Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Article généré par une intelligence artificielle, selon un processus conçu et contrôlé par le cabinet

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Produit rappelé : déclarer sur RappelConso, contester la DGCCRF et se retourner contre le fournisseur (2026)

D’après la fiche RappelConso publiée le 2 octobre 2026, un haché de veau vendu au détail fait l’objet d’un rappel pour présence de Salmonella. Le même jour, plusieurs autres fiches alimentaires et non alimentaires sont mises en ligne sur la plateforme officielle. Pour le commerçant, le distributeur ou le fabricant qui a mis le produit sur le marché, la question n’est pas théorique : dès qu’un risque est identifié, le droit français impose de retirer, de rappeler et de déclarer, puis d’indemniser si un dommage survient. Depuis l’arrêté du 20 février 2026 qui modifie l’arrêté du 20 janvier 2021, les informations à déclarer sur le site dédié sont élargies afin de mieux évaluer les rappels. Cet article explique, pas à pas, comment un professionnel à Paris et en Île-de-France déclare son rappel sur RappelConso, comment il répond à un contrôle de la DGCCRF, comment il conteste une injonction ou une sanction, et comment il organise ses recours contre son propre fournisseur quand le défaut vient de l’amont.

I. Produit dangereux : comment déclarer le rappel sur RappelConso et éviter la sanction de la DGCCRF

Lorsqu’un produit présente un danger, le professionnel ne peut pas se contenter d’un affichage en magasin ou d’un message sur son site. La loi organise une chaîne d’obligations : sécuriser, informer les autorités, informer les consommateurs et déclarer le rappel sur le site public dédié. Le non-respect de la déclaration expose à une contravention, et le manquement aux obligations de sécurité expose à des mesures de la DGCCRF, à des actions en responsabilité et à des contentieux commerciaux avec les partenaires.

A. Qui doit déclarer, quoi et dans quel délai sur RappelConso depuis l’arrêté du 20 février 2026

Le champ des personnes concernées est large. Pour l’application du titre sur la sécurité des produits, la loi vise comme « opérateur économique » « le fabricant, le mandataire, l’importateur, le distributeur, le prestataire de services d’exécution des commandes » et toute autre personne soumise à des obligations liées à la fabrication ou à la mise à disposition des produits sur le marché. Concrètement, le fabricant qui conçoit, l’importateur qui fait entrer le produit en France, le grossiste qui le stocke, le détaillant parisien qui le vend et la place de marché qui exécute les commandes peuvent chacun être tenus d’agir à leur niveau. Lorsqu’un doute sérieux apparaît, aucun maillon ne peut se retrancher derrière le précédent : chacun répond de ce qu’il met à disposition.

L’obligation de fond porte sur la sécurité. Les produits destinés aux consommateurs, ou « dans des conditions raisonnablement prévisibles, d’être utilisés par les consommateurs même s’ils ne leur sont pas destinés », doivent satisfaire aux dispositions du règlement européen sur la sécurité générale des produits. Symétriquement, « Les produits ne satisfaisant pas aux exigences du règlement (UE) 2023/988 du Parlement européen et du Conseil du 10 mai 2023 relatif à la sécurité générale des produits » sont interdits ou réglementés dans les conditions prévues par le code. Dès qu’un produit ne satisfait plus à ces exigences, le professionnel doit prendre les mesures adaptées : arrêt des ventes, retrait des rayons et des entrepôts, information des clients professionnels en aval et, si des exemplaires sont déjà entre les mains des consommateurs, rappel.

La distinction entre retrait et rappel est pratique. Le retrait bloque les produits encore dans le circuit professionnel : rayons, réserves, entrepôts logistiques, catalogues en ligne. Le rappel va chercher les produits déjà vendus : affichage, communiqué, courrier ou courriel aux acheteurs identifiés, procédure de retour et de remboursement ou d’échange. Les deux mesures se cumulent souvent : on retire d’abord pour stopper l’hémorragie, puis on rappelle pour récupérer le stock dispersé. Chaque étape doit être tracée par écrit : date de la décision, lots concernés, quantités, canaux de distribution, messages adressés aux clients et aux consommateurs.

La déclaration sur le site dédié est une obligation autonome. La loi dispose que « les opérateurs économiques qui procèdent au rappel de produits en font la déclaration de façon dématérialisée sur un site internet dédié, mis à la disposition du public par l’administration ». Ce site est RappelConso, dispositif interministériel porté avec la DGCCRF. La même exigence existe dans le secteur alimentaire : les producteurs et les distributeurs qui rappellent des denrées établissent un état chiffré des produits et déclarent le rappel de façon dématérialisée sur le site dédié. L’arrêté du 20 janvier 2021, modifié par l’arrêté du 20 février 2026, précise les conditions de fonctionnement du site, son adresse, les informations à déclarer, celles qui sont rendues publiques et les modalités de déclaration, de publication et d’actualisation. D’après la présentation officielle de la réforme, de nouvelles informations doivent désormais être déclarées afin de mieux évaluer les rappels : le professionnel doit donc préparer un dossier plus complet qu’avant, avec l’identification précise des références, des lots, des volumes, des zones de commercialisation, des risques identifiés et des mesures proposées aux consommateurs.

En pratique, le dossier de déclaration comprend au minimum : la dénomination exacte du produit, la marque telle qu’elle figure sur l’emballage, les numéros de lots, les codes-barres, les dates de commercialisation, les enseignes et les régions de vente, la nature du danger avec les analyses qui l’établissent, la conduite à tenir pour le consommateur, le numéro de contact professionnel dédié au rappel et les modalités de remboursement ou d’échange. Les médicaments et dispositifs médicaux relèvent d’une procédure propre auprès de l’agence du médicament et ne passent pas par RappelConso ; les antiquités, produits d’occasion et produits à reconditionner bénéficient d’exclusions qu’il faut vérifier avant de déclarer. Dans le doute, un examen du périmètre avec le texte de l’arrêté et la foire officielle de la DGCCRF évite une déclaration inutile comme une omission fautive.

Le délai est dicté par le danger : dès que le professionnel sait ou devrait savoir que le produit présente un risque, il agit sans attendre. Les fiches publiées début octobre 2026 montrent un rythme quotidien de publication : un opérateur qui tarde pendant que des fiches similaires paraissent chaque jour s’expose au reproche d’avoir laissé des consommateurs s’exposer. La déclaration doit être actualisée si le périmètre s’étend : nouveau lot contaminé, nouvelle enseigne concernée, nouveau risque identifié par le laboratoire. Chaque actualisation est datée et conservée dans le dossier interne, car elle servira de preuve de diligence devant l’administration et devant le juge.

Le dossier interne du rappel est aussi important que la fiche publique. Il rassemble : les résultats d’analyses, les réclamations clients, les échanges avec le fournisseur, les bons de livraison, les factures, les relevés de stocks, les captures d’écran des retraits du site de vente en ligne, les attestations du personnel sur le retrait des rayons, les preuves d’information des clients professionnels et la comptabilité des retours et des remboursements. Ce dossier établit l’état chiffré des produits retirés ou rappelés que la loi exige de tenir à la disposition des agents habilités. Une entreprise parisienne qui vend en magasin et en ligne y ajoute les journaux de son outil de caisse, les exports de sa plateforme et les bordereaux du transporteur chargé des retours.

B. Contrôle DGCCRF : injonction, amende de cinquième classe et récidive, comment contester et se mettre en règle

Le défaut de déclaration est sanctionné pénalement. La loi prévoit que « Le fait de ne pas procéder à la déclaration prévue au deuxième alinéa de l’article L. 423-3 , ou de communiquer des informations inexactes ou incomplètes, est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la 5e classe ». Le montant encouru peut atteindre 1 500 euros par contravention, et « L’amende est encourue autant de fois qu’il y a de produits concernés par le rappel ». Autrement dit, l’addition peut devenir lourde quand plusieurs références sont visées. La récidive est réprimée selon le code pénal : pour une personne physique, « lorsqu’une personne physique, déjà condamnée définitivement pour une contravention de la 5e classe, commet, dans le délai d’un an à compter de l’expiration ou de la prescription de la précédente peine, la même contravention, le maximum de la peine d’amende encourue est porté à 3 000 euros », et pour une personne morale « le taux maximum de l’amende applicable est égal à dix fois celui qui est prévu par le règlement qui réprime cette contravention en ce qui concerne les personnes physiques ». Une société qui récidive dans l’année suivant une première condamnation définitive s’expose donc à un plafond multiplié.

Au-delà de la contravention, la DGCCRF dispose de pouvoirs d’injonction. Lorsque les agents habilités constatent un manquement, ils peuvent, « après une procédure contradictoire, enjoindre à un professionnel, en lui impartissant un délai raisonnable qu’ils fixent, de se conformer à ses obligations, de cesser tout agissement illicite ». L’injonction fixe un délai raisonnable et « peut être assortie d’une astreinte journalière ne pouvant excéder un montant de 3 000 euros », avec un plafond global de liquidation. L’injonction peut aussi faire l’objet d’une mesure de publicité. Pour le professionnel, la phase contradictoire est décisive : c’est le moment de produire le dossier de rappel, les preuves de déclaration, les analyses complémentaires, les mesures correctives déjà prises et un calendrier de mise en conformité. Une réponse documentée et datée évite souvent l’astreinte ou en réduit l’assiette.

La contestation suit deux voies distinctes qu’il ne faut pas confondre. La contravention de cinquième classe se conteste devant le juge pénal selon les règles de la procédure pénale : vérification de la régularité du procès-verbal, de la matérialité des faits, de l’exactitude des informations déclarées et de l’imputabilité à la bonne personne morale ou physique. L’injonction administrative et l’astreinte se contestent devant le juge administratif, dans les délais de recours contentieux, en soulevant l’irrégularité de la procédure contradictoire, l’erreur d’appréciation sur le risque, la disproportion du délai ou de l’astreinte et la preuve de la mise en conformité. Dans les deux cas, le dossier interne du rappel constitue la pièce maîtresse : fiches RappelConso datées, états chiffrés, échanges avec le fournisseur, attestations de retrait, preuves de remboursement. Un recours mal dirigé ou tardif rend la mesure définitive, d’où l’importance de qualifier chaque acte reçu : procès-verbal, mise en demeure, injonction, titre de perception de l’astreinte.

La mise en conformité immédiate reste la priorité même quand on conteste. Le professionnel qui reçoit une injonction déclare ou corrige sa fiche RappelConso, étend le périmètre si nécessaire, affiche l’information en magasin et en ligne, bloque les références dans son logiciel de caisse, informe ses franchisés et ses revendeurs, et organise les retours. Chaque action est horodatée. Cette diligence n’empêche pas le recours, mais elle prive l’administration du grief de persistance et elle pèse sur le montant de l’astreinte liquidée. Elle protège aussi contre les actions en responsabilité des clients qui reprocheraient une inertie après le contrôle.

Les erreurs fréquentes observées dans les dossiers sont connues : déclarer sous une dénomination approximative qui ne permet pas au consommateur d’identifier son produit, oublier un lot ou un code-barres, indiquer un numéro de contact qui ne répond pas, promettre un remboursement sans préciser le canal, ou publier un communiqué qui minimise le risque décrit dans la fiche officielle. Chacune de ces approximations peut être lue comme une information inexacte ou incomplète. La relecture croisée entre la fiche publique, l’étiquetage réel et le dossier d’analyses évite ces écueils. Un second regard interne, avant chaque publication et chaque actualisation, prend ici tout son sens.

II. Produit rappelé : indemniser les victimes et se retourner contre le fournisseur

Le rappel n’éteint pas les responsabilités : il les révèle et les organise. Les consommateurs qui ont subi un dommage peuvent agir contre le producteur et, dans certaines configurations, contre le distributeur. Le distributeur qui a indemnisé ou qui est poursuivi peut se retourner contre son fournisseur. La prescription, la preuve du défaut et l’articulation entre les actions contractuelles et extracontractuelles commandent toute la stratégie.

A. Responsabilité du producteur et du distributeur : défaut, preuve et prescription de trois ans

Le principe de la responsabilité du fait des produits défectueux est posé par le code civil : « Le producteur est responsable du dommage causé par un défaut de son produit, qu’il soit ou non lié par un contrat avec la victime ». La victime n’a donc pas besoin d’un contrat avec le fabricant pour agir contre lui. Le défaut se définit par l’attente légitime de sécurité : « Un produit est défectueux au sens du présent chapitre lorsqu’il n’offre pas la sécurité à laquelle on peut légitimement s’attendre ». Pour apprécier cette sécurité, « il doit être tenu compte de toutes les circonstances et notamment de la présentation du produit, de l’usage qui peut en être raisonnablement attendu et du moment de sa mise en circulation ». La présentation inclut l’étiquetage, la notice, les avertissements et les messages publicitaires ; l’usage raisonnablement attendu inclut les mésusages prévisibles, notamment pour des produits alimentaires ou des appareils utilisés sans surveillance particulière.

La Cour de cassation applique ce standard avec constance. Dans un arrêt du 26 février 2020, pourvoi n° M 18-26.256, arrêt n° 147, la première chambre civile a jugé qu’une prothèse de hanche prématurément rompue n’offrait pas la sécurité légitimement attendue, « de sorte que se trouve engagée la responsabilité de droit du producteur à l’égard de M. H…. ». La solution illustre la méthode : rupture prématurée, expertises sur le défaut, comparaison avec la sécurité attendue d’un produit de même type, puis imputation au producteur. Transposée aux produits rappelés, elle signifie qu’une contamination avérée par analyses, une rupture mécanique documentée ou une substance interdite retrouvée en laboratoire caractérisent le défaut dès lors que le produit n’offre plus la sécurité attendue. Le rappel lui-même, avec sa fiche décrivant le risque, devient une pièce que les demandeurs versent au débat, sans pour autant dispenser le juge de vérifier le lien entre le défaut et chaque préjudice allégué.

La charge de la preuve reste structurée : la victime prouve le dommage, le défaut et le lien de causalité, tandis que le producteur qui invoque une cause d’exonération la démontre. Les expertises amiables et judiciaires occupent une place centrale : analyses microbiologiques avec numéros de lots, constats d’huissier sur les produits conservés, certificats médicaux avec dates, tickets de caisse et relevés bancaires prouvant l’achat. Le professionnel qui a conservé des échantillons témoins, des relevés de température, des dossiers de traçabilité et des enregistrements de sa chaîne du froid ou de sa chaîne d’assemblage se défend mieux que celui qui n’a que des affirmations. Pour les produits alimentaires signalés début octobre 2026 pour risque de Salmonella, la preuve du lot, de la date d’achat et des symptômes médicalement constatés conditionne toute indemnisation.

Le délai d’action est strict. L’action en réparation fondée sur les produits défectueux « se prescrit dans un délai de trois ans à compter de la date à laquelle le demandeur a eu ou aurait dû avoir connaissance du dommage, du défaut et de l’identité du producteur ». La Cour de cassation a précisé le point de départ en matière d’information sur les risques : dans son arrêt du 27 novembre 2019, pourvoi n° 18-16.537, elle retient que le délai court à compter de la date à laquelle les demandeurs ont su ou auraient dû savoir qu’ils n’avaient pas bénéficié de l’information sur le risque, au regard de la présentation du produit. Pour un consommateur, la publication de la fiche RappelConso peut constituer un indice de connaissance du défaut, sans pour autant faire courir automatiquement le délai si le dommage ou l’identité du producteur ne sont connus que plus tard. Pour le professionnel, chaque courrier de réclamation, chaque signalement et chaque fiche publiée doit être daté dans un registre, car ces dates serviront à opposer ou à écarter la prescription.

Le distributeur n’est pas à l’abri derrière le fabricant. S’il est lui-même producteur au sens large, s’il a apposé sa marque, s’il a importé le produit ou si le producteur ne peut être identifié, il peut répondre comme producteur. À défaut, il répond sur d’autres fondements : manquement à l’obligation de sécurité, faute dans la conservation ou la présentation, violation d’une réglementation spéciale, garantie des vices cachés ou non-conformité envers son acheteur direct. Les actions des consommateurs se portent devant le tribunal judiciaire, avec une expertise souvent ordonnée en référé pour préserver les preuves. Les actions entre professionnels relèvent du tribunal de commerce ou du tribunal judiciaire selon la qualité des parties, avec des clauses de compétence et de médiation qu’il faut relire avant d’assigner. Un commerçant parisien qui a vendu un produit rappelé a donc intérêt à centraliser dès le premier signalement toutes les réclamations, à y répondre par écrit sans reconnaissance de responsabilité, et à transmettre sans délai à son assureur responsabilité civile et à son fournisseur.

Les préjudices indemnisables dépassent le prix du produit : frais médicaux, arrêt de travail, préjudice moral, préjudice d’anxiété quand il est caractérisé, frais de déplacement pour le retour, perte de marchandise pour un client professionnel, atteinte à l’image pour un restaurateur ou un revendeur contraint de retirer des rayons. Chaque poste doit être justifié par pièces : factures, arrêts de travail, attestations, comptabilité. Les demandes globales sans ventilation sont systématiquement réduites. Le dossier de rappel, avec son état chiffré des retours et des remboursements déjà versés, permet de déduire les sommes déjà payées et d’éviter un double paiement.

B. Recours du distributeur contre son fournisseur et pratique Paris et Île-de-France : pièces, délais et tribunal compétent

Le distributeur qui a rappelé, remboursé et parfois indemnisé ne reste pas seul face au coût : il dispose d’un recours contre son fournisseur si le défaut vient de l’amont. Ce recours prend plusieurs formes selon les contrats : garantie contractuelle, non-conformité de la chose livrée, vice caché, manquement à l’obligation de délivrance conforme, ou appel en garantie dans le procès intenté par la victime. La chambre commerciale a énoncé : « Selon ce texte, l’acheteur est déchu du droit de se prévaloir d’un défaut de conformité s’il ne le dénonce pas au plus tard dans le délai de deux ans à compter de la date à laquelle les marchandises lui ont été effectivement remises », en application de la Convention de Vienne dans les ventes internationales. La leçon vaut pour les ventes internes : dénoncer vite et par écrit, faire constater par huissier ou par laboratoire indépendant, et assigner dans les délais protège le recours. Un distributeur qui attend la fin des actions des consommateurs pour se retourner risque la prescription ou la forclusion de son action récursoire.

La mise en œuvre concrète suit un ordre rigoureux. D’abord, la notification au fournisseur par lettre recommandée avec accusé de réception, avec la fiche RappelConso, les analyses, les numéros de lots livrés, les bons de commande et de livraison, les factures et le décompte des coûts déjà engagés : retraits, logistique des retours, remboursements, avoirs, main-d’œuvre, fermeture temporaire de rayon, honoraires d’expertise. Ensuite, la demande d’intervention amiable du fournisseur dans le rappel : fourniture des éléments de traçabilité amont, prise en charge des retours, proposition d’échange standard. Puis, à défaut d’accord, l’assignation ou l’appel en garantie devant la juridiction compétente, avec une demande d’expertise judiciaire commune au fournisseur pour éviter des expertises successives et contradictoires. Les contrats de distribution, les conditions générales d’achat et les accords qualité contiennent souvent des clauses de rappel, de retrait, de traçabilité et de répartition des coûts : leur relecture détermine qui paie le transport des retours, qui gère la hotline consommateurs et qui supporte les avoirs.

Les clauses à contrôler en priorité sont les clauses de conformité et de sécurité, les spécifications techniques annexées, les engagements de traçabilité par lot, les obligations d’information en cas d’alerte, les clauses de rappel avec répartition des frais, les plafonds de responsabilité et les exclusions de préjudices immatériels, ainsi que les clauses attributives de juridiction et les clauses de médiation préalable. Une clause qui plafonne la responsabilité du fournisseur ne fait pas obstacle à l’action directe de la victime contre le producteur, mais elle borne le recours du distributeur : d’où l’importance de négocier ces plafonds avant l’incident, et de les relire après. Les échanges électroniques passés avec le commercial du fournisseur, qui promettent parfois une qualité ou un remplacement, complètent le dossier mais ne remplacent pas les stipulations écrites.

À Paris et en Île-de-France, le contentieux suit des circuits identifiables. Les litiges entre commerçants relèvent du tribunal de commerce de Paris pour les défendeurs immatriculés dans le ressort, avec des audiences de référé permettant d’obtenir rapidement une expertise ou des mesures provisoires. Les litiges impliquant des consommateurs relèvent du tribunal judiciaire de Paris, avec la possibilité pour le consommateur francilien d’assigner devant la juridiction de son domicile. Les contrôles DGCCRF sont opérés par les directions départementales de la protection des populations et la direction régionale, dont les injonctions se contestent devant le tribunal administratif de Paris. Les délais pratiques constatés imposent d’anticiper : convocation en référé expertise en quelques semaines quand le produit se dégrade vite, mise en état de plusieurs mois au fond, expertise judiciaire de plusieurs mois pour des analyses complexes. La conservation des produits témoins dans un lieu sécurisé en Île-de-France, avec scellés et relevés de température si nécessaire, conditionne la crédibilité de toute la suite.

Les pièces à préparer pour un dossier francilien complet tiennent en une liste fermée : statuts et extrait d’immatriculation, contrats avec le fournisseur et conditions générales, bons de commande, bons de livraison et factures avec numéros de lots, relevés de stocks et exports de caisse, captures du blocage informatique des références, fiches RappelConso publiées et actualisées, courriers aux clients professionnels, preuves d’affichage et de publication en ligne, registre des retours et des remboursements, réclamations des consommateurs avec tickets et certificats médicaux, échanges avec l’assureur, procès-verbaux et injonctions de l’administration avec les réponses apportées. Un dossier ainsi ordonné permet de répondre en une fois à l’administration, à l’assureur, au fournisseur et au juge, sans reconstitutions hasardeuses. Les entreprises qui vendent sur les marchés parisiens, dans les galeries commerciales et en ligne depuis un entrepôt francilien y ajoutent les plannings du personnel affecté au retrait et les bordereaux du prestataire logistique.

Le maillage avec les contentieux voisins éclaire la stratégie. Un distributeur qui a déjà géré un rappel de trottinette électrique avec remboursement et indemnisation retrouve les mêmes réflexes : traçabilité par numéro de série, information des acheteurs identifiés, organisation des retours, puis recours contre le fabricant, comme dans les dossiers de rappels de deux-roues où la fiche officielle structure toute la preuve. De même, l’articulation entre le rappel et le recouvrement des impayés doit être anticipée : un client professionnel qui refuse de payer ses factures en invoquant le défaut ne peut pas être poursuivi comme un débiteur ordinaire sans examen du grief, et les voies d’exécution comme l’injonction de payer ou le référé provision doivent intégrer la contestation du défaut, comme dans les dossiers de facture impayée entre professionnels avec injonction de payer et référé provision. Ces liens montrent que le rappel n’est jamais un dossier isolé : il touche la vente, la preuve, le paiement et l’assurance.

Enfin, l’assurance et la trésorerie décident de la tenue du dossier. La responsabilité civile professionnelle et la garantie rappel de produits, quand elle a été souscrite, prennent en charge tout ou partie des frais de retrait, de communication, de retour et d’indemnisation, sous réserve des plafonds, des franchises et des exclusions. La déclaration de sinistre doit être faite dans le délai contractuel, avec la fiche RappelConso, les analyses et le décompte des coûts. Les acomptes versés au fournisseur pour des lots défectueux, les stocks invendables et les avoirs accordés aux clients pèsent sur la trésorerie : un échéancier avec l’expert-comptable et, si nécessaire, une demande de délais devant les créanciers évitent qu’un rappel bien géré ne se transforme en cessation des paiements. Les décisions prises pendant la première semaine suivant la découverte du risque déterminent l’issue des mois suivants.

Conclusion

Un produit rappelé début octobre 2026, comme le haché de veau signalé sur RappelConso pour risque de Salmonella d’après la fiche publiée le 2 octobre 2026, impose au professionnel une conduite en trois temps : sécuriser et tracer, déclarer et actualiser sur le site dédié avec le dossier élargi par l’arrêté du 20 février 2026, puis répondre à la DGCCRF et organiser l’indemnisation et les recours. La déclaration dématérialisée, l’état chiffré des retraits, la preuve du défaut et de la causalité, la prescription de trois ans et la dénonciation rapide au fournisseur forment l’ossature du dossier. À Paris et en Île-de-France, la juridiction compétente, les délais de référé et d’expertise et la qualité des pièces conservées font la différence entre un rappel maîtrisé et un contentieux subi. Aucun accident, aucune intrusion ni aucun dommage au-delà des fiches officielles n’est constaté à la date de rédaction, aucune responsabilité n’est établie hors du juge, les contrats signés priment sur toute analyse générale, et seul le juge décide.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».