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Dossier de surendettement et dettes fiscales : impôts impayés, SATD et poursuites du Trésor — déclarer, suspendre, effacer et contester devant le juge, que faire ?

Vous venez de recevoir un avis de saisie administrative à tiers détenteur pour des impôts impayés, votre compte bancaire est bloqué et un huissier mandaté par le Trésor public menace de saisir vos meubles ou votre voiture. Au même moment, vos crédits à la consommation, votre découvert et peut-être un arriéré de loyer continuent de gonfler. La question qui écrase tout est simple : est-ce que le dossier de surendettement de la Banque de France peut vraiment stopper le fisc, et est-ce que vos dettes d’impôts peuvent être réduites ou effacées comme les autres. La réponse est oui pour l’essentiel, avec des limites précises que ce guide expose sans détour. Les dettes fiscales ordinaires — impôt sur le revenu, taxe foncière, taxe d’habitation encore due, TVA d’un entrepreneur individuel, contributions sociales recouvrées par le Trésor — entrent dans le dossier de surendettement au même titre que les dettes bancaires. Dès que la commission déclare votre dossier recevable, les poursuites du comptable public sont suspendues, y compris les nouvelles saisies administratives à tiers détenteur. Selon votre situation, la commission impose ensuite un rééchelonnement sur plusieurs années, des mesures de suspension temporaire, ou un effacement total dans le cadre d’un rétablissement personnel. Seules certaines dettes restent intouchables : les amendes pénales, les majorations fiscales non rémissibles liées à la fraude et quelques dettes exclues par la loi. Voici, étape par étape, comment déclarer vos dettes fiscales, comment faire cesser les poursuites du Trésor, jusqu’où va l’effacement et comment contester devant le juge des contentieux de la protection quand la commission ou le fisc vous oppose un refus.

I. Déclarer ses dettes fiscales au dossier de surendettement et faire suspendre la SATD et les poursuites du Trésor

A. Quelles dettes d’impôts déclarer à la Banque de France et lesquelles restent exclues de tout effacement

Le point de départ est limpide. L’article L. 711-1 du code de la consommation dispose : « Le bénéfice des mesures de traitement des situations de surendettement est ouvert aux personnes physiques de bonne foi. La situation de surendettement est caractérisée par l’impossibilité manifeste de faire face à l’ensemble de ses dettes, professionnelles et non professionnelles, exigibles et à échoir. » Les dettes fiscales font partie de cet ensemble. L’impôt sur le revenu, la taxe foncière, la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, la contribution à l’audiovisuel public lorsqu’elle reste due, la TVA et l’impôt sur les bénéfices d’un entrepreneur individuel ou d’un micro-entrepreneur, les cotisations sociales recouvrées par un comptable public : toutes ces dettes se déclarent dans le dossier déposé auprès de la commission de surendettement de votre département. Le formulaire de déclaration de la Banque de France comporte une rubrique réservée aux dettes fiscales et sociales, et la commission notifie ensuite l’état du passif au service des impôts des particuliers dont vous dépendez, qui devient un créancier de la procédure comme les autres. Concrètement, rassemblez avant le dépôt chaque avis d’imposition impayé, chaque mise en demeure du Trésor, chaque avis de saisie administrative à tiers détenteur déjà reçu, chaque contrainte signifiée par huissier et chaque échéancier que vous aviez pu négocier avec le service des impôts. Indiquez les montants en principal, pénalités de retard et majorations de 10 % pour paiement tardif comprises, sans chercher à trier vous-même ce qui est effaçable et ce qui ne l’est pas : ce tri appartient à la commission, puis au juge en cas de contestation. Déclarez aussi les dettes fiscales contestées devant le tribunal administratif ou en réclamation contentieuse, en signalant la procédure en cours, car une dette contestée reste une dette à déclarer et la commission en tient compte dans l’appréciation de votre passif. Si vous êtes entrepreneur individuel, déclarez ensemble vos dettes personnelles et vos dettes professionnelles fiscales, puisque la loi vise l’ensemble des dettes sans cloisonnement. Si vous vivez en couple et déposez un dossier commun, déclarez les impositions communes et les impositions propres de chacun, en joignant les avis d’imposition joints et séparés. L’oubli d’une dette fiscale dans la déclaration initiale n’est pas fatal : la Cour de cassation juge qu’un effacement prononcé dans le cadre d’un rétablissement personnel vise la totalité des dettes nées à la date de la décision de la commission, qu’elles aient été ou non déclarées à la procédure, comme l’énonce l’arrêt du 26 mars 2026 cité plus bas. Mais ne comptez pas sur ce rattrapage : une dette oubliée complique l’instruction, retarde la décision et expose le créancier public à contester la mesure faute d’avoir été informé. Mieux vaut un dossier exhaustif dès le premier dépôt, avec un tableau récapitulatif dette par dette, créancier par créancier, montant par montant. Reste la frontière à ne jamais perdre de vue, celle des dettes que la loi exclut de toute remise, de tout rééchelonnement et de tout effacement. L’article L. 711-4 du code de la consommation dispose : « Sauf accord du créancier, sont exclues de toute remise, de tout rééchelonnement ou effacement : 1° Les dettes alimentaires ; 2° Les réparations pécuniaires allouées aux victimes dans le cadre d’une condamnation pénale ; » Le même article exclut les dettes fiscales dont les droits ont été sanctionnés par des majorations non rémissibles liées à la fraude, ainsi que les dettes solidaires de recouvrement qu’il énumère. En langage courant, cela vise les redressements assortis de majorations pour manquement délibéré, abus de droit, manoeuvres frauduleuses ou opposition à contrôle fiscal, ainsi que les pénalités de recouvrement solidaires. Le texte ajoute une exclusion sans appel : « Les amendes prononcées dans le cadre d’une condamnation pénale sont exclues de toute remise et de tout rééchelonnement ou effacement. » Retenez donc la règle pratique : vos impôts ordinaires, même majorés de la pénalité classique de 10 %, entrent dans le traitement et peuvent être rééchelonnés ou effacés ; vos amendes pénales, contraventionnelles ou délictuelles, et vos rappels d’impôts sanctionnés pour fraude caractérisée, n’en bénéficient pas sauf accord exprès du créancier, que le Trésor n’accorde quasiment jamais sur ces postes. Les amendes forfaitaires de stationnement ou de circulation recouvrées par le Trésor relèvent de la même exclusion lorsqu’elles sanctionnent une infraction pénale, et doivent être payées parallèlement à la procédure. En cas de doute sur la nature d’une majoration — 10 %, 40 %, 80 % — demandez au service des impôts le détail écrit du fondement de chaque pénalité et joignez-le au dossier : la commission tranchera poste par poste, et vous pourrez contester son analyse devant le juge des contentieux de la protection. Enfin, la bonne foi conditionne tout l’édifice. La Cour de cassation rappelle, dans un arrêt de la deuxième chambre civile du 21 mai 2026 rendu sous le pourvoi n° U 23-20.970 : « Il résulte de ce texte, qui n’ouvre le bénéfice des mesures de traitement des situations de surendettement qu’aux personnes physiques de bonne foi, que le juge doit se prononcer sur la bonne foi de chaque demandeur à la procédure de surendettement. » (Cour de cassation, deuxième chambre civile, 21 mai 2026, n° 23-20.970). Ne pas déclarer sciemment une dette fiscale, dissimuler un compte ou organiser son insolvabilité après un redressement constituent les reproches classiques qui conduisent à l’irrecevabilité. À l’inverse, un simple retard de paiement, des erreurs dans la déclaration d’impôt régularisées ensuite, ou le fait d’avoir continué à régler certains créanciers plutôt que le fisc ne suffisent pas à démontrer la mauvaise foi. Déposez donc un dossier complet, sincère et chiffré : c’est votre meilleure protection contre un refus fondé sur la mauvaise foi.

B. Recevabilité du dossier : la suspension immédiate des saisies administratives à tiers détenteur, des saisies et des cessions de rémunération

Le dépôt du dossier ne bloque rien à lui seul ; c’est la décision de recevabilité de la commission qui déclenche la protection. Une fois votre dossier déclaré recevable, l’article L. 722-2 du code de la consommation dispose : « La recevabilité de la demande emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur ainsi que des cessions de rémunération consenties par celui-ci et portant sur les dettes autres qu’alimentaires. » Cette suspension vise directement les poursuites du comptable public : les nouvelles saisies administratives à tiers détenteur sur vos comptes bancaires, auprès de votre employeur ou entre les mains de tout tiers qui vous doit de l’argent ne peuvent plus être engagées ; les saisies-ventes de meubles déjà programmées par l’huissier du Trésor sont stoppées ; les cessions de rémunération que vous aviez consenties sont suspendues pour les dettes non alimentaires. La Cour de cassation donne à ce texte toute sa portée : « Il résulte de ce texte que la décision de recevabilité de la demande de traitement de la situation de surendettement emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur. » (Cour de cassation, deuxième chambre civile, 8 février 2024, n° 22-14.528 et n° 23-17.744). Dans cette affaire, une banque qui réclamait le recouvrement d’un prêt notarié voyait sa créance prescrite, et la Cour a cassé le jugement qui ignorait la suspension : le créancier qui ne peut plus diligenter de procédure d’exécution à compter de la recevabilité ne peut se voir reprocher de ne pas avoir interrompu la prescription par une exécution, et il ne saurait être contraint d’introduire une action au fond pour suspendre la prescription. Ce raisonnement protège le débiteur autant qu’il encadre le créancier : pendant la suspension, personne ne peut vous reprocher l’arrêt des paiements forcés. Comprenez bien le mécanisme de la saisie administrative à tiers détenteur pour mesurer ce que la recevabilité interrompt et ce qu’elle ne peut pas défaire. L’article L. 262 du livre des procédures fiscales dispose : « Les créances dont les comptables publics sont chargés du recouvrement peuvent faire l’objet d’une saisie administrative à tiers détenteur notifiée aux dépositaires, détenteurs ou débiteurs de sommes appartenant ou devant revenir aux redevables. » Le même article précise que la saisie administrative à tiers détenteur produit un effet d’attribution immédiate au profit du créancier public, dans les conditions prévues par l’article L. 211-2 du code des procédures civiles d’exécution. Autrement dit, une SATD notifiée à votre banque avant la décision de recevabilité a déjà attribué les fonds visés au Trésor à hauteur de la somme due, et la recevabilité ultérieure ne fait pas revenir ces sommes sur votre compte. En revanche, toute SATD notifiée après la recevabilité est irrégulière et doit être contestée, et les fonds saisis avant la recevabilité mais non encore attribués selon les règles de délai applicable au solde bancaire doivent être examinés de près avec l’aide d’un avocat. Vérifiez aussi le solde bancaire insaisissable : lors d’une SATD sur compte bancaire, la banque doit laisser à votre disposition une somme minimale d’un montant fixé par décret, correspondant au minimum vital, et cette protection survit à la procédure de surendettement. Si votre compte affiche zéro après une SATD du Trésor, exigez le décompte écrit de la banque et comparez-le au minimum légal avant d’engager un recours. En pratique, dès réception de la lettre de recevabilité, adressez-en une copie au service des impôts des particuliers, au comptable chargé du recouvrement et à l’huissier qui instrumente pour le Trésor, par lettre recommandée avec accusé de réception, en demandant l’arrêt immédiat de toute mesure d’exécution nouvelle. Conservez les preuves d’envoi : si une SATD ou une saisie intervient malgré la suspension, ces courriers fondent votre demande de mainlevée et, le cas échéant, votre contestation devant le juge. Attention aux idées reçues : la suspension ne suspend pas l’exigibilité de l’impôt lui-même ni le cours des pénalités de retard, elle fige seulement les voies d’exécution forcée ; vous restez redevable du principal jusqu’au plan ou à l’effacement, et vous devez continuer à payer vos impôts courants, loyers, factures d’énergie et pensions alimentaires, comme la Banque de France le rappelle à chaque recevabilité. La suspension ne couvre pas non plus les dettes alimentaires, qui continuent d’être recouvrées normalement, ni les amendes pénales exclues du traitement. Sa durée court jusqu’à l’adoption du plan, des mesures imposées ou de la décision de rétablissement personnel, avec des prolongations possibles si la commission demande au juge un délai supplémentaire pour instruire. Si la commission déclare votre dossier irrecevable, aucune suspension ne joue et les poursuites du Trésor reprennent aussitôt : contestez alors l’irrecevabilité devant le juge des contentieux de la protection dans le délai indiqué sur la notification, en joignant la preuve de votre bonne foi et l’état complet de vos dettes fiscales, car le juge statue à nouveau sur la recevabilité et peut infirmer la commission. Si le Trésor conteste lui-même votre recevabilité en soutenant que vos dettes seraient frauduleuses, répondez point par point sur chaque majoration, en distinguant les pénalités de simple retard, qui n’établissent aucune fraude, des sanctions pour manquement délibéré, seules visées par l’exclusion légale. La charge de démontrer l’origine frauduleuse pèse sur celui qui l’invoque, et une simple affirmation du comptable ne suffit pas : l’article L. 711-4 exige que cette origine soit établie par une décision de justice ou par une sanction prononcée dans les conditions qu’il énumère. Gardez enfin à l’esprit que la recevabilité entraîne votre inscription au fichier national des incidents de remboursement des crédits aux particuliers, ce qui ferme l’accès à tout nouveau crédit pendant la procédure : n’empruntez plus, même pour payer le fisc, car un nouvel emprunt aggraverait votre situation et fragiliserait votre bonne foi.

II. Obtenir le rééchelonnement ou l’effacement de ses impôts et contester utilement devant le juge des contentieux de la protection

A. Plan conventionnel, mesures imposées et rétablissement personnel : jusqu’où vont la réduction et l’effacement des dettes fiscales

Après la recevabilité, la commission instruit votre dossier, arrête l’état de votre passif après avoir recueilli les observations du Trésor comme de vos autres créanciers, calcule votre capacité de remboursement en déduisant de vos ressources le montant de vos charges courantes et du minimum vital, puis propose une solution adaptée. La première voie est le plan conventionnel de redressement, négocié avec l’ensemble des créanciers, Trésor compris : rééchelonnement des arriérés d’impôts sur plusieurs années, parfois avec réduction du taux des intérêts de retard. Si la conciliation échoue, la commission impose des mesures sans l’accord des créanciers. L’article L. 733-1 du code de la consommation énumère ces mesures : « Rééchelonner le paiement des dettes de toute nature, y compris, le cas échéant, en différant le paiement d’une partie d’entre elles, sans que le délai de report ou de rééchelonnement puisse excéder sept ans ou la moitié de la durée de remboursement restant à courir des emprunts en cours ». Le texte permet aussi d’« Imputer les paiements, d’abord sur le capital », de réduire le taux des intérêts, et de « Suspendre l’exigibilité des créances autres qu’alimentaires pour une durée qui ne peut excéder deux ans ». Vos dettes fiscales ordinaires suivent ce régime commun : le comptable public se voit imposer le même échéancier que les banques et les autres créanciers, sans privilège particulier, et les versements mensuels que vous effectuez s’imputent d’abord sur le capital dû au Trésor lorsque la commission le décide, ce qui freine l’effet boule de neige des intérêts. Vérifiez sur l’échéancier imposé que chaque dette fiscale figure avec son montant exact arrêté à la date de la décision, principal et accessoires distingués, car toute erreur sur le passif fiscal fausse le plan et ouvre un motif de contestation. Si vos ressources ne permettent aucun remboursement durable, la commission oriente vers le rétablissement personnel, avec ou sans liquidation. L’article L. 724-1 du code de la consommation dispose : « Lorsque le débiteur se trouve dans une situation irrémédiablement compromise caractérisée par l’impossibilité manifeste de mettre en œuvre des mesures de traitement mentionnées au premier alinéa, la commission peut, dans les conditions du présent livre : 1° Soit imposer un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire si elle constate que le débiteur ne possède que des biens meublants nécessaires à la vie courante et des biens non professionnels indispensables à l’exercice de son activité professionnelle, ou que l’actif n’est constitué que de biens dépourvus de valeur marchande ou dont les frais de vente seraient manifestement disproportionnés au regard de leur valeur vénale ; 2° Soit saisir, si elle constate que le débiteur n’est pas dans la situation mentionnée au 1°, avec l’accord du débiteur, le juge des contentieux de la protection aux fins d’ouverture d’une procédure de rétablissement personnel avec liquidation judiciaire. » Le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire, le plus fréquent pour les débiteurs sans patrimoine, produit l’effet le plus puissant du droit du surendettement : l’effacement total. L’article L. 741-2 du code de la consommation attache au rétablissement personnel sans liquidation judiciaire, en l’absence de contestation régulière, l’effacement de toutes les dettes du débiteur, professionnelles et non professionnelles, arrêtées à la date de la décision de la commission, hormis les dettes exclues par les articles L. 711-4 et L. 711-5 et celles dont le montant a été payé à sa place par une caution ou un coobligé personne physique. Vos impôts ordinaires sont donc effacés avec le reste du passif, à la date de la décision de la commission, tandis que les dettes fiscales exclues par l’article L. 711-4 et les amendes pénales survivent à l’effacement et restent recouvrables par le Trésor. La Cour de cassation veille strictement à la date d’appréciation de cet effacement. Dans un arrêt de la deuxième chambre civile du 23 novembre 2023 rendu sous le pourvoi n° T 22-11.535, elle énonce : « en l’absence de contestation dans les conditions prévues à l’article L. 741-4, le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire entraîne l’effacement de toutes les dettes non professionnelles du débiteur, arrêtées à la date de la décision de la commission, à l’exception des dettes mentionnées aux articles L. 711-4 et L. 711-5 et des dettes dont le montant a été payé au lieu et place du débiteur par la caution ou le coobligé, personnes physiques. » (Cour de cassation, deuxième chambre civile, 23 novembre 2023, n° 22-11.535). En l’espèce, une cour d’appel avait retenu la date d’admission du dossier au lieu de la date de la décision imposant le rétablissement personnel pour valider partiellement une saisie-attribution postérieure, et la Cour a censuré cette erreur : seules les dettes arrêtées à la date de la décision de la commission sont effacées, ce qui protège aussi le débiteur contre les créanciers qui voudraient antidater le passif. Dans un arrêt plus récent de la deuxième chambre civile du 26 mars 2026 rendu sous le pourvoi n° E 23-18.726, la Cour ajoute : « à défaut de contestation dans les conditions prévues par l’article L. 741-4, le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire imposé par la commission entraîne, sauf exceptions légales, l’effacement de toutes les dettes, professionnelles et non professionnelles, du débiteur nées à la date de la décision de la commission sur la mesure imposée de rétablissement personnel sans liquidation judiciaire. » (Cour de cassation, deuxième chambre civile, 26 mars 2026, n° 23-18.726). Dans cette affaire, une caisse créancière soutenait que sa créance, absente de la liste des dettes annexée à la décision de la commission, échappait à l’effacement ; la Cour a rejeté le pourvoi après avoir constaté que la commission avait validé un effacement total à effet d’une date précise, que la dette était née antérieurement à cette date et que le créancier, régulièrement informé, n’avait pas contesté la mesure. Pour vos dettes fiscales, la leçon est directe : un rappel d’impôt notifié avant la décision de la commission mais omis de la liste du passif est effacé comme les autres dès lors que le Trésor, dûment avisé de l’orientation du dossier et de la mesure envisagée, n’a pas contesté dans les formes. Vérifiez donc systématiquement que le comptable public a bien été convoqué à chaque étape, car c’est l’absence de contestation régulière qui scelle l’effacement. Si vous possédez un bien immobilier ou un actif de valeur, la commission saisit le juge aux fins de rétablissement personnel avec liquidation judiciaire : le bien est vendu sous contrôle judiciaire, le prix est réparti entre les créanciers dont le Trésor, et le solde des dettes est effacé à la clôture, hors dettes exclues. N’attendez pas la vente pour agir : demandez à la commission, dès l’orientation vers une liquidation, l’arrêt de toute poursuite individuelle et la désignation rapide du mandataire, afin que le fisc ne poursuive pas parallèlement la vente forcée. Si votre situation s’améliore après un plan — retour à l’emploi, héritage, vente d’un bien — la commission peut réviser les mesures et le Trésor recouvre selon le nouvel échéancier ; à l’inverse, si votre situation se dégrade — perte d’emploi, maladie, séparation — demandez la révision du plan ou le réexamen en vue d’un rétablissement personnel plutôt que de laisser les échéances fiscales impayées s’accumuler à nouveau. Chaque incident de paiement du plan doit être signalé sans délai à la commission et au comptable public, car un plan dénoncé pour non-respect fautif fait renaître l’exigibilité immédiate de la totalité des dettes fiscales, pénalités comprises, et rouvre les SATD et les saisies. Enfin, articulez la procédure collective avec vos démarches fiscales courantes : continuez à déposer vos déclarations de revenus dans les délais même sans pouvoir payer, car une non-déclaration répétée alimente le soupçon de mauvaise foi et expose votre dossier à l’irrecevabilité ; sollicitez parallèlement, pour les impôts courants que le plan ne couvre pas, des délais de paiement gracieux auprès du service des impôts, en joignant la décision de recevabilité, car l’administration accorde souvent des reports au contribuable engagé dans une procédure de surendettement suivie sérieusement.

B. Contester la décision de la commission ou la poursuite du fisc : délais, juge compétent, pièces et réflexes qui gagnent

La procédure de surendettement est une procédure écrite et notifiée à chaque étape, et chaque notification ouvre une voie de recours qu’il faut exercer vite et avec les bonnes pièces. Le principe de la contestation des mesures les plus graves est posé par l’article L. 741-4 du code de la consommation : « Une partie peut contester devant le juge des contentieux de la protection, dans un délai fixé par décret, le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire imposé par la commission. » Ce juge, qui siège au tribunal judiciaire de votre domicile, est le juge naturel de tout le contentieux du surendettement : recevabilité, orientation vers un rétablissement personnel, état du passif, mesures imposées, contestations des créanciers. Concrètement, la lettre de notification de la commission indique pour chaque décision le délai de recours et ses modalités : formez votre contestation par lettre recommandée avec accusé de réception adressée au greffe du tribunal dans le délai mentionné, en joignant la copie de la décision contestée, l’exposé précis de vos griefs et toutes les pièces justificatives. Le juge statue après avoir convoqué le débiteur, la commission et les créanciers concernés, Trésor compris, et ses décisions peuvent faire l’objet d’un appel devant la cour d’appel. Premier cas pratique : la commission déclare votre dossier irrecevable en invoquant votre mauvaise foi après un redressement fiscal. Contestez en démontrant, pièces à l’appui, que les majorations appliquées sont de simples pénalités de retard et non des sanctions pour fraude, que vous avez déposé toutes vos déclarations, que vous avez cessé tout agissement reproché et que votre endettement résulte d’une chute de revenus et non d’une organisation frauduleuse. Rappelez au juge qu’il doit apprécier la bonne foi de chaque demandeur individuellement lorsque le dossier est commun, comme l’exige l’arrêt du 21 mai 2026 précité, et que le seul montant élevé des dettes fiscales ne caractérise pas la mauvaise foi. Deuxième cas : le Trésor conteste votre recevabilité ou l’effacement en soutenant que vos dettes fiscales seraient exclues par l’article L. 711-4. Répondez en exigeant la production du fondement exact de chaque majoration — article du code général des impôts visé, taux appliqué, décision de sanction — et opposez que les droits simples et les pénalités de retard ordinaires restent traitables, que l’origine frauduleuse doit être établie par une décision de justice ou une sanction régulière, et que l’amalgame entre redressement et fraude ne suffit pas. Troisième cas : une SATD est notifiée sur votre compte ou à votre employeur après la décision de recevabilité. Adressez immédiatement au comptable public et au tiers saisi une copie de la décision de recevabilité en exigeant la mainlevée, puis saisissez le juge de l’exécution pour les contestations relatives à la mesure d’exécution elle-même et le juge des contentieux de la protection pour faire constater la violation de la suspension, en demandant la restitution des sommes indûment attribuées et des dommages et intérêts si le manquement est caractérisé. Joignez la décision de recevabilité, la notification de la SATD avec sa date, les relevés bancaires montrant le blocage et les courriers déjà adressés au Trésor. Quatrième cas : la commission arrête un passif fiscal erroné — montant supérieur à l’avis d’imposition, dette déjà payée maintenue au passif, dette prescrite ou dette d’un tiers imputée à tort. Contestez l’état du passif en produisant les avis d’imposition rectifiés, les justificatifs de paiement, les dégrèvements obtenus et, pour la prescription, le décompte des délais écoulés sans acte interruptif, sachant que la suspension des poursuites pendant une précédente procédure doit être intégrée au calcul comme l’illustre l’arrêt du 8 février 2024. Cinquième cas : les mesures imposées vous semblent intenables — mensualité supérieure à votre capacité réelle, délai trop court, oubli d’une charge comme une pension alimentaire ou un loyer réévalué. Contestez en présentant un budget mensuel détaillé et sincère, charges réelles contre ressources réelles, et proposez un contre-échéancier chiffré : le juge qui constate que la commission a surévalué votre capacité réforme les mesures et impose un plan compatible avec votre reste à vivre. Sixième cas : le Trésor poursuit le recouvrement d’amendes pénales pendant la procédure. Ne contestez pas sur le terrain du surendettement, que vous perdriez, mais vérifiez la régularité propre de chaque acte de poursuite — nullité de la contrainte pour défaut de mention des voies et délais de recours, prescription de l’action en recouvrement, identité du redevable — et sollicitez des délais de paiement gracieux en exposant votre procédure en cours. Dans tous les cas, respectez une discipline simple : ne laissez passer aucun délai de la notification, répondez à chaque courrier de la commission et du tribunal, présentez-vous à chaque convocation, ne contractez aucune nouvelle dette et signalez tout changement de situation. Constituez dès l’ouverture un dossier de contestation prêt à l’emploi : pièce d’identité, décisions de la commission avec enveloppes et dates de réception, avis d’imposition et décomptes du Trésor année par année, relevés bancaires des trois derniers mois, bulletins de salaire ou justificatifs de prestations, quittances de loyer, tableau mensuel des charges, courriers échangés avec le fisc et l’huissier, preuves de dépôt des déclarations fiscales. Ce dossier, tenu à jour, fait la différence entre une contestation rejetée faute de preuve et une décision qui suspend une SATD abusive, corrige un passif gonflé ou transforme un plan intenable en mesures supportables. Si la commission ou le juge vous demande un effort que vous jugez excessif, comme la vente de votre voiture indispensable à votre travail, contestez en démontrant le caractère professionnel de l’usage et l’absence de valeur marchande nette après remboursement du crédit affecté. Et si le rétablissement personnel sans liquidation vous est refusé au motif que vous posséderiez un actif réalisable, faites chiffrer par écrit les frais de vente et le solde net attendu : un bien dont la vente ne dégagerait rien après désintéressement du créancier garanti et paiement des frais entre dans la définition légale des biens dont les frais de vente seraient manifestement disproportionnés, et justifie le rétablissement sans liquidation avec effacement.

Conclusion

Les dettes fiscales n’échappent pas au dossier de surendettement : déclarez chaque impôt impayé avec ses justificatifs, obtenez la recevabilité qui suspend les saisies administratives à tiers détenteur et les autres poursuites du Trésor, laissez la commission imposer au comptable public le même échéancier qu’aux autres créanciers, et visez l’effacement total dans le cadre d’un rétablissement personnel lorsque votre situation est irrémédiablement compromise. Gardez en tête les trois lignes rouges : les amendes pénales ne s’effacent jamais, les rappels sanctionnés pour fraude caractérisée restent dus, et tout acte postérieur à la recevabilité qui ignorerait la suspension doit être contesté sans délai. La jurisprudence de la deuxième chambre civile, sur la suspension des exécutions, sur la date exacte de l’effacement et sur l’appréciation individuelle de la bonne foi, vous donne des armes précises à chaque étape, à condition d’agir vite, par écrit et avec des pièces complètes. Ne laissez ni une SATD irrégulière ni un passif fiscal erroné décider de votre avenir financier : chaque décision de la commission se conteste devant le juge des contentieux de la protection, et chaque poursuite abusive du Trésor se combat avec la décision de recevabilité en main. Face au fisc comme face aux banques, la méthode gagnante reste la même : un dossier sincère, des délais respectés et une contestation ciblée dès le premier refus.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».