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Révoqué de votre SAS : contester la révocation, obtenir une indemnité et sécuriser la suite (2026)

Vous étiez président, directeur général ou directeur général délégué d’une SAS et vous venez d’apprendre votre révocation par un simple courrier ou au détour d’une assemblée générale. Aucun motif ne vous est donné, ou le motif invoqué vous semble prétexte. Vous vous demandez si cette décision est régulière, si vous pouvez la contester et surtout si vous pouvez obtenir une indemnité. La réponse tient en grande partie dans les statuts de votre société, et deux arrêts rendus par la Cour de cassation le 9 juillet 2025 viennent de préciser les règles du jeu : d’un côté, les statuts priment sur tous les autres écrits pour fixer les modalités de révocation ; de l’autre, l’engagement personnel pris par des associés de vous garantir une indemnité reste valable et peut être exécuté contre eux. Cet article vous explique comment vérifier la régularité de votre révocation, quels recours exercer et comment chiffrer puis obtenir réparation, avec les textes et les décisions exactes à l’appui.

I. Révoqué d’une SAS sans motif : vérifier si la révocation est régulière et ce qui reste contestable

A. Pourquoi les statuts de la SAS décident de presque tout en matière de révocation du dirigeant

La SAS est la société de la liberté statutaire. L’article L. 227-5 du code de commerce dispose que « Les statuts fixent les conditions dans lesquelles la société est dirigée. » Ce principe gouverne aussi la fin du mandat : ce sont les statuts qui fixent qui peut révoquer le président, le directeur général ou le directeur général délégué, selon quelle procédure, et si un juste motif est exigé. L’article L. 227-1 du code de commerce rappelle que la SAS fonctionne avec ses règles propres et que les règles de la société anonyme sur la révocation des administrateurs ne s’appliquent pas à elle. Concrètement, si les statuts prévoient une révocation à tout moment et sans motif, le dirigeant peut être révoqué sans qu’aucune faute ou justification soit établie. La Cour de cassation l’a jugé dès le 9 mars 2022 : face à des statuts stipulant que les dirigeants autres que le président « sont révocables à tout moment par l’associé unique ou, en cas de pluralité d’associés, par l’assemblée générale ordinaire des associés sur proposition du président », elle a approuvé la cour d’appel d’avoir décidé que la révocation « pouvait intervenir sans qu’il soit nécessaire de justifier d’un juste motif » (Cass. com., 9 mars 2022, n° 19-25.795). Même solution le 12 octobre 2022, avec des statuts prévoyant que « [l]e directeur général peut être révoqué à tout moment et sans qu’aucun motif soit nécessaire, par décision de la collectivité des associés ou de l’associé unique » et qu’aucune indemnité ne serait due : le dirigeant révoqué a été débouté de sa demande d’indemnité pour révocation sans juste motif (Cass. com., 12 octobre 2022, n° 21-15.382).

Le contraste avec la SARL est net et mérite d’être souligné, car beaucoup de dirigeants raisonnent encore avec les réflexes de la SARL. L’article L. 223-25 du code de commerce prévoit que le gérant de SARL est révocable par les associés et que « Si la révocation est décidée sans juste motif, elle peut donner lieu à des dommages et intérêts. » En SAS, il n’existe aucun filet légal équivalent : sans clause statutaire ou contractuelle qui protège le dirigeant, la révocation sans motif n’ouvre droit à rien. C’est pour cette raison que la première chose à faire après une révocation consiste à relire les statuts en vigueur au jour de la décision, dans leur version complète et à jour, et non le souvenir que vous en gardez ou un résumé trouvé en ligne. Vérifiez qui est l’auteur compétent pour révoquer : le président seul, la collectivité des associés, l’associé unique ? Vérifiez la procédure prévue : convocation, quorum, majorité, proposition préalable du président ? L’article L. 227-6 du code de commerce rappelle que « La société est représentée à l’égard des tiers par un président désigné dans les conditions prévues par les statuts. », et l’article L. 227-9 du code de commerce laisse aux statuts le soin de déterminer les décisions prises collectivement par les associés. Si la révocation a été prononcée par un organe qui n’avait pas ce pouvoir selon les statuts, ou sans respecter la procédure statutaire, elle est contestable pour violation des statuts, et c’est un terrain d’action bien plus solide que la simple absence de motif.

L’apport majeur de l’arrêt du 9 juillet 2025 dans l’affaire IDF Démolition tient à la hiérarchie entre les statuts et les autres écrits (Cass. com., 9 juillet 2025, n° 24-10.428). Dans cette affaire, l’article 23.2 des statuts stipulait que « le directeur général peut être révoqué à tout moment et sans qu’un juste motif soit nécessaire, par décision du président. » Mais lors de l’assemblée générale qui l’avait nommé, les associés avaient adopté à l’unanimité, en annexe du procès-verbal, des conditions d’exercice du mandat qui limitaient la révocation à trois hypothèses précisément définies. Le dirigeant, révoqué par la présidente en dehors de ces hypothèses, demandait 100 000 euros de dommages et intérêts pour résiliation anticipée de son mandat et 9 400 euros pour la perte de son véhicule de fonction. La cour d’appel lui avait donné raison en appliquant l’annexe. La Cour de cassation casse : il résulte de la combinaison des articles L. 227-1 et L. 227-5 que les statuts fixent les conditions dans lesquelles la société est dirigée, notamment les modalités de révocation du directeur général, et les actes extra-statutaires ne peuvent y déroger. Même votée à l’unanimité, l’annexe au procès-verbal ne pouvait donc restreindre le pouvoir de révocation que les statuts conféraient au président. La Cour rejette en conséquence les demandes du dirigeant fondées sur le prétendu juste motif, sans renvoi. La leçon pratique est directe : un procès-verbal, une lettre de nomination, un accord oral ou même une décision unanime des associés ne peuvent pas ajouter des conditions à une révocation que les statuts permettent sans condition. Avant d’assigner en invoquant un document extra-statutaire, demandez-vous toujours s’il est compatible avec les statuts, car en cas de contradiction ce sont les statuts qui l’emportent.

Il existe toutefois une limite à cette primauté des statuts, et c’est la seconde décision du même jour qui la dessine. Dans l’affaire de la Sogecler, un protocole d’investissement et un pacte d’associés prévoyaient que les signataires feraient le nécessaire pour que le directeur général conserve ses fonctions pendant deux ans au moins, la décision de nomination devant prévoir une indemnité forfaitaire en cas de révocation anticipée, et l’associé unique avait effectivement voté une résolution en ce sens (Cass. com., 9 juillet 2025, n° 23-21.160). Les statuts, eux, déclaraient le directeur général révocable sans aucune indemnité. La cour d’appel avait écarté l’indemnité au motif que le protocole était contraire aux statuts. La Cour de cassation casse de nouveau, mais dans l’autre sens : la disposition extra-statutaire « ne renferme qu’un engagement personnel des signataires du protocole d’investissement », de sorte qu’elle n’est pas contraire aux statuts. Autrement dit, le pacte ne modifiait pas les modalités statutaires de révocation, il ajoutait seulement une promesse personnelle d’indemnisation à la charge de ceux qui l’avaient signée. Cette promesse est valable parce que « Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits » (article 1103 du code civil). Pour le dirigeant révoqué, la distinction est décisive : vous ne pouvez pas faire échec à une révocation statutairement régulière en brandissant un pacte, mais vous pouvez réclamer l’indemnité promise en agissant directement contre les signataires du pacte, et non contre la société. Beaucoup de procédures échouent parce qu’elles attaquent la mauvaise personne : la société quand il faudrait viser les associés signataires, ou l’inverse. Identifiez dès le départ qui s’est engagé, dans quel acte, et pour quel montant.

B. Ce que le dirigeant révoqué peut encore contester : auteur, procédure et circonstances brutales de la révocation

Une fois admis que l’absence de motif ne suffit pas à annuler une révocation en SAS, il reste trois axes de contestation sérieux, et ils se cumulent. Le premier axe porte sur l’auteur et la procédure. Relisez les statuts ligne par ligne : l’organe qui vous a révoqué avait-il compétence ? La personne qui a signé la notification avait-elle qualité ? Les règles de convocation, d’information préalable et de vote ont-elles été respectées ? Dans l’affaire IDF Démolition, la révocation avait été prononcée par la société présidente en application de l’article statutaire qui lui donnait ce pouvoir, et c’est précisément pour cela qu’elle a résisté à la cassation. À l’inverse, si vos statuts réservent la révocation à la collectivité des associés statuant à une majorité renforcée et que le président vous a révoqué seul, la décision viole les statuts et peut être contestée en justice. Rassemblez les preuves : statuts à jour certifiés, procès-verbaux d’assemblée, convocations, registre des décisions, échanges écrits. Faites établir par le greffe du tribunal de commerce l’état des inscriptions au registre du commerce et des sociétés, car la radiation ou le maintien de votre mandat au registre constitue un indice utile, même s’il ne fait pas à lui seul la régularité de la décision. Agissez vite : plus le temps passe, plus la société organise la suite sans vous, nomme un successeur et fait publier les changements, ce qui complique toute remise en cause.

Le deuxième axe porte sur les circonstances de la révocation, même lorsque la décision est régulière au fond. Le droit français distingue la régularité de la révocation et la manière dont elle est exécutée : une révocation valable peut donner lieu à des dommages et intérêts si elle est intervenue dans des conditions brutales ou vexatoires. Le fondement est l’article 1240 du code civil, selon lequel « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. » Dans l’affaire IDF Démolition, la Cour de cassation a d’ailleurs laissé subsister la condamnation de la société à payer 30 000 euros de dommages et intérêts au dirigeant « au titre de sa révocation réalisée de manière vexatoire et brutale » (Cass. com., 9 juillet 2025, n° 24-10.428), alors même qu’elle annulait les indemnités liées au prétendu juste motif. Concrètement, les juges sanctionnent l’absence de préavis raisonnable quand les statuts ou les usages l’exigeaient, l’annonce publique humiliante, la coupure immédiate de tous les accès sans mesure de transition, les propos dénigrants diffusés aux salariés, aux clients ou aux partenaires, ou encore la révocation notifiée sans aucun entretien préalable alors que le dirigeant était en poste depuis des années. Pour documenter ce préjudice, conservez le courrier de révocation et son enveloppe, les captures des coupures d’accès, les témoignages écrits de salariés ou de partenaires, les attestations de perte de revenus et, le cas échéant, les certificats médicaux si le choc a eu des conséquences sur votre santé. Le montant alloué dépend des circonstances : il répare le préjudice moral et les conséquences concrètes de la brutalité, pas la perte du mandat elle-même.

Le troisième axe concerne votre statut global dans la société, au-delà du seul mandat social. Beaucoup de dirigeants de SAS cumulent leur mandat avec un contrat de travail, des fonctions techniques salariées, ou détiennent des actions assorties de droits particuliers. La révocation met fin au mandat, pas automatiquement au contrat de travail ni aux droits d’associé. Vérifiez si votre contrat de travail correspond à un emploi effectif, avec des fonctions techniques distinctes du mandat, un lien de subordination et une rémunération propre : dans ce cas, la fin du mandat n’emporte pas la rupture du contrat, et tout licenciement ultérieur doit suivre la procédure du droit du travail devant le conseil de prud’hommes. Vérifiez aussi vos actions : la révocation ne vous dépouille pas de vos titres, sauf clause statutaire d’exclusion ou promesse de cession dont il faudra examiner la validité et le prix. Si vous êtes associé, vous conservez vos droits de vote et vos droits financiers, y compris le droit de contester en justice les décisions sociales irrégulières. Enfin, pensez aux mandats croisés : dans l’affaire IDF Démolition, le dirigeant cumulait des fonctions dans deux sociétés du même groupe et n’a obtenu gain de cause que pour l’une d’elles. Recensez tous vos mandats, tous vos contrats et toutes vos participations avant d’agir, afin de ne laisser aucun terrain sans défense et de ne renoncer à aucun droit par inadvertance.

II. Obtenir une indemnité après la révocation : promesses à exécuter, préjudice à chiffrer et action à engager

A. Comment transformer une promesse d’indemnité en condamnation : pacte d’associés, résolution et bons défendeurs

La seconde décision du 9 juillet 2025 offre une feuille de route claire aux dirigeants qui disposaient d’une promesse d’indemnité (Cass. com., 9 juillet 2025, n° 23-21.160). Dans cette affaire, le protocole d’investissement et le pacte prévoyaient le maintien du directeur général pendant deux ans et une indemnité forfaitaire en cas de révocation anticipée, et la résolution de l’associé unique avait repris cet engagement. Révoqué dès le 4 mai 2017, le dirigeant avait assigné à la fois la société, la holding signataire et les deux associés personnes physiques. La cour d’appel avait tout rejeté en opposant les statuts, qui excluaient toute indemnité. La Cour de cassation distingue : l’engagement des signataires du protocole est un engagement personnel, valable entre eux et envers le dirigeant, qui n’a jamais prétendu modifier les statuts. Elle casse donc le rejet des demandes dirigées contre les signataires et renvoie l’affaire devant la cour d’appel de Metz pour qu’elle examine ces demandes. En pratique, cela signifie que votre action doit viser les personnes qui se sont personnellement engagées : les associés signataires du pacte ou du protocole, la holding qui a promis de faire voter l’indemnité, et la société seulement si une résolution régulière de ses organes a mis l’indemnité à sa charge. Une assignation qui réclame l’indemnité à la société alors que seuls les associés se sont engagés s’expose au rejet, et inversement.

Pour bâtir ce recours, réunissez l’intégralité de la documentation contractuelle : protocole d’investissement, pacte d’associés et ses avenants, lettre de nomination, procès-verbaux de nomination et de fixation de la rémunération, résolutions de l’associé unique ou de la collectivité, correspondance sur les conditions de votre mandat. Vérifiez la chaîne complète : le pacte prévoyait-il que les signataires « feraient le nécessaire » pour que la nomination comporte l’indemnité, et cette indemnité a-t-elle été effectivement reprise dans la décision de nomination ? Dans l’affaire Sogecler, la Cour a relevé que l’engagement portait sur le contenu de la décision de nomination, ce qui suffisait à le rendre opposable aux signataires. Vérifiez aussi le montant et son mode de calcul : indemnité forfaitaire fixée à l’avance, multiple de la rémunération mensuelle ou annuelle, sort des avantages en nature comme le véhicule de fonction, intérêts à compter de la mise en demeure ou du jugement. Si le pacte prévoit une formule, appliquez-la à la lettre et produisez vos bulletins de salaire ou vos relevés de rémunération de dirigeant pour justifier la base de calcul. Si le montant vous paraît manifestement dérisoire ou excessif, anticipez le débat sur sa révision éventuelle en préparant les éléments qui montrent le préjudice réel : durée du mandat restant à courir, rémunération perdue, difficultés de reconversion, perte de chance de retrouver un poste équivalent.

N’oubliez pas les autres sources possibles d’indemnisation quand aucun pacte ne vous protège. La résolution qui vous a nommé peut elle-même comporter une indemnité de fin de mandat : relisez-la, car une résolution régulière de l’associé unique ou de la collectivité engage la société qui l’a votée. Votre contrat de travail, s’il existe, ouvre droit aux indemnités de rupture du droit du travail en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse, avec un barème et des règles propres devant le conseil de prud’hommes. Une faute distincte de la société ou des associés, comme la diffusion de fausses informations sur les causes de votre départ ou la violation d’une clause de non-concurrence sans contrepartie, peut fonder une action sur l’article 1240 du code civil. Enfin, si vous êtes associé, examinez les clauses de sortie : promesse de rachat de vos titres, prix plancher, clause de sortie conjointe. Chaque fondement a son débiteur, son juge et son délai, et la stratégie gagnante consiste souvent à les combiner dans un ordre réfléchi plutôt qu’à tout demander à tout le monde devant le même tribunal. Un dirigeant qui attaque la société en paiement d’une indemnité promise par les seuls associés perd du temps et de l’argent ; un dirigeant qui vise d’emblée les bons défendeurs avec les bons actes maximise ses chances d’être payé.

B. Combien demander, devant quel tribunal et dans quel délai : le mode d’emploi chiffré du dirigeant révoqué à Paris et en Île-de-France

Le chiffrage décide de l’issue autant que le fondement. Distinguez trois masses de préjudice. D’abord, l’indemnité contractuelle promise : appliquez la formule du pacte ou de la résolution, sans l’inventer ni l’arrondir. Dans l’affaire IDF Démolition, le dirigeant réclamait 100 000 euros pour la résiliation anticipée et 9 400 euros pour le véhicule de fonction, et ces montants ont été rejetés parce que le fondement contractuel invoqué était contraire aux statuts, pas parce qu’ils étaient excessifs en eux-mêmes. Ensuite, le préjudice lié aux circonstances brutales : perte de revenus pendant la période de transition, atteinte à la réputation professionnelle, frais de reconversion, préjudice moral. Les 30 000 euros maintenus dans cette affaire pour révocation vexatoire et brutale donnent un ordre de grandeur, mais chaque cas se juge sur ses preuves : produisez vos avis d’imposition, vos relevés de rémunération, les offres d’emploi perdues, les attestations de partenaires qui ont cessé de travailler avec vous après l’annonce de votre départ. Enfin, les accessoires : intérêts au taux légal à compter de la mise en demeure ou de l’assignation, capitalisation des intérêts, remboursement des frais de procédure sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile. Adressez systématiquement une mise en demeure chiffrée avant d’assigner : elle fait courir les intérêts, démontre votre bonne foi et ouvre parfois une négociation qui évite un procès de deux ans.

Le tribunal compétent dépend de ce que vous demandez. L’action en paiement de l’indemnité promise par un pacte ou une résolution, et l’action en dommages et intérêts pour révocation brutale dirigée contre la société ou les associés, relèvent en principe du tribunal judiciaire ou du tribunal des activités économiques du siège de la société, selon la nature des actes et la qualité des parties. À Paris et en Île-de-France, cela signifie le plus souvent le tribunal des activités économiques de Paris pour les litiges entre associés et dirigeants de sociétés commerciales, ou le tribunal judiciaire de Paris selon la configuration du dossier. Vérifiez la clause attributive de juridiction ou la clause compromissoire que votre pacte contient éventuellement : un pacte d’associés parisien prévoit fréquemment une médiation préalable ou un arbitrage, et la méconnaissance de cette clause expose votre assignation à une fin de non-recevoir. Si vous invoquez aussi la rupture de votre contrat de travail, le conseil de prud’hommes de Paris ou du lieu de votre rattachement sera compétent pour ce volet, et la procédure prud’homale suit un calendrier propre avec une phase de conciliation obligatoire. Quand plusieurs volets coexistent, engagez-les dans un ordre cohérent : sécurisez d’abord les mesures urgentes et les preuves, puis assignez au fond devant chaque juridiction pour ce qui la concerne, en veillant à la cohérence de vos écritures d’une procédure à l’autre.

Les délais sont impitoyables et commandent d’agir sans attendre. L’action en paiement d’une indemnité contractuelle est une action personnelle et le texte exact de l’article 2224 du code civil dispose que « Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer. » Le point de départ court en pratique dès la révocation, puisque vous connaissez ce jour-là la décision et ses circonstances. L’action en responsabilité pour révocation brutale suit le même délai de principe. Ne confondez pas ce délai avec les délais internes du pacte, qui peuvent imposer une notification ou une réclamation dans des délais bien plus courts, parfois trente ou soixante jours après la découverte d’un manquement. Manquer le délai du pacte peut vous priver du fondement contractuel alors même que la prescription légale n’est pas acquise. Concrètement, dans les jours qui suivent votre révocation : faites constater la date exacte de la décision, envoyez une mise en demeure conservatoire, demandez par écrit la communication des procès-verbaux et des résolutions, et faites analyser vos actes par un avocat avant que les délais conventionnels ne s’éteignent. À Paris, les greffes et les études d’huissiers permettent de faire établir rapidement les constats utiles, et les juridictions franciliennes traitent un volume important de ce contentieux, ce qui rend la qualité de votre dossier d’autant plus décisive.

Les spécificités parisiennes et franciliennes méritent une attention particulière, car la plupart des SAS concernées y ont leur siège et leurs associés. Devant le tribunal des activités économiques de Paris, les juges consulaires connaissent bien les pactes d’associés et les montages de holding : présentez-leur un dossier structuré avec la chaîne complète des actes, un tableau chronologique des décisions et un chiffrage appuyé sur des pièces comptables. Si votre société est immatriculée au registre du commerce et des sociétés de Paris, Bobigny, Nanterre, Créteil, Évry ou Pontoise, vérifiez auprès du greffe compétent que le changement de dirigeant a été publié et que vos pouvoirs bancaires et vos délégations de signature ont été révoqués en bon ordre, afin d’éviter que des actes postérieurs à votre départ ne vous soient imputés. Pensez aussi aux tiers : informez par écrit la banque, l’expert-comptable, les principaux clients et fournisseurs de la fin de votre mandat, en des termes neutres qui ne préjugent pas du litige. Cette rigueur post-révocation protège votre responsabilité personnelle de dirigeant pour la période antérieure et démontre votre loyauté, ce qui compte devant les juges appelés à apprécier le caractère brutal ou non de la séparation. Un dirigeant qui organise proprement la transition, même sous le choc, se place dans une position bien plus forte pour négocier ou plaider.

Conclusion

Depuis les deux arrêts du 9 juillet 2025, la grammaire de la révocation en SAS est plus lisible : les statuts fixent seuls les modalités de la révocation et aucun écrit extra-statutaire ne peut les contredire, mais la promesse personnelle d’indemnité contenue dans un pacte ou un protocole engage ceux qui l’ont signée et peut être exécutée contre eux. Pour le dirigeant révoqué, la méthode tient en quatre réflexes : relire les statuts avant tout autre document, identifier l’auteur compétent et les failles de procédure, documenter les circonstances brutales qui fondent une action en responsabilité, et diriger chaque demande contre le bon débiteur dans le bon délai. La révocation sans motif n’est pas une fatalité sans recours, à condition d’attaquer juste plutôt que large. Faites vérifier vos actes rapidement, chiffrez votre préjudice avec des pièces, envoyez une mise en demeure qui fait courir les intérêts, puis assignez sans laisser passer les délais du pacte ni la prescription de cinq ans.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».