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Mon transporteur bloque mes marchandises pour des factures impayées : comment récupérer votre stock après l’arrêt du 9 septembre 2026

Votre transporteur retient votre stock dans son entrepôt et refuse de livrer vos clients tant que vous n’avez pas réglé des factures plus anciennes, parfois relatives à des opérations déjà terminées depuis des mois. Pire : les marchandises bloquées ont déjà été payées, et le transporteur les utilise comme moyen de pression pour obtenir le paiement d’autres dossiers. Cette situation, fréquente à la rentrée quand les importations s’accumulent et que la trésorerie se tend, vient d’être tranchée par la Cour de cassation dans un arrêt publié au Bulletin du 9 septembre 2026. La chambre commerciale, financière et économique a validé le blocage : le commissionnaire de transport peut retenir des marchandises déjà payées en garantie de créances antérieures échues, et l’exception d’inexécution invoquée par le client ne permet pas de déjouer cette rétention. Concrètement, si vous êtes importateur, distributeur ou e-commerçant et que votre marchandise est retenue aujourd’hui, vous devez agir sur le bon terrain : vérifier la créance réclamée, sécuriser la marchandise, payer ou consigner intelligemment, puis saisir le juge en référé si le blocage persiste. Cet article explique quand la rétention est légale, ce que l’arrêt du 9 septembre 2026 change pour vous, et comment récupérer votre stock au plus vite sans aggraver votre dette.

I. Votre transporteur retient vos marchandises pour des factures impayées : dans quels cas en a-t-il le droit ?

A. Le privilège du commissionnaire de transport porte sur tout votre stock entre ses mains, même pour des dettes anciennes

Le premier réflexe consiste à identifier qui retient votre marchandise : un simple voiturier qui effectue le déplacement, ou un commissionnaire de transport qui organise l’opération en son propre nom pour votre compte. La distinction détermine l’étendue de son droit. Aux termes de la loi, « Le commissionnaire est celui qui agit en son propre nom ou sous un nom social pour le compte d’un commettant. » Dès qu’un prestataire organise le transport, choisit les transporteurs exécutants et accomplit le dédouanement pour votre compte, il agit comme commissionnaire, même si sa facture parle de « transport » au sens courant. Or le commissionnaire bénéficie d’un privilège légal d’une puissance redoutable, prévu par l’article L. 132-2 du code de commerce : « Le commissionnaire a privilège sur la valeur des marchandises faisant l’objet de son obligation et sur les documents qui s’y rapportent pour toutes ses créances de commission sur son commettant, même nées à l’occasion d’opérations antérieures. Dans la créance privilégiée du commissionnaire sont compris, avec le principal, les intérêts, commissions et frais accessoires. » Chaque mot de ce texte mérite attention. Le privilège porte sur la valeur des marchandises et sur les documents qui s’y rapportent, ce qui permet au commissionnaire de bloquer aussi bien le stock physique que les documents nécessaires à son enlèvement. Il garantit toutes les créances de commission, y compris les intérêts, les commissions et les frais accessoires, et surtout il couvre les créances nées à l’occasion d’opérations antérieures. Autrement dit, une facture impayée de septembre peut justifier la rétention d’une marchandise arrivée en novembre, sans aucun lien entre les deux opérations. Ce mécanisme se rattache au droit commun de la rétention, que le code civil définit ainsi : « Peut se prévaloir d’un droit de rétention sur la chose : 1° Celui à qui la chose a été remise jusqu’au paiement de sa créance ; 2° Celui dont la créance impayée résulte du contrat qui l’oblige à la livrer ; 3° Celui dont la créance impayée est née à l’occasion de la détention de la chose ; 4° Celui qui bénéficie d’un gage sans dépossession. Le droit de rétention se perd par le dessaisissement volontaire. » Pour que la rétention soit régulière, quatre conditions doivent donc être réunies : la marchandise doit être entrée régulièrement en la possession du commissionnaire dans le cadre du contrat de commission, la créance invoquée doit être une créance de commission contre vous, elle doit être certaine, liquide et exigible, et le commissionnaire ne doit pas s’être dessaisi volontairement des biens. En pratique, les conditions générales du prestataire ajoutent souvent une clause de rétention conventionnelle qui reprend ce périmètre, parfois en exigeant des créances « certaines, liquides et exigibles ». Vérifiez cette clause dès le premier jour du litige : elle fixe le cadre contractuel du blocage, et « Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits. » Si vos propres conditions d’achat excluent ou limitent ce droit, conservez-en la preuve, car le débat devant le juge portera autant sur le contrat que sur la loi. Retenez aussi que le droit de rétention n’est pas une saisie : le transporteur ne devient pas propriétaire de votre stock et ne peut pas le vendre de sa propre initiative pour se payer. Il le conserve comme gage de pression jusqu’au paiement, ce qui ouvre des voies de sortie négociées ou judiciaires que la seconde partie de cet article détaille.

B. L’arrêt du 9 septembre 2026 valide la rétention de marchandises déjà payées et écarte votre exception d’inexécution

La décision rendue le 9 septembre 2026 par la chambre commerciale, financière et économique, arrêt numéro 425 F-B, pourvoi numéro 24-22.624, publié au Bulletin, donne à ce privilège une illustration saisissante que tout importateur doit connaître. Dans cette affaire, une société avait confié à un commissionnaire l’organisation du transport et le dédouanement de ses marchandises. Après avoir émis des factures relatives à cinq importations pour un montant total de 23 744,06 euros, le commissionnaire avait adressé une mise en demeure le 19 octobre 2017, puis exercé le 9 novembre 2017 son droit de rétention sur d’autres marchandises en sa possession, alors même que le transport de ces dernières marchandises lui avait déjà été payé. Assigné en paiement le 25 avril 2019, le client soutenait devant la cour d’appel de Rouen, puis devant la Cour de cassation, que sa dette était suspendue par l’effet de l’exception d’inexécution : puisque le commissionnaire refusait de livrer des marchandises déjà payées, le client estimait pouvoir refuser à son tour de régler les factures réclamées. Le raisonnement paraissait de bon sens, car le code civil prévoit qu’« Une partie peut refuser d’exécuter son obligation, alors même que celle-ci est exigible, si l’autre n’exécute pas la sienne et si cette inexécution est suffisamment grave. » Le client ajoutait que les factures n’étaient devenues exigibles qu’en octobre 2017, après ses propres mises en demeure de livrer envoyées fin septembre, et que les conditions générales du commissionnaire limitaient la rétention aux créances exigibles. La Cour de cassation a rejeté l’intégralité de cette argumentation par un motif de principe promis à une large application : « Le commissionnaire de transport est investi de plein droit, en vertu de l’article L.132-2 du code de commerce, d’un privilège lui conférant un droit de rétention sur les marchandises entrées régulièrement en sa possession en exécution du contrat de commission en garantie de toutes ses créances contre le commettant, même nées d’opérations antérieures, de sorte que l’exception d’inexécution tirée de l’absence de livraison des marchandises retenues ne peut lui être utilement opposée. » Ce passage mérite une lecture attentive, car il ferme la porte à la défense la plus intuitive des clients. La Cour juge que l’exception d’inexécution tirée précisément de l’absence de livraison des marchandises retenues ne peut jamais faire échec au droit de rétention lui-même : opposer au commissionnaire qu’il ne livre pas, alors que la non-livraison constitue l’exercice même du droit contesté, relève d’un raisonnement circulaire que la Cour refuse. Elle précise ensuite la méthode des juges du fond : « Ayant relevé que le commissionnaire avait notifié le 9 novembre 2017 son droit de rétention sur des marchandises déjà payées, en garantie d’une créance antérieure, échue à cette date, et non contestée en son principe, la cour d’appel en a exactement déduit que l’exception d’inexécution tirée de l’absence de livraison des marchandises retenues ne pouvait lui être opposée. » Trois enseignements pratiques découlent de cet attendu. D’abord, la notification écrite du droit de rétention joue un rôle décisif : le commissionnaire avait notifié son blocage, ce qui a permis aux juges de dater et de qualifier la mesure. Exigez donc toujours une notification écrite précisant les factures concernées, leurs montants et leurs échéances, et conservez-la soigneusement. Ensuite, la créance garantie était échue à la date de la rétention et non contestée dans son principe : le client ne discutait pas le montant de 23 744,06 euros, mais seulement le droit de bloquer. Si vous contestez réellement une facture parce que la prestation n’a pas été exécutée, que le montant est erroné ou que le délai convenu n’est pas expiré, faites-le savoir par écrit avant toute rétention, avec pièces à l’appui, car une créance sérieusement contestée fragilise le blocage. Enfin, le fait que les marchandises retenues aient déjà été payées ne change rien : le privilège garantit toutes les créances, y compris antérieures, de sorte que payer le transport en cours ne protège pas votre stock tant qu’un solde ancien subsiste. La publication au Bulletin signale que la Cour attache à cette solution une portée générale : les juridictions du fond devront l’appliquer aux litiges en cours. Pour votre dossier, cela signifie qu’un juge saisi aujourd’hui d’une rétention exercée dans des conditions identiques validera très probablement le blocage et vous condamnera au paiement, comme la société cliente qui a en outre été condamnée aux dépens et à verser 3 000 euros au titre des frais de justice. Ne laissez donc pas le litige s’enliser sur le seul terrain de l’exception d’inexécution : déplacez le combat vers la vérification de la créance, la sécurisation du stock et la sortie rapide du blocage.

II. Comment récupérer vos marchandises bloquées et contester les factures du transporteur ?

A. Vérifier la dette, payer sous réserve ou consigner, puis négocier une mainlevée écrite

Face à un blocage, l’urgence commerciale pousse à payer immédiatement pour débloquer le stock, mais un paiement précipité sans précaution peut vous priver de tout moyen de contestation ultérieure. La méthode efficace tient en quatre temps et commence toujours par l’audit de la créance réclamée. Réclamez au transporteur le détail facture par facture : numéros, dates d’émission, montants en principal, pénalités et frais accessoires, échéances contractuelles et mises en demeure antérieures. Contrôlez ensuite les délais de paiement applicables à vos factures de transport. En droit commercial, « le délai de règlement des sommes dues ne peut dépasser trente jours après la date de réception des marchandises ou d’exécution de la prestation demandée. » Des délais plus longs peuvent être convenus entre professionnels dans la limite de soixante jours après l’émission de la facture, mais tout dépassement expose le débiteur à des pénalités de retard et à l’indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement. Si une facture n’est pas encore échue à la date de la rétention, signalez-le par écrit sans délai : le privilège suppose une créance exigible, et une rétention exercée trop tôt repose sur une base fragile. Vérifiez aussi que les sommes réclamées correspondent à des prestations réellement exécutées, sans double facturation ni frais non convenus, et rapprochez chaque facture du bon de commande, du contrat de commission et des documents de transport correspondants. Dans l’affaire jugée le 9 septembre 2026, la créance n’était pas contestée dans son principe, ce qui a scellé l’issue du litige : ne reproduisez pas cette erreur si vous disposez d’un grief sérieux. Le deuxième temps consiste à choisir le mode de sortie du blocage en fonction de votre trésorerie. Lorsque la dette est fondée et que vos clients attendent la marchandise, le paiement sous toutes réserves écrites reste souvent la solution la plus rapide : payez en mentionnant expressément sur le virement et dans un courrier d’accompagnement que le paiement intervient sous réserve de toute contestation sur les pénalités, les frais accessoires ou les préjudices liés au blocage, et exigez en retour une mainlevée écrite immédiate de la rétention avec un engagement de livraison daté. Si le montant est discuté ou si payer affaiblirait dangereusement votre trésorerie, proposez la consignation des fonds entre les mains d’un séquestre, d’un notaire ou de la Caisse des dépôts, à charge pour le juge ou pour un accord ultérieur de les attribuer : cette offre démontre votre bonne foi et prive le blocage d’une partie de sa justification. Quand ni le paiement intégral ni la consignation ne sont possibles, sollicitez un échéancier écrit adossé à une mainlevée partielle et progressive, par exemple une livraison par lots au fur et à mesure des versements, avec un inventaire contradictoire du stock restant. Sachez que le juge peut vous aider sur ce terrain, car « Le juge peut, compte tenu de la situation du débiteur et en considération des besoins du créancier, reporter ou échelonner, dans la limite de deux années, le paiement des sommes dues. » Ces délais de grâce, accordés par décision motivée, suspendent les procédures d’exécution engagées par le créancier et neutralisent les pénalités pendant le délai fixé par le juge, ce qui en fait un levier précieux quand le blocage menace la survie de votre entreprise. Le troisième temps consiste à sécuriser la marchandise pendant le litige. Demandez un inventaire contradictoire précis, avec références, quantités, numéros de lots et état apparent, ainsi que des photographies datées. Si les produits sont périssables, soumis à date limite ou stockés dans de mauvaises conditions, signalez le risque de dépérissement par écrit et proposez une solution de sauvegarde : enlèvement sous séquestre, vente avec prix consigné, ou transfert dans un entrepôt neutre aux frais avancés par la partie qui succombera. Chaque jour de blocage allonge votre préjudice commercial, entre pénalités dues à vos propres clients, rupture de stock sur votre site de vente en ligne et atteinte à votre réputation : chiffrez ces pertes dès maintenant avec vos bons de commande annulés, vos avoirs émis et vos échanges avec vos clients, car elles fonderont votre demande reconventionnelle si la rétention se révèle abusive. Le quatrième temps consiste à formaliser chaque étape par écrit. La mise en demeure que vous adressez au transporteur doit rappeler précisément les marchandises retenues, exiger leur livraison sous un délai bref, réserver vos droits sur l’ensemble des préjudices et proposer une sortie concrète avec une date butoir. Conservez les lettres recommandées avec accusé de réception, les courriels avec accusés de lecture, les constats d’huissier et les attestations de vos clients en attente. Si votre litige s’inscrit dans une difficulté plus large avec un client en procédure collective, les réflexes de déclaration et de revendication décrits dans notre dossier sur la récupération des factures et du matériel quand le client est en liquidation complètent utilement cette méthode. Enfin, surveillez les délais pour agir : en matière de contrat de transport, « Toutes les autres actions auxquelles ce contrat peut donner lieu, tant contre le voiturier ou le commissionnaire que contre l’expéditeur ou le destinataire, aussi bien que celles qui naissent des dispositions de l’ article 1269 du code de procédure civile, sont prescrites dans le délai d’un an. » Cette prescription annale, courte, court à compter de la remise ou de l’offre de la marchandise au destinataire, de sorte qu’un litige qui s’éternise en correspondances peut devenir irrecevable avant même d’atteindre le juge. Pour les autres obligations nées à l’occasion du commerce entre commerçants, le délai de droit commun reste fixé par la loi : « Les obligations nées à l’occasion de leur commerce entre commerçants ou entre commerçants et non-commerçants se prescrivent par cinq ans si elles ne sont pas soumises à des prescriptions spéciales plus courtes. » En pratique, faites vérifier par votre conseil quel délai s’applique à chacune de vos demandes, car une action en paiement du transporteur et votre action en restitution ou en dommages-intérêts peuvent relever de délais différents.

B. Saisir le juge en référé à Paris et en Île-de-France : procédure, délais pratiques et dossier à constituer

Quand la négociation échoue et que votre stock reste immobilisé, la voie la plus rapide passe par le juge des référés, qui peut ordonner la remise des marchandises ou aménager le litige en quelques semaines. Le code de procédure civile donne au juge des pouvoirs adaptés à l’urgence commerciale : « Dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, ils peuvent accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire. » Ce texte fonde deux demandes complémentaires selon votre position. Si vous êtes le client dont la marchandise est retenue, sollicitez la remise des biens sous astreinte, éventuellement contre consignation du montant discuté, en démontrant le trouble manifestement illicite ou le dommage imminent que le blocage provoque : rupture de stock, pénalités dues à vos clients, risque de dépérissement, campagne commerciale compromise. Si vous êtes le transporteur impayé, demandez une provision sur les factures échues dont le principe n’est pas contesté, avec constitution de garantie sur les marchandises conservées. Dans les deux cas, le juge des référés ne tranche pas définitivement le fond, mais il fige une solution provisoire qui débloque la situation économique et pèse lourd dans la négociation ultérieure. À Paris et en Île-de-France, où se concentrent les sièges d’importateurs, les plateformes logistiques de Roissy, de Rungis et des ports de Gennevilliers et de Bonneuil, ainsi que les entrepôts de la grande couronne, quelques spécificités pratiques méritent attention. La juridiction compétente dépend de la qualité des parties et des clauses de votre contrat : entre commerçants, le litige relève en principe de la juridiction commerciale, et le tribunal des activités économiques de Paris connaît un contentieux nourri du transport et de la commission, avec des audiences de référé hebdomadaires qui permettent une date rapide quand le dossier est complet. Vérifiez toutefois la clause attributive de juridiction de vos conditions générales ou de votre contrat-cadre, car beaucoup de commissionnaires concentrent leurs litiges devant un tribunal déterminé, et cette clause, lorsqu’elle est régulière entre commerçants, s’applique. Pour un dossier francilien, prévoyez un délai de deux à six semaines entre l’assignation en référé et l’ordonnance si votre dossier est complet, et davantage si un renvoi est nécessaire pour régulariser une pièce. L’assignation doit être délivrée par commissaire de justice, avec un délai de comparution qui se compte en jours, et les échanges de conclusions sont brefs : tout repose donc sur la qualité de votre dossier initial. Constituez-le méthodiquement autour de dix pièces. D’abord, le contrat de commission ou de transport et les conditions générales applicables, côté client comme côté prestataire, pour établir qui est commissionnaire et quel périmètre de rétention a été convenu. Ensuite, l’intégralité des factures litigieuses avec leurs échéances, les preuves de paiement des marchandises retenues, et la comptabilité auxiliaire qui démontre le solde réel. Puis la notification de la rétention adressée par le transporteur, votre mise en demeure de livrer en réponse, et l’ensemble de la correspondance qui établit la chronologie, car l’arrêt du 9 septembre 2026 montre que les dates d’exigibilité et de notification déterminent l’issue du procès. Ajoutez les documents de transport et de douane, lettres de voiture, connaissements, déclarations d’importation et bons de livraison, qui prouvent la possession régulière des biens et leur valeur. Joignez l’inventaire contradictoire du stock bloqué, les photographies, les attestations de l’entrepositaire et, pour les marchandises sensibles, les certificats de température ou les dates limites de consommation. Chiffrez votre préjudice avec les commandes clients annulées, les pénalités que vous subissez en aval, les avoirs émis et les frais de remplacement en urgence auprès d’un autre fournisseur. Si vous invoquez une inexécution du transporteur pour contester ses factures, rapportez-en la preuve par des constats, des réserves portées sur les bons de livraison et des expertises, car une contestation vague, formulée pour la première fois devant le juge, ne suffira pas à ébranler une créance documentée. Enfin, préparez votre offre de sortie, consignation, échéancier ou garantie bancaire, car le juge des référés apprécie les parties qui proposent une solution équilibrée plutôt qu’un bras de fer. Deux erreurs doivent être évitées à tout prix. La première consiste à tenter de reprendre la marchandise par vos propres moyens, en forçant l’accès à l’entrepôt ou en détournant un camion : cette voie de fait vous expose à des poursuites pénales et ruine votre position devant le juge civil, alors même que votre droit au fond pouvait être solide. La seconde consiste à laisser passer la prescription annale propre au contrat de transport en multipliant les relances amiables sans acte interruptif : une assignation, même en référé, ou une reconnaissance de dette interrompt utilement les délais, tandis qu’un simple échange de courriels ne produit pas cet effet. Quand le blocage s’inscrit dans une relation d’affaires suivie avec un prestataire dont vous dépendez, envisagez aussi l’après-crise dès l’audience : demander au juge une mesure qui préserve la relation, comme une livraison échelonnée contre paiements échelonnés, vaut souvent mieux qu’une victoire brutale qui vous prive durablement de capacité logistique en Île-de-France.

Conclusion

L’arrêt du 9 septembre 2026 rappelle une règle simple aux entreprises qui importent, distribuent ou vendent en ligne : tant qu’un solde ancien subsiste, votre commissionnaire de transport peut retenir votre stock, y compris des marchandises déjà payées, et votre refus de payer pour protester contre le blocage ne suffira pas à le faire céder. La sortie de crise repose sur la vérification rigoureuse de la créance, la sécurisation écrite du stock, le paiement sous réserve ou la consignation, puis, si nécessaire, le référé devant la juridiction parisienne compétente. Agissez vite, car la prescription annale du contrat de transport ne pardonne pas les hésitations, et chiffrez chaque jour de blocage pour transformer votre préjudice commercial en demande reconventionnelle crédible. Un dossier documenté dès la première semaine vaut mieux qu’un long échange de reproches : c’est lui qui obtient la mainlevée, l’échéancier ou l’ordonnance qui débloque votre rentrée.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».