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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Dégât des eaux du voisin du dessus à Paris : que faire quand il ne fait rien, qui paie et comment se faire indemniser (2026)

Octobre est le mois où les chaudières se rallument et où les chauffe-eau, restés au ralenti tout l’été, se remettent en pression. C’est aussi le mois où apparaissent les auréoles au plafond : une tache jaunâtre dans le séjour, une peinture qui cloque dans la salle de bains, un parquet qui gondole sous la fenêtre. Quand l’eau vient de l’appartement du dessus et que le voisin répond « je ne vois rien chez moi » ou ne répond plus du tout, la situation devient vite angoissante : qui doit couper l’eau, qui paie le plombier, faut-il attendre avant de repeindre, et comment obtenir réparation quand le responsable se tait ? La Cour de cassation vient de rappeler, dans un arrêt du 28 janvier 2026 publié au Bulletin, que l’entreprise chargée de l’entretien d’une chaudière est tenue d’une obligation de résultat sur la sécurité de l’installation. Ce rappel change concrètement la donne pour les victimes de fuites liées au chauffage. Cet article expose la marche à suivre, pièce par pièce : d’abord stopper l’eau et figer la preuve même face à un voisin inactif, ensuite identifier qui paie entre locataire, bailleur, chauffagiste et assurances, avec les textes et les décisions qui fondent chaque étape.

I. Couper l’eau, figer la preuve et forcer le voisin à agir quand il ne fait rien

Face à une infiltration active, l’ordre des opérations compte autant que le fond du droit : chaque heure d’eau qui coule aggrave le dommage et complique l’expertise. La méthode qui protège l’indemnisation tient en trois temps, à enclencher le jour même.

A. Les gestes du premier jour qui protègent l’indemnisation et le délai de cinq jours ouvrés

Le premier réflexe consiste à limiter l’écoulement : fermez votre propre arrivée d’eau si la fuite menace vos installations électriques, coupez l’électricité des zones mouillées pour écarter tout risque d’électrocution, et prévenez immédiatement le voisin du dessus en lui demandant de couper son arrivée d’eau. Quand le sinistre semble provenir d’un autre logement, le site officiel service-public.fr recommande de contacter le ou les voisins concernés pour les informer et leur demander de couper l’arrivée d’eau, puis de prendre toutes les mesures de sécurité nécessaires, comme couper l’électricité pour éviter un risque d’électrocution (service-public.fr, assurance dégâts des eaux). Si personne ne répond, adressez-vous au gardien ou au syndic de l’immeuble, qui dispose généralement des moyens de localiser la fuite et de faire couper l’eau : un appel suivi d’un courriel de confirmation laisse une trace datée de votre diligence.

Une fois la fuite identifiée, faites-la réparer sans attendre. Le même site officiel précise que la réparation immédiate de la fuite est considérée comme une mesure d’urgence et n’empêche pas l’indemnisation (service-public.fr, assurance dégâts des eaux). En revanche, ne lancez pas les travaux de remise en état — peinture, sols, plafonds, mobilier — avant le passage de l’expert de l’assurance : repeindre trop vite prive l’expert de la vision du dommage et affaiblit votre dossier. Conservez les factures du plombier intervenu en urgence : elles constituent le premier poste de votre préjudice.

Déclarez ensuite le sinistre à votre assureur habitation. L’article L. 113-2 du code des assurances oblige l’assuré « De donner avis à l’assureur, dès qu’il en a eu connaissance et au plus tard dans le délai fixé par le contrat, de tout sinistre de nature à entraîner la garantie de l’assureur. Ce délai ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés » (art. L. 113-2 c. assur., Légifrance). Concrètement, comptez cinq jours ouvrés à partir du jour où vous avez découvert la tache ou l’écoulement, et déclarez par un canal traçable : espace assuré en ligne avec accusé, lettre recommandée ou envoi recommandé électronique. Si votre contrat prévoit une déchéance pour déclaration tardive, elle ne joue que dans des conditions strictes : « Lorsqu’elle est prévue par une clause du contrat, la déchéance pour déclaration tardive au regard des délais prévus au 3° et au 4° ci-dessus ne peut être opposée à l’assuré que si l’assureur établit que le retard dans la déclaration lui a causé un préjudice. Elle ne peut également être opposée dans tous les cas où le retard est dû à un cas fortuit ou de force majeure » (art. L. 113-2 c. assur., Légifrance). Autrement dit, un jour de retard ne fait pas perdre l’indemnisation si l’assureur n’a subi aucun préjudice du fait de ce retard.

Pour accélérer le traitement, remplissez avec le voisin un constat amiable « dégât des eaux ». Ce document n’est pas obligatoire, mais le site officiel indique qu’il permet d’accélérer le traitement du dossier d’indemnisation par l’assurance, en consignant le lieu du sinistre, ses circonstances et ses causes (service-public.fr, assurance dégâts des eaux). Quand le voisin refuse de signer, remplissez seul votre partie, faites-le constater par écrit — un courriel rappelant la date de votre proposition de constat amiable et son absence de réponse — et transmettez-le à votre assureur : un constat unilatéral vaut toujours mieux qu’aucun constat. Photographiez les dégâts sous plusieurs angles avec un repère de date, filmez l’écoulement s’il est actif, conservez les échanges écrits avec le voisin, le syndic et l’assureur, et recueillez le témoignage écrit d’un autre voisin qui a vu l’eau couler. Si les enjeux sont importants, un commissaire de justice peut dresser un procès-verbal de constat : l’article 145 du code de procédure civile prévoit que « S’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige, les mesures d’instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé » (art. 145 CPC, Légifrance). Un constat d’huissier coûte quelques centaines d’euros mais fige définitivement l’état des lieux face à un voisin qui minimise.

B. Voisin absent ou inactif à Paris : mise en demeure, syndic et juge des référés

Quand le voisin ne fait rien — pas de plombier appelé, pas de déclaration à son assureur, parfois pas de réponse du tout — il faut passer à l’écrit contraignant. Adressez-lui une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception : décrivez la fuite, ses manifestations chez vous avec dates, rappelez les démarches déjà accomplies et fixez un délai raisonnable, par exemple huit jours, pour faire intervenir un professionnel et déclarer le sinistre à son assureur. Envoyez le double au syndic de copropriété et, si le voisin est locataire, à son bailleur : chacun prend alors ses responsabilités par écrit, et votre courrier servira de point de départ aux intérêts en cas de procès ultérieur.

La mise en demeure ouvre aussi la voie de l’exécution forcée. L’article 1222 du code civil dispose : « Après mise en demeure, le créancier peut aussi, dans un délai et à un coût raisonnables, faire exécuter lui-même l’obligation ou, sur autorisation préalable du juge, détruire ce qui a été fait en violation de celle-ci. Il peut demander au débiteur le remboursement des sommes engagées à cette fin » (art. 1222 c. civ., Légifrance). Si le voisin laisse fuir une installation dont il a la garde, vous pouvez, après l’avoir mis en demeure en vain, faire réaliser à vos frais avancés les travaux strictement nécessaires pour stopper l’aggravation, puis en réclamer le remboursement : conservez chaque facture et chaque devis pour justifier du caractère raisonnable du coût.

Quand l’eau continue de couler malgré vos courriers, le juge des référés tranche vite. L’article 835 du code de procédure civile permet au président du tribunal judiciaire de « prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite », et ajoute que « Dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, ils peuvent accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire » (art. 835 CPC, Légifrance). En pratique parisienne, une assignation en référé permet d’obtenir en quelques semaines une ordonnance qui enjoint au voisin de faire réparer sous astreinte et qui alloue une provision sur le préjudice : l’astreinte, dont le montant court par jour de retard, convainc les plus récalcitrants. Le référé sert aussi à obtenir une expertise judiciaire quand les assureurs se renvoient la cause de la fuite : l’expert désigné par le juge examine les deux appartements, y compris celui du voisin qui refusait d’ouvrir sa porte.

Dans une copropriété parisienne, n’oubliez pas le syndic : informez-le par écrit dès le premier jour et demandez-lui d’intervenir auprès du copropriétaire du dessus, de vérifier les colonnes et les parties communes, et de déclarer le sinistre à l’assureur de l’immeuble si l’origine peut se situer dans une canalisation commune. La distinction entre partie privative et partie commune conditionne tout le recours : une colonne d’évacuation commune qui fuit relève de la copropriété, un flexible de douche ou un joint de chauffe-eau relèvent de l’occupant du dessus. Quand l’origine reste discutée, l’expertise — amiable puis judiciaire — tranche, et vos constats du premier jour prennent toute leur valeur.

II. Faire payer la fuite de chaudière, de chauffe-eau ou de canalisation : locataire, bailleur, chauffagiste et assurances

Une fois l’eau stoppée et la preuve figée, vient la question que tout le monde se pose : qui règle la facture ? La réponse dépend de l’origine exacte de la fuite, et trois cercles de responsabilité se combinent : l’occupant du dessus, le propriétaire bailleur et le professionnel de l’entretien, avec les assurances en relais.

A. Locataire, bailleur ou chauffagiste : le partage exact des factures d’entretien et de réparation

Quand le voisin du dessus est locataire, la loi lui impose l’entretien courant de son logement. L’article 7 de la loi du 6 juillet 1989 dispose que le locataire est obligé « De répondre des dégradations et pertes qui surviennent pendant la durée du contrat dans les locaux dont il a la jouissance exclusive, à moins qu’il ne prouve qu’elles ont eu lieu par cas de force majeure, par la faute du bailleur ou par le fait d’un tiers qu’il n’a pas introduit dans le logement » et « De prendre à sa charge l’entretien courant du logement, des équipements mentionnés au contrat et les menues réparations ainsi que l’ensemble des réparations locatives définies par décret en Conseil d’Etat, sauf si elles sont occasionnées par vétusté, malfaçon, vice de construction, cas fortuit ou force majeure » (art. 7 loi du 6 juillet 1989, Légifrance). Le décret qui détaille ces réparations locatives met à la charge du locataire, pour le chauffage et l’eau chaude, le « Rinçage et nettoyage des corps de chauffe et tuyauteries », le « Remplacement des joints, clapets et presse-étoupes des robinets », ainsi que le « remplacement des tuyaux flexibles de douches » (décret n° 87-712 du 26 août 1987, annexe, Légifrance). Un joint de chauffe-eau desserré, un flexible de douche éclaté, un corps de chauffe entartré jamais nettoyé : voilà les causes typiques de dégât des eaux dont répond le locataire du dessus, sauf à prouver la vétusté de l’installation ou un vice de construction.

Le Code civil confirme cette logique pour l’ensemble des locations : « Il répond des dégradations ou des pertes qui arrivent pendant sa jouissance, à moins qu’il ne prouve qu’elles ont eu lieu sans sa faute » (art. 1732 c. civ., Légifrance). Le locataire du dessus qui laisse fuir son lave-linge, son chauffe-eau ou sa douche engage donc sa responsabilité dès lors que la fuite provient d’un défaut d’entretien courant, et son assurance habitation — obligatoirement souscrite — prend le relais pour indemniser le voisin du dessous, sous réserve des plafonds et franchises du contrat.

Le propriétaire bailleur, lui, répond de la structure et des équipements vieillissants. L’article 6 de la loi du 6 juillet 1989 lui impose de « remettre au locataire un logement décent ne laissant pas apparaître de risques manifestes pouvant porter atteinte à la sécurité physique ou à la santé » (art. 6 loi du 6 juillet 1989, Légifrance). Une chaudière vétuste qui fuit par corrosion, un ballon d’eau chaude percé par la rouille, une canalisation d’origine poreuse : quand la fuite vient de la vétusté ou d’un vice de construction, c’est le bailleur qui doit assumer le remplacement, et sa responsabilité peut être recherchée par le voisin victime sur le fondement du droit commun. Le principe général de la responsabilité pour faute s’applique en effet à tous : « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer » (art. 1240 c. civ., Légifrance), et chacun répond aussi « On est responsable non seulement du dommage que l’on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre, ou des choses que l’on a sous sa garde » (art. 1242 c. civ., Légifrance), ce qui vise directement l’installation qui fuit.

Si vous êtes vous-même locataire du logement inondé et que votre bailleur tarde à remettre les lieux en état, l’article 20-1 de la loi du 6 juillet 1989 organise le recours : « A défaut d’accord entre les parties ou à défaut de réponse du propriétaire dans un délai de deux mois, la commission départementale de conciliation peut être saisie », et le juge « peut réduire le montant du loyer ou suspendre, avec ou sans consignation, son paiement et la durée du bail jusqu’à l’exécution de ces travaux » (art. 20-1 loi du 6 juillet 1989, Légifrance). Concrètement, deux mois sans réponse du bailleur après votre demande de remise en conformité ouvrent la saisine du juge, qui peut diminuer le loyer ou en suspendre le paiement jusqu’à la fin des travaux : une arme efficace quand un plafond gondolé attend sa réfection depuis des semaines.

Le troisième responsable possible est le chauffagiste chargé de l’entretien, et c’est là que la jurisprudence de 2026 pèse le plus lourd. L’entretien annuel des chaudières est obligatoire : « Les chaudières alimentées par des combustibles gazeux, liquides ou solides dont la puissance nominale est supérieure ou égale à 4 kW et inférieure ou égale à 400 kW font l’objet d’un entretien annuel » (art. R. 224-41-4 c. env., Légifrance), entretien qui « doit être effectué chaque année civile, par une personne remplissant les conditions de qualification professionnelle » prévues pour les artisans (art. R. 224-41-7 c. env., Légifrance). Le professionnel « établit une attestation d’entretien, dans un délai de quinze jours suivant sa visite », attestation est remise au commanditaire de l’entretien, qui doit la conserver et la tenir à la disposition des agents de contrôle pendant une durée minimale de deux ans (art. R. 224-41-8 c. env., Légifrance). Réclamez systématiquement cette attestation : sans entretien annuel par un qualifié, l’assureur du voisin peut discuter sa garantie, et la responsabilité du chauffagiste devient un axe de recours.

La première chambre civile de la Cour de cassation a en effet jugé le 28 janvier 2026, dans un arrêt publié au Bulletin rendu sous le pourvoi n° 24-15.298 : « Il résulte de ce texte que l’entrepreneur, chargé de l’entretien d’une chaudière, est soumis à une obligation de résultat quant à la sécurité de l’installation, dont il lui appartient de s’assurer, et qu’il ne peut s’exonérer de sa responsabilité que par la preuve d’une cause étrangère » (Cass. 1re civ., 28 janv. 2026, n° 24-15.298, courdecassation.fr). Une obligation de résultat signifie que la seule survenance du dommage suffit à engager la responsabilité de l’entreprise d’entretien, à charge pour elle de prouver une cause étrangère comme la force majeure ou la faute exclusive de la victime. Si la fuite de la chaudière du dessus provient d’un organe de sécurité que le chauffagiste aurait dû vérifier, la victime peut donc se retourner contre lui en plus du voisin : deux débiteurs valent mieux qu’un, surtout quand l’un des deux est assuré en responsabilité professionnelle.

B. Assurances, recours et prescription : se faire indemniser euro par euro à Paris et en Île-de-France

En pratique, c’est votre propre assureur habitation qui vous indemnise en premier, puis qui se retourne contre le responsable : c’est le mécanisme de la subrogation. L’article L. 121-12 du code des assurances dispose que « l’assureur qui a payé l’indemnité d’assurance est subrogé, jusqu’à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l’assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l’assureur » (art. L. 121-12 c. assur., Légifrance). Vous n’avez donc pas à attendre l’issue du litige entre assureurs pour être indemnisé : votre compagnie paie, puis récupère les sommes auprès du voisin ou de son assureur. Le tribunal judiciaire de Paris l’a illustré le 2 juillet 2024 dans une affaire de fuite sur la canalisation de raccordement d’une douche : « Le dégât des eaux est constitutif d’un trouble anormal de voisinage trouvant sa cause dans le bien appartenant à Monsieur [W] [E] de sorte que celui-ci est responsable des conséquences dommageables », et le tribunal a condamné le propriétaire du dessus « à payer à la MUTUELLE ASSURANCE DES INSTITUTEURS DE FRANCE la somme de 13.042,91 euros avec intérêts au taux légal à compter du 22 septembre 2022 », l’assureur étant subrogé dans les droits de son assurée (TJ Paris, 5e ch., 2 juil. 2024, RG 22/15265, courdecassation.fr). Deux enseignements pour votre dossier : le dégât des eaux provenant de l’appartement du dessus constitue un trouble anormal de voisinage dont répond le propriétaire, et la mise en demeure fait courir les intérêts au taux légal, ce qui chiffre chaque mois de retard du responsable.

Vous disposez aussi d’un raccourci souvent décisif : l’action directe contre l’assureur du voisin. L’article L. 124-3 du code des assurances prévoit que « Le tiers lésé dispose d’un droit d’action directe à l’encontre de l’assureur garantissant la responsabilité civile de la personne responsable » (art. L. 124-3 c. assur., Légifrance). Quand le voisin du dessus reste passif mais que vous connaissez sa compagnie — le syndic ou le bailleur peuvent vous la communiquer —, vous pouvez assigner directement son assureur avec lui, sans attendre qu’il déclare le sinistre lui-même. Cette action directe contourne l’inertie du responsable et place un payeur solvable dans la procédure.

Reste la question du temps : ne laissez pas prescrire vos droits. « Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer » (art. 2224 c. civ., Légifrance). Pour un dégât des eaux, le délai de cinq ans court à compter du jour où vous avez connu le sinistre et son origine : une tache découverte en octobre 2026 laisse donc en principe jusqu’en octobre 2031 pour agir, mais chaque mois perdu affaiblit la preuve — humidité qui sèche, voisin qui vend, artisan qui disparaît. Agissez dans les premières semaines, et interrompez la prescription par une assignation si les négociations avec les assurances s’éternisent.

À Paris et en Île-de-France, quelques particularités pratiques méritent attention. Les immeubles haussmanniens et les copropriétés denses multiplient les colonnes communes et les salles d’eau superposées : exigez de l’expert qu’il tranche par écrit entre fuite privative et fuite sur partie commune, car le débiteur change du tout au tout. Les honoraires d’expertise amiable avancés par la victime sont récupérables contre le responsable comme accessoire du préjudice, à condition de les justifier par facture. Quand le montant du litige le justifie, le tribunal judiciaire de Paris statue à juge unique en matière de dégât des eaux, et l’exécution provisoire de droit attachée au jugement permet d’obtenir le paiement sans attendre l’appel. Enfin, si le voisin a vendu son appartement entre-temps, le recours subsiste contre lui pour les fuites nées pendant sa détention : conservez la preuve de l’époque du sinistre, car c’est elle qui désigne le bon défendeur.

Conclusion

Un dégât des eaux venu du dessus se gagne en trois temps : stopper l’écoulement et le faire réparer en urgence sans attendre, déclarer à son assureur dans les cinq jours ouvrés prévus par l’article L. 113-2 du code des assurances, puis figer la preuve par photos, constat amiable, témoignages et, si besoin, procès-verbal de commissaire de justice sur le fondement de l’article 145 du code de procédure civile. Quand le voisin ne fait rien, la mise en demeure par lettre recommandée, l’alerte écrite au syndic et au bailleur, puis le référé de l’article 835 du code de procédure civile — mesures conservatoires et provision — forcent l’action. Sur le fond, le partage des responsabilités est balisé : entretien courant et menues réparations pour le locataire du dessus, décence et structure pour le bailleur, obligation de résultat sur la sécurité pour l’entreprise d’entretien depuis l’arrêt du 28 janvier 2026, trouble anormal de voisinage retenu contre le propriétaire d’où vient l’eau, subrogation de votre assureur et action directe contre l’assureur du responsable. Chiffrez chaque poste — urgence plomberie, remise en état, relogement, préjudice de jouissance — avec factures et devis, faites courir les intérêts par une mise en demeure datée, et agissez dans le délai de cinq ans de l’article 2224 du code civil. L’eau finit toujours par sécher ; vos droits, eux, ne doivent pas s’évaporer avec elle.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».