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Vigilance forte inondations : maison inondée dans le Gard, l’Hérault ou la Lozère, comment déclarer le sinistre à l’assurance habitation et se faire indemniser en catastrophe naturelle ?

Ce mardi 29 septembre 2026, Météo-France a placé le Gard, l’Hérault et la Lozère en vigilance orange pluie-inondation et orages à compter de mercredi 30 septembre à minuit. Selon ICI, qui reprend le bulletin du prévisionniste de 6 heures, les pluies orageuses installées sur les Cévennes se renforcent nettement dans la nuit de mardi à mercredi avant de s’étendre à la plaine de l’Hérault et du Gard, avec des intensités de 50 à 80 millimètres en une heure et des cumuls de 200 à 250 millimètres sur l’épisode, voire localement 300 millimètres. La Lozère et le Gard restent concernés jusqu’à 18 heures mercredi, l’Hérault jusqu’à 14 heures. Ce type d’épisode méditerranéen laisse derrière lui des caves noyées, des rez-de-chaussée dévastés, des murs gorgés d’eau et des familles qui se demandent qui va payer les réparations.

La réponse tient en grande partie à un mécanisme que beaucoup de sinistrés découvrent le jour du désastre : la garantie catastrophe naturelle de l’assurance habitation. Elle n’est ni automatique ni immédiate. Elle dépend d’un arrêté interministériel publié au Journal officiel, de délais de déclaration stricts et d’un dossier de preuves constitué dès les premières heures. Locataire ou propriétaire, occupant d’une maison en zone inondable ou acquéreur récent d’un bien exposé, chacun dispose de droits précis, à condition d’agir dans l’ordre et dans les temps.

Ce guide explique d’abord comment déclencher l’indemnisation en catastrophe naturelle quand la maison est inondée, puis qui paie quoi entre le locataire, le propriétaire, le vendeur et le bailleur lorsque l’eau a tout abîmé.

I. Inondation et assurance habitation : comment déclencher l’indemnisation en catastrophe naturelle ?

A. Inondation et assurance habitation : ce que la garantie catastrophe naturelle couvre vraiment

Premier réflexe : vérifier que vous êtes bien assuré contre les dégâts que l’eau provoque dans un logement. La garantie contre les effets des catastrophes naturelles n’est pas un contrat à part. Elle est adossée à votre assurance habitation dès lors que celle-ci couvre l’incendie ou d’autres dommages aux biens. L’article L. 125-1 du code des assurances dispose ainsi : « Les contrats d’assurance, souscrits par toute personne physique ou morale autre que l’Etat et garantissant les dommages d’incendie ou tous autres dommages à des biens situés en France, ainsi que les dommages aux corps de véhicules terrestres à moteur, ouvrent droit à la garantie de l’assuré contre les effets des catastrophes naturelles, dont ceux des affaissements de terrain dus à des cavités souterraines et à des marnières sur les biens faisant l’objet de tels contrats. » Concrètement, si votre multirisque habitation garantit vos murs, vos meubles et vos embellissements, elle embarque avec elle la garantie catastrophe naturelle, moyennant une cotisation additionnelle individualisée sur votre avis d’échéance.

La loi définit elle-même ce que cette garantie recouvre : « Sont considérés comme les effets des catastrophes naturelles, au sens du présent chapitre, les dommages matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l’intensité anormale d’un agent naturel », précise le même article L. 125-1 du code des assurances. Une inondation par ruissellement, débordement de cours d’eau ou remontée de nappe après un épisode d’une intensité anormale entre dans ce cadre, à condition que les mesures habituelles de prévention n’aient pu empêcher le dommage. En revanche, une simple infiltration liée à un défaut d’entretien de votre toiture ou à des gouttières bouchées relève du défaut d’entretien et de vos garanties contractuelles ordinaires, pas du régime des catastrophes naturelles.

Point décisif : sans arrêté interministériel, pas d’indemnisation en catastrophe naturelle. « L’état de catastrophe naturelle est constaté par arrêté interministériel », rappelle l’article L. 125-1 du code des assurances, et cet arrêté détermine les zones, les périodes et la nature des dommages couverts. Votre commune doit d’abord déposer une demande auprès du préfet, le dossier remonte à l’État, une commission interministérielle l’examine, puis l’arrêté est publié au Journal officiel. Selon la fiche officielle service-public.fr sur l’indemnisation après une catastrophe naturelle, les communes disposent généralement d’un délai maximal de 24 mois après l’événement pour déposer leur demande. Si votre rue a été inondée mais que votre commune ne figure pas dans l’arrêté, la garantie catastrophe naturelle ne peut pas jouer pour votre sinistre, même si les voisins de la commune d’à côté sont indemnisés. D’où l’importance de signaler vos dégâts en mairie dès les premiers jours : c’est ce recensement qui permet au maire de constituer le dossier de demande de reconnaissance.

Quand l’arrêté existe, la protection est large. L’article L. 125-2 du code des assurances prévoit que « La garantie ainsi instituée ne peut excepter aucun des biens mentionnés au contrat ni opérer d’autre abattement que ceux qui seront fixés dans les clauses types prévues à l’article L. 125-3. » Votre assureur ne peut donc pas exclure votre cave, votre garage ou votre véranda si ces biens sont mentionnés au contrat, et il ne peut appliquer que les franchises prévues par les textes. Pour une habitation, la franchise légale s’élève à 380 euros par sinistre : la fiche officielle service-public.fr indique une franchise de 380 euros pour les habitations et tout autre bien à usage non professionnel. Ce montant reste à votre charge et se déduit de l’indemnité. Les contrats ne peuvent ni supprimer la garantie ni la raboter par des clauses maison, car l’article L. 125-3 du code des assurances dispose que « Les contrats mentionnés à l’article L. 125-1 sont réputés, nonobstant toute disposition contraire, contenir une telle clause. Des clauses types réputées écrites dans ces contrats sont déterminées par arrêté du ministre chargé de l’économie. » Autrement dit, même si votre contrat ne mentionne pas la garantie, elle y figure par l’effet de la loi.

La garantie couvre aussi le relogement d’urgence, point souvent ignoré des sinistrés qui dorment chez des proches en pensant devoir tout assumer. Le texte vise « les frais de relogement d’urgence des personnes sinistrées dont la résidence principale est rendue impropre à l’habitation », comme l’écrit l’article L. 125-1 du code des assurances. Si votre résidence principale est inhabitable pour des raisons de sécurité, de salubrité ou d’hygiène après l’inondation, les frais d’hébergement temporaire peuvent être pris en charge : conservez chaque facture d’hôtel ou de location de remplacement. En revanche, les résidences secondaires et les pertes indirectes comme la privation de jouissance ne sont pas indemnisées au titre de ce régime. La fiche officielle service-public.fr rappelle la limite générale du système : l’assurance n’indemnise que les dommages couverts par votre contrat. Un bien non déclaré, des aménagements réalisés sans autorisation ou des biens exclus de votre contrat resteront donc hors indemnisation, arrêté ou pas.

Enfin, si aucun arrêté n’est pris, tout n’est pas perdu. Vos garanties contractuelles ordinaires peuvent s’appliquer : garantie dégâts des eaux pour les infiltrations et ruptures de canalisations, garantie tempête pour les vents violents qui ont arraché la toiture pendant l’orage, garantie responsabilité civile si l’eau venue de chez vous a endommagé le voisin. Chaque garantie possède ses propres délais et exclusions, d’où la nécessité de déclarer vite et large, en visant à la fois le régime catastrophe naturelle et les garanties classiques.

B. Inondation et assurance indemnisation : déclarer dans les temps et faire payer l’assureur

Les heures qui suivent la décrue décident souvent du sort de l’indemnisation. Avant de jeter les matelas trempés et les placards gonflés par l’eau, photographiez et filmez chaque pièce, chaque mur marqué par la ligne d’eau, chaque appareil endommagé, en prenant soin de faire apparaître la hauteur atteinte par l’inondation. Dressez une liste chiffrée de tous les objets perdus ou abîmés, rassemblez les factures d’achat, les bons de garantie, les photos anciennes qui prouvent l’existence et la valeur des biens. La fiche officielle service-public.fr recommande de conserver les objets endommagés, même détériorés, car l’assureur ou l’expert désigné voudra peut-être les examiner, et de garder toutes les factures de matériaux si vous entreprenez des réparations urgentes, par exemple pour assécher, bâcher ou sécuriser les lieux. Ne commencez les gros travaux de remise en état qu’après le passage de l’expert, sauf urgence avérée pour éviter l’aggravation des dégâts, et gardez la trace écrite de tout ce que vous faites.

Vient ensuite la déclaration, qui obéit à deux calendriers qu’il ne faut pas confondre. D’abord le droit commun : l’article L. 113-2 du code des assurances oblige l’assuré « De donner avis à l’assureur, dès qu’il en a eu connaissance et au plus tard dans le délai fixé par le contrat, de tout sinistre de nature à entraîner la garantie de l’assureur. Ce délai ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés. » Déclarez donc votre sinistre dès que vous en avez connaissance, par lettre recommandée avec accusé de réception, en décrivant la nature, la date, l’heure et le lieu du sinistre, en joignant votre numéro de contrat, vos coordonnées, la liste chiffrée des biens endommagés et les justificatifs. Mentionnez aussi les dégâts causés à des tiers, par exemple l’eau qui a envahi le logement du voisin du dessous, ainsi que les coordonnées des éventuelles victimes. Envoyez une copie à votre agent ou à votre courtier et conservez précieusement l’accusé de réception.

Ensuite le calendrier propre aux catastrophes naturelles : La fiche officielle service-public.fr précise que la déclaration doit être faite dès que vous avez connaissance de l’événement, et au plus tard 30 jours après la publication de l’arrêté. Ce délai de trente jours court à partir de la publication de l’arrêté interministériel au Journal officiel, pas à partir du jour de l’inondation. En pratique, déclarez une première fois immédiatement au titre de vos garanties ordinaires, puis renouvelez ou complétez votre déclaration en visant expressément la garantie catastrophe naturelle dès que l’arrêté paraît. Si vous avez souscrit une garantie pertes d’exploitation pour un local professionnel ou un local loué en meublé, déclarez ce volet dans le même délai.

Que se passe-t-il si vous déclarez tard ? La sanction n’est ni automatique ni systématique, et deux arrêts récents de la Cour de cassation protègent efficacement les assurés. D’abord, le délai contractuel lui-même est encadré : la deuxième chambre civile a jugé le 21 janvier 2021, dans un arrêt portant le pourvoi n° 19-13.347, que « l’assureur ne peut opposer à l’assuré une déchéance pour déclaration tardive lorsque le contrat applicable ne comporte pas de clause l’édictant ou lorsque la clause la prévoyant n’est pas conforme à ces dispositions, qui n’autorisent pas d’autres modifications conventionnelles que la prorogation du délai de déclaration de sinistre. » Un contrat qui imposerait un délai inférieur à cinq jours ouvrés, à peine de déchéance, contient une clause inopposable à l’assuré. Vérifiez donc le délai imprimé dans vos conditions générales : s’il est plus court que le minimum légal, l’assureur ne peut pas s’en prévaloir.

Ensuite, même lorsque le délai contractuel est régulier, l’assureur qui invoque la déchéance doit prouver qu’il a subi un préjudice du fait du retard. La troisième chambre civile l’a rappelé le 9 avril 2026, dans un arrêt rendu sous le pourvoi n° 24-12.608 : « Selon ce texte, la déchéance pour déclaration tardive d’un sinistre ne peut être opposée à l’assuré que si l’assureur établit que ce retard lui a causé un préjudice. » Ce principe, posé à propos d’une garantie loyers impayés, vaut pour tout sinistre habitation, inondation comprise : une simple affirmation d’aggravation du risque ne suffit pas, l’assureur doit démontrer concrètement en quoi le retard a compromis l’expertise ou aggravé la dette. L’article L. 113-2 du code des assurances ajoute que « Lorsqu’elle est prévue par une clause du contrat, la déchéance pour déclaration tardive au regard des délais prévus au 3° et au 4° ci-dessus ne peut être opposée à l’assuré que si l’assureur établit que le retard dans la déclaration lui a causé un préjudice », et qu’elle « ne peut également être opposée dans tous les cas où le retard est dû à un cas fortuit ou de force majeure. » Un sinistré évacué, hospitalisé ou privé de tout moyen de communication pendant l’épisode dispose donc d’un argument solide. Retenez la leçon : déclarez vite, mais si vous avez dépassé le délai, ne renoncez pas pour autant et contestez par écrit toute déchéance qui ne serait pas motivée par un préjudice démontré.

Une fois la déclaration reçue, c’est à l’assureur d’agir, et la loi lui impose son propre calendrier. L’article L. 125-2 du code des assurances prévoit qu’« A compter de la réception de la déclaration du sinistre ou de la date de publication, lorsque celle-ci est postérieure, de la décision administrative constatant l’état de catastrophe naturelle, l’assureur dispose d’un délai d’un mois pour informer l’assuré des modalités de mise en jeu des garanties prévues au contrat et pour ordonner une expertise lorsque l’assureur le juge nécessaire. » Attendez-vous donc à la visite d’un expert, préparez-lui un dossier complet avec votre état estimatif des dommages, vos factures et vos photos, et accompagnez-le pendant sa visite en lui montrant chaque désordre, y compris ceux qui semblent mineurs comme les plinthes décollées ou les prises oxydées. Si l’expert minimise des postes, faites établir un contre-chiffrage par un artisan et transmettez-le à l’assureur avant toute acceptation.

Le paiement suit un rythme fixé par les textes : selon la fiche officielle service-public.fr, l’assureur doit verser une provision dans les 2 mois suivant la remise de l’état estimatif des dommages ou la publication de l’arrêté, puis verser l’indemnisation complète dans un délai de 3 mois. Votre contrat peut prévoir des conditions plus favorables, jamais moins. Si l’assureur traîne, relancez-le par lettre recommandée en rappelant ces échéances, puis saisissez le médiateur de l’assurance, saisine préalable utile avant tout procès. En cas de refus ou d’offre dérisoire, c’est le tribunal judiciaire qui tranche, et le juge appliquera les textes rappelés ici sans se laisser impressionner par les clauses maison.

Gardez enfin un œil sur la prescription. L’article L. 114-1 du code des assurances dispose que « Toutes actions dérivant d’un contrat d’assurance sont prescrites par deux ans à compter de l’événement qui y donne naissance. » Deux ans pour agir contre votre assureur, donc, avec unesoupape : « Toutefois, ce délai ne court : […] 2° En cas de sinistre, que du jour où les intéressés en ont eu connaissance, s’ils prouvent qu’ils l’ont ignoré jusque-là », ajoute le même article L. 114-1 du code des assurances. Des désordres apparus plusieurs mois après l’inondation, comme des moisissures cachées derrière les doublages ou un plancher qui se soulève, peuvent ainsi rouvrir le dossier, à condition de prouver que vous les ignoriez et de faire constater rapidement les nouveaux dommages par un professionnel.

II. Maison inondée : qui paie, entre le locataire, le propriétaire, le vendeur et le bailleur ?

A. Inondation : assurance du locataire ou du propriétaire, loyers, relogement et sort du bail

Quand l’eau envahit un logement loué, locataire et propriétaire doivent agir chacun de leur côté, sans attendre que l’autre ait bougé. Le locataire déclare le sinistre à son assureur pour son mobilier, ses embellissements et sa responsabilité envers les voisins ; le propriétaire déclare au sien pour les murs, la toiture, les installations fixes et, s’il est couvert, la perte de loyers. Chacun adresse sa propre lettre recommandée, chacun suit son propre dossier d’expertise. Si l’inondation provient d’une rupture de canalisation ou d’un défaut d’entretien imputable à l’une des parties, les responsabilités se discutent ensuite entre assureurs, mais cela ne doit jamais retarder les déclarations initiales.

Le sort du bail dépend de l’ampleur des dégâts, et le code civil tranche nettement. L’article 1722 du code civil dispose : « Si, pendant la durée du bail, la chose louée est détruite en totalité par cas fortuit, le bail est résilié de plein droit ; si elle n’est détruite qu’en partie, le preneur peut, suivant les circonstances, demander ou une diminution du prix, ou la résiliation même du bail. Dans l’un et l’autre cas, il n’y a lieu à aucun dédommagement. » Une maison dont le rez-de-chaussée est noyé sous un mètre d’eau, installation électrique hors service et murs imprégnés, peut être regardée comme partiellement détruite : le locataire peut alors exiger une baisse de loyer proportionnée à la perte de jouissance ou demander la résiliation du bail, sans avoir à verser d’indemnité au bailleur et sans pouvoir en réclamer. Si le logement est totalement détruit, par exemple une construction emportée ou fragilisée au point de devoir être démolie, le bail prend fin de plein droit, sans congé ni préavis.

Pendant la période où le logement est inhabitable, le locataire ne doit pas payer le loyer plein pour un bien dont il ne peut pas jouir. La diminution de prix prévue par l’article 1722 s’applique au prorata de l’impropriété à l’habitation, et elle peut aller jusqu’à la suspension totale si aucune pièce n’est occupable. Faites constater l’état des lieux par un commissaire de justice, adressez au bailleur une mise en demeure de faire réaliser les travaux qui lui incombent et conservez toute la correspondance. Le régime de la force majeure conforte cette analyse : l’article 1218 du code civil définit la force majeure comme l’événement qui échappe au contrôle du débiteur, imprévisible lors de la conclusion du contrat et inévitable malgré les mesures appropriées, et précise que « Si l’empêchement est temporaire, l’exécution de l’obligation est suspendue à moins que le retard qui en résulterait ne justifie la résolution du contrat. » Une inondation d’une intensité anormale, reconnue par arrêté de catastrophe naturelle, réunit généralement ces critères, ce qui justifie la suspension des obligations réciproques pendant la période d’inhabitabilité.

Qui paie l’hôtel en attendant ? Ni le code civil ni la loi du 6 juillet 1989 n’imposent au bailleur une obligation générale de reloger son locataire après une inondation. Le relogement passe d’abord par la garantie catastrophe naturelle du locataire et par celle du propriétaire : les frais d’hébergement temporaire de la résidence principale devenue inhabitable peuvent être pris en charge comme frais de relogement d’urgence, sur factures. La commune, le département et les associations peuvent aussi ouvrir des hébergements d’urgence dans les premiers jours. Si le bailleur tarde à faire réaliser les travaux de remise en état qui lui incombent, mettez-le en demeure par écrit, faites évaluer le coût des réparations et, en cas de blocage persistant, saisissez le juge qui pourra ordonner les travaux sous astreinte ou autoriser la résiliation aux torts du bailleur. Quand le logement redevient habitable, exigez un état des lieux de retour avant de reprendre le paiement intégral du loyer, et si vous choisissez de partir, l’état des lieux de sortie comparé à celui d’entrée départagera l’usure normale des dégradations liées au sinistre.

B. Assurance inondation en zone inondable : acheter ou louer sans se faire piéger

Les épisodes cévenols frappent souvent les mêmes vallées et les mêmes plaines. Avant d’acheter ou de louer près d’un cours d’eau ou dans une cuvette connue pour ses crues, renseignez-vous sur l’exposition réelle du bien. La loi oblige le vendeur et le bailleur à une transparence complète. L’article L. 125-5 du code de l’environnement impose aux acquéreurs et aux locataires d’être informés des risques : « un état des risques, indiquant, le cas échéant, l’existence de ces obligations, est établi », et ce document doit mentionner les plans de prévention des risques naturels, la sismicité, le radon et, le cas échéant, les obligations de débroussaillement. Concrètement, dès la première visite, exigez cet état des risques : « En cas de mise en location de tout ou partie d’un immeuble, l’état des risques est fourni au potentiel locataire par le bailleur lors de la première visite de l’immeuble, si une telle visite a lieu », précise le même article L. 125-5 du code de l’environnement. Pour une vente, il est intégré au dossier de diagnostic technique et annexé à la promesse, et les annonces immobilières doivent indiquer comment accéder à ces informations.

Le document le plus révélateur est souvent celui qui liste le passé du bien. « Lorsqu’un immeuble bâti a subi un sinistre ayant donné lieu au versement d’une indemnité en application de l’article L. 125-2 ou de l’article L. 128-2 du code des assurances, le vendeur ou le bailleur de l’immeuble est tenu d’informer, dans l’état des risques mentionné aux I, I bis et II du présent article, l’acquéreur ou le locataire de tout sinistre survenu pendant la période où il a été propriétaire de l’immeuble ou dont il a été lui-même informé en application des présentes dispositions », dispose l’article L. 125-5 du code de l’environnement. Une maison qui a déjà été indemnisée deux fois pour inondation en dix ans doit donc l’afficher noir sur blanc. Si le vendeur ou le bailleur omet cette mention, conservez l’état des risques qui vous a été remis, comparez-le avec les arrêtés de catastrophe naturelle publiés au Journal officiel pour la commune, et sachez qu’un manquement à cette obligation d’information expose son auteur à une action en justice. Pour une vente, l’absence de remise de l’état des risques retarde le point de départ du délai de rétractation de l’acquéreur non professionnel, qui ne court qu’à compter du lendemain de la communication du document.

Complétez ces informations par vos propres vérifications. Consultez la cartographie officielle des risques sur le site Géorisques du ministère de la transition écologique, interrogez la mairie sur le plan de prévention des risques applicable et sur les prescriptions de travaux qu’il peut contenir, parlez aux voisins des crues précédentes et demandez à l’assureur, avant de signer, dans quelles conditions il garantira le bien. La garantie catastrophe naturelle, une fois le contrat souscrit, ne peut excepter aucun bien mentionné au contrat, mais l’assureur reste libre de tarifer le risque et de fixer ses franchises contractuelles pour les autres garanties. Un bien en zone très exposée peut donc coûter plus cher à assurer hors catastrophe naturelle, et certains travaux de prévention exigés par le plan local conditionnent parfois la mise en jeu des garanties.

Après la signature, restez vigilant sur la durée. Si votre commune vient d’être inondée et qu’aucun arrêté n’est encore publié, signalez vos dégâts en mairie pour nourrir la demande communale de reconnaissance, surveillez le Journal officiel et tenez votre assureur informé de l’avancement de la procédure. Si l’arrêté paraît, vous disposez de trente jours pour parfaire votre déclaration. Si la demande communale est rejetée, faites-vous communiquer les motifs : une contestation reste possible, et vos garanties contractuelles ordinaires continuent de s’appliquer indépendamment du régime des catastrophes naturelles.

Conclusion

L’épisode qui frappe le Gard, l’Hérault et la Lozère ce 30 septembre 2026 rappelle une règle simple : face à l’inondation, les droits existent, mais ils se perdent vite quand on tarde ou qu’on jette les preuves. Photographiez avant de nettoyer, déclarez à votre assureur dès que vous avez connaissance du sinistre, signalez vos dégâts en mairie pour appuyer la demande communale de reconnaissance, puis complétez votre déclaration dans les trente jours de la publication de l’arrêté au Journal officiel. Exigez l’expertise, la provision à deux mois et le solde à trois mois, contestez toute déchéance qui ne démontrerait pas un préjudice, et n’acceptez aucune offre avant d’avoir chiffré l’intégralité de vos dommages, relogement compris.

Locataire d’un logement devenu inhabitable, vous pouvez obtenir la diminution ou la suspension du loyer et, si la destruction est partielle, choisir entre la baisse du prix et la résiliation du bail. Propriétaire, vous déclarez pour les murs pendant que votre locataire déclare pour son mobilier. Acquéreur ou nouveau locataire en zone inondable, vous lisez l’état des risques avant de signer et vous vérifiez les sinistres indemnisés du passé. À la date de rédaction de cet article, l’arrêté de catastrophe naturelle pour cet épisode n’est pas encore pris : seule sa publication ouvrira la garantie, et vos contrats signés priment sur toute analyse générale. En cas de litige persistant avec l’assureur, le vendeur ou le bailleur, seul le juge tranchera, sur pièces et dans les délais que la loi vous accorde.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».