gardé pendant deux mois sur la demande, un refus implicite naît, qui peut être contesté dans un nouveau délai de deux mois. Ne laissez pas ces délais s’éteindre pendant que l’expertise amiable de votre assureur suit son cours : le recours contre la commune et le dossier d’assurance avancent en parallèle, avec des calendriers distincts.

Le chiffrage doit être poste par poste, avec justificatifs : coût de l’enlèvement de l’arbre si vous l’avez avancé, bâchage et mesures conservatoires, réparation de la toiture, de la façade, des gouttières, des menuiseries et des dépendances, remise en état du jardin et des plantations, frais de constat et d’expertise, frais de relogement provisoire si la maison est inhabitable, franchise et décote restées à charge après l’indemnisation de votre assureur. Les préjudices patrimoniaux se prouvent par factures et devis ; le trouble de jouissance pendant la période de travaux se chiffre avec mesure, en fonction de la durée et de l’ampleur des désordres. Si la voiture a été endommagée, joignez le rapport d’expertise automobile et la facture de réparation, déduction faite de ce que l’assureur automobile a déjà versé. Enfin, gardez à l’esprit le délai de droit commun de l’assurance : l’article L114-1 du code des assurances dispose que « Toutes actions dérivant d’un contrat d’assurance sont prescrites par deux ans à compter de l’événement qui y donne naissance », tout en précisant qu’« En cas de sinistre, » le délai ne court « que du jour où les intéressés en ont eu connaissance, s’ils prouvent qu’ils l’ont ignoré jusque-là ». Une action contre votre assureur en complément d’indemnité ou en contestation d’une exclusion se prescrit donc par deux ans, quand l’action contre la commune devant le juge administratif suit ses propres règles de recevabilité. Vérifiez chaque délai sur le texte applicable à votre situation avant d’agir, et n’attendez pas la fin des travaux pour réclamer : les devis suffisent à chiffrer une demande préalable.

Conclusion

L’arbre communal abattu par Austen ou Boelo sur votre maison ou votre voiture ouvre deux voies qui se complètent. La première est contractuelle : la garantie tempête de votre multirisque habitation et de votre assurance automobile, imposée par l’article L122-7 du code des assurances, paie les dommages causés par le vent selon les conditions écrites de la police, à condition de déclarer dans les cinq jours ouvrés de l’article L113-2 du code des assurances et de prouver la réalité du sinistre. La seconde est légale : la commune, gardienne de ses arbres et maître de ses ouvrages publics, répond du défaut d’entretien normal devant le juge administratif, et la tempête, surtout annoncée avec vigilance orange, ne l’exonère que si elle réunit les caractères de la force majeure, ce que les juges vérifient concrètement, souche et dossier d’entretien à l’appui. Entre les deux, une règle de méthode : photographier avant d’enlever, faire constater avant de réparer, réclamer à la commune par écrit avant de saisir le tribunal, et surveiller les délais des deux procédures sans les confondre. Avec ces pièces et ces délais, le foyer touché par la chute d’un arbre public aborde l’expertise et, s’il le faut, le prétoire avec un dossier complet.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».