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Travaux du bailleur dans votre logement occupé : ce que vous devez supporter et ce que vous pouvez exiger

Votre bailleur refait la façade, remplace les fenêtres, rénove les salles de bain ou isole les combles pendant que vous vivez dans les lieux. Le chantier dure des mois, la poussière s’invite partout, l’eau chaude est coupée par intermittence et vous devez rester disponible pour ouvrir aux ouvriers. Que devez-vous accepter, et à partir de quand pouvez-vous dire stop ou demander de l’argent ?

La réponse tient en trois idées. D’abord, vous devez laisser faire plusieurs catégories de travaux, y compris ceux qui améliorent le logement ou sa performance énergétique, à condition d’avoir été prévenu par une notification remise en main propre ou en recommandé. Ensuite, le loyer ne baisse automatiquement que dans un cas précis : des réparations qui durent plus de vingt et un jours et vous privent effectivement d’une partie du logement. Enfin, même sans baisse de loyer, vous pouvez obtenir des dommages et intérêts si le chantier dépasse la gêne normale, et le juge peut interdire des travaux abusifs ou dangereux. Deux décisions rendues en 2026, dont l’une le 11 septembre 2026 à Strasbourg, montrent exactement où les juges placent le curseur.

Reste une réserve importante : tout dépend des faits prouvés. Les montants accordés par les tribunaux ne constituent pas un barème, et un locataire qui ne documente pas son trouble perd même un dossier fondé. Cet article explique la règle, la jurisprudence récente et les preuves qui comptent.

I. Les travaux que le locataire doit laisser faire, et leurs conditions

A. Amélioration, entretien, énergie : le périmètre des travaux imposables

Le bailleur n’a pas seulement le droit de faire des travaux dans votre logement occupé : dans bien des cas, la loi l’y oblige. L’article 6 de la loi du 6 juillet 1989 lui impose notamment « D’entretenir les locaux en état de servir à l’usage prévu par le contrat et d’y faire toutes les réparations, autres que locatives, nécessaires au maintien en état et à l’entretien normal des locaux loués » (article 6). Quand la toiture fuit, que la chaudière collective doit être remplacée ou que l’installation électrique doit être mise aux normes, le locataire ne peut pas s’opposer au chantier.

En miroir, l’article 7 de la même loi oblige le locataire à laisser l’accès aux lieux pour plusieurs familles de travaux : les travaux d’amélioration des parties communes ou privatives, les travaux nécessaires au maintien en état ou à l’entretien normal, les travaux d’amélioration de la performance énergétique, et ceux qui permettent au bailleur de remplir ses propres obligations. Concrètement, le remplacement des fenêtres, l’isolation par l’extérieur, la rénovation des salles de bain en site occupé, la réfection de la couverture ou l’installation d’un système d’eau chaude collectif entrent dans ce cadre. C’est exactement le programme qu’un bailleur social a déployé sur 96 logements à Strasbourg, avec à la clé une étiquette énergétique passée de E à C : les locataires concernés ont contesté les nuisances, mais aucun juge ne leur a donné raison sur le principe même des travaux.

Ce droit du bailleur a toutefois des conditions de forme strictes depuis la réforme applicable en 2025. Le texte dispose : « Avant le début des travaux, le locataire est informé par le bailleur de leur nature et des modalités de leur exécution par une notification de travaux qui lui est remise en main propre ou par lettre recommandée avec demande d’avis de réception. » (article 7). Cette notification doit détailler la nature des travaux et leurs modalités pratiques, depuis l’amélioration recherchée jusqu’aux dates et aux accès exigés. Un chantier annoncé par simple affiche dans le hall ou par un mot glissé sous la porte ne respecte pas cette exigence.

Autre verrou, souvent ignoré des entreprises : « Aucuns travaux ne peuvent être réalisés les samedis, dimanches et jours fériés sans l’accord exprès du locataire. » (article 7). Vous devez donc laisser l’accès en semaine pour la préparation et l’exécution, mais pouvez refuser l’entrée les samedis, dimanches et jours fériés sans accord exprès de votre part. Si les ouvriers se présentent un dimanche matin sans votre accord écrit et préalable, vous êtes en droit de refuser l’accès ce jour-là, et toute intervention forcée pourra ensuite être qualifiée de condition de réalisation abusive devant le juge.

Le fondement le plus ancien de cette tolérance imposée se trouve dans le code civil. L’article 1724 prévoit : « Si, durant le bail, la chose louée a besoin de réparations urgentes et qui ne puissent être différées jusqu’à sa fin, le preneur doit les souffrir, quelque incommodité qu’elles lui causent, et quoiqu’il soit privé, pendant qu’elles se font, d’une partie de la chose louée. » (article 1724). Autrement dit, pendant les trois premières semaines d’un chantier nécessaire, la loi vous demande de prendre sur vous, même privé d’une pièce. C’est le prix de l’entretien d’un parc de logements que le bailleur doit maintenir en état.

B. La barre des vingt et un jours : une privation effective, pas un compteur d’ouvriers

Passé un certain seuil, la tolérance se paie. La suite de l’article 1724 est nette : « Mais, si ces réparations durent plus de vingt et un jours, le prix du bail sera diminué à proportion du temps et de la partie de la chose louée dont il aura été privé. » (article 1724). Deux précisions font toute la différence en pratique. D’abord, la réduction est proportionnelle : elle se calcule selon la durée du dépassement et selon la partie du logement dont vous avez été privé, pas par une division mécanique du loyer par deux. Ensuite, le décompte ne se fait pas en jours de présence des ouvriers, mais en jours de privation effective.

C’est l’apport principal du jugement rendu le 11 septembre 2026 par le tribunal judiciaire de Strasbourg (11e chambre civile, RG 25/02238). Dans cette affaire, un bailleur social avait réhabilité un immeuble de 96 logements entre février et décembre 2024 : couverture, façades, salles de bain, chauffage, électricité, menuiseries. Le bailleur soutenait que chaque séquence d’intervention dans le logement des demandeurs n’avait jamais dépassé quatre jours consécutifs, certaines se limitant à quelques heures, et que la règle des vingt et un jours excluait tout cumul de séquences. Le tribunal a rejeté cette lecture : le délai se compte en « privation effective » du logement — meubles déplacés, chantier en cours, équipements inutilisables — et non en jours de présence des ouvriers. Des meubles entassés au milieu du séjour pendant des semaines, une salle de bain inutilisable, un chantier permanent dans l’appartement : tout cela compte, même les jours où aucun ouvrier ne franchit votre porte.

Pour autant, les demandeurs strasbourgeois ont perdu sur la réduction de loyer. Ils réclamaient 2 000 euros en soutenant avoir été privés de leur salle de bain pendant un mois et de leur cave et grenier pendant quinze jours. Le tribunal a constaté qu’ils ne produisaient « aucun document probant » : des photographies non datées, une attestation d’un proche qui ne précisait pas si les douches prises chez elle l’avaient été tous les jours du mois, un SMS sur un regard non posé sans suite établie. Face à la fiche d’intervention de l’entreprise montrant des travaux de salle de bain du 13 au 27 mai 2024, le juge a conclu que la privation de plus de vingt et un jours n’était pas démontrée, faute de documents probants. La leçon est brutale : affirmer ne suffit jamais. Dater, c’est gagner ; ne pas dater, c’est perdre.

Un second jugement, rendu le 19 mars 2026 par le juge des contentieux de la protection de Paris (RG 25/00898), confirme la rigueur du décompte. Une bailleresse avait fait réaliser des travaux de mise en conformité énergétique annoncés pour trois semaines, avec un retard qu’elle ne contestait pas. Le logement a été rendu disponible à la réception des travaux, soit un dépassement limité à vingt jours. Résultat : débouté de la demande de réduction du loyer, car le seuil de vingt et un jours n’était pas franchi, fût-ce d’un jour. La frontière est donc mathématique : vingt jours de retard, même avérés, ne donnent pas droit à la baisse automatique ; vingt-deux jours de privation effective, si, à proportion du temps et de la surface perdue.

Dans les deux affaires, les juges rappellent aussi la formule qui encadre tout le contentieux : Le locataire ne doit supporter que les « inconvénients normaux » d’un chantier. Le bruit, la poussière et les allées et venues font partie du jeu ; la désorganisation complète de la vie quotidienne pendant huit mois, non.

II. Ce que le locataire peut exiger : argent, juge et preuves

A. Baisse du loyer, résiliation et conciliation préalable

Lorsque le seuil est franchi, la baisse du loyer se calcule au prorata. Si un appartement de 60 mètres carrés est amputé de sa salle de bain et de sa cuisine, soit un tiers de sa surface utile, pendant deux mois au-delà des vingt et un jours, la réduction porte sur cette fraction et cette durée. C’est une diminution du prix, pas une indemnité : elle compense mécaniquement la jouissance perdue, sans qu’il soit besoin de démontrer une faute du bailleur. Le service public l’indique clairement : « si ces réparations durent plus de vingt et un jours » (article 1724), et que le propriétaire refuse la baisse proportionnelle, le locataire peut saisir le « juge des contentieux de la protection ».

À l’extrême, la loi organise la sortie. Toujours à l’article 1724 : « Si les réparations sont de telle nature qu’elles rendent inhabitable ce qui est nécessaire au logement du preneur et de sa famille, celui-ci pourra faire résilier le bail. » (article 1724). La cour d’appel de Paris en a fait une application spectaculaire le 7 avril 2026 (pôle 4, chambre 4, RG 24/07923). Après un arrêté de péril imminent du 23 novembre 2018 ordonnant l’évacuation immédiate d’un immeuble de Saint-Maurice et prescrivant des travaux sous six mois, la bailleresse n’avait jamais permis aux locataires de réintégrer les lieux malgré leurs demandes réitérées. La cour a prononcé la résiliation du bail « aux torts exclusifs » de la bailleresse et l’a condamnée à payer 19 878,62 euros en réparation du préjudice financier des locataires, qui avaient dû se reloger ailleurs. Quand le logement devient inhabitable et que le bailleur ne fait pas les travaux, ce n’est plus une réduction qui est due, c’est la fin du bail payée par celui qui l’a provoquée.

Entre ces deux pôles, il existe une voie souvent négligée : la conciliation. Pour un litige d’un montant inférieur ou égal à 5 000 euros, la tentative de conciliation est un préalable obligatoire avant de saisir le juge. Dans l’affaire strasbourgeoise, le juge avait d’ailleurs ordonné aux parties de rencontrer un conciliateur de justice en avril 2025, et l’échec constaté en juin 2025 avait ouvert la voie au jugement. Sauter cette étape obligatoire expose la demande à l’irrecevabilité : avant d’assigner pour 2 000 euros de réduction de loyer, écrivez au conciliateur de justice de votre commune. C’est gratuit, et cela laisse une trace de votre bonne foi.

B. Dommages et intérêts même sans baisse, et le dossier de preuves qui fait la différence

Voici le point que la plupart des locataires ignorent : on peut perdre sur la réduction de loyer et gagner sur les dommages et intérêts. Les deux demandes obéissent à des logiques différentes. La réduction est mécanique et suppose une privation de plus de vingt et un jours ; l’indemnisation sanctionne un trouble de jouissance anormal, même découpé en séquences courtes. À Strasbourg, les demandeurs déboutés de leurs 2 000 euros de réduction ont obtenu 1 000 euros de dommages et intérêts. Pourquoi ? Parce que les SMS produits montraient huit mois de vie désorganisée : douches prises chez des tiers pendant que la cuisine et la salle de bain étaient simultanément en travaux, rendez-vous imposés avec les ouvriers, réparations complémentaires après dégradation des papiers peints du salon et d’une chambre. Le tribunal a jugé que huit mois de travaux dans toutes les pièces, malgré un découpage en brèves interventions, avaient désorganisé le quotidien des locataires bien au-delà de la gêne normale d’un chantier. Le découpage savant du planning en micro-interventions n’a pas protégé le bailleur.

Le fondement de cette indemnisation, c’est l’obligation de jouissance paisible. L’article 6 de la loi de 1989 impose au bailleur « D’assurer au locataire la jouissance paisible du logement et, sans préjudice des dispositions de l’article 1721 du code civil, de le garantir des vices ou défauts de nature à y faire obstacle » (article 6). Le code civil ajoute que le bailleur doit « D’en faire jouir paisiblement le preneur pendant la durée du bail » (article 1719), et accorde au preneur une garantie « pour tous les vices ou défauts de la chose louée qui en empêchent l’usage, quand même le bailleur ne les aurait pas connus lors du bail » (article 1721). Le jugement parisien du 19 mars 2026 durcit encore le propos : la jouissance paisible y est qualifiée d’« obligation de résultat », qui ne cède que devant la force majeure. Un chantier nécessaire n’est pas un cas de force majeure : organisé sans égard pour l’occupant, il engage la responsabilité du bailleur, fût-il de bonne foi et porteur d’un beau programme énergétique.

Cette logique a une limite symétrique que les locataires doivent connaître : tout préjudice allégué doit être prouvé, et chacun séparément. À Paris, le locataire a obtenu 793,33 euros pour le dépassement de la durée des travaux, mais a été débouté de sa demande liée à la mauvaise exécution (plaque à induction, hotte, carrelage, WC), faute de démontrer un trouble distinct du retard, et débouté de sa demande de réduction. À Strasbourg, les 2 500 euros demandés au titre du trouble ont été ramenés à 1 000 euros, faute de privation d’un mois de salle de bain établie. Le tribunal parisien l’écrit sans détour : c’est au locataire qui agit contre son bailleur de rapporter la preuve des troubles qu’il invoque, car la preuve des faits nécessaires au succès d’une prétention incombe à chaque partie.

Concrètement, voici le dossier qui gagne, tel qu’il ressort des deux jugements. D’abord, conservez la notification de travaux et tout écart avec son contenu : dates, durée, accès exigés. Ensuite, datez tout : photographiez les pièces avec un journal du jour ou des métadonnées intactes, gardez les SMS et courriels avec les entreprises et le bailleur, notez chaque jour de privation d’équipement dans un carnet. Les SMS datés ont fait gagner 1 000 euros à Strasbourg ; les photos non datées n’ont rien prouvé. Puis, chiffrez : factures de pressing ou de douche extérieure, surcoût d’un relogement partiel, attestations précises de proches indiquant les jours exacts d’hébergement. Enfin, écrivez en recommandé avant d’agir : mise en demeure de respecter la notification, demande de baisse proportionnelle du loyer, puis saisine du conciliateur de justice si le litige ne dépasse pas 5 000 euros. Et si les travaux présentent un caractère abusif ou vexatoire, s’ils sont menés le week-end sans votre accord ou s’ils rendent le logement impossible ou dangereux à occuper, la loi permet au juge, « sur demande du locataire », de prescrire « l’interdiction ou l’interruption des travaux entrepris ». Quand le dialogue est rompu et que le chantier s’enlise, l’accompagnement du cabinet en droit immobilier à Paris aide à transformer ce dossier de preuves en demande chiffrée et recevable devant le juge des contentieux de la protection.

Un dernier argument pour ne pas renoncer aux petites sommes : le procès ne se joue pas qu’au principal. Le code de procédure civile prévoit que « La partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie. » (article 696). Le juge peut en outre condamner le perdant à payer à l’autre partie « la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens » (article 700) : à Strasbourg comme à Paris, les bailleurs succombants ont ainsi supporté les dépens et versé 800 à 1 000 euros au titre de ces frais. Et une fois le jugement obtenu, pas besoin d’attendre un éventuel appel pour le faire exécuter : « Les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n’en dispose autrement. » (article 514). Autrement dit, un dossier modeste mais bien documenté peut rapporter davantage que son seul principal, sans attendre des années. Reste que chaque situation se juge sur ses preuves : la charge en incombe au demandeur, comme le rappelle la règle de l’article 9 du code de procédure civile (article 9).

Conclusion

Un chantier dans un logement occupé n’est ni une fatalité à subir sans mot dire, ni un jackpot automatique. Vous devez laisser entrer les ouvriers pour les travaux d’entretien, d’amélioration et de rénovation énergétique, à condition d’avoir reçu une notification en bonne et due forme et hors week-ends sans votre accord. Votre loyer ne diminue que si la privation effective dépasse vingt et un jours, à proportion du temps et de la surface perdus. Mais même en deçà, un chantier qui désorganise votre quotidien au-delà de la gêne normale ouvre droit à des dommages et intérêts, et des travaux abusifs ou dangereux peuvent être stoppés par le juge. La jurisprudence de 2026 le confirme des deux côtés : 1 000 euros à Strasbourg malgré des séquences courtes, 793,33 euros à Paris pour un simple dépassement, près de 20 000 euros quand un bailleur laisse ses locataires dehors après un péril. Dans tous les cas, ce sont les preuves datées qui départagent le locataire exigeant du plaignant débouté : commencez à les réunir dès le premier coup de marteau.

Textes et décisions cités :

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».