Un commissaire de justice frappe à votre porte avec un commandement de payer et commence l’inventaire de votre logement : canapé, télévision, machine à laver, table et chaises, parfois les outils de votre travail. Vous venez pourtant de déposer un dossier de surendettement à la Banque de France, ou la commission vient de déclarer votre dossier recevable. L’huissier peut-il vraiment tout saisir et tout vendre ? La réponse tient en deux protections que beaucoup de personnes en difficulté ignorent : dès la recevabilité, les voies d’exécution contre vos biens sont suspendues et interdites, et une partie de votre mobilier reste insaisissable dans tous les cas, même sans dossier. Encore faut-il réagir vite, présenter les bons documents et saisir le bon juge dans les bons délais. Cet article explique concrètement ce que l’huissier a le droit de faire à votre domicile, ce qui lui est défendu, comment garder les biens nécessaires à votre vie quotidienne et à votre travail, et comment contester utilement devant le juge. Vous traversez une période difficile et vous cherchez des solutions, pas des reproches : chaque paragraphe se termine par une action précise à accomplir.
I. L’huissier veut inventorier et vendre vos meubles alors que votre dossier de surendettement est recevable : que lui est-il encore permis de faire ?
A. La recevabilité de votre dossier suspend et interdit la saisie-vente : la protection immédiate qui arrête l’huissier
Le dépôt d’un dossier de surendettement ne bloque pas tout, tout de suite. Mais dès que la commission de surendettement déclare votre demande recevable, un bouclier juridique se met en place : les créanciers ne peuvent plus lancer de saisie contre vos biens, et les saisies déjà lancées sont suspendues. L’article L. 722-2 du code de la consommation le dit en une phrase sans détour : « La recevabilité de la demande emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur ainsi que des cessions de rémunération consenties par celui-ci et portant sur les dettes autres qu’alimentaires. » Concrètement, si votre dette n’est pas une pension alimentaire impayée, l’huissier qui vient pour une saisie-vente de vos meubles doit s’arrêter dès que vous lui présentez la décision de recevabilité. Cette protection court dans le temps : l’article L. 722-3 du code de la consommation précise que « Les procédures et les cessions de rémunération sont suspendues ou interdites, selon les cas, jusqu’à l’approbation du plan conventionnel de redressement prévu à l’article L. 732-1 , jusqu’à la décision imposant les mesures prévues aux articles L. 733-1 , L. 733-4 , L. 733-7 et L. 741-1 , jusqu’au jugement prononçant un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire ou jusqu’au jugement d’ouverture d’une procédure de rétablissement personnel avec liquidation judiciaire. Cette suspension et cette interdiction ne peuvent excéder deux ans. » Vous disposez donc d’une période de répit de deux ans au maximum pendant laquelle la commission instruit votre dossier, propose un plan ou des mesures, ou oriente votre affaire vers un effacement des dettes.
La Cour de cassation applique cette suspension avec une grande fermeté, y compris quand le créancier possède déjà un titre exécutoire ancien. Dans un arrêt du 8 février 2024 rendu par sa deuxième chambre civile (pourvoi n° 22-14.528, décision publiée sur le site de la Cour de cassation), la Cour affirme : « Il résulte de ce texte que la décision de recevabilité de la demande de traitement de la situation de surendettement emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur. » Dans cette affaire, une banque qui détenait un prêt notarié reprochait au tribunal d’avoir déclaré sa créance prescrite ; la Cour casse le jugement parce que le tribunal n’avait pas vérifié si la prescription n’avait pas été suspendue pendant toute la procédure de surendettement, et elle ajoute que le créancier « ne peut, à compter de la décision de recevabilité du débiteur au bénéfice de la procédure de surendettement des particuliers, interrompre la prescription en diligentant une procédure d’exécution et qu’il ne saurait lui être imposé d’introduire une action au fond afin de suspendre la prescription ». Autrement dit, pendant la suspension, le créancier est lui aussi coincé : il ne peut ni saisir ni faire courir les délais contre vous par une mesure d’exécution.
Un second arrêt, rendu le 28 juin 2018 par la deuxième chambre civile (pourvoi n° 17-17.481, décision publiée sur le site de la Cour de cassation), vise directement la saisie-vente des meubles. La Cour y juge : « Mais attendu qu’en l’état d’une décision de recevabilité de la demande de traitement de la situation de surendettement, qui emporte, en application de l’article L. 331-3-1, devenu l’article L. 722-2, du code de la consommation, suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur, il ne saurait être imposé au créancier qui recherche l’exécution du titre exécutoire notarié dont il dispose déjà, d’introduire une action au fond ». Elle ajoute une formule décisive pour votre situation : « Et attendu que le créancier ne peut, à compter de la décision de recevabilité de la demande, interrompre la prescription en délivrant au débiteur un commandement à fins de saisie-vente ». Le commandement à fins de saisie-vente est exactement le papier que l’huissier vous remet à domicile avant d’inventorier vos meubles : une fois la recevabilité prononcée, ce commandement ne peut plus produire d’effet utile pour le créancier. Si l’huissier se présente malgré tout, montrez-lui la lettre de recevabilité de la commission, relevez son nom et son étude, notez la date et l’heure de sa visite, et adressez le jour même une copie de la recevabilité à la commission et au créancier par lettre recommandée. Gardez précieusement l’original du commandement : un commandement délivré en violation de l’interdiction pourra être contesté devant le juge, comme l’explique la seconde partie de cet article.
Deux limites doivent être connues pour éviter toute fausse sécurité. D’abord, les dettes alimentaires restent en dehors de la suspension : une pension alimentaire impayée peut continuer à donner lieu à des poursuites, y compris sur vos meubles, même après la recevabilité. Si votre dossier mélange des dettes ordinaires et une dette alimentaire, signalez-le à la commission et au juge, car les deux régimes coexistent. Ensuite, la suspension vous impose en retour une discipline stricte : vous ne devez plus payer les dettes nées avant la recevabilité, sauf les dettes alimentaires et les autorisations expresses du juge, ni vendre un bien important ou donner une garantie sans autorisation. Tout versement isolé à un créancier après la recevabilité peut fragiliser votre dossier et être interprété comme une rupture d’égalité entre les créanciers. En pratique, dès la recevabilité, stoppez les paiements directs aux créanciers déclarés, conservez chaque avis de passage de l’huissier sans le détruire, et centralisez tout auprès de la commission. Première action à accomplir : photocopiez la décision de recevabilité en trois exemplaires, gardez-en un près de votre porte d’entrée, remettez-en un à tout huissier qui se présente, et envoyez le troisième au créancier poursuivant.
B. Les meubles que l’huissier n’a jamais le droit de prendre : la liste précise des biens insaisissables de votre logement
Même sans aucun dossier de surendettement, la loi interdit à l’huissier de saisir les biens nécessaires à votre vie quotidienne et à votre travail. Cette protection permanente s’ajoute à la suspension liée à la recevabilité et elle joue aussi avant le dépôt du dossier, pendant l’instruction, et après la fin du plan. L’article L. 112-2 du code des procédures civiles d’exécution dispose notamment que ne peuvent être saisis : « Les biens mobiliers nécessaires à la vie et au travail du saisi et de sa famille, si ce n’est pour paiement de leur prix, dans les limites fixées par décret en Conseil d’Etat et sous réserve des dispositions du 6°. » La réserve mérite explication : le vendeur impayé du meuble lui-même, par exemple le magasin qui vous a vendu à crédit la machine à laver et n’a jamais été payé, peut dans certains cas saisir ce bien précis pour obtenir le paiement de son prix. Mais un créancier ordinaire, une banque ou un huissier agissant pour une dette sans rapport avec ce meuble ne peut pas le prendre. Le même article protège aussi les vêtements, la literie, les objets des enfants, les souvenirs de famille et les instruments de travail, et il prévoit que ces biens redeviennent saisissables dans des cas étroits : s’ils se trouvent ailleurs qu’à votre domicile ou votre lieu de travail habituel, s’il s’agit de biens de valeur par leur importance, leur matière, leur rareté, leur ancienneté ou leur caractère luxueux, si leur quantité leur fait perdre leur caractère de nécessité, ou s’ils constituent des éléments d’un fonds de commerce.
Le décret d’application donne une liste fermée de dix-sept catégories que tout huissier connaît par cœur. L’article R. 112-2 du code des procédures civiles d’exécution énonce : « Pour l’application du 5° de l’article L. 112-2 , sont insaisissables comme étant nécessaires à la vie et au travail du débiteur saisi et de sa famille : 1° Les vêtements ; 2° La literie ; 3° Le linge de maison ; 4° Les objets et produits nécessaires aux soins corporels et à l’entretien des lieux ; 5° Les denrées alimentaires ; 6° Les objets de ménage nécessaires à la conservation, à la préparation et à la consommation des aliments ; 7° Les appareils nécessaires au chauffage ; 8° La table et les chaises permettant de prendre les repas en commun ; 9° Un meuble pour ranger le linge et les vêtements et un autre pour ranger les objets ménagers ; 10° Une machine à laver le linge ; 11° Les livres et autres objets nécessaires à la poursuite des études ou à la formation professionnelle ; 12° Les objets d’enfants ; 13° Les souvenirs à caractère personnel ou familial ; 14° Les animaux d’appartement ou de garde ; 15° Les animaux destinés à la subsistance du saisi ainsi que les denrées nécessaires à leur élevage ; 16° Les instruments de travail nécessaires à l’exercice personnel de l’activité professionnelle ; 17° Un poste téléphonique permettant l’accès au service téléphonique fixe ou mobile. » Relisez cette liste avec votre logement en tête : le lit de vos enfants, votre machine à laver, votre réfrigérateur et votre cuisinière, la table familiale, vos vêtements, les cartables et les livres scolaires, l’ordinateur de votre formation, vos outils d’artisan ou votre téléphone ne peuvent pas partir sur le camion de l’huissier. En revanche, le second téléviseur du salon, la console de jeux haut de gamme, les bijoux de valeur, les tableaux cotés ou les collections importantes peuvent être qualifiés de biens de valeur et saisis. Si l’huissier inscrit un bien protégé sur son procès-verbal d’inventaire, signalez-le immédiatement sur place, calmement, et demandez que votre observation soit notée au procès-verbal : cette mention fera foi plus tard devant le juge.
Deux règles de procédure encadrent en outre la venue de l’huissier et limitent les abus. D’abord, la saisie-vente suppose toujours un titre exécutoire constatant une créance liquide et exigible, suivi d’un commandement de payer. L’article L. 221-1 du code des procédures civiles d’exécution dispose : « Tout créancier muni d’un titre exécutoire constatant une créance liquide et exigible peut, après signification d’un commandement, faire procéder à la saisie et à la vente des biens meubles corporels appartenant à son débiteur, qu’ils soient ou non détenus par ce dernier. » Sans jugement, sans ordonnance d’injonction de payer devenue définitive, sans acte notarié revêtu de la formule exécutoire, il n’y a pas de saisie-vente possible : une simple mise en demeure ou une relance téléphonique ne suffit jamais. Ensuite, le commandement lui-même doit contenir des mentions obligatoires sous peine de nullité. L’article R. 221-1 du code des procédures civiles d’exécution impose : « Le commandement de payer prévu à l’article L. 221-1 contient à peine de nullité : 1° Mention du titre exécutoire en vertu duquel les poursuites sont exercées avec le décompte distinct des sommes réclamées en principal, frais et intérêts échus ainsi que l’indication du taux des intérêts ; 2° Commandement d’avoir à payer la dette dans un délai de huit jours faute de quoi il peut y être contraint par la vente forcée de ses biens meubles. » Vérifiez donc chaque commandement reçu : le titre exécutoire y est-il précisément cité, le décompte distingue-t-il le principal, les frais et les intérêts avec leur taux, le délai de huit jours y figure-t-il ? Toute mention manquante ouvre une contestation pour nullité. Enfin, pour les petites créances non alimentaires, la loi freine les saisies à domicile : l’article L. 221-2 du code des procédures civiles d’exécution prévoit que « La saisie-vente dans un local servant à l’habitation du débiteur, lorsqu’elle tend au recouvrement d’une créance autre qu’alimentaire, inférieure à un montant fixé par voie réglementaire, ne peut être pratiquée, sauf autorisation du juge, que si ce recouvrement n’est pas possible par voie de saisie d’un compte de dépôt ou des rémunérations du travail. » Le montant réglementaire est de 535 euros : en dessous, l’huissier doit en principe saisir d’abord votre compte ou votre salaire, et demander au juge de l’exécution une autorisation spéciale pour venir chez vous. Deuxième action à accomplir : rangez dans une pochette unique le commandement, le titre exécutoire cité, vos preuves de recevabilité et la liste des biens protégés présents chez vous, afin de pouvoir tout montrer à l’huissier puis au juge.
II. Garder l’essentiel, faire arrêter la vente et contester devant le juge : la méthode complète, étape par étape
A. Le jour de la visite de l’huissier et dans les huit jours qui suivent : les gestes, les papiers et les demandes qui bloquent la vente
Le jour où l’huissier se présente, gardez votre calme et ne vous opposez jamais physiquement à sa venue : faire obstacle par la force à une mesure d’exécution vous exposerait à des poursuites pénales et ruinerait votre dossier de surendettement, alors que le droit vous donne des armes bien plus efficaces. Ouvrez la porte, demandez poliment à l’huissier sa carte professionnelle et la copie du commandement de payer et du titre exécutoire, puis remettez-lui la copie de la décision de recevabilité de la commission. Expliquez-lui que la recevabilité suspend et interdit les poursuites sur vos biens pour les dettes non alimentaires, et demandez-lui de noter votre déclaration sur son procès-verbal. S’il maintient l’inventaire, accompagnez-le pièce par pièce et signalez chaque bien insaisissable en vous appuyant sur la liste des dix-sept catégories, en expliquant par exemple que tel lit constitue la literie de vos enfants, que telle machine est votre outil de travail d’artisan et que tel réfrigérateur sert à conserver vos aliments. Demandez que chacune de vos observations figure au procès-verbal et refusez de signer toute mention avec laquelle vous êtes en désaccord, ou ajoutez vos réserves manuscrites avant de signer. Relevez les numéros de série des appareils inventoriés et photographiez chaque pièce : ces images prouveront plus tard l’état et la nature de vos biens. Si l’huissier veut emporter immédiatement un bien que vous estimez protégé, dites-le clairement, faites-le consigner, mais ne retenez pas le meuble par la force : le juge tranchera, et un procès-verbal bien renseigné vaut mieux qu’un incident.
Dans les huit jours qui suivent le commandement, délai pendant lequel la vente forcée ne peut pas encore avoir lieu, agissez sur trois fronts en même temps. Premier front, la commission de surendettement : informez-la par écrit de la visite de l’huissier, joignez la copie du commandement et du procès-verbal d’inventaire, et rappelez votre numéro de dossier. La commission peut alors demander elle-même au juge l’arrêt ou le report des poursuites, et votre signalement accélère l’instruction de votre dossier. Deuxième front, le juge des contentieux de la protection, qui est votre juge naturel pour tout ce qui touche au surendettement : l’article L. 713-1 du code de la consommation dispose que « Le juge des contentieux de la protection connaît des mesures de traitement des situations de surendettement des particuliers et de la procédure de rétablissement personnel. » C’est devant lui que vous contesterez l’orientation donnée à votre dossier, le montant des mensualités proposées ou une décision d’irrecevabilité, et c’est lui qui peut autoriser certains actes urgents pendant la suspension. Troisième front, le juge de l’exécution, compétent pour la validité des mesures d’exécution elles-mêmes : nullité du commandement pour mentions manquantes, inscription abusive d’un bien insaisissable à l’inventaire, saisie pratiquée pour une petite créance sans autorisation du juge. Saisissez-le vite, dès la signification, sans attendre la date de la vente : plus votre contestation est précoce, plus le juge peut suspendre la suite des opérations. Joignez toujours à vos recours la décision de recevabilité, le commandement contesté, le titre exécutoire cité, le procès-verbal d’inventaire annoté, vos photos, vos justificatifs de revenus et de charges, et la liste des biens de votre foyer avec leur usage réel.
Parallèlement, demandez des délais de paiement au juge : cette demande peut tout changer, même en dehors du surendettement. L’article 1343-5 du code civil permet au juge, « compte tenu de la situation du débiteur et en considération des besoins du créancier », de « reporter ou échelonner, dans la limite de deux années, le paiement des sommes dues », et il ajoute que « La décision du juge suspend les procédures d’exécution qui auraient été engagées par le créancier. » Pendant le délai accordé, les majorations d’intérêts et les pénalités de retard ne courent plus, et toute clause contraire du contrat est réputée non écrite. Seules les dettes alimentaires sont exclues de ce répit. Pour obtenir ces délais, présentez au juge un budget honnête et complet : revenus du foyer, loyer, énergie, alimentation, transport pour le travail, frais de santé, scolarité des enfants, et montant que vous pouvez réellement verser chaque mois. Un échéancier réaliste, même modeste, convainc davantage qu’une promesse intenable. Si vos revenus ont chuté depuis la signature du contrat, si une maladie ou une perte d’emploi explique l’impayé, ou si le créancier connaissait déjà votre endettement en vous prêtant à nouveau, dites-le pièces à l’appui : la Cour de cassation exige que cet examen soit fait sérieusement. Dans un arrêt du 22 mai 2025 de sa deuxième chambre civile (pourvoi n° 23-10.900, décision publiée sur le site de la Cour de cassation), la Cour rappelle, au visa de l’article L. 733-5 du code de la consommation : « Selon ce texte, la commission prend en compte la connaissance que pouvait avoir chacun des créanciers, lors de la conclusion des différents contrats, de la situation d’endettement du débiteur et peut également vérifier que le contrat a été consenti avec le sérieux qu’imposent les usages professionnels. » Un prêteur qui a empilé les crédits en connaissance de cause ne peut pas ensuite exiger une saisie brutale de votre mobilier sans que le juge examine son attitude. Troisième action à accomplir : déposez cette semaine une demande de délais au juge avec votre budget complet, et envoyez une copie de cette demande à l’huissier et au créancier.
B. Après la saisie : faire annuler l’inventaire abusif, contester le montant réclamé et viser l’effacement de vos dettes
Si la saisie a déjà eu lieu ou si l’inventaire mentionne des biens protégés, la bataille se déplace devant les juges et devant la commission, avec un objectif qui dépasse la simple défense de vos meubles : obtenir un traitement durable de toutes vos dettes. Commencez par contester l’acte lui-même devant le juge de l’exécution : un commandement qui ne cite pas exactement le titre exécutoire, qui mélange le principal, les frais et les intérêts sans décompte distinct ni taux indiqué, ou qui ne mentionne pas le délai de huit jours avant la vente forcée encourt la nullité, et la nullité du commandement fait tomber toute la saisie qui a suivi. Contestez ensuite la composition de l’inventaire, ligne par ligne : chaque bien relevant des dix-sept catégories protégées doit en être retiré, sauf s’il s’agit d’un bien de valeur au sens de la loi ou du bien dont le prix reste dû au vendeur impayé. Si l’huissier a retenu votre unique machine à laver, la literie des enfants ou vos outils de travail, le juge ordonnera leur restitution. Contestez enfin le montant réclamé : les intérêts et les pénalités calculés en violation de la suspension, les frais d’huissier indus, ou une dette déjà prescrite doivent être écartés. Dans l’affaire jugée le 8 février 2024 citée plus haut, c’est précisément sur la prescription de la créance bancaire pendant la procédure de surendettement que la Cour de cassation a censuré le tribunal : faites vérifier par le juge chaque euro réclamé, car un décompte gonflé est fréquent dans les dossiers anciens où se sont accumulés intérêts, frais et pénalités.
Au-delà de la saisie, replacez votre affaire dans la procédure de surendettement, qui seule peut effacer durablement vos dettes. Vérifiez d’abord que votre situation relève bien du dispositif : l’article L. 711-1 du code de la consommation ouvre « aux personnes physiques de bonne foi » le bénéfice des mesures, et précise que « La situation de surendettement est caractérisée par l’impossibilité manifeste de faire face à l’ensemble de ses dettes, professionnelles et non professionnelles, exigibles et à échoir. » La bonne foi se présume : c’est au créancier qui vous accuse d’avoir organisé votre insolvabilité ou dissimulé des ressources de le prouver. Si votre demande a été déclarée irrecevable pour mauvaise foi présumée, contestez cette décision devant le juge des contentieux de la protection dans le bref délai indiqué sur la lettre de notification, en apportant vos relevés bancaires, vos bulletins de salaire et tout document montrant que vos crédits servaient à vivre et non à frauder. Si votre dossier est recevable, suivez attentivement l’état détaillé des dettes établi par la commission : chaque créance, chaque montant, chaque taux doit être exact, et toute erreur doit être contestée devant le juge, car c’est sur cet état que seront bâtis le plan, les mesures ou l’effacement. Quand votre situation est durablement compromise sans perspective d’amélioration et que vos biens n’ont pas de valeur commercialisable, la commission peut orienter votre dossier vers le rétablissement personnel sans liquidation, qui efface tout. L’article L. 741-2 du code de la consommation dispose qu’« En l’absence de contestation dans les conditions prévues à l’article L. 741-4 , le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire entraîne l’effacement de toutes les dettes, professionnelles et non professionnelles, du débiteur, arrêtées à la date de la décision de la commission, à l’exception des dettes mentionnées aux articles L. 711-4 et L. 711-5 et des dettes dont le montant a été payé au lieu et place du débiteur par la caution ou le coobligé, personnes physiques. » Pour comprendre ce mécanisme d’effacement total, lisez notre analyse détaillée du rétablissement personnel sans liquidation et de l’effacement des dettes, et pour les situations où la commission impose au contraire un remboursement partiel, notre décryptage des mesures imposées par la commission vous aidera à répondre à une contestation de la banque dans les délais.
À Paris et en Île-de-France, quelques réflexes locaux renforcent encore votre défense. La juridiction compétente pour vos recours en surendettement est le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de votre domicile : Paris, Nanterre, Bobigny ou Créteil selon votre adresse, et c’est aussi le juge de l’exécution de ce même tribunal qui connaît des contestations de la saisie-vente. Les études de commissaires de justice parisiennes pratiquent des passages fréquents en début de matinée : si vous travaillez, laissez près de votre porte une enveloppe contenant la copie de la recevabilité, vos coordonnées et le nom de votre avocat, afin que la personne présente au domicile puisse la remettre. Préparez un dossier de pièces adapté aux réalités franciliennes : quittances de loyer élevées, pass Navigo et frais de transport pour conserver votre emploi, factures d’énergie, attestations de l’employeur et justificatifs de garde d’enfants, car ces charges pèsent lourd dans l’appréciation de votre reste à vivre et de votre bonne foi. Les délais d’audience peuvent être longs dans les grands tribunaux d’Île-de-France : demandez systématiquement par écrit la suspension provisoire des poursuites en attendant l’audience, et faites constater chaque nouvelle tentative de saisie par un écrit adressé à la commission. Quatrième action à accomplir : identifiez dès aujourd’hui le tribunal judiciaire de votre domicile, notez les horaires de son accueil et préparez votre pochette de pièces parisienne, afin de pouvoir saisir le juge en quelques heures si l’huissier revient.
Conclusion
L’huissier qui frappe à votre porte ne repart pas toujours avec vos meubles, loin de là. Retenez l’essentiel : un simple courrier de relance ne permet aucune saisie, seul un titre exécutoire suivi d’un commandement régulier l’autorise ; dès que votre dossier de surendettement est déclaré recevable, les saisies pour dettes non alimentaires sont suspendues et interdites, pour deux ans au maximum ; et dans tous les cas, les dix-sept catégories de biens nécessaires à votre vie et à votre travail restent insaisissables. Face à un inventaire, restez calme, faites consigner vos observations, photographiez, conservez chaque papier, prévenez la commission, demandez des délais au juge et contestez chaque mention irrégulière devant le juge de l’exécution comme chaque orientation contestable devant le juge des contentieux de la protection. Au bout du chemin, le plan de redressement, les mesures imposées ou le rétablissement personnel sans liquidation peuvent effacer une partie ou la totalité de vos dettes et vous rendre un budget respirable. Vous n’avez pas à affronter seul l’angoisse de la sonnette du matin : un avocat qui connaît ces procédures peut, en quelques jours, bloquer une vente, faire restituer un bien protégé et remettre votre dossier sur de bons rails. Agissez vite, gardez chaque preuve, et transformez cette épreuve en point de départ de votre redressement.
Besoin d’un avis rapide sur votre dossier.
L’huissier veut inventorier ou vendre vos meubles alors que vous êtes surendetté, ou votre dossier vient d’être déclaré recevable et les poursuites continuent. Le cabinet vous propose une consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du cabinet pour examiner votre commandement, votre inventaire et votre recevabilité, puis préparer la contestation et la suite. Appelez Maître Reda Kohen au 06 46 60 58 22. Vous pouvez aussi écrire au cabinet via la page contact du cabinet en joignant votre commandement, votre procès-verbal d’inventaire et votre lettre de recevabilité.