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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Taxe due par les concessionnaires d’autoroutes et budget 2027 : l’entreprise qui paie le péage peut-elle récupérer la TVA et augmenter ses prix ?

Ce 29 septembre 2026, la requête « taxe due par les concessionnaires d’autoroutes » grimpe en flèche sur Google en France, avec plus de 2 000 recherches, une croissance de 1 000 % et une tendance toujours active depuis la nuit. La presse explique pourquoi : selon BFM Business avec l’AFP, dans un article publié le 28 septembre 2026, le gouvernement veut porter de 4,6 % à 12,2 % le taux de la taxe qui frappe les sociétés d’autoroutes et les grands aéroports dans le budget 2027, afin de récupérer 800 millions d’euros supplémentaires. Les transporteurs routiers, les entreprises qui déplacent des salariés et des marchandises, les artisans et les commerciaux qui vivent sur l’autoroute se posent tous la même question : qui paie vraiment cette taxe en bout de chaîne, et que peut faire l’entreprise qui paie le péage pour récupérer et répercuter ce surcoût ? La réponse tient en deux temps. D’un côté, la taxe ne figure sur aucune facture de péage, mais son poids se retrouve mécaniquement dans les tarifs que paient les entreprises qui roulent. De l’autre, ces mêmes entreprises disposent d’outils juridiques précis pour encaisser le choc : récupérer la TVA sur les péages, réviser leurs prix de transport de plein droit et se faire payer par leurs donneurs d’ordre. Dirigeant, associé, transporteur ou entreprise cliente d’un transporteur, vous trouverez ici le droit applicable, les textes exacts et les décisions qui protègent votre marge.

I. La taxe du budget 2027 ne figure sur aucune facture de péage, mais c’est l’entreprise qui roule qui la paie en dernier

A. Ce que le gouvernement annonce : une taxe presque triplée, 800 millions de plus, des seuils qui visent les grands exploitants

Selon BFM Business avec l’AFP, dans son article du 28 septembre 2026 consacré au projet de quasi-triplement de cette taxe, l’exécutif a annoncé dans un communiqué qu’il proposerait, pour le budget 2027, d’alourdir de 800 millions d’euros la taxation des exploitants d’autoroutes et d’aéroports. La proposition consiste à porter jusqu’à 12,2 % le taux d’une taxe en vigueur depuis 2024 avec un taux de 4,6 %, assise sur les bénéfices des entreprises qui bénéficient de concessions d’autoroute ou qui exploitent des aéroports. Toujours selon le même article, avec son taux actuel de 4,6 %, cette taxe avait rapporté 549 millions d’euros dès sa première année d’application en 2024, pour des estimations initiales d’environ 600 millions d’euros par an, dont environ 450 millions provenant des sociétés concessionnaires d’autoroutes et 150 millions des aéroports. En portant son taux à 12,2 %, le gouvernement entend plus que doubler son rendement, pour un total attendu autour de 1,4 milliard d’euros par an. Les recettes de cette taxe participent au financement des infrastructures de transport, via notamment l’Agence de financement des infrastructures de transport de France, et environ 600 millions d’euros en étaient affectés au financement des infrastructures en 2026.

Cette taxe ne concerne pas l’ensemble des autoroutes ni l’ensemble des aéroports. Selon le même article de BFM Business, elle s’applique aux entreprises dont les revenus tirés de l’exploitation d’une infrastructure de transport dépassent 120 millions d’euros par an et dont la rentabilité moyenne excède 10 % sur les sept derniers exercices. Sont concernées les principales sociétés concessionnaires d’autoroutes, ainsi que plusieurs grands exploitants aéroportuaires. Le dispositif, mis en place par la loi de finances pour 2024 selon la presse, avait initialement été présenté comme un moyen de mettre davantage à contribution les sociétés d’autoroutes, avant que son champ ne soit étendu aux grands aéroports.

Trois réserves s’imposent avant tout raisonnement juridique. D’abord, il s’agit à ce stade d’une annonce du gouvernement pour le budget 2027, rapportée par la presse le 28 septembre 2026 : tant que le Parlement ne l’a pas votée, le taux de 12,2 % reste un projet, et seule la taxe au taux actuel s’applique. Ensuite, les chiffres cités ici, 800 millions supplémentaires, 1,4 milliard au total, 549 millions en 2024, les seuils de 120 millions d’euros et de 10 %, viennent de cet article de presse et non du texte législatif lui-même, qu’il faudra lire une fois adopté. Enfin, aucune responsabilité particulière ne pèse sur telle ou telle société nommément : le projet vise une catégorie d’exploitants définie par des seuils, pas une entreprise désignée, et les contrats signés entre les concessionnaires et l’État priment sur toute analyse générale. C’est dans ce cadre, et sous ces réserves, que l’entreprise qui roule doit comprendre comment le surcoût fiscal remonte jusqu’à son ticket de péage.

B. Pourquoi le surcoût fiscal finit sur le ticket de péage de l’entreprise : concession, tarifs encadrés et avenants

Une société concessionnaire d’autoroute n’est pas une entreprise ordinaire qui fixerait librement ses prix. Elle exploite un service public dans le cadre d’un contrat de concession conclu avec l’État, et ses tarifs de péage sont encadrés par ce contrat et par la réglementation. Lorsqu’une taxe nouvelle ou alourdie frappe ses résultats, elle ne peut pas simplement décider d’augmenter les péages du jour au lendemain : toute évolution tarifaire doit respecter le contrat de concession, les formules d’indexation qu’il prévoit et le contrôle de l’autorité concédante. Le droit des concessions organise précisément cet équilibre. Aux termes de l’article L. 6 du code de la commande publique, pour les contrats conclus par des personnes morales de droit public, « L’autorité contractante exerce un pouvoir de contrôle sur l’exécution du contrat, selon les modalités fixées par le présent code, des dispositions particulières ou le contrat ». L’État garde donc la main sur l’exécution, y compris sur les tarifs, et le concessionnaire doit obtenir des évolutions conformes au contrat ou négocier un avenant.

Le code de la commande publique prévoit les voies par lesquelles un contrat de concession peut évoluer quand les circonstances changent. Aux termes de l’article L. 3135-1 du code de la commande publique, « Un contrat de concession peut être modifié sans nouvelle procédure de mise en concurrence, dans les conditions prévues par décret en Conseil d’Etat, lorsque : », notamment quand « Les modifications ont été prévues dans les documents contractuels initiaux », quand « Les modifications sont rendues nécessaires par des circonstances imprévues », ou quand « Les modifications ne sont pas substantielles ». Une hausse massive d’une taxe sectorielle, passée de 4,6 % à 12,2 % dans le projet annoncé, entre typiquement dans le champ de la discussion entre le concédant et le concessionnaire : avenants tarifaires, allongement de la durée, compensation ou rééquilibrage. L’histoire des concessions autoroutières montre que ces négociations aboutissent, d’une manière ou d’une autre, à reporter une partie du fardeau sur l’usager, par les tarifs, par leur indexation ou par la durée des concessions.

La jurisprudence administrative éclaire ce qui se joue dans ces négociations, même si chaque contrat reste un cas d’espèce. Dans un arrêt du 10 novembre 2021, le Conseil d’État a jugé que le concessionnaire dont la concession est résiliée avant son terme normal peut obtenir réparation du préjudice lié aux biens non encore amortis qui retournent par anticipation dans le patrimoine de la personne publique (Conseil d’État, 7ème chambre, 10 novembre 2021, n° 449985). Cette solution concerne la résiliation, pas la taxe nouvelle, et il serait faux d’en déduire un droit automatique à compensation pour tout alourdissement fiscal. Mais elle rappelle la logique permanente du droit des concessions : le concessionnaire qui subit une mesure du concédant ou du législateur qui bouleverse l’équilibre de son contrat demande réparation ou réaménagement, et l’État, qui contrôle l’exécution, négocie. Pour l’entreprise qui roule, la conséquence pratique est simple : que la hausse de la taxe soit absorbée en partie par les concessionnaires ou répercutée dans les péages après négociation, le prix du kilomètre d’autoroute augmente ou menace d’augmenter, et c’est à ce niveau, celui du ticket de péage payé par l’entreprise, que le surcoût devient une charge à traiter juridiquement.

Qui paie, alors, en bout de chaîne ? Le péage est payé par celui qui roule : le transporteur routier qui fait circuler ses camions, l’entreprise qui fait rouler ses commerciaux et ses techniciens, l’artisan qui se déplace chez ses clients, le dirigeant qui traverse la France pour ses rendez-vous. La taxe nouvelle ne leur est pas facturée en tant que telle, et aucun péager ne fera apparaître une ligne « taxe budget 2027 ». Mais l’augmentation des tarifs qui l’accompagne se traduit par des factures de télépéage plus lourdes, des notes de frais kilométriques en hausse et des coûts de transport qui grimpent. Pour une flotte de dix poids lourds qui parcourt chacun 100 000 kilomètres par an sur autoroute, un renchérissement de quelques centimes au kilomètre représente des dizaines de milliers d’euros de charges annuelles. Pour une PME de services dont les techniciens sillonnent l’Île-de-France et les régions voisines, la dérive est plus diffuse mais tout aussi réelle. La question n’est donc pas de contester une taxe que l’entreprise ne paie pas directement, mais de traiter le surcoût de péage qu’elle paie indirectement : le récupérer fiscalement quand c’est possible, et le répercuter commercialement quand le droit le permet. C’est l’objet de la seconde partie.

II. L’entreprise qui paie le péage n’est pas sans armes : récupérer la TVA et augmenter ses prix

A. Récupérer la TVA sur les péages et verrouiller la facture : le premier réflexe qui protège la marge

Premier réflexe, premier gain : la TVA payée sur les péages d’autoroute utilisés pour les besoins de l’activité est en principe récupérable, et chaque euro de TVA récupéré est un euro de surcoût net en moins. Le principe de base figure à l’article 256 du code général des impôts : « Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. » L’utilisation d’une autoroute à péage constitue une prestation de services soumise à la TVA, et la facture de télépéage mentionne cette taxe. Le mécanisme de la déduction figure à l’article 271 du code général des impôts : « La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d’une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. » Le même article précise le moment où naît le droit : « Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. » Pour l’entreprise, cela signifie que la TVA des péages engagés pour des opérations imposables, livraisons, prestations facturées avec TVA, vient en déduction de la TVA collectée sur ses propres ventes.

Qui doit la taxe, et qui peut la déduire ? L’article 283 du code général des impôts pose la règle : « La taxe sur la valeur ajoutée doit être acquittée par les personnes qui réalisent les opérations imposables, sous réserve des cas visés aux articles 275 à 277 A où le versement de la taxe peut être suspendu. » La société d’autoroute acquitte la TVA sur les péages et la facture à l’usager professionnel, qui la déduit s’il remplit les conditions : utiliser les trajets pour les besoins d’opérations imposables ouvrant droit à déduction, détenir les justificatifs, imputer la taxe sur la déclaration de la période. Les entreprises qui roulent avec des véhicules de tourisme affectés en partie à un usage privé doivent appliquer les règles de coefficient et d’exclusion propres à ces véhicules, trajet par trajet, et les entreprises exonérées ou en franchise qui ne collectent pas de TVA ne récupèrent rien : pour elles, le péage renchéri reste un coût net intégral, d’où l’importance redoublée de la répercussion commerciale examinée plus bas.

La condition pratique qui fait gagner ou perdre des milliers d’euros, c’est la facture. L’article 289 du code général des impôts dispose : « Tout assujetti est tenu de s’assurer qu’une facture est émise, par lui-même, ou en son nom et pour son compte, par son client ou par un tiers ». Sans facture régulière mentionnant la TVA, pas de déduction : les tickets de caisse, les relevés de carte bancaire et les attestations internes ne suffisent pas. Concrètement, l’entreprise doit équiper chaque véhicule d’un badge de télépéage rattaché à un contrat au nom de la société, avec facturation mensuelle détaillée, conserver ces factures pendant le délai de reprise de l’administration, et rapprocher les immatriculations des véhicules du parc. Les péages payés par les salariés avec leur carte personnelle puis remboursés en notes de frais compliquent la déduction : la facture n’est pas au nom de l’entreprise, et le contrôleur fiscal l’écarte. La parade consiste à interdire les avances personnelles pour les péages, à généraliser les badges société et à faire remonter automatiquement les factures vers la comptabilité. Les entreprises qui sous-traitent du transport à des tiers doivent exiger les mêmes pièces de leurs sous-traitants, car un prix de transport gonflé par des péages non documentés se paie deux fois : une fois au sous-traitant, une fois en TVA non récupérée.

Le calendrier de la déduction mérite la même rigueur. Puisque le droit à déduction naît quand la taxe devient exigible, l’entreprise déduit la TVA des péages sur la déclaration de la période où la facture est établie et détenue, par imputation sur la TVA collectée du mois. Une facture de télépéage égarée pendant des mois, retrouvée au moment du bilan annuel, retarde d’autant l’économie de trésorerie. Avec la hausse annoncée des tarifs, les montants en jeu augmentent mécaniquement : sur 50 000 euros annuels de péages hors taxe, la TVA à 20 % représente 10 000 euros de déduction potentielle chaque année, soit l’équivalent d’un demi-salaire chargé. Laisser dormir ces factures dans les boîtes à gants des véhicules, c’est offrir à l’État une trésorerie qui appartient à l’entreprise. Un circuit mensuel simple, badges société, factures centralisées, pointage comptable avant chaque déclaration, transforme le surcoût brut des péages en surcoût net réduit à la seule part hors taxe, et prépare le second levier : faire payer ce hors-taxe restant au client final.

B. Répercuter la hausse sur ses propres clients : prix du transport révisé de plein droit, action directe et renégociation

Le transporteur routier qui voit ses péages augmenter n’est pas condamné à rogner sa marge : la loi lui impose même de pratiquer un prix qui couvre ses charges, et elle organise la révision automatique de ce prix quand les coûts de route dérivent. L’article L. 3221-1 du code des transports vise « Tout prestataire de transport public routier de marchandises, et notamment les transporteurs routiers de marchandises », et dispose qu’il « est tenu d’offrir ou de pratiquer un prix qui permette de couvrir à la fois : ― les charges entraînées par les obligations légales et réglementaires, notamment en matière sociale et de sécurité ; ― les charges de produits énergétiques et d’entretien ». Un prix qui ne couvre pas les charges est donc contraire à la loi, et le transporteur qui maintiendrait ses tarifs inchangés malgré l’envolée des péages et du gazole pratiquerait un prix illicite en plus de mettre son entreprise en danger. Ce texte fonde toute la démarche de répercussion : augmenter ses prix quand les charges de route augmentent, ce n’est pas de la cupidité, c’est une obligation légale.

Le mécanisme le plus puissant se trouve aux articles suivants du même code. Quand le contrat de transport mentionne les charges de produits énergétiques retenues pour établir le prix, l’article L. 3222-1 du code des transports prévoit que « le prix de transport initialement convenu est révisé de plein droit pour couvrir la variation des charges liée à la variation du coût de ces produits entre la date du contrat et la date de réalisation de l’opération de transport », et que « La facture fait apparaître les charges de produits énergétiques de propulsion supportées par l’entreprise pour la réalisation de l’opération de transport. » La révision joue de plein droit, c’est-à-dire automatiquement, sans qu’il soit besoin de renégocier : le transporteur facture le prix révisé, en faisant apparaître les charges sur la facture, et le donneur d’ordre doit payer. Quand le contrat ne détaille pas ces charges, l’article L. 3222-2 du code des transports prend le relais avec des références objectives : « Le prix du transport initialement convenu est révisé de plein droit en appliquant aux charges de produits énergétiques la variation des indices de ces produits publiés par le Comité national routier ou, par défaut, de l’indice relatif au gazole publié par ce comité, sur la période allant de la date du contrat à la date de réalisation de l’opération de transport. » Les indices du Comité national routier tranchent les litiges : pas de marchandage sur le pourcentage, on applique l’indice. Les péages eux-mêmes ne sont pas des produits énergétiques au sens de ces textes, mais ils entrent dans les charges de l’opération que le prix doit couvrir au titre de l’article L. 3221-1, et le transporteur avisé stipule dans ses contrats une clause d’indexation péages adossée aux tarifs publiés, calquée sur la logique de la révision légale, pour bénéficier du même automatisme.

Pour les entreprises qui ne sont pas transporteurs mais qui facturent des déplacements à leurs clients, artisans, sociétés de services, entreprises de travaux, la répercussion passe par les conditions générales et la facture. L’article L. 441-1 du code de commerce définit le socle : « Les conditions générales de vente comprennent notamment les conditions de règlement, ainsi que les éléments de détermination du prix tels que le barème des prix unitaires et les éventuelles réductions de prix. » Des conditions générales qui prévoient une ligne de refacturation des frais de déplacement et des péages au réel ou un barème kilométrique indexé permettent d’ajuster les prix sans renégocier chaque devis. Pour les contrats en cours à prix ferme, la voie est la renégociation formalisée par avenant, en invoquant la hausse documentée des péages, avec mise en demeure préalable si le client refuse d’en discuter. Dans le secteur des produits agricoles et alimentaires, le législateur a même organisé une renégociation obligatoire pour les contrats de plus de trois mois quand les coûts dérivent : l’article L. 441-8 du code de commerce encadre ces contrats « d’une durée d’exécution supérieure à trois mois portant sur la vente des produits agricoles et alimentaires dont les prix de production sont significativement affectés par des fluctuations des prix des matières premières agricoles et alimentaires et des produits agricoles et alimentaires, de l’énergie, du transport et des matériaux entrant dans la composition des emballages ». Les transporteurs de denrées et les fournisseurs de la grande distribution concernés doivent activer ce dispositif au lieu de subir.

Reste le dernier maillon : se faire effectivement payer le prix révisé quand le donneur d’ordre traîne ou organise son insolvabilité. Le droit du transport offre au voiturier une arme redoutable, l’action directe contre l’expéditeur et le destinataire. Dans un arrêt du 25 novembre 2020, la chambre commerciale de la Cour de cassation a jugé : « Le voiturier a ainsi une action directe en paiement de ses prestations contre l’expéditeur et le destinataire, lesquels sont garants du paiement du prix du transport. Toute clause contraire est réputée non écrite. » (Cass. com., 25 novembre 2020, n° 18-25.768, publié au Bulletin). Quand le commissionnaire ou le donneur d’ordre intermédiaire ne paie pas, le transporteur peut donc poursuivre directement le client final, et aucune clause du contrat ne peut lui retirer ce droit. La Cour a précisé le bénéficiaire de cette garantie dans un arrêt du 22 mars 2016 : « le voiturier qui dispose de l’action en garantie du paiement du prix du transport s’entend du professionnel qui effectue personnellement la prestation de déplacement de la marchandise » (Cass. com., 22 mars 2016, n° 14-20.112). C’est le transporteur effectif, celui dont les camions paient le péage, qui est protégé, pas l’intermédiaire de papier. Pour les entreprises parisiennes et franciliennes, le contentieux se joue le plus souvent devant le tribunal de commerce de Paris ou celui de leur département, avec les mêmes règles : mise en demeure chiffrée et détaillée, facture faisant apparaître les charges comme l’exige l’article L. 3222-1, assignation du garant en paiement, et, en cas d’urgence sur la trésorerie, procédure de référé-provision sur factures incontestées. La hausse des péages, documentée par les factures de télépéage et les indices publiés, rend ces demandes particulièrement solides : le juge voit des chiffres, pas des affirmations.

Conclusion

La taxe presque triplée que le gouvernement annonce pour le budget 2027, de 4,6 % à 12,2 % pour 800 millions d’euros supplémentaires selon BFM Business avec l’AFP le 28 septembre 2026, ne sera jamais facturée à l’entreprise qui roule, mais elle renchérira ses péages après négociation des concessions, et c’est ce renchérissement qu’il faut traiter dès maintenant. Le circuit gagnant tient en trois gestes : équiper chaque véhicule d’un badge société pour récupérer toute la TVA des péages sur factures régulières, insérer dans chaque contrat une indexation adossée aux charges de route et aux indices du Comité national routier pour réviser les prix de plein droit, et sécuriser le paiement par l’action directe contre l’expéditeur et le destinataire quand l’intermédiaire défaille. La taxe reste un projet tant que le Parlement ne l’a pas votée, les seuils de 120 millions d’euros et de 10 % visent les grands exploitants et non les PME, et chaque contrat garde ses clauses propres qui priment sur toute analyse générale. Mais les outils décrits ici valent quelle que soit l’issue du vote : ils transforment une annonce budgétaire subie en surcoût mesuré, récupéré et répercuté, et c’est ainsi que l’entreprise protège sa marge kilomètre après kilomètre.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».