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Exclu de votre SAS : contester l’exclusion, voter sur votre sort et obtenir le juste prix de vos actions (2026)

Vous venez de recevoir une convocation à une assemblée générale dont l’ordre du jour mentionne votre exclusion de la SAS. Ou pire : on vous annonce que vous n’êtes plus associé, que vos actions seront rachetées, et que votre vote ne compte pas. Cette situation, brutale sur le plan humain comme sur le plan financier, obéit pourtant à des règles précises que vos associés doivent respecter à la lettre. Une exclusion prononcée sans vous laisser voter, sans vous entendre ou en dehors des cas prévus par les statuts peut être annulée en justice. Et même lorsque l’exclusion est régulière, vous avez droit au juste prix de vos actions, fixé si nécessaire par un expert désigné par le juge. Le 29 mai 2024, la chambre commerciale de la Cour de cassation a rappelé avec force ce principe : la clause qui prive l’associé exclu de son droit de voter sur sa propre exclusion est réputée non écrite, et la décision d’exclusion prise sur ce fondement est cassée. Cet article vous explique comment contester votre exclusion d’une SAS, comment défendre votre vote et votre parole avant la décision, comment faire annuler une exclusion abusive, et comment obtenir le paiement de vos actions à leur vraie valeur, avec les démarches concrètes à engager à Paris et en Île-de-France.

I. Contester votre exclusion de la SAS : voter, vous défendre et faire annuler la décision

A. Exiger de participer au vote et de présenter votre défense avant l’exclusion

Le premier réflexe de l’associé menacé d’exclusion consiste à vérifier que la procédure suivie respecte ses droits fondamentaux. En droit français, tout associé dispose d’un droit intangible de participer aux décisions collectives, y compris à celle qui statue sur sa propre exclusion. Ce principe figure à l’article 1844 du code civil, aux termes duquel « Tout associé a le droit de participer aux décisions collectives ». Ce texte s’applique à toutes les sociétés, et donc aux sociétés par actions simplifiées. Les statuts ne peuvent y déroger que dans les cas prévus par la loi, ce qui exclut toute clause d’exclusion qui écarterait purement et simplement l’associé visé du vote.

Dans une SAS, l’exclusion n’existe que si les statuts l’ont prévue. L’article L. 227-16 du code de commerce dispose en effet que « Dans les conditions qu’ils déterminent, les statuts peuvent prévoir qu’un associé peut être tenu de céder ses actions. Ils peuvent également prévoir la suspension des droits non pécuniaires de cet associé tant que celui-ci n’a pas procédé à cette cession. » Sans clause statutaire d’exclusion, aucune exclusion ne peut être prononcée par les associés, et toute décision prise en ce sens est nulle. La première vérification porte donc sur les statuts : la clause existe-t-elle, dans quelle version, et les motifs invoqués contre vous entrent-ils dans les cas qu’elle énumère ? Si vos associés vous reprochent des faits qui ne figurent pas dans la clause, l’exclusion n’a pas de base et vous pouvez la contester frontalement.

Lorsque la clause existe, elle doit organiser une décision collective des associés, et c’est ici que le droit de vote de l’associé menacé devient décisif. La Cour de cassation a tranché cette question par un arrêt de principe du 29 mai 2024 qui concerne directement votre situation. Dans cette affaire, les statuts d’une coopérative constituée en SAS prévoyaient que l’associé dont l’exclusion était envisagée ne participait pas au vote, et une associée avait été exclue en application de cette clause. La chambre commerciale a cassé l’arrêt d’appel qui validait l’exclusion, au visa des articles 1844 et 1844-10 du code civil et de l’article L. 227-16 du code de commerce. La formule de la Cour mérite d’être citée intégralement car elle fonde votre contestation : « Il résulte de la combinaison de ces textes que si les statuts d’une société par actions simplifiée peuvent prévoir l’exclusion d’un associé par une décision collective des associés, toute stipulation de la clause d’exclusion ayant pour objet ou pour effet de priver l’associé dont l’exclusion est proposée de son droit de voter sur cette proposition est réputée non écrite. » La Cour ajoute : « En statuant ainsi, la cour d’appel a violé les textes susvisés. » Vous trouverez cet arrêt sous la référence Cour de cassation, chambre commerciale, 29 mai 2024, pourvoi numéro 22-13.158, publié au Bulletin, consultable sur le site officiel de la Cour : arrêt du 29 mai 2024 sur l’exclusion d’un associé de SAS.

Concrètement, si vos statuts contiennent une stipulation qui vous prive de votre vote sur votre propre exclusion, cette stipulation est réputée non écrite : elle est censée ne jamais avoir existé, et l’exclusion prononcée sans votre vote est annulable. Vérifiez donc le procès-verbal de l’assemblée : avez-vous été convoqué, avez-vous pu voter, votre vote a-t-il été comptabilisé ? Si la réponse à l’une de ces questions est négative, conservez la convocation, les statuts dans leur version applicable, le procès-verbal et toute correspondance : ce sont les pièces maîtresses de votre recours. Notez que la suspension de vos droits non pécuniaires, autorisée par l’article L. 227-16 tant que vous n’avez pas cédé vos actions, ne joue qu’après une exclusion régulièrement prononcée ; elle ne permet pas de vous écarter du vote préalable.

Au-delà du vote, exigez d’être entendu avant la décision. Même lorsque les statuts ne le prévoient pas expressément, le principe du contradictoire impose que l’associé menacé soit informé précisément des griefs retenus contre lui et mis en mesure de présenter ses observations avant que les associés ne se prononcent. Une exclusion surprise, notifiée après coup sans convocation préalable exposant les motifs, ouvre une voie d’annulation supplémentaire. Adressez dès réception de la convocation un courrier recommandé, ou un courriel avec accusé de réception si les statuts l’admettent, demandant la communication du dossier des griefs et un délai suffisant pour préparer votre défense. Si la société refuse, cette attitude pèsera devant le juge. Présentez-vous à l’assemblée, faites consigner vos protestations au procès-verbal, votez contre votre exclusion et exigez que votre vote soit enregistré : chaque trace écrite renforce votre contestation ultérieure.

Restez également attentif à la régularité de la convocation elle-même. Les formes et délais de convocation résultent des statuts, et l’article L. 227-9 du code de commerce rappelle que « Les statuts déterminent les décisions qui doivent être prises collectivement par les associés dans les formes et conditions qu’ils prévoient. » Une convocation envoyée hors délai, à une mauvaise adresse, ou qui tait le projet d’exclusion à l’ordre du jour, vicie la décision. Comparez donc point par point les statuts et ce qui a été fait : délai de convocation, mode d’envoi, ordre du jour détaillé, quorum, majorité requise. Dans les SAS où la clause d’exclusion exige une majorité renforcée ou l’unanimité, recomptez les voix en incluant la vôtre : avec votre vote comptabilisé comme l’exige la Cour de cassation, la majorité est-elle encore atteinte ? Souvent, la réponse est non, et l’exclusion tombe.

B. Faire annuler une exclusion abusive devant le juge et obtenir réparation

Lorsque l’exclusion a été prononcée en violation de vos droits, vous pouvez en demander l’annulation judiciaire. Le fondement principal se trouve à l’article 1844-10 du code civil, qui dispose que « La nullité des décisions sociales ne peut résulter que de la violation d’une disposition impérative de droit des sociétés, à l’exception du dernier alinéa de l’ article 1833 , ou de l’une des causes de nullité des contrats en général. » Le droit de participer aux décisions collectives et de voter, garanti par l’article 1844, constitue précisément une disposition impérative : l’arrêt du 29 mai 2024 le confirme en jugeant réputée non écrite la clause qui vous en prive. L’action en nullité se porte devant le tribunal judiciaire ou le tribunal de commerce du siège de la société. Agissez vite : si la nullité d’une décision sociale n’est pas enfermée dans un délai aussi bref que celui de certaines actions sociétaires, l’écoulement du temps joue contre vous car la société continue de fonctionner sans vous, distribue éventuellement des dividendes auxquels vous n’êtes plus convié, et fait entrer de nouveaux associés.

Le même article 1844-10 du code civil précise que « Toute clause statutaire contraire à une disposition impérative du droit des sociétés dont la violation n’est pas sanctionnée par la nullité de la société, est réputée non écrite. » Cette seconde arme vise la clause elle-même : vous pouvez demander au juge de constater que la stipulation qui vous excluait du vote est réputée non écrite, ce qui prive l’exclusion de son fondement statutaire. En pratique, les deux demandes se combinent dans une même assignation : nullité de la décision d’exclusion et constat du caractère non écrit de la clause. Ajoutez-y une demande de réintégration de votre qualité d’associé avec toutes ses conséquences : inscription rétroactive sur le registre des mouvements de titres, convocation aux assemblées postérieures, rappel des dividendes distribués depuis l’exclusion. L’article 1844-10 du code civil rappelle enfin que « Sauf si la loi en dispose autrement, la violation des statuts ne constitue pas une cause de nullité. » : concentrez donc votre argumentation sur la violation des textes impératifs, et non sur de simples irrégularités statutaires secondaires, pour éviter que le juge ne rejette votre demande.

L’exclusion peut également être abusive sur le fond, même lorsque la procédure a été respectée. Tel est le cas lorsque les motifs invoqués sont inexistants, futiles ou étrangers aux cas prévus par la clause, lorsque l’exclusion sanctionne en réalité un associé qui exerçait légitimement ses droits, par exemple en critiquant la gestion ou en refusant une opération, ou lorsqu’elle poursuit un objectif détourné comme vous évincer avant une distribution de dividendes ou une cession lucrative de la société. Rassemblez les preuves de ce détournement : courriels, comptes rendus, chronologie des distributions, valorisation récente de la société, offre d’acquisition en cours. Le juge apprécie la réalité des griefs et leur proportionnalité avec la sanction la plus grave qui soit pour un associé : la perte forcée de sa qualité. Si l’abus est établi, l’exclusion est annulée et vous pouvez obtenir des dommages et intérêts pour le préjudice subi : dividendes perdus, perte de chance de participer à la plus-value, atteinte à votre réputation professionnelle lorsque l’exclusion a été divulguée à des tiers.

Un point de vigilance particulier concerne la modification des statuts en vue de vous exclure. L’article L. 227-19 du code de commerce prévoit que « Les clauses statutaires mentionnées aux articles L. 227-14 et L. 227-16 ne peuvent être adoptées ou modifiées que par une décision prise collectivement par les associés dans les conditions et formes prévues par les statuts. » Si vos associés ont introduit ou durci la clause d’exclusion juste avant de l’utiliser contre vous, vérifiez que cette adoption respecte les formes statutaires et que vous avez été associé à la décision. Une clause adoptée sans vous, ou à une majorité insuffisante, ne peut fonder votre exclusion. De même, ne confondez pas l’exclusion avec l’agrément : l’article L. 227-14 du code de commerce autorise les statuts à prévoir que « Les statuts peuvent soumettre toute cession d’actions à l’agrément préalable de la société », mais le refus d’agrément d’une cession volontaire obéit à un régime distinct de l’exclusion forcée et ne permet pas de vous contraindre à céder sans mettre en oeuvre la clause d’exclusion.

Enfin, anticipez la défense de la société. Celle-ci soutiendra que vous avez participé au vote au sens formel, ou que la clause neutralisait seulement l’effet de votre vote sans vous l’interdire. L’arrêt du 29 mai 2024 répond par avance : est réputée non écrite toute stipulation « ayant pour objet ou pour effet » de vous priver de votre vote. L’effet compte autant que l’objet : une clause qui vous laisse voter mais neutralise systématiquement votre voix produit le même résultat prohibé. Faites établir par un procès-verbal d’huissier, aujourd’hui commissaire de justice, le déroulement de l’assemblée si vous craignez une reconstitution a posteriori, et demandez la communication du registre des décisions et de la feuille de présence. Devant le tribunal, sollicitez si nécessaire la suspension provisoire des effets de l’exclusion en référé, afin d’éviter que vos actions ne soient cédées à un tiers pendant l’instance : une fois les titres dispersés, la réintégration devient pratiquement très difficile même après une victoire au fond.

II. Obtenir le juste prix de vos actions et sortir sans perdre d’argent

A. Imposer une expertise indépendante pour fixer le prix de vos actions

Que votre exclusion soit régulière ou que vous ayez choisi de ne pas la contester pour sortir vite, l’enjeu financier devient central : à quel prix vos actions seront-elles rachetées ? La loi encadre strictement cette question. L’article L. 227-18 du code de commerce prévoit que, si les statuts ne précisent pas les modalités du prix de cession des actions en cas de mise en oeuvre d’une clause d’exclusion, « ce prix est fixé par accord entre les parties ou, à défaut, déterminé dans les conditions prévues à l’article 1843-4 du code civil ». Commencez donc par relire la clause : prévoit-elle une formule de prix, une décote, une référence aux comptes du dernier exercice ? Toute formule statutaire manifestement spoliatrice, qui priverait l’exclu de la valeur réelle de ses titres, peut être discutée devant le juge, et à défaut d’accord amiable sur le prix, l’expertise de l’article 1843-4 s’impose.

L’article 1843-4 du code civil constitue votre meilleure protection financière. Il dispose que « la valeur de ces droits est déterminée, en cas de contestation, par un expert désigné, soit par les parties, soit à défaut d’accord entre elles, par jugement du président du tribunal judiciaire ou du tribunal de commerce compétent, statuant selon la procédure accélérée au fond et sans recours possible ». Vous pouvez donc saisir le président du tribunal pour obtenir la désignation d’un expert indépendant, sans que la société puisse s’y opposer ni faire appel de l’ordonnance de désignation. L’expert évalue vos actions à leur juste valeur, en retenant les méthodes adaptées à votre société : actif net réévalué, multiples de résultat, actualisation des flux futurs, valeur des contrats en cours. Le texte ajoute une garantie essentielle : « L’expert ainsi désigné est tenu d’appliquer, lorsqu’elles existent, les règles et modalités de détermination de la valeur prévues par les statuts de la société ou par toute convention liant les parties. » L’expert ne peut donc ignorer une formule statutaire existante, mais il l’applique en professionnel indépendant, à partir de comptes vérifiés, et non à partir des chiffres arrangés par la majorité.

Pour préparer l’expertise, exigez la communication complète des documents financiers : trois derniers bilans et comptes de résultat, annexes, grand livre, contrats majeurs, engagements hors bilan, conventions avec les dirigeants, rapports du commissaire aux comptes s’il en existe un. Si la société refuse de transmettre ces pièces, signalez-le à l’expert puis au juge : l’obstruction de la majorité à l’évaluation peut justifier des injonctions de communiquer sous astreinte. Surveillez particulièrement les opérations réalisées entre l’annonce de votre exclusion et l’évaluation : distribution massive de réserves, cession d’actifs à vil prix à une société liée, embauche coûteuse d’un proche du dirigeant. Ces manoeuvres, destinées à vider la société de sa substance avant que l’expert ne la valorise, engagent la responsabilité de leurs auteurs et peuvent être prises en compte pour reconstituer la valeur réelle. Demandez à l’expert de se placer à la date la plus proche de la perte effective de votre qualité d’associé, et discutez pied à pied toute décote de minorité ou d’illiquidité que la société tenterait d’imposer : dans une cession forcée subie, ces abattements n’ont rien d’automatique.

Le paiement du prix obéit lui aussi à des règles protectrices. Lorsque les actions sont rachetées par la société elle-même, l’article L. 227-18 du code de commerce impose que « celle-ci est tenue de les céder dans un délai de six mois ou de les annuler », ce qui verrouille le calendrier et évite que la société ne conserve indéfiniment vos titres sans les payer. Exigez un calendrier écrit de cession et de paiement, avec séquestre du prix entre les mains d’un notaire ou d’un avocat si la confiance est rompue. À défaut de paiement à l’échéance convenue, faites pratiquer une saisie conservatoire sur les comptes de la société ou du cessionnaire, après autorisation du juge de l’exécution, pour garantir votre créance de prix. N’acceptez aucun paiement échelonné sans garanties : caution bancaire, nantissement des actions cédées, clause résolutoire en cas d’impayé. Et n’oubliez pas la fiscalité de la sortie : plus-value de cession de titres, prélèvements sociaux, éventuel report ou sursis d’imposition selon votre situation personnelle. Faites chiffrer le net après impôt avant de signer tout accord transactionnel, afin de comparer utilement avec ce que donnerait l’expertise judiciaire.

Dans de nombreux dossiers, la négociation raisonnée l’emporte sur le procès : une mise en demeure solide, qui cite l’arrêt du 29 mai 2024 et annonce la demande d’annulation cumulée avec l’expertise sur le prix, conduit la majorité à transiger. Pour transiger utilement, fixez votre plancher à partir d’une pré-évaluation par votre propre expert-comptable, ajoutez-y les dividendes perdus et le coût évité du procès, et ne signez que contre paiement comptant ou garanti. Toute transaction doit être rédigée par écrit, constater les concessions réciproques, régler le sort des actions, du prix, des dividendes, des garanties et des frais, et comporter une renonciation précise aux recours. Une transaction bâclée, signée sous la pression d’une exclusion déjà exécutée, se conteste difficilement ensuite : prenez le temps de la faire relire avant de signer.

B. Agir vite à Paris et en Île-de-France : tribunal compétent, référé et pièces à réunir

Si votre SAS a son siège à Paris ou en Île-de-France, vos recours relèvent en pratique du tribunal de commerce de Paris, situé sur l’île de la Cité, ou du tribunal de commerce du département du siège pour les sociétés immatriculées en petite et grande couronne. L’assignation en nullité de la décision d’exclusion se délivre par commissaire de justice contre la société, prise en la personne de son président, et éventuellement contre les associés cessionnaires de vos actions si la cession forcée a déjà été exécutée. La demande de désignation de l’expert de l’article 1843-4 se porte quant à elle devant le président du tribunal, statuant selon la procédure accélérée au fond : comptez quelques semaines pour obtenir l’ordonnance à Paris lorsque le dossier est complet, contre plusieurs mois pour un procès au fond. Cette rapidité fait de l’expertise le levier le plus efficace pour débloquer un dossier : une fois l’expert désigné, la société sait que le prix sera fixé objectivement et revient souvent à la table des négociations.

Le référé parisien offre des outils précieux en cas d’urgence. Saisi à bref délai, le président du tribunal de commerce peut suspendre les effets d’une exclusion manifestement irrégulière, interdire la cession de vos actions à un tiers pendant l’instance au fond, ordonner la communication des registres sociaux et des documents comptables sous astreinte, ou désigner un mandataire ad hoc pour préserver vos droits. Pour obtenir ces mesures, démontrez l’urgence : convocation d’une assemblée qui va exécuter l’exclusion, cession imminente de vos titres, distribution de dividendes à laquelle vous ne seriez plus convié, dépréciation organisée de la société. Joignez à votre requête les pièces qui frappent : la convocation litigieuse, la clause statutaire qui vous prive de vote, l’arrêt du 29 mai 2024 qui la condamne, et la valorisation récente qui montre l’intérêt financier de votre éviction. Les magistrats parisiens, rompus au contentieux des SAS, sont sensibles aux dossiers documentés qui articulent précisément les textes et les faits.

Constituez dès maintenant un dossier complet, classé par ordre chronologique : statuts constitutifs et versions modifiées avec les procès-verbaux des assemblées modificatives, pacte d’associés s’il en existe un, registre des mouvements de titres, convocations et procès-verbaux des assemblées relatives à votre exclusion, correspondances avec le président et les associés, trois derniers exercices comptables, tout élément de valorisation comme une offre d’achat, une levée de fonds ou une expertise antérieure, et la preuve de vos contributions à la société comme apports, garanties personnelles ou contrats apportés. Ce dossier servira à la fois pour la demande d’annulation, pour l’expertise sur le prix et pour la négociation transactionnelle. À Paris, les délais d’audience s’allongent vite en fin d’année : faites délivrer vos assignations sans attendre la fin d’une négociation qui s’éternise, quitte à suspendre l’instance si un accord intervient. Chaque semaine perdue est une semaine pendant laquelle la société vit sans vous et organise votre sortie à son avantage.

Anticipez enfin le coût et la durée réaliste de chaque voie. La procédure accélérée de désignation d’expert coûte quelques milliers d’euros d’honoraires et aboutit en quelques semaines, avec des frais d’expertise ensuite partagés ou mis à la charge de la partie qui succombe selon la décision du juge. Le référé suspension se joue en quelques semaines également, pour un coût comparable. L’action en nullité au fond devant le tribunal de commerce de Paris dure en pratique douze à vingt-quatre mois en cas de résistance acharnée, avec possibilité d’appel. Mettez ces chiffres en balance avec l’enjeu : pour des actions valant plusieurs dizaines de milliers d’euros, l’investissement procédural se justifie presque toujours, d’autant que le juge peut mettre les dépens et une indemnité de procédure à la charge de la société qui succombe. Demandez systématiquement, dans vos conclusions, la condamnation de la société aux dépens et au remboursement de vos frais sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile : dans l’affaire jugée le 29 mai 2024, la Cour a condamné les défendeurs aux dépens et à verser à l’associée exclue la somme globale de 3 000 euros sur ce fondement, ce qui montre que l’associé qui fait valoir ses droits avec succès n’en supporte pas seul le coût.

Conclusion

Menacé d’exclusion de votre SAS, vous n’êtes pas livré sans défense aux associés majoritaires. Vérifiez d’abord l’existence et le contenu de la clause statutaire, puis imposez votre droit de participer au vote et de présenter votre défense : depuis l’arrêt de la chambre commerciale du 29 mai 2024, toute stipulation qui vous prive de votre vote sur votre propre exclusion est réputée non écrite, et la décision prise sur ce fondement encourt l’annulation. Si l’exclusion a déjà été prononcée dans ces conditions, assignez en nullité, demandez votre réintégration et la réparation de vos préjudices, et bloquez en référé toute cession de vos titres pendant l’instance. Sur le terrain financier, refusez tout prix imposé sans discussion : à défaut d’accord amiable, l’expert de l’article 1843-4 fixera la valeur réelle de vos actions, et la société devra les céder ou les annuler dans les six mois. À Paris comme ailleurs en Île-de-France, la procédure accélérée devant le président du tribunal de commerce permet d’obtenir vite cette expertise et de reprendre la main dans la négociation. Rassemblez vos pièces dès aujourd’hui, faites établir les constats utiles, et ne signez aucune transaction sans avoir chiffré le net après impôt de votre sortie. L’exclusion subie peut alors devenir une sortie négociée au juste prix, au lieu d’une spoliation entérinée par votre silence.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».