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Sous-traitant qui abandonne le chantier : le remplacer en urgence, le faire condamner et sauver vos délais (2026)

Vos équipes arrivent le lundi matin sur le chantier et les compagnons du sous-traitant ne sont plus là. Ni le chef d’équipe, ni les outils, ni le moindre panneau d’information. Le téléphone sonne dans le vide, les délais contractuels continuent de courir et votre client final vous menace déjà de pénalités. Cette scène, des centaines d’entreprises du bâtiment et des travaux publics la vivent chaque mois en France, et elle coûte chaque année des sommes considérables aux entreprises principales qui n’ont pas su réagir vite et dans les formes. Quand un sous-traitant abandonne le chantier, chaque jour perdu aggrave la facture : pénalités de retard envers le maître d’ouvrage, surcoût du remplaçant, désorganisation de vos propres équipes, risque de résiliation de votre marché principal. La bonne nouvelle, c’est que le droit français vous donne des armes rapides et puissantes, à condition de les utiliser dans le bon ordre. Faire constater l’abandon par un commissaire de justice, adresser une mise en demeure qui préserve toutes vos options, faire terminer les travaux par une autre entreprise aux frais du défaillant, puis obtenir du juge la résiliation du contrat et la condamnation du sous-traitant : voilà la séquence qui fonctionne devant les tribunaux. Cet article vous explique pas à pas comment remplacer un sous-traitant défaillant, comment chiffrer ce que vous pouvez lui réclamer et comment sauver vos délais face à votre propre client, avec les textes applicables et les décisions récentes des juges à l’appui.

I. Votre sous-traitant ne revient plus sur le chantier : comment repartir vite sans perdre vos droits

Face à un chantier à l’arrêt, la tentation est grande de foncer : appeler une autre entreprise, payer cash la reprise et régler les comptes plus tard avec le sous-traitant disparu. Cette précipitation se comprend, mais elle se paie cher au moment du procès. Le juge ne vous remboursera le surcoût et ne prononcera la résiliation aux torts du sous-traitant que si vous démontrez un abandon caractérisé, une mise en demeure régulière et un remplacement effectué dans des conditions raisonnables. Les entreprises qui gagnent sont celles qui, dès la première semaine, combinent la vitesse opérationnelle et la rigueur juridique. Constat, mise en demeure, remplacement : trois gestes à enchaîner sans délai, chacun avec ses règles.

A. Que faire dans les premiers jours : constater l’abandon et mettre en demeure de reprendre les travaux

La première urgence consiste à transformer une situation de fait, l’absence des compagnons, en une preuve solide. Un abandon de chantier ne se présume pas : le sous-traitant pourra toujours plaider devant le tribunal qu’il avait simplement suspendu les travaux pour une cause légitime, par exemple parce que vos plans n’étaient pas à jour, parce que l’accès au site lui était refusé ou parce que vos propres paiements étaient en retard. Pour couper court à ces défenses, faites établir immédiatement un procès-verbal de constat par un commissaire de justice, anciennement huissier de justice. Ce professionnel se déplace sur le site, décrit l’état d’avancement, photographie les ouvrages inachevés, note l’absence de personnel et de matériel et consigne les déclarations des personnes présentes. À Paris et en Île-de-France, où les chantiers sont denses et les plannings tendus, un constat dressé dans les quarante-huit heures vaut de l’or : il fige la date de l’abandon et l’état exact des travaux, et les tribunaux de commerce du ressort s’appuient systématiquement sur ce document pour apprécier qui a failli et quand. Faites dresser si possible un état contradictoire en convoquant le sous-traitant par écrit, et à défaut mentionnez sa non-comparution dans le procès-verbal.

En parallèle, adressez au sous-traitant une mise en demeure de reprendre les travaux dans un délai précis et bref, par lettre recommandée avec accusé de réception. Cette lettre n’est pas une simple formalité : elle conditionne la plupart des sanctions que vous demanderez ensuite au juge. Son contenu doit être rédigé avec soin. Décrivez les manquements constatés en vous référant au constat du commissaire de justice, fixez un délai raisonnable pour la reprise, généralement huit à quinze jours selon l’ampleur du lot, et indiquez expressément que, faute de reprise, vous ferez exécuter les travaux par une autre entreprise à ses frais et que vous demanderez la résiliation du contrat. Conservez la preuve de l’envoi et de la réception, ainsi que tous les échanges antérieurs : courriels, comptes rendus de réunion de chantier, plannings signés, ordres de service. L’article 1103 du Code civil rappelle que « Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits. » Votre contrat de sous-traitance est donc votre première loi : relisez ses clauses sur les délais, les pénalités, la résiliation et la substitution, car le juge commencera par les appliquer. Dans une affaire jugée par la cour d’appel de Toulouse le 24 juin 2025, l’entreprise principale avait précisément prévu au contrat qu’en cas de défaillance du sous-traitant, elle pouvait faire réaliser les travaux par une autre entreprise, le sous-traitant supportant alors « tous les coûts, retards et conséquences dommageables imputables à sa défaillance » : cette clause, rappelée par la cour, a fondé l’essentiel de la condamnation.

Tant que le sous-traitant n’a pas repris, vous pouvez également suspendre le paiement des sommes qui lui sont dues au titre du lot abandonné. L’article 1217 du Code civil prévoit que « La partie envers laquelle l’engagement n’a pas été exécuté, ou l’a été imparfaitement, peut : – refuser d’exécuter ou suspendre l’exécution de sa propre obligation ; – poursuivre l’exécution forcée en nature de l’obligation ; – obtenir une réduction du prix ; – provoquer la résolution du contrat ; – demander réparation des conséquences de l’inexécution. Les sanctions qui ne sont pas incompatibles peuvent être cumulées ; des dommages et intérêts peuvent toujours s’y ajouter. » Concrètement, vous pouvez retenir les échéances correspondant aux travaux non exécutés, tout en restant prudent sur les sommes correspondant à des travaux déjà réalisés et réceptionnés, que le sous-traitant pourrait réclamer par la voie de l’action directe ou d’une procédure de recouvrement. N’utilisez jamais la retenue de paiement comme un moyen de pression sans lien avec l’inexécution : une suspension disproportionnée ou appliquée à d’autres lots exécutés correctement pourrait être retenue contre vous. Informez le sous-traitant par écrit des motifs exacts de la suspension, lot par lot, montant par montant.

Enfin, sécurisez le site et les ouvrages. Faites inventorier le matériel laissé sur place, mettez les ouvrages inachevés hors d’eau et hors d’air si nécessaire, et mandatez si besoin un bureau de contrôle pour vérifier la conformité de ce qui a été posé. Ces dépenses de sauvegarde, dûment facturées et justifiées, s’ajouteront à votre préjudice réclamé au sous-traitant. Prévenez également votre assureur et le maître d’ouvrage : la transparence précoce envers votre client final, accompagnée d’un plan de reprise daté, vous aidera à négocier un aménagement des délais plutôt qu’à subir des pénalités automatiques.

B. Comment faire terminer les travaux par une autre entreprise aux frais du sous-traitant défaillant

Une fois la mise en demeure restée sans effet à l’expiration du délai fixé, vous n’avez pas à attendre un jugement pour faire repartir le chantier. L’article 1222 du Code civil vous autorise à procéder au remplacement : « Après mise en demeure, le créancier peut aussi, dans un délai et à un coût raisonnables, faire exécuter lui-même l’obligation ou, sur autorisation préalable du juge, détruire ce qui a été fait en violation de celle-ci. Il peut demander au débiteur le remboursement des sommes engagées à cette fin. Il peut aussi demander en justice que le débiteur avance les sommes nécessaires à cette exécution ou à cette destruction. » Trois conditions se dégagent de ce texte et les juges les vérifient systématiquement. D’abord, une mise en demeure préalable et restée infructueuse. Ensuite, un délai et un coût raisonnables : faites établir plusieurs devis, choisissez une entreprise de qualification comparable et conservez tous les justificatifs pour démontrer que le surcoût n’est pas artificiel. Enfin, le remplacement doit porter sur les seules prestations inexécutées, sans en profiter pour modifier le programme ou monter en gamme aux frais du défaillant.

Le contrat de sous-traitance organise souvent lui-même cette faculté de substitution, et ses stipulations priment dans leur détail. Dans l’arrêt de la cour d’appel de Toulouse du 24 juin 2025, numéro de répertoire général 23/00030, la clause du contrat prévoyait qu’après notification des mesures à prendre par lettre recommandée valant mise en demeure, l’entreprise principale pouvait faire réaliser la partie des travaux concernée par une autre entreprise. La cour a relevé que cette option n’était pas subordonnée aux mêmes conditions que la résiliation et a validé la substitution opérée par l’entreprise principale, avant de prononcer « la résiliation du contrat de sous-traitance du 11 septembre 2018 entre la Sas [G] et la Sas GA Entreprise, à la date du 3 juillet 2019, aux torts de la Sas [G] ». La leçon pratique est claire : quand votre contrat prévoit une procédure de substitution, suivez-la à la lettre, délais et formes d’envoi compris, car le sous-traitant contestera en justice chaque irrégularité de procédure pour échapper à la facture du remplaçant.

Si la trésorerie ne vous permet pas d’avancer le coût du remplaçant, le même article 1222 vous permet de demander en justice que le débiteur avance les sommes nécessaires à cette exécution. En pratique, c’est le juge des référés qui est saisi sur ce fondement, et il peut ordonner une provision correspondant au montant des devis de reprise. Cette voie reste toutefois exigeante sur la preuve de l’urgence et de l’absence de contestation sérieuse, et elle suppose que le sous-traitant soit solvable. Quand le sous-traitant est une société fragile ou déjà en difficulté, pesez le coût d’une procédure d’avance contre la perspective réelle de recouvrement : il est parfois plus rentable d’avancer les fonds vous-même pour sauver votre marché principal, puis de poursuivre le remboursement au fond avec l’ensemble de vos préjudices. Vérifiez aussi vos propres garanties, assurance perte d’exploitation, garantie de bonne exécution appelée par le maître d’ouvrage, caution bancaire du sous-traitant, qui peuvent amortir le choc financier pendant la période de remplacement.

Notez enfin que l’exécution en nature par le sous-traitant lui-même reste théoriquement possible : l’article 1221 du Code civil dispose que « Le créancier d’une obligation peut, après mise en demeure, en poursuivre l’exécution en nature sauf si cette exécution est impossible ou s’il existe une disproportion manifeste entre son coût pour le débiteur de bonne foi et son intérêt pour le créancier. » Mais quand la confiance est rompue et que le chantier a déjà pris du retard, les tribunaux admettent sans difficulté que le remplacement par un tiers est la solution raisonnable, et nul ne peut vous contraindre à réadmettre sur votre chantier une entreprise qui l’a déserté.

II. Faire payer le sous-traitant défaillant : résiliation, condamnation rapide et chiffrage complet de vos préjudices

Le chantier a redémarré avec le remplaçant, mais l’addition reste à présenter. Surcoût des travaux de reprise, pénalités versées à votre client final, frais de constat et de conseil, désorganisation de vos équipes, marge perdue sur d’autres affaires : l’abandon d’un sous-traitant produit une cascade de préjudices dont aucun ne doit rester à votre charge. Le droit vous offre trois leviers cumulables, et l’article 1217 du Code civil le confirme : les sanctions qui ne sont pas incompatibles peuvent être cumulées et des dommages et intérêts peuvent toujours s’y ajouter. Résilier le contrat aux torts du défaillant, obtenir une condamnation provisionnelle rapide, puis chiffrer l’intégralité des préjudices au fond : voici comment construire ce second temps du litige pour qu’il aboutisse à une condamnation effectivement recouvrable.

A. Résilier le contrat aux torts du sous-traitant et obtenir une condamnation en référé

La résiliation est l’acte qui solde juridiquement la relation avec le sous-traitant défaillant et ouvre la voie à l’indemnisation. L’article 1224 du Code civil prévoit que « La résolution résulte soit de l’application d’une clause résolutoire soit, en cas d’inexécution suffisamment grave, d’une notification du créancier au débiteur ou d’une décision de justice. » L’abandon pur et simple d’un chantier constitue typiquement une inexécution suffisamment grave, et les juges n’hésitent pas à prononcer la résiliation aux torts exclusifs du sous-traitant, comme l’a fait la cour d’appel de Toulouse dans l’arrêt du 24 juin 2025 déjà cité. Vous disposez de trois voies et le choix dépend de votre situation. Si votre contrat comporte une clause résolutoire pour abandon de chantier, mettez-la en oeuvre en respectant scrupuleusement son formalisme, mention des manquements, délai de régularisation, notification de la résiliation. À défaut de clause, vous pouvez résoudre vous-même le contrat par notification, à vos risques et périls : l’article 1226 du Code civil dispose que « Le créancier peut, à ses risques et périls, résoudre le contrat par voie de notification. Sauf urgence, il doit préalablement mettre en demeure le débiteur défaillant de satisfaire à son engagement dans un délai raisonnable. La mise en demeure mentionne expressément qu’à défaut pour le débiteur de satisfaire à son obligation, le créancier sera en droit de résoudre le contrat. » Cette voie unilatérale est rapide mais risquée : si le juge estime ensuite que l’inexécution n’était pas assez grave, c’est votre propre résolution qui pourra être jugée fautive.

La troisième voie, la résolution demandée en justice, présente un avantage procédural considérable révélé par un arrêt récent de la Cour de cassation. L’article 1227 du Code civil énonce que « La résolution peut, en toute hypothèse, être demandée en justice. » Et par un arrêt du 9 avril 2025, numéro 206 F-D, pourvoi numéro F 23-20.015, la chambre commerciale a jugé que « pour l’exercice de l’action en résolution autorisée par l’article 1227 du code civil, l’acte introductif d’instance suffit à mettre en demeure la partie qui n’a pas exécuté son engagement, sans qu’il soit nécessaire de faire précéder cet acte d’une sommation ou d’un commandement ». Concrètement, si vous assignez directement le sous-traitant en résolution sans mise en demeure préalable, votre assignation elle-même vaut mise en demeure et le juge ne pourra pas rejeter votre demande pour ce seul motif. Cette solution sécurise les dossiers où l’urgence a empêché d’accomplir toutes les formalités préalables, situation fréquente quand un chantier s’arrête brutalement. Reste que, sauf à viser uniquement la résolution judiciaire, la mise en demeure préalable demeure indispensable pour le remplacement aux frais du défaillant et pour les pénalités, comme on le verra : ne faites donc pas l’économie de cette lettre même si l’assignation peut la suppléer pour la seule résolution.

En attendant le jugement au fond, qui prendra des mois, ne laissez pas votre trésorerie supporter seule le surcoût : sollicitez une provision en référé. L’article 835 du Code de procédure civile permet au président du tribunal d’accorder une provision quand l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable : « Dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, ils peuvent accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire. » Les litiges d’abandon de chantier se prêtent particulièrement bien à cette procédure quand le constat du commissaire de justice est accablant et que les factures du remplaçant sont produites. La cour d’appel de Paris l’a illustré le 7 avril 2023, numéro de répertoire général 22/13859 : après l’abandon du chantier par une entreprise, la cour a relevé que « L’obligation de la société Simon n’est donc pas sérieusement contestable à hauteur de la somme de 90.760 euros HT » et a « Condamne par provision la société Simon à payer à la société Dental Palaiseau la somme de 90.760 euros HT majorée de la TVA au taux applicable aux travaux réalisés ». Quatre-vingt-dix mille euros de provision obtenus en référé, voilà ce qu’un dossier bien documenté peut rapporter en quelques semaines. À Paris, le tribunal judiciaire statue en référé dans des délais courts, et cette provision, même contestée ensuite au fond, remet immédiatement de l’oxygène dans votre trésorerie. Depuis la réforme entrée en vigueur le 1er septembre 2026, les procédures de recouvrement des créances d’entreprise ont par ailleurs été simplifiées, ce qui renforce l’intérêt d’agir vite avec un dossier complet plutôt que de laisser la créance vieillir.

B. Chiffrer pénalités de retard, surcoût de reprise et préjudices pour être intégralement indemnisé

Le chiffrage est le nerf de la guerre et c’est souvent là que les entreprises perdent une partie de ce qui leur est dû, faute d’avoir conservé les justificatifs. Distinguez quatre postes et documentez chacun séparément. Premier poste, le surcoût de reprise : la différence entre le prix restant dû au sous-traitant défaillant pour les travaux non exécutés et le prix payé au remplaçant pour les mêmes travaux, factures et devis comparatifs à l’appui. Ce poste est le coeur de la condamnation et les juges l’accordent dès lors que le coût du remplaçant est raisonnable. Deuxième poste, les pénalités contractuelles : si votre contrat de sous-traitance stipule des pénalités de retard, elles s’appliquent de plein droit dans les conditions prévues. L’article 1231-5 du Code civil encadre la clause pénale : « Lorsque le contrat stipule que celui qui manquera de l’exécuter paiera une certaine somme à titre de dommages et intérêts, il ne peut être alloué à l’autre partie une somme plus forte ni moindre. Néanmoins, le juge peut, même d’office, modérer ou augmenter la pénalité ainsi convenue si elle est manifestement excessive ou dérisoire. » Et le même article précise que « Sauf inexécution définitive, la pénalité n’est encourue que lorsque le débiteur est mis en demeure. » D’où l’importance, une fois encore, de votre lettre recommandée : sans elle, pas de pénalités pour simple retard. Vérifiez que le montant stipulé n’est pas manifestement excessif au regard du lot concerné, car le juge le réduirait d’office, et symétriquement contestez les pénalités manifestement dérisoires que le sous-traitant aurait fait inscrire.

Troisième poste, les préjudices subis envers votre propre client : pénalités de retard que le maître d’ouvrage vous a appliquées, retenues, frais de prolongation de vos installations de chantier, coût de vos équipes immobilisées. L’article 1231-1 du Code civil dispose que « Le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l’inexécution de l’obligation, soit à raison du retard dans l’exécution, s’il ne justifie pas que l’exécution a été empêchée par la force majeure. » Le sous-traitant ne s’exonérera qu’en prouvant un cas de force majeure, notion que les tribunaux interprètent strictement : ni les difficultés de recrutement, ni la défaillance de ses propres fournisseurs, ni ses tensions de trésorerie ne constituent une force majeure. Conservez les décomptes de pénalités du maître d’ouvrage, les avenants de prolongation de délais et les attestations de vos conducteurs de travaux sur les perturbations subies. Quatrième poste, les frais annexes : constat du commissaire de justice, honoraires de conseil, frais d’expertise, coût du gardiennage et de la mise hors d’eau. L’article 1240 du Code civil fonde cette réparation intégrale : « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. » L’article 1229 du Code civil ajoute que « La résolution met fin au contrat. » et fixe la date de ses effets, selon les cas à la date prévue par la clause, à la réception de la notification ou « à la date fixée par le juge ou, à défaut, au jour de l’assignation en justice », ce qui détermine jusqu’à quand les pénalités courent et à partir de quand se règlent les restitutions réciproques.

Deux vérifications complémentaires s’imposent dans tout dossier de sous-traitance du bâtiment. D’une part, le statut de votre sous-traitant au regard de la loi numéro 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance, consultable sur le site officiel Légifrance : aviez-vous fait agréer ce sous-traitant par le maître d’ouvrage et obtenu une garantie de paiement à son profit quand la loi l’exige. Si ces formalités ont été omises, le sous-traitant pourrait retourner l’argument contre vous ou exercer une action directe en paiement contre le maître d’ouvrage, ce qui compliquerait le jeu des compensations que vous envisagez. D’autre part, la réception et les garanties : les travaux repris par le remplaçant doivent être réceptionnés avec le même soin que le marché initial, avec réserves écrites si nécessaire, faute de quoi vous perdriez une partie de vos recours en cas de désordres ultérieurs. En Île-de-France, où les opérations s’enchaînent et où les procès-verbaux de réception circulent parfois trop vite, imposez-vous une réception formelle lot par lot avec le remplaçant, contradictoirement avec le sous-traitant défaillant convoqué à cet effet. Enfin, agissez vite aussi pour des raisons de solvabilité : un sous-traitant qui abandonne un chantier est souvent une entreprise en difficulté, et chaque semaine compte pour faire pratiquer une saisie conservatoire sur ses comptes ou obtenir une sûreté avant l’ouverture éventuelle d’une procédure collective. Les juridictions parisiennes, tribunal de commerce de Paris pour les litiges entre commerçants et tribunal judiciaire de Paris pour les autres, traitent quotidiennement ce contentieux et attendent des demandeurs un dossier carré : contrat, mise en demeure, constat, devis comparatifs et décompte précis poste par poste.

Conclusion

Un sous-traitant qui abandonne le chantier n’est pas une fatalité qui devrait rester à votre charge. Le plan d’action tient en cinq réflexes : faire constater immédiatement l’abandon par un commissaire de justice, mettre en demeure par lettre recommandée en annonçant le remplacement et la résiliation, faire terminer les travaux par une autre entreprise dans un délai et à un coût raisonnables, demander une provision en référé pour préserver votre trésorerie, puis faire prononcer la résiliation aux torts du défaillant avec l’indemnisation complète de vos préjudices. Les décisions récentes donnent le ton : résiliation aux torts du sous-traitant qui suspend les travaux, provision de plus de quatre-vingt-dix mille euros pour les travaux de reprise, assignation en résolution qui vaut elle-même mise en demeure. Chaque étape suppose des écrits rigoureux et des délais respectés, car le sous-traitant contestera la forme autant que le fond. Si votre chantier est à l’arrêt aujourd’hui, ne laissez pas la situation se dégrader : les preuves se recueillent dans les premiers jours et les droits se perdent avec les semaines.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».