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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Dossier de surendettement et aide juridictionnelle : pas les moyens de payer un avocat — demander l’AJ, contester le refus et protéger le dossier, que faire ?

Vous devez contester un licenciement, faire face à une expulsion ou défendre une garde d’enfants, mais votre compte est vide et vos crédits dérapent : payer un avocat semble hors de portée. C’est précisément pour cette situation que l’aide juridictionnelle existe, et elle concerne au premier chef les personnes en surendettement. Pourtant, beaucoup de débiteurs l’ignorent, déposent un dossier incomplet qui se solde par un refus, ou se voient réclamer des honoraires par un avocat alors même qu’ils étaient bénéficiaires de l’aide totale. Les questions sont concrètes : vos ressources ouvrent-elles droit à l’aide totale ou partielle ? Où déposer la demande et avec quelles pièces ? Que faire si le bureau refuse, n’accorde qu’une aide partielle ou retire l’aide en cours de procédure ? Et surtout, l’avocat désigné au titre de l’aide peut-il ensuite vous adresser une facture, prélever des sommes sur votre compte CARPA ou mandater un huissier contre vous pendant que votre dossier de surendettement suit son cours ? La Cour de cassation vient de trancher un litige de ce type le 22 janvier 2026, dans une affaire où un avocat désigné au titre de l’aide juridictionnelle totale avait prélevé plus de 7 500 euros d’honoraires après le retrait de l’aide : l’arrêt rappelle les textes applicables et les conditions strictes dans lesquelles un avocat peut facturer son client après un retrait. Ce guide suit l’ordre de vos démarches : d’abord obtenir l’aide, ensuite la défendre en cas de refus ou de retrait, enfin verrouiller votre dossier de surendettement pour qu’aucune facture d’avocat ne vienne le fragiliser.

Chaque étape s’appuie sur la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, lue dans sa version en vigueur telle que publiée sur Légifrance, sur les articles du code de la consommation qui gouvernent le surendettement, et sur des décisions rendues par des juridictions françaises, dont deux arrêts de la deuxième chambre civile de la Cour de cassation, avec les passages exacts et les liens officiels. Le propos reste pratique : ce que le bureau examine, les pièces qui font la différence, les recours qui existent avec leurs titulaires, et l’articulation avec la commission de surendettement et le juge des contentieux de la protection. Car un justiciable surendetté qui obtient l’aide juridictionnelle pour son litige et fait traiter ses dettes par la commission se bat sur deux fronts à la fois : ce guide explique comment les coordonner sans en perdre aucun.

I. Demander l’aide juridictionnelle quand le surendettement empêche de payer un avocat : qui peut en bénéficier et comment déposer le dossier ?

A. L’aide totale ou partielle est-elle faite pour votre situation : ressources insuffisantes, patrimoine pris en compte et exclusion de la protection juridique ?

Le point d’entrée, c’est le niveau de vos ressources. La loi ouvre le dispositif en ces termes : « Les personnes physiques dont les ressources sont insuffisantes pour faire valoir leurs droits en justice peuvent bénéficier d’une aide juridictionnelle. Cette aide est totale ou partielle. » (article 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique). Si vous êtes en surendettement — salaires modestes, minima sociaux, retraite faible, période de chômage — vous entrez naturellement dans le champ de ce texte : l’insuffisance des ressources est précisément ce que votre dossier Banque de France documente déjà. L’aide totale couvre l’intégralité des frais du procès, avocat et procédure ; l’aide partielle laisse une fraction des honoraires à votre charge, selon un taux fixé par la décision d’admission. Dans les deux cas, l’admission change tout : vous pouvez choisir un avocat ou vous en faire désigner un, et c’est l’État qui règle sa contribution, pas vous.

Les plafonds ne figurent pas dans la loi elle-même : « Les plafonds annuels d’éligibilité des personnes physiques à l’aide juridictionnelle et à l’aide à l’intervention de l’avocat sont fixés par décret en Conseil d’Etat. » (article 4 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991). Ne vous fiez donc jamais à un montant entendu quelque part ou lu sur un forum : vérifiez le barème de l’année en cours au bureau ou sur le simulateur officiel avant de conclure que vous dépassez le plafond. L’appréciation de vos ressources ne se limite pas au salaire : le bureau examine le revenu fiscal de référence et, à défaut, les ressources imposables, ainsi que la valeur en capital du patrimoine mobilier ou immobilier, même non productif de revenus. Concrètement, une épargne même modeste, un véhicule de valeur ou un bien immobilier autre que la résidence principale peuvent faire basculer un dossier, tout comme les ressources du foyer fiscal. À l’inverse, des dettes massives, des charges contraintes et un reste à vivre nul — tout ce que votre dossier de surendettement établit — pèsent en votre faveur dans l’appréciation d’ensemble. Joignez à la demande d’aide une copie de l’attestation de recevabilité de votre dossier Banque de France et de l’état détaillé de vos dettes : ces pièces parlent le langage du bureau.

Un point méconnu fait échouer des demandes pourtant fondées : l’articulation avec l’assurance de protection juridique. La loi est catégorique : « L’aide juridictionnelle n’est pas accordée lorsque les frais couverts par cette aide sont pris en charge au titre d’un contrat d’assurance de protection juridique ou d’un système de protection. » (article 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique). Avant de déposer, vérifiez vos contrats : assurance multirisque habitation, assurance automobile, carte bancaire haut de gamme, contrat d’assurance vie parfois — beaucoup comportent une garantie protection juridique ou défense-recours que leurs titulaires ignorent. Si une telle garantie couvre le litige concerné, le bureau refusera l’aide pour ce litige, et c’est l’assureur qu’il faudra saisir. Mais attention à la réciproque, fréquente en surendettement : votre assurance habitation a été résiliée pour impayés, ou la garantie ne couvre pas ce type de litige — par exemple un contentieux familial ou prud’homal exclu du contrat. Dans ce cas, produisez la résiliation ou les conditions générales avec les exclusions surlignées : le bureau ne peut pas vous opposer une garantie qui ne joue pas. Cette vérification croisée — assurance d’un côté, aide juridictionnelle de l’autre — évite le refus sec et les mois perdus.

Dernière condition souvent oubliée : le litige lui-même doit justifier l’aide. Une action manifestement irrecevable ou dénuée de fondement peut motiver un refus, et c’est l’avocat pressenti ou désigné qui atteste généralement du sérieux de la procédure. Préparez un exposé chronologique simple des faits, avec les pièces dans l’ordre : contrat, licenciement, commandement de payer, jugement à contester. Un dossier clair obtient l’aide plus vite qu’un dossier touffu ; un dossier incomplet repart en demande de pièces et fait perdre des semaines, parfois le délai d’appel. Si un délai de recours court — appel, opposition, pourvoi — déposez immédiatement une demande d’aide provisoire et signalez l’urgence dans le formulaire : l’admission provisoire permet de désigner un avocat sans attendre la décision définitive du bureau.

B. Où déposer la demande au bureau d’aide juridictionnelle : pièces à réunir, avocat choisi ou désigné, et coordination avec le dossier de surendettement ?

La demande se dépose auprès d’une instance dédiée. La loi dispose : « Il est institué un bureau d’aide juridictionnelle chargé de : 1° Se prononcer sur les demandes d’admission à l’aide juridictionnelle relatives aux instances portées devant les juridictions du premier et du second degrés, à l’exécution de leurs décisions et aux transactions avant l’introduction de l’instance » (article 13 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991). Le bureau couvre donc le procès en première instance et en appel, l’exécution du jugement obtenu et même la transaction négociée avant tout procès : si votre avocat obtient un accord amiable avec votre adversaire, l’aide le prend en charge. Pour le dépôt, le texte simplifie vos démarches : « Le demandeur peut déposer ou adresser sa demande au bureau du lieu de son domicile, auprès d’un agent de greffe d’une juridiction de l’ordre judiciaire ou par voie électronique. » Même adresse, donc, que votre vie quotidienne : le bureau du lieu de votre domicile, en version papier au greffe ou en ligne. Conservez la preuve du dépôt — récépissé, accusé électronique — avec la date : elle conditionne la prise en charge des actes accomplis et servira si un délai est discuté.

Le dossier de demande se construit comme un dossier de surendettement en miniature : identité et composition du foyer, justificatifs de ressources des douze derniers mois — bulletins de salaire, relevés France Travail, attestations CAF, avis d’imposition — relevés bancaires, état du patrimoine, et surtout l’exposé du litige avec les pièces. Ajoutez systématiquement vos pièces Banque de France : attestation de dépôt ou de recevabilité, état détaillé des dettes, plan ou décision de la commission. Ces documents prouvent l’insuffisance des ressources mieux que n’importe quelle attestation, et ils signalent au bureau que vous relevez d’un traitement social global de vos difficultés. Si vous avez déjà un avocat — celui qui tenait votre divorce ou votre dossier prud’homal avant que vous ne cessiez de le payer — indiquez ses coordonnées : il peut accepter d’intervenir au titre de l’aide. Sinon, le bâtonnier en désignera un. Dans les deux cas, vérifiez que l’avocat accepte la mission à l’aide juridictionnelle avant qu’il n’accomplisse des diligences : un avocat qui travaille hors aide puis réclame des honoraires pleins crée exactement le contentieux que la suite de ce guide vous apprend à éviter.

Pendant l’instruction, le bureau dispose de pouvoirs d’investigation étendus, et il les exerce : il peut se faire communiquer vos informations fiscales et sociales, et les entreprises d’assurance doivent lui indiquer si vous bénéficiez d’une protection juridique. Ne dissimulez rien — ni un compte, ni une épargne, ni une indemnité perçue : une omission découverte plus tard fonde le retrait de l’aide, avec les conséquences décrites dans la seconde partie. En revanche, répondez vite et complètement à toute demande de pièces complémentaires : le bureau statue sur dossier, et un dossier qui dort est un dossier qui attend. Comptez en pratique plusieurs semaines à quelques mois selon les barreaux ; à Paris et en Île-de-France, où les bureaux traitent des volumes considérables, anticipez et déposez dès que le litige naît, sans attendre l’assignation adverse. Si votre dossier de surendettement est en cours d’instruction au même moment, menez les deux procédures en parallèle sans les confondre : la commission traite vos dettes, le bureau finance votre défense, et chacun doit être informé de l’autre quand leurs objets se croisent — par exemple si le litige porte sur une créance déclarée au passif.

À réception de la décision, lisez-la en entier avant de la classer. Admission totale : aucun honoraire à prévoir, l’avocat est rémunéré par sa contribution d’aide. Admission partielle : la décision fixe le taux pris en charge et la part qui reste à votre charge — faites chiffrer par écrit, avant tout acte, le montant exact que l’avocat vous demandera, et vérifiez qu’il est compatible avec votre plan de surendettement ou votre reste à vivre ; si ce n’est pas le cas, demandez au bureau un réexamen ou sollicitez une association d’aide aux justiciables. Refus ou retrait : ne les acceptez jamais comme définitifs sans examen, car la loi organise un recours effectif, exposé dans la seconde partie. Et dans tous les cas, transmettez la décision à la commission de surendettement quand elle modifie votre situation : une admission totale supprime une charge prévisionnelle d’honoraires, une admission partielle en crée une qu’il faut intégrer aux mensualités.

II. Refus ou retrait de l’aide juridictionnelle en plein surendettement : comment contester et empêcher l’avocat de vous réclamer des honoraires ?

A. Contester le refus, l’accord partiel ou le retrait devant le premier président : qui peut agir et avec quels arguments ?

Un refus n’est jamais le mot de la fin. La loi ouvre le recours en ces termes : « Les recours contre les décisions du bureau d’aide juridictionnelle peuvent être exercés par l’intéressé lui-même lorsque le bénéfice de l’aide juridictionnelle lui a été refusé, ne lui a été accordé que partiellement ou lorsque ce bénéfice lui a été retiré. » (article 23 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991). Trois cas, donc : refus pur, aide partielle jugée insuffisante, retrait en cours de route — et c’est vous-même qui exercez le recours, sans avocat obligatoire à ce stade. Selon la juridiction concernée par votre litige, le recours se porte devant le président de la cour d’appel, de la cour administrative d’appel ou d’autres autorités désignées, qui statuent sans recours ultérieur : préparez-le comme une audience unique, car il n’y en aura pas de seconde. Le délai court à compter de la notification de la décision du bureau : lisez-la dès réception, notez la voie et le délai de recours indiqués, et agissez dans la première semaine pour garder une marge.

Le contenu du recours se prépare à partir des motifs du refus. Refus pour ressources supérieures au plafond : recalculez avec le barème de l’année en cours, déduisez les charges que le barème permet de prendre en compte, et produisez les pièces manquantes — avis d’imposition rectificatif, attestations de prestations, preuves de la baisse de revenus depuis la période de référence. C’est ici que le dossier de surendettement devient votre meilleur allié : recevabilité Banque de France, état du passif, mensualités du plan, reste à vivre calculé par la commission. Un justiciable déclaré recevable au surendettement, sans capacité de remboursement, contredit par les faits l’image d’un foyer à l’aise que le bureau aurait retenue sur une simple moyenne fiscale. Refus pour défaut de fondement de l’action : faites établir par l’avocat pressenti une note d’une page sur les chances raisonnables de succès, avec les textes et les pièces clés. Refus pour protection juridique : démontrez, contrat et exclusions à l’appui, que la garantie ne couvre pas ce litige ou qu’elle a été résiliée pour impayés dans le cadre du surendettement. Chaque motif de refus a sa parade documentaire : répondez point par point, sans agressivité, avec des pièces numérotées.

Le retrait en cours d’instance mérite une attention particulière, car il transforme une défense gratuite en facture. La loi prévoit que « Sans préjudice des sanctions prévues à l’article 441-7 du code pénal, le bénéfice de l’aide juridictionnelle ou de l’aide à l’intervention de l’avocat est retiré, en tout ou partie, même après l’instance ou l’accomplissement des actes pour lesquels il a été accordé, dans les cas suivants : » Suit le premier cas, « Si ce bénéfice a été obtenu à la suite de déclarations ou au vu de pièces inexactes », puis le second, « S’il survient au bénéficiaire, pendant cette instance ou l’accomplissement de ces actes, des ressources telles que si elles avaient existé au jour de la demande d’aide juridictionnelle ou d’aide à l’intervention de l’avocat, celle-ci n’aurait pas été accordée » (article 50 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991). Traduction pratique : une indemnité prud’homale importante obtenue grâce au procès, une succession reçue en cours d’instance, une reprise d’emploi bien rémunérée peuvent justifier le retrait — mais aussi une simple erreur ou omission dans la déclaration initiale. Si le bureau vous notifie un projet de retrait, répondez avant la décision : justifiez l’évolution de vos ressources, démontrez que l’indemnité a servi à apurer des dettes du dossier de surendettement, ou reconnaissez l’erreur matérielle en demandant le maintien partiel. Et si le retrait est prononcé, exercez le recours de l’article 23 dans les mêmes formes que contre un refus : le retrait n’est définitif qu’une fois le recours tranché, comme l’illustre l’affaire jugée en janvier 2026 où le retrait prononcé en 2019 n’est devenu définitif qu’en 2022.

Coordonnez ce contentieux avec votre dossier de surendettement. Un retrait fondé sur des ressources nouvelles — indemnité, rappel de salaire, capital — doit être signalé à la commission : ces sommes modifient votre capacité de remboursement et peuvent justifier la révision du plan, voire un redépôt. À l’inverse, un refus ou un retrait ne suspend pas vos délais de procédure : l’appel ou l’opposition pour lesquels l’aide était demandée continuent de courir, et c’est au juge saisi du litige qu’il faut demander, si besoin, un renvoi dans l’attente du recours contre la décision du bureau. À Paris et en Île-de-France, où les calendriers d’audience sont tendus, sollicitez ce renvoi par écrit, en joignant la preuve du recours : les juridictions l’accordent fréquemment quand le justiciable démontre qu’il se bat pour conserver son aide. L’erreur à ne pas commettre, c’est l’abandon silencieux : laisser passer le délai de recours contre le retrait, puis découvrir des mois plus tard la facture de l’avocat, intérêts en plus.

B. L’avocat peut-il vous facturer malgré l’aide : interdiction des honoraires, convention de retrait et leçons de l’arrêt du 22 janvier 2026 ?

Le principe est simple et protecteur : sous aide totale, l’avocat ne vous facture rien. La loi dispose que « La contribution due au titre de l’aide juridictionnelle totale à l’auxiliaire de justice est exclusive de toute autre rémunération, sous réserve des dispositions de l’article 36. Toute stipulation contraire est réputée non écrite. » (article 32 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991). Autrement dit, tant que l’aide totale court, toute clause de votre convention qui prévoirait un complément d’honoraires est nulle, et tout prélèvement opéré sur vos fonds doit être restitué. La seule réserve, c’est l’article 36, qui organise le cas où le procès vous a enrichi : « Lorsque la décision passée en force de chose jugée rendue au profit du bénéficiaire de l’aide juridictionnelle a procuré à celui-ci des ressources telles que, si elles avaient existé au jour de la demande d’aide juridictionnelle, celle-ci ne lui aurait pas été accordée, l’avocat désigné peut demander des honoraires à son client après que le bureau d’aide juridictionnelle a prononcé le retrait de l’aide juridictionnelle. » (article 36 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991). Trois conditions cumulatives, donc : une décision définitive rendue à votre profit, des ressources nouvelles qui auraient fait obstacle à l’aide, et un retrait prononcé par le bureau. Tant que l’une manque — retrait non prononcé, ou non définitif car un recours est pendant — l’avocat ne peut rien vous demander.

L’arrêt du 22 janvier 2026 illustre ces règles dans une configuration que beaucoup de justiciables surendettés reconnaîtront. Les faits, tels que la Cour les rappelle : « le 26 février 2014, M. [U] (l’avocat) a été désigné au titre de l’aide juridictionnelle totale pour assister M. [N] dans une procédure engagée devant une cour d’appel statuant en matière prud’homale, qui a accordé une indemnisation à ce dernier. » Puis « Par une décision du 27 mars 2019, un bureau d’aide juridictionnelle a décidé le retrait en totalité du bénéfice de l’aide juridictionnelle accordée à M. [N]. », et « Le recours formé par M. [N] contre la décision de retrait de l’aide juridictionnelle a été rejeté par une ordonnance du premier président d’une cour d’appel du 15 novembre 2022. » (Civ. 2e, 22 janvier 2026, n° 24-13.760). Entre-temps, le client avait signé avec son avocat une convention prévoyant un fixe et un honoraire de résultat, l’avocat avait prélevé plus de 7 500 euros sur les fonds CARPA, et le client avait saisi le bâtonnier en contestation des honoraires. La cour d’appel avait condamné l’avocat à restituer les sommes, au motif qu’il ne pouvait facturer avant la décision définitive de retrait et sans avoir renoncé à sa contribution d’aide. La Cour de cassation casse partiellement : elle juge que la cour d’appel a violé les textes, dès lors que l’avocat avait demandé des honoraires après la décision de retrait du bureau, qu’elle statuait après l’ordonnance rendue sur le recours, et que la demande de retrait valait renonciation à la contribution d’aide.

Que retenir pour votre dossier ? D’abord, la chronologie fait le droit : avant tout retrait, aucun honoraire ; après un retrait devenu définitif, et seulement dans les conditions de l’article 36, des honoraires encadrés. Si votre avocat vous réclame de l’argent alors que votre aide totale court toujours, ou que votre recours contre le retrait est pendant, opposez-lui l’article 32 et exigez la restitution de tout prélèvement, puis saisissez le bâtonnier en contestation des honoraires si le différend persiste. Ensuite, anticipez le cas du succès : la loi permet à l’avocat désigné de conclure avec son client, par écrit et par avance, une convention qui fixe le montant et les modalités des honoraires susceptibles d’être demandés en cas de retrait de l’aide, et elle lui impose alors de renoncer à sa rétribution versée au titre de l’aide (article 36 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991). Exigez donc que toute convention de ce type soit écrite, préalable, chiffrée et conditionnelle au retrait : un honoraire de résultat signé après coup, sur des fonds déjà versés au CARPA, est exactement le montage qui a conduit au litige de 2026. Enfin, si une indemnité substantielle vous est allouée pendant votre surendettement, déclarez-la à la commission : elle peut entraîner le retrait de l’aide et la révision du plan, mais elle permet aussi d’apurer vos dettes — mieux vaut un plan révisé qu’un retrait subi et une facture surprise.

Reste l’articulation avec la procédure de surendettement quand une facture d’avocat existe malgré tout — par exemple une admission partielle laissant un solde à votre charge, ou des honoraires réclamés après un retrait définitif. Cette dette se traite comme toute dette civile ordinaire : elle se déclare au passif, car « La situation de surendettement est caractérisée par l’impossibilité manifeste de faire face à l’ensemble de ses dettes, professionnelles et non professionnelles, exigibles et à échoir » (article L711-1 du code de la consommation). La recevabilité suspend les poursuites du cabinet, puisque « La recevabilité de la demande emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur ainsi que des cessions de rémunération consenties par celui-ci et portant sur les dettes autres qu’alimentaires. » (article L722-2 du code de la consommation). Et si votre situation est irrémédiablement compromise, le rétablissement personnel sans liquidation « entraîne l’effacement de toutes les dettes, professionnelles et non professionnelles, du débiteur, arrêtées à la date de la décision de la commission, à l’exception des dettes mentionnées aux articles L. 711-4 et L. 711-5 et des dettes dont le montant a été payé au lieu et place du débiteur par la caution ou le coobligé, personnes physiques. » (article L741-2 du code de la consommation). Les honoraires d’avocat ne figurent pas parmi les dettes exclues de tout effacement — ni dettes alimentaires, ni réparations pénales, ni fraude sociale, ni dettes fiscales sanctionnées, ni amendes pénales (article L711-4 du code de la consommation). La bonne foi, elle, s’apprécie globalement : « En matière de surendettement, l’appréciation de la bonne foi du débiteur relève du pouvoir souverain du juge du fond. » (Civ. 2e, 2 juillet 2020, n° 18-26.213), et le fait d’avoir recouru à l’aide juridictionnelle pour se défendre, plutôt que de creuser le découvert, plaide pour vous. La boucle est bouclée : l’aide juridictionnelle finance votre défense, le surendettement traite vos dettes, et chacun des deux dispositifs renforce l’autre quand vous les menez avec méthode.

Conclusion

Ne renoncez jamais à un procès vital parce que vous êtes surendetté : l’aide juridictionnelle prend le relais quand vos ressources ne suffisent plus à faire valoir vos droits, en totalité ou en partie. Déposez tôt au bureau du lieu de votre domicile, avec un dossier complet où vos pièces Banque de France établissent l’insuffisance des ressources, et vérifiez au préalable qu’aucune protection juridique ne couvre déjà le litige. Si le bureau refuse, n’accorde qu’une aide partielle ou retire l’aide, exercez vous-même le recours devant le président compétent, dans le délai de notification, en répondant point par point aux motifs avec des pièces numérotées. Pendant toute la durée de l’aide totale, refusez tout honoraire complémentaire et exigez la restitution de tout prélèvement ; après un retrait devenu définitif, n’acceptez que des honoraires encadrés par une convention écrite préalable, conformément à l’article 36 et aux enseignements de l’arrêt du 22 janvier 2026. Enfin, déclarez chaque solde d’honoraires restant dans votre dossier de surendettement : la recevabilité suspend les poursuites du cabinet, et le rétablissement personnel peut effacer ce qui reste. Deux procédures bien menées valent mieux qu’un renoncement : faites vérifier vos délais et vos pièces avant de signer quoi que ce soit.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».