Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Article généré par une intelligence artificielle, selon un processus conçu et contrôlé par le cabinet

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Meublé touristique à Paris sans autorisation en 2026 : contester l’amende, régulariser et sauver votre location

Vous avez mis votre appartement parisien sur une plateforme de location courte durée, les réservations s’enchaînent, puis une lettre de la Ville de Paris arrive : location sans autorisation de changement d’usage, convocation à régulariser, assignation devant le tribunal judiciaire et amende civile de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Depuis la loi du 19 novembre 2024 et un arrêt de la Cour de cassation du 3 septembre 2026, les communes disposent d’arguments renforcés et les juges sanctionnent vite quand le dossier de la mairie est solide. La bonne nouvelle : tout n’est pas perdu. L’amende se discute, son montant se réduit, l’ordre de retour à l’habitation se conteste et une régularisation reste possible dans plusieurs configurations, à condition d’agir dans les délais et de produire les bonnes pièces. Cet article expose le cadre applicable à Paris et en Île-de-France, les sanctions encourues, les moyens de contestation qui fonctionnent et la méthode de régularisation, pièces et délais à l’appui.

I. Meublé touristique à Paris : quand votre location devient un changement d’usage sans autorisation

A. Louer sur Airbnb un logement qui n’est pas votre résidence principale : autorisation de changement d’usage et compensation à Paris

À Paris, louer un logement qui n’est pas votre résidence principale à une clientèle de passage relève d’un changement d’usage soumis à autorisation préalable du maire. Le texte central dispose que « Le fait de louer un local meublé à usage d’habitation en tant que meublé de tourisme » constitue un changement d’usage au sens de ce même article, par renvoi au I de l’article L. 324-1-1 du code du tourisme Cette phrase figure à l’article L. 631-7 du code de la construction et de l’habitation. Elle signifie qu’une location répétée à des voyageurs qui n’élisent pas domicile dans le logement ne relève plus de l’usage d’habitation, même si l’appartement reste meublé et en bon état. La Ville de Paris le rappelle sur sa page dédiée aux meublés touristiques : dès que le bien n’est pas la résidence principale du loueur, l’autorisation de changement d’usage avec compensation devient le préalable obligatoire, avant toute annonce en ligne.

L’autorisation suit un circuit précis. Le même code prévoit que « L’autorisation préalable au changement d’usage est délivrée par le maire de la commune dans laquelle est situé l’immeuble, après avis, à Paris, Marseille et Lyon, du maire d’arrondissement concerné. » À Paris, le dossier passe donc par les services d’urbanisme de la Ville, avec l’avis du maire d’arrondissement, et l’autorisation peut être refusée ou assortie de conditions. Le point le plus redouté des propriétaires parisiens reste la compensation : « Elle peut être subordonnée à une compensation sous la forme de la transformation concomitante en habitation de locaux ayant un autre usage. » Concrètement, pour transformer 40 mètres carrés d’habitation en meublé touristique dans les secteurs les plus tendus de la capitale, la Ville exige la création d’une surface d’habitation équivalente, voire double dans certains quartiers, à partir de bureaux ou de commerces. Le coût d’achat de tels locaux à transformer rend l’opération dissuasive pour un simple studio, ce qui explique que la plupart des locations parisiennes de résidences secondaires restent sans autorisation et donc sanctionnables.

La définition même du meublé de tourisme verrouille toute discussion sur la nature de l’activité. Le code du tourisme énonce que « les meublés de tourisme sont des villas, appartements ou studios meublés, à l’usage exclusif du locataire, offerts à la location à une clientèle de passage qui n’y élit pas domicile et qui y effectue un séjour caractérisé par une location à la journée, à la semaine ou au mois. » Peu importe que vous louiez vous-même sans intermédiaire, que les séjours durent parfois plusieurs semaines ou que vous occupiez l’appartement entre deux voyageurs : dès que le bien est proposé à une clientèle de passage qui n’y élit pas domicile, la qualification s’applique. La Cour de cassation l’a confirmé le 3 septembre 2026 dans un arrêt très commenté par les services habitat des communes : « Le fait de louer un local meublé destiné à l’habitation de manière répétée pour de courtes durées à une clientèle de passage qui n’y élit pas domicile constitue un changement d’usage. » Dans cette affaire, une propriétaire soutenait que son activité de location saisonnière sans prestation hôtelière restait de nature civile et respectait le règlement de copropriété qui autorisait la location des logements. La troisième chambre civile écarte ces deux arguments d’un revers : « En statuant ainsi, par des motifs inopérants, alors qu’elle avait constaté que l’appartement était à usage d’habitation et qu’il avait été donné en location de manière répétée pour de courtes durées à une clientèle de passage qui n’y élit pas domicile sans autorisation préalable de changement d’usage, la cour d’appel a violé les textes susvisés. » L’arrêt casse la décision d’appel qui avait rejeté les demandes de la commune et renvoie l’affaire devant une cour autrement composée, avec 3 000 euros au titre des frais au profit de la commune. Pour un propriétaire parisien, l’enseignement est direct : ni la tolérance du syndic ni l’absence de services hôteliers ne protègent contre la requalification en changement d’usage.

La preuve de l’usage d’habitation du local reste le premier champ de bataille devant le juge, et les communes ne gagnent pas à tous les coups. Dans un arrêt du 18 février 2021 rendu contre la Ville de Paris, la Cour de cassation rappelle que « Selon ce texte, un local est réputé à usage d’habitation s’il était affecté à cet usage au 1er janvier 1970. » La cour d’appel avait condamné une société civile immobilière à 25 000 euros d’amende en se fondant sur un formulaire fiscal H2 et un relevé cadastral mentionnant la lettre H pour habitation. La troisième chambre civile casse : « CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 29 novembre 2018, entre les parties, par la cour d’appel de Paris », au motif que l’absence de mention de travaux après 1970 dans le relevé cadastral n’établit pas l’affectation à l’habitation au 1er janvier 1970 et que le formulaire H2 ne suffisait pas sans explication sur sa valeur probante. Autrement dit, quand la Ville poursuit un propriétaire dont le bien a un historique d’usage incertain, ancien bureau, chambre de service ou local mixte, la contestation de la preuve de l’usage au 1er janvier 1970 constitue un moyen sérieux. À Paris, où de nombreux studios résultent de divisions anciennes, ce point mérite une vérification systématique avant de négocier ou de plaider.

Le régime parisien ajoute une couche d’urbanisme souvent ignorée : le changement de destination. Transformer un logement en hébergement hôtelier suppose, outre l’autorisation de changement d’usage, une autorisation d’urbanisme de changement de destination vers la sous-destination hébergement hôtelier et touristique. La Ville de Paris l’indique dans ses consignes : la procédure de changement de destination devant la direction de l’urbanisme est obligatoire avant tout enregistrement du meublé. Un propriétaire qui obtiendrait l’un sans l’autre resterait en infraction sur le volet manquant. Dans les immeubles haussmanniens du centre et de l’ouest parisien, le règlement du plan local d’urbanisme bioclimatique protège en outre le logement et restreint les destinations hôtelières dans plusieurs secteurs, ce qui ferme la porte à toute régularisation a posteriori dans ces zones. Vérifier le zonage avant d’investir dans une compensation onéreuse évite de payer deux fois pour un projet impossible.

B. Louer votre résidence principale à Paris : 90 jours par an, déclaration et numéro d’enregistrement

Le propriétaire qui loue sa résidence principale bénéficie d’un régime allégé mais strictement encadré. La résidence principale s’entend du logement occupé au moins huit mois par an par son occupant, au sens de l’article 2 de la loi du 6 juillet 1989, et la preuve de cette occupation incombe au loueur en cas de contrôle. La Ville de Paris fixe la limite à 90 jours de location par année civile pour une résidence principale, conformément à la faculté ouverte aux communes par la loi du 19 novembre 2024 d’abaisser le plafond historique de 120 jours. Au-delà de 90 nuits louées dans l’année, même le propriétaire occupant bascule dans l’irrégularité et s’expose à l’amende civile de 15 000 euros prévue en cas de dépassement du plafond communal. Les plateformes ont l’obligation de décompter les nuits louées par leur intermédiaire et de bloquer les annonces de résidences principales au-delà du plafond dès qu’elles ont connaissance du dépassement, notamment grâce aux données transmises par l’organisme public unique chargé de centraliser les déclarations. Un Parisien qui cumule les locations sur deux plateformes sans surveiller le total annuel prend donc un risque direct, car les données se recoupent.

La déclaration préalable est obligatoire pour tous, résidence principale comme résidence secondaire. Le code du tourisme impose que « Toute personne qui offre à la location un meublé de tourisme procède préalablement en personne à une déclaration soumise à enregistrement auprès d’un téléservice national opéré par l’organisme public unique mentionné au premier alinéa du II de l’article L. 324-2-1. » Depuis le 20 mai 2026 au plus tard, cette déclaration transite par le téléservice national, avec production d’un avis d’imposition sur le revenu établi au nom du loueur et mentionnant l’adresse du meublé comme lieu d’imposition pour prouver la résidence principale. À réception d’une déclaration complète, le téléservice délivre un numéro de déclaration que le loueur doit reporter dans chaque annonce, y compris sur les plateformes internationales. Les plateformes doivent pour leur part informer le loueur de ses obligations, recueillir une déclaration sur l’honneur attestant du respect de ces obligations avec l’indication du caractère de résidence principale ou non, et publier le numéro dans chaque annonce. Le code précise à ce sujet que l’intermédiaire publie, dans toute annonce relative à ce meublé, ce numéro de déclaration, ce qui permet aux agents assermentés de la Ville de repérer en quelques clics les annonces sans numéro ou avec un numéro invalide.

Les sanctions administratives prononcées par le maire complètent les amendes civiles du tribunal judiciaire. La loi du 19 novembre 2024, publiée au Journal officiel du 20 novembre 2024 et consultable sur la loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024 visant à renforcer les outils de régulation des meublés de tourisme à l’échelle locale, autorise le maire à infliger jusqu’à 10 000 euros d’amende en cas de défaut d’enregistrement et jusqu’à 20 000 euros en cas de fausse déclaration ou d’usage d’un faux numéro. Le dépassement du plafond annuel de location d’une résidence principale expose à 15 000 euros d’amende civile. La violation des règles relatives au diagnostic de performance énergétique pour les meublés soumis à autorisation de changement d’usage peut ajouter jusqu’à 5 000 euros d’amende administrative, avec une astreinte de 100 euros par jour pour défaut de transmission du diagnostic. À Paris, les agents de la direction du logement et de l’habitat dressent des procès-verbaux à partir des annonces, des constats sur place et des relevés de taxe de séjour, puis transmettent au maire pour les amendes administratives et au tribunal judiciaire pour les amendes civiles. Un même dossier peut donc cumuler une amende administrative du maire pour défaut d’enregistrement et une amende civile du tribunal pour changement d’usage sans autorisation, sans que l’une absorbe l’autre.

La fiscalité et la taxe de séjour forment le troisième pilier du contrôle. Depuis les revenus perçus à compter du 1er janvier 2025, les abattements du régime micro pour les meublés de tourisme non classés ont été réduits, ce qui alourdit l’imposition des locations parisiennes intensives et rend la comparaison avec la location nue moins favorable qu’auparavant. Le diagnostic de performance énergétique devient progressivement une condition d’exploitation : obligatoire pour les nouveaux meublés soumis à autorisation de changement d’usage, il conditionnera ensuite le maintien en location selon le calendrier d’exclusion des passoires thermiques, avec 2028 pour les logements classés F puis 2034 pour l’exigence d’un classement entre A et D. À Paris, la taxe de séjour au réel s’applique aux meublés de tourisme et doit être collectée puis reversée, soit directement par le loueur, soit par la plateforme. Les impayés ou minorations de taxe de séjour fournissent aux enquêteurs un indice précieux du nombre réel de nuitées, souvent supérieur à celui déclaré. Conserver une comptabilité exacte des nuits, des montants encaissés et des reversements de taxe protège contre une extension du litige au terrain fiscal et pénal.

Le règlement de copropriété mérite une attention particulière car il piège de nombreux bailleurs parisiens. Beaucoup d’immeubles anciens comportent une clause d’habitation bourgeoise qui interdit toute activité professionnelle ou commerciale dans les lots, parfois avec une tolérance pour les professions libérales sans réception de clientèle. La Cour de cassation juge de façon constante que la location saisonnière répétée de courte durée constitue une activité commerciale incompatible avec une telle clause, même en l’absence de trouble de voisinage démontré. Le syndicat des copropriétaires peut alors agir en cessation de l’activité et en dommages-intérêts devant le tribunal judiciaire, indépendamment de l’action de la Ville. Avant de lancer une activité de meublé touristique, relire la clause de destination de l’immeuble et les décisions d’assemblée générale sur les locations courtes durées s’impose. Dans les résidences avec gardien et parties communes sensibles, un seul copropriétaire hostile suffit à déclencher une action qui s’ajoute à celle de la mairie et complique toute régularisation.

II. Amende reçue pour meublé touristique à Paris : contester, régulariser et sécuriser votre location

A. Contester l’amende civile et l’ordre de retour à l’habitation devant le tribunal judiciaire

La procédure démarre presque toujours par un courrier d’agents assermentés de la Ville, suivi d’une assignation devant le président du tribunal judiciaire statuant selon la procédure accélérée au fond. Le texte répressif prévoit que « Toute personne qui enfreint les dispositions des articles L. 631-7 ou L. 631-7-1 A ou qui ne se conforme pas aux conditions ou obligations imposées en application des mêmes articles L. 631-7 et L. 631-7-1 A est condamnée à une amende civile dont le montant ne peut excéder 100 000 € par local irrégulièrement transformé. » Le tribunal compétent est celui du lieu de situation de l’immeuble, donc le tribunal judiciaire de Paris pour un appartement parisien. La Ville doit prouver trois éléments : l’usage d’habitation du local, la location répétée de courte durée à une clientèle de passage, et l’absence d’autorisation. Chacun de ces points se conteste avec des pièces. Sur l’usage, exiger la preuve de l’affectation à l’habitation au 1er janvier 1970 ou au cours des trente dernières années selon la rédaction applicable, et critiquer les pièces produites quand elles se limitent à un relevé cadastral ou à un formulaire fiscal insuffisamment explicité, comme l’a sanctionné l’arrêt du 18 février 2021 précité. Sur la matérialité des locations, discuter les constats dressés à partir de simples captures d’annonces : une offre de location ne vaut pas location effective, et des réservations annulées ou des périodes d’occupation personnelle doivent être déduites. Sur l’autorisation, produire toute autorisation ancienne, tout récépissé de déclaration ou toute décision de compensation attachée au local, car l’autorisation subordonnée à compensation est attachée au local et non à la personne et profite aux acquéreurs successifs.

Le montant de l’amende se discute même quand l’infraction est établie, et les écarts entre les demandes des communes et les condamnations prononcées sont considérables. Le tribunal judiciaire de Paris, dans un jugement du 3 juin 2024, illustre cette marge : la Ville réclamait 50 000 euros d’amende civile pour un appartement loué en courte durée sans autorisation, et le tribunal a finalement prononcé une sanction réduite en ces termes : « Condamne Madame [R] [G] à payer une amende civile de trente mille euros (30.000 euros), dont le produit sera versé à la Ville de Paris », tout en rejetant la demande de retour à l’habitation et la demande fondée sur le code du tourisme pour défaut de transmission du nombre de nuitées. Ce jugement montre que le juge individualise la sanction selon la durée de l’infraction, le nombre de nuitées prouvées, les revenus tirés de l’activité, la bonne foi du propriétaire et la cessation spontanée des locations avant l’audience. Produire un calendrier précis des locations avec justificatifs de revenus, démontrer l’arrêt des annonces et le retrait des plateformes, justifier d’une remise en location nue de longue durée ou d’une occupation personnelle effective : chacune de ces pièces pèse sur le montant. Invoquer la disproportion au regard des revenus modestes tirés de la location et proposer une mise en conformité crédible permet souvent de diviser la demande initiale par deux ou davantage.

L’ordre de retour à l’usage d’habitation sous astreinte constitue le second enjeu majeur de l’assignation. La loi dispose que le président du tribunal ordonne le retour à l’habitation dans un délai qu’il fixe, et qu’« A l’expiration de celui-ci, il prononce une astreinte d’un montant maximal de 1 000 € par jour et par mètre carré utile du local irrégulièrement transformé. » Pour un studio de 25 mètres carrés, l’astreinte théorique maximale atteint 25 000 euros par jour, ce qui rend toute résistance à un ordre devenu définitif financièrement intenable. La contestation porte donc sur le principe même de l’ordre : local qui n’était pas à usage d’habitation, activité qui n’excède pas le plafond de la résidence principale, autorisation en cours d’instruction, ou retour déjà effectué avant l’audience comme dans le jugement parisien du 3 juin 2024 où le tribunal a rejeté cette demande. Quand le retour est inévitable, solliciter un délai suffisant pour reloger les voyageurs déjà réservés, achever les travaux de remise en état et retrouver un locataire de longue durée évite l’astreinte. Une fois le délai expiré sans exécution, l’administration peut faire procéder d’office à l’expulsion des occupants et aux travaux nécessaires aux frais du contrevenant, en plus de l’astreinte liquidée au profit de la commune. Laisser un jugement ordonnant le retour sans l’exécuter transforme donc une amende maîtrisable en gouffre financier.

La prescription et la procédure offrent des moyens complémentaires qu’un propriétaire non assisté néglige souvent. L’action en paiement de l’amende civile pour changement d’usage sans autorisation se prescrit par six ans à compter de la dernière location irrégulière prouvée, et chaque nouvelle location prouvée reporte le point de départ. Vérifier que les locations retenues par la Ville entrent bien dans ce délai, écarter les périodes prescrites du calcul de l’amende et contester les pièces trop anciennes pour justifier la sanction réduisent l’assiette. Sur la procédure, contrôler la qualité à agir du signataire de l’assignation, la régularité de l’habilitation des agents assermentés, la conformité des constats au cadre légal des visites et la loyauté de la collecte des preuves en ligne : un constat dressé hors des heures légales, une visite sans autorisation de l’occupant ou une capture d’annonce non certifiée fragilisent le dossier de la poursuite. Quand la commune a également infligé des amendes administratives pour défaut d’enregistrement ou fausse déclaration, vérifier leur base légale et leurs délais de recours propres, distincts de l’instance civile, permet d’éviter qu’une sanction administrative définitive ne vienne nourrir l’argumentaire de la Ville devant le tribunal judiciaire.

B. Régulariser à Paris et en Île-de-France : pièces, délais et erreurs qui aggravent la sanction

La régularisation commence par un audit complet du bien avant tout dépôt de dossier. Première étape : établir l’historique d’usage du local sur les trente dernières années et au 1er janvier 1970 quand la rédaction applicable l’exige, à partir des actes d’acquisition, des règlements de copropriété successifs, des autorisations d’urbanisme anciennes, des relevés cadastraux et des déclarations fiscales. Deuxième étape : qualifier la situation actuelle, résidence principale ou non, nombre exact de nuits louées sur l’année civile en cours et les deux précédentes, revenus encaissés, taxe de séjour collectée et reversée, numéro de déclaration existant ou manquant. Troisième étape : lire le règlement de copropriété et les procès-verbaux d’assemblée générale pour détecter une clause d’habitation bourgeoise ou une interdiction des locations courtes durées qui rendrait toute régularisation administrative vaine face à une action du syndicat. Quatrième étape : vérifier le zonage du plan local d’urbanisme et la faisabilité d’un changement de destination en hébergement hôtelier dans le secteur. Cet audit conditionne le choix entre trois trajectoires : cessation et retour à la location longue durée, exploitation en résidence principale dans la limite des 90 jours avec déclaration en règle, ou demande d’autorisation de changement d’usage avec compensation pour une exploitation intensive.

Pour une résidence principale parisienne, la mise en conformité reste accessible et rapide. Déposer la déclaration sur le téléservice national avec l’avis d’imposition prouvant l’occupation, obtenir le numéro de déclaration, l’insérer dans chaque annonce et activer le décompte automatique des nuits sur chaque plateforme : ces gestes prennent quelques jours et éteignent l’essentiel du risque administratif. Paramétrer un plafond de réservation à 90 nuits par an avec une marge de sécurité, par exemple 80 nuits pour absorber les prolongations imprévues, et tenir un tableau unique consolidant toutes les plateformes évitent le dépassement accidentel. Conserver les justificatifs d’occupation personnelle sur huit mois, factures d’énergie, attestations d’assurance habitation en résidence principale, avis d’imposition, permet de répondre à toute demande de la commune. Déclarer et reverser la taxe de séjour sans minoration, même quand la plateforme la collecte directement, et rapprocher chaque trimestre les montants reversés des nuits louées : la cohérence de ces chiffres constitue la meilleure défense lors d’un contrôle. Le propriétaire qui régularise spontanément avant toute assignation peut ensuite invoquer cette diligence pour obtenir la clémence du tribunal sur les périodes antérieures, sans effacer l’infraction passée mais en démontrant la fin du trouble.

Pour une résidence secondaire ou un investissement locatif parisien, la demande d’autorisation avec compensation suppose un montage lourd qu’il faut chiffrer avant de s’engager. Le dossier adressé à la direction de l’urbanisme comprend l’identité du demandeur, la désignation précise du local, son usage actuel et projeté, les plans, le règlement de copropriété autorisant l’activité, et surtout l’offre de compensation : adresse et consistance des locaux proposés en contrepartie, preuve de leur transformation effective en habitation, engagement de maintien de cet usage. La compensation doit être réelle, concomitante et située dans le même arrondissement ou un secteur équivalent selon les délibérations applicables, avec des exigences de surface majorée dans les arrondissements les plus déficitaires en logements. Les délais d’instruction se comptent en mois, et un refus peut être contesté devant le tribunal administratif dans les deux mois de sa notification, avec un recours gracieux préalable qui proroge ce délai. Pendant l’instruction, toute location touristique du bien reste illicite et aggrave le montant de l’amende future : suspendre les annonces dès le dépôt du dossier et verser au dossier pénal-civil la preuve de cette suspension limite la casse. Dans les communes d’Île-de-France hors Paris dotées d’un règlement de changement d’usage, la compensation peut être moins exigeante, voire inexistante selon les délibérations locales, ce qui rend l’autorisation plus accessible qu’à Paris ; vérifier le règlement communal avant d’abandonner un projet rentable à Boulogne-Billancourt, Saint-Denis ou Montreuil s’impose, car les règles varient fortement d’une commune à l’autre.

Les erreurs qui aggravent systématiquement les sanctions sont connues des praticiens et doivent être évitées dès la réception du premier courrier. Poursuivre les locations après l’assignation en espérant amortir l’amende future : chaque nuit supplémentaire prouvée augmente le montant et démontre la mauvaise foi. Créer un faux numéro de déclaration ou recopier celui d’un autre bien : l’amende administrative de 20 000 euros pour fausse déclaration s’ajoute alors à l’amende civile, et le faisceau de mauvaise foi fait grimper la sanction judiciaire. Ignorer l’assignation en pensant que le tribunal ne prononcera qu’une sanction symbolique : le jugement réputé contradictoire ordonne le retour sous astreinte maximale et l’amende suit le barème demandé par la Ville sans discussion. Régler l’amende du maire en croyant éteindre l’action civile : les deux voies sont indépendantes et le paiement de l’une ne fait pas obstacle à l’autre. Vendre le bien en cours de procédure sans informer l’acquéreur : l’autorisation étant personnelle sauf compensation attachée au local, l’acquéreur qui poursuit l’activité reprend l’infraction à son compte et peut se retourner contre le vendeur pour dol ou garantie des vices cachés, ce qui ouvre un second front judiciaire. La réaction adaptée tient en quatre gestes : suspendre les annonces, consulter le dossier de la Ville, chiffrer les périodes et les revenus avec un tableau exact, puis choisir entre contestation frontale, négociation du montant avec mise en conformité, ou demande d’autorisation quand elle est viable.

Conclusion

À Paris en 2026, la location d’un meublé touristique sans autorisation de changement d’usage expose à une amende civile pouvant atteindre 100 000 euros par local, à un ordre de retour à l’habitation sous astreinte pouvant atteindre 1 000 euros par jour et par mètre carré, et à des amendes administratives complémentaires pour défaut d’enregistrement, fausse déclaration ou dépassement du plafond de 90 jours. L’arrêt de la Cour de cassation du 3 septembre 2026 verrouille le débat sur la qualification : la location répétée de courte durée à une clientèle de passage constitue un changement d’usage, sans que la nature civile de l’activité ou la tolérance du règlement de copropriété y fassent obstacle. La contestation garde néanmoins des leviers réels : preuve de l’usage d’habitation, matérialité des locations effectives, individualisation de l’amende comme l’illustre le jugement parisien du 3 juin 2024 passé de 50 000 à 30 000 euros, délais et régularité de la procédure, prescription des périodes anciennes. La régularisation, quand elle est possible, passe par la déclaration nationale avec numéro dans chaque annonce, le respect strict des 90 jours pour une résidence principale, ou l’autorisation avec compensation pour une exploitation intensive, avec le changement de destination d’urbanisme en plus à Paris. Face au premier courrier de la Ville, suspendre les annonces, reconstituer l’historique exact des nuits et des revenus, vérifier le règlement de copropriété et le zonage, puis contester ou régulariser sans délai : cette méthode préserve les marges de manoeuvre devant le tribunal et évite que l’astreinte ne transforme une sanction négociable en dette insoutenable.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».