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Projet ERP ou logiciel en retard qui ne passe pas la recette : mise en demeure, résiliation, pénalités et récupération de vos données en 2026

Votre nouvel ERP devait entrer en production en janvier. Nous sommes en septembre, les utilisateurs travaillent encore sur l’ancien système, les factures de l’intégrateur s’accumulent et la dernière réunion de pilotage s’est terminée par une demande de budget complémentaire pour auditer un projet que le prestataire lui-même n’arrive pas à stabiliser. Pendant ce temps, vos données d’exploitation sont hébergées chez lui, vos équipes perdent patience et votre direction vous demande s’il faut tout arrêter.

Cette situation se traite avec méthode, pas avec colère. Le droit des contrats informatiques distingue trois batailles : faire constater l’échec sans commettre vous-même une faute, choisir la bonne voie pour sortir du contrat, puis récupérer vos données et votre argent. Chacune obéit à des règles précises du Code civil, du Code de procédure civile, du règlement général sur la protection des données et, pour l’hébergement en nuage, du règlement européen sur les données. Les cours d’appel parisiennes ont rendu ces dernières années une série de décisions qui montrent où les clients gagnent et où ils perdent, parfois plusieurs centaines de milliers d’euros. Voici comment agir, étape par étape, avec les pièces à réunir et les erreurs à ne pas commettre.

I. Faire constater l’échec du projet sans commettre de faute vous-même

Avant de parler de résiliation ou de pénalités, il faut figer la réalité du projet : ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, et qui en porte la responsabilité. Un client qui cesse de payer du jour au lendemain ou qui coupe l’accès au système se place lui-même en faute et perd ensuite devant le juge. La pression doit être juridique : réserves écrites, mise en demeure, suspension strictement encadrée.

A. Verrouiller la recette : réserves écrites, procès-verbaux et constats

La recette, appelée aussi réception ou acceptation, est le moment où le client reconnaît que le système livré correspond à la commande. Tant qu’elle n’est pas prononcée, le prestataire reste tenu de corriger. Une fois qu’elle est acquise, même tacitement, il devient beaucoup plus difficile de soutenir que le logiciel est inutilisable.

L’enseignement d’un arrêt récent est direct. Dans une affaire opposant un restaurateur à son intégrateur, trois procès-verbaux de recette avaient été établis : les deux premiers n’étaient pas signés par le client, mais le dernier, qui constatait la livraison des derniers matériels, les paramétrages et les vérifications avec le client, était signé sans aucune réserve. Le contrat prévoyait en outre que les matériels et logiciels seraient réputés conformes à compter du premier jour de mise en exploitation totale ou partielle par le client. La cour d’appel de Rennes, le 9 septembre 2025 (RG 24/03931), a infirmé le jugement en partie et condamné le client à payer 8 475,67 euros de factures impayées, avec intérêts de retard à trois fois le taux légal. Signer sans réserve puis exploiter le système, c’est l’accepter.

Ce devoir de rigueur vaut dans les deux sens. Le client d’un projet informatique est tenu d’une obligation de collaboration : désigner un interlocuteur décisionnaire, fournir en temps utile les accès, les jeux de données et les validations fonctionnelles que le contrat met à sa charge, et répondre aux demandes d’arbitrage du prestataire. Un client qui laisse son projet sans pilote pendant des mois, qui ne teste pas les lots livrés ou qui modifie son expression de besoins à chaque comité sans avenant peut difficilement reprocher ensuite l’intégralité du retard à l’intégrateur. Quand le projet est découpé en lots, comme les cinq lots du dossier jugé à Paris en 2025, raisonnez lot par lot : un lot réceptionné sans réserve et exploité est acquis au prestataire, même si les lots suivants dérapent. Tenez donc un tableau de bord par lot, avec pour chacun son état de recette, ses réserves et ses délais. C’est ce tableau, et non une impression générale d’échec, qui fondera la mise en demeure.

Concrètement, organisez la recette comme une procédure, pas comme une formalité :

  • Rédigez un cahier de recette adossé au cahier des charges : chaque fonction attendue donne lieu à un cas de test daté, avec un résultat conforme ou non conforme.
  • Ne signez aucun procès-verbal global tant que des anomalies bloquantes subsistent. Inscrivez des réserves précises, chiffrées si possible en temps de traitement ou en écart fonctionnel, avec un délai de levée.
  • Si le prestataire vous soumet un procès-verbal pré-rempli mentionnant une conformité de principe, refusez-le par écrit et motivez le refus point par point.
  • Faites établir un constat par un commissaire de justice lorsque les dysfonctionnements sont contestés : lenteurs mesurées, messages d’erreur, indisponibilités, écarts avec les spécifications. Ce constat servira ensuite à l’expert et au juge.
  • Conservez tous les échanges de pilotage : comptes rendus, courriels actant les retards, promesses de livraison non tenues, demandes de budget complémentaire pour corriger des défauts. Dans les affaires jugées à Paris, ces pièces font la différence entre un retard excusé et un manquement grave.

Surtout, n’utilisez pas en production un système que vous déclarez par ailleurs inutilisable, sauf nécessité documentée et sous toutes réserves écrites. L’exploitation vaut acceptation dans la plupart des contrats, et les juges en tirent les conséquences sur les factures.

B. Mettre en demeure et suspendre les paiements dans les formes

Une fois l’échec constaté, la première arme est la mise en demeure. Elle est exigée avant presque toutes les sanctions : la suspension, la résolution par notification, les pénalités de retard. Une mise en demeure efficace décrit les manquements avec dates et pièces, fixe un délai raisonnable de régularisation et annonce la sanction envisagée.

Le Code civil autorise le client à refuser d’exécuter sa propre obligation quand l’inexécution du prestataire est suffisamment grave : « Une partie peut refuser d’exécuter son obligation, alors même que celle-ci est exigible, si l’autre n’exécute pas la sienne et si cette inexécution est suffisamment grave. »

Il autorise aussi une suspension anticipée, dès qu’il est manifeste que le prestataire ne s’exécutera pas à l’échéance, à condition d’en notifier le motif : « Une partie peut suspendre l’exécution de son obligation dès lors qu’il est manifeste que son cocontractant ne s’exécutera pas à l’échéance et que les conséquences de cette inexécution sont suffisamment graves pour elle. Cette suspension doit être notifiée dans les meilleurs délais. »

Deux limites doivent être respectées. D’abord, la gravité : un retard de quelques jours sur un lot accessoire ne justifie pas le blocage de tous les paiements. Ensuite, la proportion : on suspend les échéances liées aux livrables défaillants, pas l’intégralité des relations contractuelles par principe. Si votre contrat contient une clause résolutoire, vérifiez sa rédaction, car « La clause résolutoire précise les engagements dont l’inexécution entraînera la résolution du contrat. La résolution est subordonnée à une mise en demeure infructueuse, s’il n’a pas été convenu que celle-ci résulterait du seul fait de l’inexécution. La mise en demeure ne produit effet que si elle mentionne expressément la clause résolutoire. »

L’exemple inverse montre le prix de l’improvisation. Un grand groupe avait fait déployer un système de gestion des ressources humaines, s’était plaint de paramétrages inachevés et de dysfonctionnements, puis avait désactivé l’application et cessé de payer, avant de réclamer la nullité des contrats et la restitution de 346 068 euros. La cour d’appel de Paris, le 8 novembre 2024 (RG 21/22341), a confirmé le jugement qui le déboutait et l’a condamné aux dépens et à 10 000 euros au titre des frais irrépétibles. Dans une autre affaire, un client qui demandait la résolution de son contrat de prestations de services a été débouté et condamné à payer 9 732 euros de factures : cour d’appel de Paris, 8 décembre 2023 (RG 21/22521). Couper les vivres au prestataire sans mise en demeure préalable et sans gravité établie transforme le client créancier en débiteur condamné.

Si la trésorerie rend le paiement difficile, ou si vous contestez les sommes tout en voulant montrer votre bonne foi, proposez par écrit la consignation des échéances contestées entre les mains d’un tiers ou demandez au juge des référés une mesure de séquestre. Un client qui paie sous réserve ou qui consigne plaide ensuite en position de force ; un client qui ne paie pas du tout plaide sur la défensive.

Soignez aussi le contenu de la mise en demeure, car c’est elle qui fera foi. Envoyez-la en lettre recommandée avec accusé de réception, ou par tout moyen conférant date certaine prévu au contrat, comme la lettre recommandée électronique. Listez chaque manquement avec sa date, sa pièce et la clause violée. Fixez un délai de régularisation raisonnable au regard de la nature des corrections : quinze à trente jours pour des anomalies de paramétrage, davantage pour un redéveloppement. Annoncez expressément la sanction envisagée : suspension des paiements sur les échéances liées aux livrables défaillants, application des pénalités de retard, puis résolution du contrat. Si le contrat contient une clause résolutoire, reproduisez son numéro d’article et mentionnez-la expressément, faute de quoi elle ne produira aucun effet. Enfin, exigez une réponse écrite dans le délai : le silence du prestataire, face à une mise en demeure précise et documentée, pèsera lourd devant le juge.

II. Sortir du contrat, chiffrer les pénalités et récupérer données et argent

Quand la mise en demeure reste sans effet, il faut choisir entre contraindre l’exécution et sortir du contrat. En informatique, l’exécution forcée d’un projet en échec aboutit rarement à un système qui fonctionne : les juges le savent et les clients avisés privilégient la résolution, les pénalités et la restitution. Mais chaque voie a ses conditions, et les clauses du contrat, y compris celles que vous avez signées en avenant en cours de projet, peuvent tout changer.

A. Résoudre le contrat par notification ou devant le juge, puis liquider les comptes

Le Code civil ouvre trois voies : « La résolution résulte soit de l’application d’une clause résolutoire soit, en cas d’inexécution suffisamment grave, d’une notification du créancier au débiteur ou d’une décision de justice. »

La résolution par notification est rapide mais se fait à vos risques : « Le créancier peut, à ses risques et périls, résoudre le contrat par voie de notification. Sauf urgence, il doit préalablement mettre en demeure le débiteur défaillant de satisfaire à son engagement dans un délai raisonnable. La mise en demeure mentionne expressément qu’à défaut pour le débiteur de satisfaire à son obligation, le créancier sera en droit de résoudre le contrat. Lorsque l’inexécution persiste, le créancier notifie au débiteur la résolution du contrat et les raisons qui la motivent. Le débiteur peut à tout moment saisir le juge pour contester la résolution. Le créancier doit alors prouver la gravité de l’inexécution. »

Autrement dit, vous pouvez sortir seul du contrat, mais c’est à vous de prouver ensuite que l’inexécution était suffisamment grave. D’où l’importance du dossier constitué dans la première phase : cahier de recette, réserves, constats, échanges.

Devant le juge, les pouvoirs sont plus larges : « Le juge peut, selon les circonstances, constater ou prononcer la résolution […] ou allouer seulement des dommages et intérêts. » Le juge peut donc refuser la résolution et n’accorder que des dommages et intérêts, ou accorder un délai au prestataire. Il faut plaider la résolution à titre principal et l’indemnisation à titre subsidiaire, jamais l’inverse.

La liquidation dépend de l’utilité des prestations déjà fournies. Quand le système ne sert à rien sans son achèvement complet, tout doit être restitué : « Lorsque les prestations échangées ne pouvaient trouver leur utilité que par l’exécution complète du contrat résolu, les parties doivent restituer l’intégralité de ce qu’elles se sont procuré l’une à l’autre. » La restitution d’une chose autre qu’une somme d’argent se fait en nature ou, si c’est impossible, en valeur au jour de la restitution : « La restitution d’une chose autre que d’une somme d’argent a lieu en nature ou, lorsque cela est impossible, en valeur, estimée au jour de la restitution. » En revanche, si les prestations ont été utiles au fur et à mesure, la rupture ne vaut que pour l’avenir et prend le nom de résiliation.

La jurisprudence parisienne illustre ces principes dans les deux sens. Une société qui avait fait intégrer un progiciel de paie a obtenu la résolution aux torts exclusifs de l’intégrateur : la cour d’appel de Paris, le 3 juin 2022 (RG 20/09351), a retenu que le prestataire n’avait pas satisfait à son obligation de résultat de délivrance d’un logiciel conforme, alors qu’il disposait de tous les éléments sur l’environnement informatique de sa cliente, et qu’il n’avait pas pleinement rempli son obligation de conseil en qualité de professionnel de l’informatique. Le client avait notifié la résolution et réclamait le remboursement de 137 789,14 euros outre 80 000 euros de surcoûts : le jugement, confirmé en appel, a prononcé la résolution aux torts exclusifs de l’intégrateur. Retard durable, logiciel inexploitable dans des conditions normales, conseil défaillant : voilà le triptyque gagnant.

À l’inverse, un éditeur de sites qui reprochait à son prestataire les retards de livraison de cinq lots, des bugs persistants après la date limite fixée par avenant et l’exigence d’un complément de 16 000 euros pour auditer son propre travail a tout perdu : cour d’appel de Paris, 21 mars 2025 (RG 22/17566). La cour a confirmé le jugement qui déboutait le client de l’ensemble de ses demandes : 105 540 euros de redéveloppement, 365 200 euros de perte de chiffre d’affaires, 30 000 euros d’atteinte à l’image, 38 797,60 euros de pénalités de retard et 50 000 euros pour violations du règlement européen sur les données dans l’hébergement. Trois leçons se dégagent. D’abord, le client avait renoncé aux pénalités de retard dans un avenant, en contrepartie de la mise en production et d’une garantie allongée : la cour l’a débouté de ce chef. Ne signez jamais un avenant qui efface les pénalités acquises sans contrepartie réelle et mesurable. Ensuite, le préjudice d’image n’était ni étayé ni relié causalement aux manquements. Enfin, sur les données personnelles accessibles sans protection, constatées par commissaire de justice, la cour a jugé la violation non caractérisée : la faille avait été corrigée et il n’était pas démontré qu’elle avait été exploitée ni que des tiers avaient accédé à la base. Une faille de sécurité ne vaut pas à elle seule une indemnisation : il faut prouver un accès ou un dommage.

Reste la question des pénalités et des plafonds. Les pénalités de retard doivent être prévues au contrat, et « Sauf inexécution définitive, la pénalité n’est encourue que lorsque le débiteur est mis en demeure. » Le juge peut modérer une pénalité manifestement excessive ou augmenter une pénalité dérisoire, même d’office. Quant aux clauses qui plafonnent la responsabilité du prestataire à quelques mois d’abonnement, elles ne résistent pas à tout : « Toute clause qui prive de sa substance l’obligation essentielle du débiteur est réputée non écrite. » Un plafond qui aboutirait à ne rien réparer d’un projet totalement manqué s’expose à l’anéantissement. Un plafond qui aboutirait à ne rien réparer d’un projet totalement manqué s’expose à l’anéantissement.

Chiffrez les pénalités avec la même rigueur que les manquements. Relevez dans le contrat l’assiette, le taux journalier ou hebdomadaire et le plafond éventuel, puis fixez le point de départ : la date de la mise en demeure pour un retard simple, la date de l’inexécution définitive si le prestataire a abandonné le chantier. Dressez un décompte daté, jour par jour ou semaine par semaine, en distinguant les périodes imputables au prestataire de celles où votre propre retard de validation ou de fourniture a pesé. Un décompte net, adossé aux comptes rendus de pilotage, se négocie et se plaide ; un montant global jeté en fin de conclusions se fait réduire. Vérifiez aussi la rédaction des contrats commerciaux et des clauses de responsabilité négociées avec vos prestataires informatiques avant de les signer, car c’est au jour de la signature que se gagne le contentieux de demain.

B. Prouver par l’expertise puis récupérer les données avant de partir

Dans un contentieux informatique, celui qui prouve techniquement gagne juridiquement. Les juges ne testent pas eux-mêmes les logiciels : ils s’appuient sur les constats, les pièces de pilotage et, surtout, l’expertise judiciaire. Or l’expertise se prépare tôt, avant même tout procès au fond : « S’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige, les mesures d’instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé. »

Demandez au juge une mission précise : convocation des parties, remise des journaux et des codes, analyse des écarts entre le cahier des charges et le livré, mesure des temps de réponse, chiffrage des surcoûts et du coût de reprise par un tiers. Une expertise bien cadrée coûte moins cher qu’un procès perdu et sert aussi de levier de négociation : beaucoup de litiges se transigent sur le pré-rapport de l’expert.

Ajoutez à ce dossier de preuves le volet données personnelles, car il obéit à son propre calendrier. Si la faille ou l’incident expose des données de vos clients ou de vos salariés, vous devez, en tant que responsable du traitement, notifier la violation à la Commission nationale de l’informatique et des libertés « dans les meilleurs délais et, si possible, 72 heures au plus tard après en avoir pris connaissance », sauf si l’incident n’est pas susceptible d’engendrer un risque pour les droits et libertés des personnes. Cette notification ne préjuge pas la responsabilité du prestataire, mais son absence vous expose à un grief propre devant l’autorité de contrôle. Exigez parallèlement du prestataire, par instruction documentée, le journal des accès, la description de la faille, les mesures de correction et la liste des personnes affectées : ces éléments nourriront à la fois la notification et l’expertise.

Mais l’expertise n’est pas un droit automatique : il faut un motif légitime et une demande crédible. Une société qui avait résilié son contrat de sauvegarde en ligne puis constaté la disparition de 1 822 dossiers, pour un préjudice allégué de 2 238 704,08 euros, a vu sa demande d’expertise rejetée en référé puis en appel : cour d’appel de Paris, 9 avril 2026 (RG 25/11299). Pourquoi ? Le contrat stipulait que la résiliation de l’option entraînait la suppression définitive, irrévocable et immédiate des données hébergées, sans qu’aucune copie puisse être exigée, et que seule une rétention de vingt-huit jours était due, sans obligation d’archivage. Surtout, le client avait été informé dès mars 2023 des modalités de résiliation, avait choisi un nouveau prestataire avec lequel la reprise était en cours, et avait été prévenu en novembre 2023 de la coupure à venir. Le client qui résilie en connaissance de cause, après avoir été averti et accompagné vers un successeur, ne peut pas ensuite faire payer au prestataire le prix de sa propre impréparation.

La morale est opérationnelle : la réversibilité se négocie avant la rupture, jamais après. Avant de notifier quoi que ce soit, exigez par écrit la restitution complète de vos données dans un format exploitable, avec un calendrier, et faites-vous assister par votre nouveau prestataire pour la reprise. Vérifiez qui est responsable du traitement et qui est sous-traitant : dans un projet d’intégration avec hébergement, vous êtes généralement responsable du traitement de vos données clients et salariés, et l’intégrateur ou l’hébergeur est votre sous-traitant. Le contrat de sous-traitance doit prévoir que le sous-traitant « ne traite les données à caractère personnel que sur instruction documentée du responsable du traitement » et, au terme de la prestation, « supprime toutes les données à caractère personnel ou les renvoie au responsable du traitement au terme de la prestation de services relatifs au traitement ». Adressez au prestataire des instructions documentées : extraction, format, délai, destruction des copies, attestation de suppression. La Commission nationale de l’informatique et des libertés publie un guide du sous-traitant qui détaille ces clauses : appuyez-vous dessus dans vos mises en demeure.

Pour les services en nuage, le règlement européen sur les données, applicable depuis le 12 septembre 2025, renforce votre position : le contrat doit organiser le changement de fournisseur, avec « un délai de préavis maximal pour le lancement du processus de changement de fournisseur, qui ne dépasse pas deux mois » et une description des données exportables. Surtout, « À compter du 12 janvier 2027, les fournisseurs de services de traitement de données ne peuvent imposer aucun frais de changement de fournisseur au client pour le processus de changement de fournisseur. » D’ici là, seuls des frais réduits, limités aux coûts directs du changement, peuvent être facturés. Un prestataire qui retient vos données en otage contre le paiement de frais de sortie prohibitifs ou qui refuse l’export dans un format courant commet une faute distincte, qui s’ajoute aux manquements du projet.

Distinguez enfin trois masses de données : vos données d’exploitation, qui vous appartiennent et doivent vous être restituées ; les données personnelles que vous traitez pour votre compte, pour lesquelles le prestataire sous-traitant doit exécuter vos instructions de renvoi ou de suppression ; et les éléments relevant de la propriété intellectuelle du prestataire, comme ses développements spécifiques ou ses outils, que le contrat peut l’autoriser à conserver. Mélanger ces masses dans une demande globale de restitution fait échouer les référés. Chiffrez séparément le coût de reconstitution des données perdues, le surcoût de reprise par un tiers et la perte d’exploitation : les juges indemnisent des postes documentés, pas des totaux approximatifs.

Conclusion : la méthode qui fait gagner les clients

Un projet informatique en échec se retourne contre le prestataire quand le client a été méthodique : cahier de recette tenu, réserves écrites à chaque étape, refus motivé des procès-verbaux de complaisance, constat d’huissier des dysfonctionnements, mise en demeure avec délai et sanction annoncée, suspension proportionnée et notifiée, puis résolution par notification avec un dossier de gravité ou action au fond avec demande d’expertise ciblée. Il se retourne contre le client quand celui-ci cesse de payer sans mise en demeure, signe des procès-verbaux sans réserve, exploite le système tout en le déclarant inutilisable, désactive unilatéralement l’application, renonce aux pénalités dans un avenant mal négocié ou résilie sans avoir sécurisé la restitution de ses données. Les montants en jeu l’imposent : 137 789,14 euros restitués dans un dossier gagné, 365 200 euros de perte de chiffre d’affaires rejetés dans un dossier perdu, 2 238 704,08 euros réclamés sans expertise dans un dossier mal préparé. Faites auditer votre contrat avant d’agir, chiffrer vos préjudices poste par poste et sécuriser la réversibilité avant la rupture : c’est ce triptyque qui transforme un projet en retard en dossier gagné.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».