Cabinet Kohen Avocats · Paris

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse offerte, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Cautionnement disproportionné du dirigeant appelé par la banque : faire réduire l’engagement et écarter intérêts et pénalités (2026)

En septembre 2026, de nombreux dirigeants de PME franciliennes reçoivent le même courrier recommandé : la banque qui finançait leur société, placée en redressement ou en liquidation judiciaire, leur réclame désormais des dizaines de milliers d’euros en qualité de caution personnelle. Le choc est rude, car la plupart avaient signé cet engagement des années plus tôt, à une époque où l’entreprise tournait bien, sans mesurer que leur maison, leur épargne et leurs revenus pouvaient répondre des dettes sociales. Face à cette mise en demeure, le réflexe le plus dangereux consiste à payer sans discuter ou, à l’inverse, à ignorer le courrier en espérant que la banque renonce. Entre ces deux écueils, le droit du cautionnement offre de véritables moyens de défense, que la Cour de cassation a précisés par deux arrêts rendus en 2025. Cet article explique comment contester l’appel en paiement de la banque, dans quel cas obtenir la réduction ou l’anéantissement de votre engagement, et quelles démarches accomplir rapidement, à Paris comme dans toute l’Île-de-France, pour protéger votre patrimoine.

I. Contester l’appel en paiement quand le cautionnement dépasse vos moyens

A. Faire constater la disproportion manifeste de votre engagement au jour de sa signature

Le premier moyen de défense, et statistiquement le plus efficace, tient à la disproportion entre ce que vous avez garanti et ce que vos revenus et votre patrimoine permettaient au moment où vous avez signé. L’article 2300 du Code civil, issu de la réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2022, dispose : « Si le cautionnement souscrit par une personne physique envers un créancier professionnel était, lors de sa conclusion, manifestement disproportionné aux revenus et au patrimoine de la caution, il est réduit au montant à hauteur duquel elle pouvait s’engager à cette date. » Autrement dit, le juge ne se place pas au jour où la banque vous réclame l’argent, mais au jour où vous avez apposé votre signature, et il ramène votre dette à ce que vous pouviez raisonnablement garantir à cette date. Le texte s’applique aux cautionnements signés depuis le 1er janvier 2022, ce qui couvre une grande partie des engagements encore appelés en 2026.

Pour les actes signés avant cette date, l’ancien régime reste applicable et il est encore plus protecteur, car il prive purement et simplement le créancier du droit de se prévaloir du cautionnement. La cour d’appel de Douai, dans un arrêt du 27 février 2025 rendu entre une caisse d’épargne et la caution d’une SCI, rappelle le texte alors applicable : « Un créancier professionnel ne peut se prévaloir d’un contrat de cautionnement conclu par une personne physique dont l’engagement était, lors de sa conclusion, manifestement disproportionné à ses biens et revenus, à moins que le patrimoine de cette caution, au moment où celle-ci est appelée, ne lui permette de faire face à son obligation. » Si votre engagement date d’avant 2022, vérifiez donc ce point en priorité : une disproportion constatée à la signature fait tomber l’intégralité de la demande, sauf si votre patrimoine actuel vous permet de payer.

La Cour de cassation a précisé en 2025 comment mesurer ce patrimoine, et sa méthode change beaucoup de dossiers. Dans un arrêt du 12 février 2025 rendu contre le CIC, la chambre commerciale énonce : « Aux termes de ce texte, un créancier professionnel ne peut se prévaloir d’un contrat de cautionnement conclu par une personne physique dont l’engagement était, lors de sa conclusion, manifestement disproportionné à ses biens et revenus, à moins que le patrimoine de cette caution, au moment où celle-ci est appelée, ne lui permette de faire face à son obligation. » Elle ajoute le point décisif : « Il résulte de ce texte que la disproportion de l’engagement de caution, donné par une personne physique, doit être appréciée en prenant en compte la valeur nette de son patrimoine. Si ce patrimoine comprend des parts sociales, leur valorisation est fonction des éléments d’actif et de passif de la société. » Concrètement, si vous déteniez des parts de votre société, la banque ne peut pas les compter pour leur valeur brute en ignorant les dettes qui les grèvent. Dans cette affaire, le dirigeant avait reçu 50 % des parts pour un euro symbolique alors que la société supportait un endettement supérieur à son actif, et la Cour a cassé l’arrêt qui l’avait condamné à payer 51 704,11 euros sans rechercher la valeur nette réelle de ces parts à la date de souscription.

Un second arrêt, rendu le 5 novembre 2025 par la même chambre, enseigne une autre leçon pratique : tout votre endettement existant à la date de signature compte dans la balance, mais c’est à vous de l’invoquer correctement. La Cour relève que l’arrêt d’appel avait retenu que le cautionnement de 100 000 euros, au jour de sa souscription, était manifestement disproportionné au regard de la valeur nette du patrimoine et des revenus de la caution, en tenant compte d’un autre engagement de caution de 155 164 euros envers un second créancier. Elle casse néanmoins la décision, au motif que, dans ses conclusions, la caution n’invoquait qu’une dette de 42 000 euros envers cet autre créancier à la date de conclusion de son engagement. La règle procédurale est rappelée sans détour : « Selon ce texte, l’objet du litige est déterminé par les prétentions respectives des parties. » Vos conclusions doivent donc chiffrer avec exactitude, pièce par pièce, chaque dette existant à la date de signature : encours de prêts, autres cautionnements, dettes fiscales, loyers restant dus. Un montant approximatif ou exagéré expose votre victoire à la cassation.

Pour construire ce dossier, rassemblez la photographie complète de votre situation à la date de l’acte : avis d’imposition des deux ou trois années encadrant la signature, bulletins de salaire ou revenus du foyer, relevés de comptes, tableaux d’amortissement des crédits en cours, estimation nette de vos biens immobiliers déduction faite des hypothèques, et valorisation nette de vos parts sociales avec les bilans de l’époque. C’est cette comparaison chiffrée, engagement garanti d’un côté, revenus et patrimoine net de l’autre, qui permet au juge de qualifier la disproportion manifeste.

B. Faire annuler l’acte irrégulier ou priver la banque des intérêts et pénalités

Quand la disproportion ne suffit pas, ou en complément d’elle, l’acte de cautionnement lui-même et le comportement ultérieur de la banque offrent d’autres prises. La première tient au formalisme protecteur de la signature. L’article 2297 du Code civil dispose : « A peine de nullité de son engagement, la caution personne physique appose elle-même la mention qu’elle s’engage en qualité de caution à payer au créancier ce que lui doit le débiteur en cas de défaillance de celui-ci, dans la limite d’un montant en principal et accessoires exprimé en toutes lettres et en chiffres. En cas de différence, le cautionnement vaut pour la somme écrite en toutes lettres. » Vérifiez donc l’original de votre acte : mention absente, montant manquant ou simple signature au bas d’un contrat pré-rempli ouvrent une action en nullité. Soulignons toutefois l’exigence de loyauté du débat, rappelée par l’arrêt de la Cour de cassation du 12 février 2025 (n° 23-12.599) déjà cité : la caution avait écrit « si la SARL TS Formation ne satisfait elle-même » au lieu de « si la SARL TS Formation n’y satisfait pas elle-même », et la Cour a jugé « à bon droit que ces termes comportaient une faute de syntaxe vénielle, constituant une simple erreur matérielle qui n’en n’affectait ni le sens ni la portée, et n’occultaient pas le fait que c’est la défaillance du débiteur principal qui déclenche l’obligation de paiement de la caution envers le créancier ». Une coquille sans conséquence ne fait pas tomber l’acte ; une mention substantiellement tronquée, en revanche, le peut.

La deuxième prise concerne l’information que la banque vous devait chaque année. L’article 2302 du Code civil dispose : « Le créancier professionnel est tenu, avant le 31 mars de chaque année et à ses frais, de faire connaître à toute caution personne physique le montant du principal de la dette, des intérêts et autres accessoires restant dus au 31 décembre de l’année précédente au titre de l’obligation garantie, sous peine de déchéance de la garantie des intérêts et pénalités échus depuis la date de la précédente information et jusqu’à celle de la communication de la nouvelle information. » Si la banque a omis cet envoi annuel, elle perd les intérêts et pénalités courus pendant la période non couverte, et les paiements effectués par la société pendant ce temps s’imputent en priorité sur le principal. Sur un découvert ancien ou un prêt de plusieurs années, l’économie réalisée se chiffre souvent en milliers d’euros. Le même article oblige en outre la banque à vous rappeler le terme de votre engagement ou, pour un cautionnement à durée indéterminée, votre faculté de le résilier à tout moment : à défaut, la sanction est identique.

La troisième prise joue dès les premières difficultés de l’entreprise. L’article 2303 du Code civil dispose : « Le créancier professionnel est tenu d’informer toute caution personne physique de la défaillance du débiteur principal dès le premier incident de paiement non régularisé dans le mois de l’exigibilité de ce paiement, à peine de déchéance de la garantie des intérêts et pénalités échus entre la date de cet incident et celle à laquelle elle en a été informée. » Une banque qui laisse le compte courant de la société dériver pendant des mois, puis vous réclame l’addition majorée des agios et pénalités, ne peut conserver ces accessoires si elle ne vous a pas alerté dès le premier impayé persistant. Là encore, les sommes payées entre-temps par le débiteur viennent d’abord en déduction du principal.

Enfin, la banque devait vous mettre en garde si votre engagement ou celui de la société présentait un risque d’endettement excessif au regard de vos capacités, sauf si vous étiez vous-même une caution avertie, rompue aux affaires et parfaitement informée. La cour d’appel de Besançon l’a illustré le 18 mars 2025 dans un litige opposant la BNP Paribas à la caution d’une SAS : après avoir infirmé le jugement qui écartait tout manquement, la cour a condamné la banque à payer 4 600 euros de dommages et intérêts à la caution et ordonné la compensation entre les créances réciproques des parties, jusqu’à concurrence de la plus faible d’entre elles. Le raisonnement intéresse tous les dirigeants qui n’avaient ni formation financière ni expérience bancaire et qui ont signé ce que leur conseiller leur présentait comme une simple formalité. Pour l’invoquer utilement, démontrez votre profil non averti au jour de la signature et le caractère risqué de l’opération financée, à l’aide de votre parcours professionnel, de la fiche de renseignements remplie à l’époque et de l’évolution réelle du compte de la société.

II. Obtenir la décharge et sécuriser l’après-caution

A. Ce que le juge peut décider et ce qu’il vous reste réellement à payer

Les effets d’une contestation gagnée varient selon la date de votre acte et le moyen retenu, et il importe de plaider chaque conséquence avec précision. Pour un cautionnement signé depuis le 1er janvier 2022, la disproportion constatée conduit à la réduction prévue par l’article 2300 : le juge ramène votre engagement au montant que vos revenus et votre patrimoine permettaient à la date de signature, et la banque conserve le surplus seulement à hauteur de cette mesure. Pour un acte antérieur à 2022, l’ancien régime applicable aux espèces jugées en 2025 prive le créancier du bénéfice du cautionnement, sauf retour de fortune au jour de l’appel : la décharge est alors totale. La nullité pour défaut de mention manuscrite, lorsqu’elle est établie, anéantit l’engagement quelle que soit sa date. Les manquements aux obligations annuelles d’information et d’alerte, quant à eux, retranchent les intérêts et pénalités des périodes concernées et font imputer les règlements du débiteur sur le principal, ce qui réduit mécaniquement le solde réclamé.

Deux règles de procédure conditionnent le succès. D’abord, l’objet du litige est fixé par vos conclusions : l’article 4 du Code de procédure civile dispose que « L’objet du litige est déterminé par les prétentions respectives des parties. Ces prétentions sont fixées par l’acte introductif d’instance et par les conclusions en défense. » Comme l’a montré l’arrêt du 5 novembre 2025, le juge ne peut pas retenir en votre faveur un montant de dette que vous n’avez pas vous-même invoqué. Faites donc chiffrer chaque poste de votre patrimoine et de votre endettement à la date de signature, avec la pièce correspondante, et demandez expressément la réduction ou la décharge pour chaque fondement soulevé. Ensuite, l’action en nullité ou en contestation se prescrit : l’article 2224 du Code civil dispose que « Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer. » Le point de départ court en pratique du jour où vous avez découvert l’irrégularité ou reçu l’appel en paiement, mais ne laissez pas le délai s’épuiser pendant que la banque multiplie les relances.

Si vous êtes contraint de payer tout ou partie avant la fin du procès, ou si le juge ne retient qu’une réduction partielle, tout n’est pas perdu. L’article 2308 du Code civil dispose : « La caution qui a payé tout ou partie de la dette a un recours personnel contre le débiteur tant pour les sommes qu’elle a payées que pour les intérêts et les frais. » Vous pouvez donc déclarer votre créance au passif de la procédure collective de la société et exercer ce recours contre elle, ainsi que contre les autres cautions le cas échéant. Déclarez cette créance dans les délais de la procédure collective et conservez la preuve de chaque règlement effectué pour la banque, car ces justificatifs conditionnent votre admission au passif.

B. Agir vite et bien à Paris et en Île-de-France : procédure, pièces et négociation

Dès réception de la mise en demeure, adoptez une méthode stricte. Ne payez rien dans la précipitation et ne signez aucun échéancier ou reconnaissance de dette sans avis, car un paiement spontané ou un engagement nouveau peut compliquer la contestation ultérieure. Répondez néanmoins par lettre recommandée avec accusé de réception, en contestant le montant réclamé de manière motivée et en réservant l’ensemble de vos moyens : disproportion à la signature, irrégularité de la mention manuscrite, défaut d’information annuelle, défaut d’alerte au premier impayé, manquement au devoir de mise en garde. Demandez parallèlement à la banque la copie de l’acte original de cautionnement, le décompte détaillé de sa créance distinguant principal, intérêts et pénalités, et la preuve des informations annuelles qu’elle prétend vous avoir adressées. Ce premier échange fige vos réserves et oblige la banque à justifier sa demande.

Si la banque assigne ou si la négociation échoue, c’est le tribunal judiciaire qui tranche le plus souvent ce type de litige, la caution personne physique n’ayant pas la qualité de commerçant pour cet engagement. À Paris, le tribunal judiciaire de Paris connaît de ces demandes, et les tribunaux judiciaires de Nanterre, Bobigny et Créteil se partagent le reste de l’Île-de-France selon votre domicile. Votre assignation ou vos conclusions en défense doivent articuler chaque moyen avec ses pièces : l’acte de cautionnement et ses annexes, les avis d’imposition et justificatifs de revenus contemporains de la signature, les tableaux d’amortissement des crédits en cours à cette date, les bilans de la société si vous invoquez la valeur nette de vos parts, la correspondance avec la banque et, le cas échéant, la fiche de renseignements patrimoniale remplie lors de l’octroi du concours. Sollicitez du juge, à titre principal, la décharge ou la réduction de l’engagement, et à titre subsidiaire la déchéance des intérêts et pénalités pour défaut d’information, ainsi que l’imputation des règlements sur le principal. Pensez également à demander la suspension de l’exécution provisoire si une condamnation intervient en première instance et que vous faites appel.

En parallèle du procès, gardez ouverte la voie négociée, car les banques préfèrent souvent un accord rapide à un contentieux incertain adossé à la jurisprudence récente de la Cour de cassation. Les deux arrêts de 2025, qui sanctionnent les condamnations prononcées sans examen sérieux de la valeur nette du patrimoine et dans le respect des conclusions des parties, constituent un levier de discussion concret. Vous pouvez proposer une mainlevée partielle contre paiement d’une somme forfaitaire, un échéancier adossé à vos capacités réelles, ou la substitution d’une garantie moins exposée. Pour un cautionnement à durée indéterminée garantissant les engagements futurs de la société, notifiez en outre votre résiliation pour l’avenir, ce qui stoppe l’aggravation de votre risque. Si la société est en redressement judiciaire et qu’un plan de continuation se profile, coordonnez votre stratégie avec la procédure collective : les délais de déclaration de créance et le sort des garanties dans le plan influent directement sur ce que la banque peut encore vous réclamer. Un dirigeant qui paie sans discuter avant d’avoir vérifié ces points abandonne des moyens que le juge aurait pu accueillir.

Anticipez enfin la suite, même si la société a disparu : déclarez votre créance de recours au passif de la liquidation, surveillez les délais de clôture de la procédure et conservez pendant cinq ans l’intégralité du dossier, car un trop-perçu découvert après coup peut fonder une action en répétition. Un dirigeant informé de ses droits négocie d’égal à égal avec la banque au lieu de subir son décompte.

Quand la condamnation au fond ne peut pas être évitée, la négociation des délais de paiement reste une voie utile, avec le soutien éventuel du juge : notre analyse consacrée à la contestation, à la négociation et aux délais de grâce complète ce point (Banque qui appelle la caution du dirigeant : contester, négocier et obtenir des délais (2026)).

Conclusion

Recevoir l’appel en paiement de la banque n’est pas une fatalité : la disproportion appréciée à la date de signature, l’irrégularité de la mention manuscrite, les défauts d’information annuelle et d’alerte au premier impayé, ainsi que le manquement au devoir de mise en garde, forment un arsenal éprouvé, conforté par les arrêts de la Cour de cassation du 12 février et du 5 novembre 2025. Chaque moyen obéit à ses conditions propres et à ses preuves, et le régime applicable dépend de la date de votre engagement, avant ou après le 1er janvier 2022. La rapidité de réaction, la précision du chiffrage dans vos conclusions et la conservation de chaque pièce contemporaine de la signature font la différence entre une condamnation subie et une décharge obtenue. Faites vérifier votre dossier avant de payer ou de signer quoi que ce soit.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier.

Consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du cabinet, à Paris et en Île-de-France. Appelez le 06 46 60 58 22 ou écrivez via la page contact du cabinet en joignant votre mise en demeure et votre acte de cautionnement.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».